La plus-value et ses deux vents

(à partir du texte ici)

Le patron achète le temps de l’ouvrier, mais pas à sa juste VALEUR, il y a une plus-value de différence. L’ouvrier ne peut rien faire d’autre que de vivre de ce que lui achète le patron, sinon chômage et faim et froid. C’est l’achat qui crée la valeur à travers la « sur-valeur » c’est à dire la différence entre ce que le patron gagne et ce que l’ouvrier gagne. C‘est dans le prix d’achat que se trouve la « plus-value », je veux dire : ce que le capitaliste a investi dans l’obtention de l’objet PLUS quelque chose ; et ce processus est intentionnel : il n’y aurait de capitalisme sans cette intention. Et cette intention réside dans cette plus-value et QUE LÀ. Le travail ne se VEND pas, il S’ACHÈTE : quand le patron achète le travail, l’ouvrier ne peut que le vendre : l’ouvrier vend son temps organique. C’est dans cet achat du temps de vie, l’organique de la personne que se situe la VALEUR, c’est-à-dire qu’il est impossible de donner une VALEUR à la vie autrement que sous une forme MINÉRALE. La sur-valeur est une idée vivante dans le tête du capitalisme dont la matérialisation se situe dans le « procès » de la transformation de l’objet en marchandise.

La sur-valeur est une idée du monde, ce monde s’appelle le capitalisme. C’est le travail organique transformé en MINÉRAL. La valeur contient en soi la sur-valeur, elle ne peut donc exister QUE par cette sur-valeur : supprimez la sur-valeur, il n’y a plus de valeur.

Dans le commerce qu’il prenne pour objet la marchandise ou la marchandise des marchandises: l’argent, la plus-value ne tient toujours que sur cette idée qu’il faut qu’elle existe, qu’elle soit et se réalise, c’est à-dire qu’elle reste et se perpétue comme INTENTION. Et cette intention est la maladie psycho-affective de la plus-valeur, MÈRE de la valeur. La valeur est la fille de la plus-value. Quand on a compris cela, on a compris le monde et ses avanies.

Il n’y a pas de contradiction entre les forces productives et les conditions spécifiques de la production de la plus-value, puisque TOUT LE MONDE y participe, en plus ou moins de bonne intention. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de révolution de l’ouvrier, mais une continuelle adaptation de l’intention d’obtenir, ici (l’ouvrier) comme à (le patron) de la plus-value.

L’ouvrier n’a pour seul choix que d’arrêter (de refuser) de TRAVAILLER. Et ce putain de monde de TRAVAIL cessera enfin de polluer la VIE. Il faut cesser de nourrir l’intention de la plus-value.

On reporte la responsabilité que nous détenons sur la bonne conduite d’un monde VIVABLE sur l’acquisition de la plus-value. La plus-value, en résumé, c’est le TRAVAIL, et toutes les conditions conséquentes de ce TRAVAIL : pollution, dégradation des amours, de l’enfance, les fatigues, les impôts, les armes, les malversations collectives, etc., LA PLUS-VALUE.

Arrêter de TRAVAILLER c’est refuser totalement et en totale pratique le monde de la PLUS-VALUE, du capitalisme. Le problème c’est que la plus-value, en tant que concept et réalisation de ce concept, est dans toutes les têtes et accrochée par les milles pattes des variantes de la vie de travail que propose, comme mode d’intégration, ce capitalisme.

Il n’y a pas d’autocontradiction inhérente au capitalisme : le capitalisme est cohérent. Il contient en soi ce qui le maintien et sait ce qui le maintien en soi comme soi. C’est-à-dire la plus-value. La contradiction n’est pas entre le mode de production et les forces productives, puisque TOUT y participe. LA seule chose qui puisse aller à son encontre est cesse l’utilisation de la plus-valeur. Si dans la tête de l’ouvrier lui vient l’idée de cesser de travailler, ce sera véritablement positif si celui-ci cesse AUSSI d’utiliser le concept et la réalisation du concept de la plus-value. Il ne peut y avoir de contradiction dans le système de la plus-value, du capitalisme : je le répète : le capitalisme est cohérent et sa cohérence est psycho-affective, un « don de soi » : la plus-value.

La « multiplication de la richesse » ne correspond qu’à l’emprise de la plus-value dans et sur la vie : à mesure de l’augmentation de cette richesse, le monde se dégrade sans qu’augmente ou diminue le travail (c’est un détail !), mais que l’espoir de gain, la sur-valeur se déploie dans la sphère du monde vivant et l’envahit. Et cette mesure est la dégradation du monde vivant : la pollution est une assez bonne mesure de l’OCCUPATION excédentaire humaine dans le monde, c’est-à-dire du TRAVAIL, à tel point qu’elle en devient mortifère.

L’intention de la plus-value dans l’ouvrier n’est pas lorsqu’il vend son temps d’occupation, c’est quand il ACHÈTE des objets (nourriture, loyer, assurance, etc.) : il sait qu’il fait quelque part une plus-valeur, ne serait-ce que de donner une continuation à sa propre vie et ses bonheurs. La cohérence du capitalisme c’est l’universalité de l’ACHAT. Qu’il soit de « production » ou de « fonctionnement », c’est l’ACHAT qui fait l’universalité et la cohérence du capitalisme. Dès le moment où l’ACHAT est accepté comme moyen de correspondance entre les êtres, le capitalisme affirme son universalité.

Quand Moss fait l’éloge du TROC, il fait l’éloge de l’ACHAT. Les Trobriandais de terre ne troquent pas des produits du jardin contre des produits de la pêche des Trobriandais de mer : ils DONNENT ce qu’ils ont SANS CALCUL DE RÉCIPROCITÉ, car la vie ne connait pas ce genre de chose : ce qui prime c’est la relation d’amitié liant les personnes, et non pas les objets.

La plus-value serait-elle cette obstination de procéder sans cesse et sans fin, interminablement, à un calcul de réciprocité ? La recherche sempiternelle de “réciprocité + quelque chose” se retrouve dans le goût des fraises comme celui des asperges, dans le taux calculé de CO2 que pète un moteur de bagnole, le débit à la con d’Internet, celui admis des émanations radioactives d’une centrale nucléaire, le plus gros télescope du monde, le coup de la matraque de la police, en fait partout. On recherche non seulement cette réciprocité, mais on veut en plus un plus… « Pour quelle raison d’égalité ? » me demanderez-vous : je suis incapable (ou presque ) de vous le dire.

En conclusion, il faut penser la plus-value comme un système socio-affectif de DOMINATION de quelqu’un sur autrui : à moins de mort « sociale », on ne peut qua collaborer à ce système. La domination consiste en cette inégalité « autocontradictoire » de l’un sur l’autre (du moindre sur le grand nombre, aidé de l aloi, de la police et de la justice) comme prédisposition affective de vie commune. La recherche du CALCUL D’UNE RÉCIPROCITÉ implique, affectivement, sexuellement, socialement, la plus-value, la sur-valeur. Le pivot est là. C’est dans CETTE MESURE que l’occupation humaine devient un TRAVAIL, « source de toute richesse ».

La plus-value est suffisamment incrustée dans les têtes pour pouvoir être acceptée, hélas, sinon, elle aurait disparue ! Les « forces productrices » n’entrent pas en contradiction avec le capitalisme du fait que ce dernier amasse de plus de plus de « richesse », mais simplement parce qu’il pourrit la vie, ici et maintenant, comme dans le passé immédiat (environ 180 ans)encore faut-il qu’on s’aperçoive en quoi, comment et pourquoi il nous pourrit la vie, sinon que par la plus-value. Le calcul de la plus-value est dans toutes les têtes et est accepté en suffisance pour ne pas être remis en cause, ici et maintenant.

Le patron ne s’occupe absolument pas des conséquences de l’activité qu’il demande à l’ouvrier, car c’est la finalité de l’occupation (qu’il aurait bien voulu ne pas ACHETER) de l’ouvrier qui lui importe : la matière transformée en objet, qui détient son intention d’objet social sur lequel il pourra alors adjoindre la plus-value (la VALEUR) dans la stricte mesure où cet objet sera ACHETÉ. Autrement, ça ne marche pas. Comme l’affirme une pancarte dans une entreprise « C’est le client qui nous fait vivre ». Qu’importe que l’ouvrier crève à la tâche (immédiatement ou plus tard), celui-ci se doit simplement de transformer la matière en objet par une occupation de son temps vital.

Mais cet objet ne contient pas encore la plus-value (le travail abstrait : la plus-value ne se réalise que par l’ESPOIR DE VENTE, c’est-à-dire par l’ACHAT par un tiers). Ce qui revient à dire que le « travail abstrait » ne se réalise que par l’achat par un tiers de l’objet. Ce n’est qu’en bout de chaine que la valeur se manifeste comme QUANTITÉ, sinon elle ne reste qu’une qualité, une idée d’un objet. L’argent est de la valeur objectivé, transformée en objet. Mais l’argent vient en bout de la chaîne des transformations : matière, chose, objet, objet+valeur, valeur. Certes, le travail intervient, mais dans la transformation de la matière en chose, l’aspect social fait de la chose un objet et cet objet contient d’abord l’immatérialité (le travail abstrait ?) de la valeur, pour ensuite se transformer en valeur minérale.

La plus-value contient deux choses : l’espoir de gain, et l’espoir de vente. Son gain ne se réalise que par l’achat d’un tiers (c’est-à-dire la vente) de l’objet dont il a fait son espoir de gain. Le calcul est la minéralisation de l’espoir. La publicité est l’incitation à la minéralisation de l’espoir. L’espoir de gain et celui de vente sont liés comme un cul à une chemise, l’un ne peut rien sans l’autre et l’autre n’est rien sans l’un.

On parle ici de “Productivité sociale” : s’agit-il de produits sociaux ou de marchandises ? S’il s’agit d’une marchandise, cela n’a rien de « social » puisque cela ne relève QUE du capitalisme, à moins d’affirmer que le capitalisme est UNIQUEMENT social parce qu’il organise aujourd’hui la société. Auquel cas, qu’est-ce que ce “social” ? De quelle manière un objet devient-il un « produit social » ? Dans la mesure où il est accepté comme marchandise ? Et une marchandise est-elle vraiment « sociale » ? Laissez-moi en douter. Le processus de fabrication de la marchandise (matière-chose-objet-objet+valeur-valeur) est un processus capitaliste et, certes, il est actuellement un processus social dans la mesure où le capitalisme implique cette série de transformation, mais, une socialité ? j’en doute. Dire que la socialité humaine ne repose que sur le processus du capital est restreindre cette socialité à ce capital. Bon, je rhétorique, mais je le souligne tout de même. Le capitalisme est une socialité particulière, celle du capitalisme, rien de plus et beaucoup en moins. Pas même l’exploitation de l’homme par l’homme (encore que l’homme y soit un cheval pour l’homme, un loup pour la femme et un tigre pour l’enfant), quand on retrouve cette sorte de « socialité » dans le salariat, le commerce et la publicité qui dissimule l’ensemble de la réelle socialité qui est est maigre comme un enfant du nord-Congo où brutale comme la recherche du coltran détruit toute forme valable de vie, les vagins de n’importe quel âge. Il n’y a pas de « socialité » capitalisme, rien que sa misère et dire que la misère est « sociale » parce qu’elle affecte la socialité de l’humain, n’est ni vrai, ni juste, ni beau ni généreux.

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Comment tarter

Tous les commentarteurs du monde le commentent à partir des commentaires qu’en font les autres, à partir des mêmes mots personnalisés, des mêmes idées, du même fond. Chacun se donnera comme novateur dans l’éclaircissement du monde avec les mêmes lumières idéologiques, alors qu’il ne fait que redire ce qu’a dit un autre avant lui (et il le sait, c’est pourquoi il personnalise ses mots) : ce monde est con, on nous dit pourquoi il ne peut pas en être autrement, avec des expressions universitaires, politiques ou journalistiques, et parfois médicales, car il rend aussi malade. Au final, ces commentarteurs ne font que dire, filmer et écrire que ce monde ne peut être autrement que ce qu’il est, con, et qu’il faudra faire avec, sinon même ne pas y penser.

Le mensonge se présente, selon eux, toujours sous deux aspects antagonistes, où un camp aurait aussi raison que l’autre et l’autre camp plus tord que le sien. Je comprends l’entourloupe : puisqu’aucun des deux n’a véritablement tord ou raison, et que je me trouve toujours dans un des deux camps et que celui-ci affirme que c’est l’autre qui a tord, il se trouve donc que je suis dans celui qui a raison ; à ceci près qu’il ne peut pas en être autrement, à moins d’austracisme. C’est une disposition d’esprit d’une très grande généralité, quasiment universelle : l’incertitude du certain, du vrai. Il ne peut en être autrement, dis-je, seulement cette fois-ci sous cet aspect qu’il n’est pas possible de juger du vrai ou du faux, qu’il ne vous est pas possible de juger du vrai ou du faux à moins d’austracisme. Quand le mensonge est montré du doigt, le doigt est sale et il ne peut en être autrement, car celui qui le pointe peut voir pointer vers lui autant de reproches quand à la question du bonheur, de la beauté (je ne compte pas de la générosité sexuelle) et de la justice, sinon « en moins pire », que l’autre. Et le problème est posé de telle façon, qu’il restera dans cette situation, peut-être par l’annihilation d’autrui, inchangée.

Le tord de l’autre est de ne pas se trouver dans le bon camp, celui où je me trouve, tant pis pour sa souffrance. Pourtant, il souffre déjà, avec l’intervention de mon camp, aussi surement que moi des mêmes incapacités gouvernementales, journalistiques, médicales, amoureuses là où il se trouve, avec une variante géographique liée au climat et à la topologie, quand est présente cette variante.

En fait, un mensonge provenant de mon camp voudra me faire entendre la légitimité des actes que je m’apprête à commettre ou que j’ai déjà commis. Ce mensonge désigne une faute du camp adverse (quitte à l’inventer). Il me disculpe de prendre la décision de ne pas accepter les malveillances comme inacceptables. Et tous sont persuadés de ce qu’ils disent, puisque c’est leur gagne-pain ! C’est le gagne-pain de tous ces menteurs que de mentir, d’accepter les guerres, les centrales nucléaires, les produits phytosanitaires agricoles. Comme le dit ma compagne : « Comment imaginer un jour qu’on ne puisse pas manger correctement, c’est-à-dire des produits sains, sans qu’on les estampillent “bio” : tout devrait être bio-mangeable ! ». Et oui, les menteurs mentent : ils disent que c’est sans danger de s’imprégner de pétrole trafiqué quand on absorbe de l’eau, du vin, des légumes, des fruits et du cochon. C’est ce qu’ils appellent du professionnalisme de corporation. Ce sont eux qui font l’histoire, quand bien même cette histoire serait le véritable temps du vécu, mais décrit selon des commentaires entarteurs.

Outre que cette division duale du mensonge implique inévitablement de la souffrance chez chacun de ses aspects que l’autre regarde avec indifférence, Ce que cachent ces mensonges, c’est la vigueur du capitalisme qu’il faut cacher aux yeux de tous ceux qui ne sont pas du sérail. Les malveillances de ce système social sont incommensurables : affectives, sexuelles, ok, mais aussi intellectuelles car un mensonge demande un reniement de la vérité, donc un acte volontaire pour sa cause à l’encontre du vrai et du droit, du beau, du juste et du généreux. On doit réfléchir de sorte à dévoyer le vrai et que ce dévoiement même disparaisse sous le mensonge, la forme doit disparaitre avec le fond. Il faut une sacré capacité de cogitation pour arriver à ce but, et l’habitude aide beaucoup, en créant des systèmes plus ou moins opaques à l’œil averti, mais desquels la lumière transparaît par absence du beau, du droit, du juste et du généreux. Tous ces gens à micro, comme bureaucrates, ont des cravates, comme policiers des matraques, comme professeur d’université, des diplômes, comme médecins, la médecine, tout comme le paysan, la récolte.

Cependant, que je parle de « vigueur du capitalisme », il faut entendre ses problèmes d’existence. Il y a que, selon cette manière de penser où le faux est une partie vraie et vice-versa, on ne sait plus comment penser sa suppression. C’est une ruse qui lui donne le droit d’exister par incertitude car, s’il n’était pas là, quoi le remplacerait ? Il faut être certains que toutes les explications du monde ne sont que des explications du capitalisme qui gouverne le monde. Ces explications sont données par des professionnels, peut-être pas du « mensonge » parce qu’ils croient dur comme plastique que le capitalisme est leur raison d’être (c’est ce qui donne une sorte de sincérité à leur mensonge), mais de ceux qui ont tout à perdre si ils ne procèdent pas ainsi. Il leur est indispensable de cacher le monde du capitalisme, c’est-à-dire se cacher eux dans leur action pour le projet du capitalisme, quel qu’en soit les conséquences sociales, sexuelles, et j’en passe !

Il s’agit d’entretenir une morale, celle-là qui vous fait balancer en un terrible équilibre sur le fil de l’incertitude, de sorte qu’aucune décision ne puisse être prise quand à ce qui vous concerne immédiatement, vous et votre voisin, votre vie commune et individuelle sur les dangers du capitalisme. Nous en sommes à ce point que le monde, ce qu’on appelle « l’écologie », est détruit en non retour, pourri par les plastiques, le pétrole et la chimie du pétrole, le nucléaire, les phytosanitaires agricoles, les médicaments (quoi que maintenant, le bistouri a été jugé plus rentable), les images transitoires des scientifiques nanométriques et la disparition du vivant. Imaginer qu’il ne peut pas y avoir un autre mode de vie que le capitalisme paraît inimaginable ; c’est pourtant à cela qu’il va falloir se mettre !

 

Pro bât tôt d’institution

Tel que présenté dans Le Livre, dieu contraste en consistance avec ce qu’il dessinait auparavant ; jusqu’à aberrer le choix du futur comme incommodité au présent.

Par opposition à la multitude des dieux, dieu est un syncrétisme (pas obligatoirement positif) de l’entendement.

Dans le disparate des dieux que l’humain adorait et de chacun desquels il voulait obtenir le bonheur par défaut, le filigrane de son comportement transparait dans la conformité d’une disposition organique vis-à-vis de ce dieu, quel qu’il soit, et de ce qu’il en attend : il lui vouait un culte, c’est-à-dire, un schéma pratique en correspondance au dieu. Les prêtres ne s’adressaient pas aux personnes, mais au dieu. Dans le monothéisme, le prêtre s’adresse aux personnes, car il se prédispose comme le transport et se veut l’intermédiaire, d’une morale qui est sensée correspondre au dieu (la morale est toujours in-sensée !), quand dans la réalisation d’une telle disposition, il est le seul juge : dieu est devenu un but et non plus une relation immédiate. Lorsqu’on lit (avec plaisir) Kierkegaard ou Nietzsche, on comprend que la réalité de dieu consiste dans cette relation supposée incarnée alors qu’elle peine à être charnelle. Le monothéisme implique la désincarnation, la séparation du corps du plaisir pour faire de ce premier un utilitaire.

Tandis que le culte n’est que la relation au dieu, la religion est une morale du dieu ; alors que dans le culte, on se fond (on est en transe, ce dont ne peut se défaire la religion : le besoin de transe) à travers une pratique, un culte ; dans la religion, la relation au dieu est un enseignement, une intellectualisation du vécu, et qui dit « enseignement » dit « principes » et qui dit « principes » dit « morale ». Cette différence est pesante, de plomb : elle est de l’ordre du poids d’un vécu qui est là dissemblable à l’ici. L’histoire du serpent sans queue, à qui la queue ne devrait pas être mordue, n’est pas la pratique d’un culte, mais essentiellement la description de l’institution d’un ordre moral. Et cette morale est celle de la négation du plaisir issu des organes dédiés aux plaisirs, aux organes nommés par pudeur « génitaux » quand leur rencontre n’est que de peau (si les organes « génitaux » restant pour le principe, les ovaires-utérus et les testicules, tout le reste est consacré à la rencontre pour le plaisir des deux sexes, de peaux).

Et on reconnait très facilement que la morale que transporte Le Livre – dont s’affirment issues les trois religions et leurs variantes – est une morale (comme toute morale contraire à elle-même) dénigrant le plaisir sexuel en dehors de l’idée de la reproduction : avec pour initial que la femme doit accoucher dans la douleur ; ici, le sperme ne doit pas toucher la poussière du sol mais uniquement se perdre dans le col de la matrice ; là, l’accouplement ne doit être consacré qu’à la grâce de ce dieu qui crache sur le plaisir (les mains clouées à la croix, un crucifié ne peut plus se toucher ses organes dédiés au plaisir) ; et pas si loin, la femme n’est qu’une esclave quand elle n’est pas une autre prostituée qu’il faut voiler aux yeux des con-cupiscents. La manière dont on consacre les organes du plaisirs au plaisir, selon qu’il s’agit d’un culte ou d’une religion (ce que cette religion nomme « païen » en opposition à sa célestitude – les anges n’ayant aucun sexe différencié, ils ne peuvent, par incidence, en obtenir du plaisir comparse), est évidemment à l’extrême dissemblable… je dis bien « en rien semblable«  ou « a-semblable« . Le culte ne parle pas aux personnes, le culte parle au dieu. La religion parle aux personnes pour qu’elles accèdent au dieu. Ainsi la religion est un ensemble de préceptes moraux (l’intelligence de Sade c’est arrêtée à cet endroit, ce qui l’a rendu sensiblement imbécile pour 100 % de son œuvre « érotique ») auxquels on se doit de se consacrer avant tout autre objectif vivant, tout autre emploi de soi en vue de quérir du vivant le plaisir qu’il induit de fait du fait de vivre.

Et la conséquence immédiate de la religion est d’écarter la femme de l’accès au dieu (Paul de tarse, 1 Corinthiens 11, 5-10), tandis qu’elle a son accès libre dans le culte. De sorte à me laisser dire que le culte est de l’ordre du féminin, encore que masculinisé, alors que la religion est du masculin émasculé.

Je ne peux clore ce chapitre sans donner un coup de lampe sur la pornographie, comme a-moralité religieuse, c’est-à-dire, comme pratique d’un culte épris de la recherche du plaisir dont sont aptes à se procurer au surplus les organes dédiés en cet endroit. Ici, ce n’est plus par la bande que la recherche de ses spécificités trouvent une expression positive (encore que je ne puisse me placer sans erreur dans le concept de l’orgasme de Wilhelm Reich) à la femme, mais sa pratique, celle que lui laisse d’ouverture (et d’obstruction en cas de violence) le patriarcat (qui cache derrière son petit doigt, le capitalisme). C’est en ceci que cette société capitaliste tolère en la dissimulant ces pratiques cultuelles autour de la recherche du dieu Plaisir en dehors d’une certaine forme de la marchandise, car elle sait pertinemment que la paresse en est le corollaire : il faut du temps pour avoir du plaisir à partir d’organes qui ont été asthénies par le capitalisme afin d’arriver à se vivre de plaisir… selon sa spécificité avec le sexe complémentaire.

De sorte que dans ce cadre, on ne peut que se rendre à soi-même compte que l’expression laissée aux possibles de la rencontre des sexes est ici une faderie comparable à l’eau face au vin – comme un certain miracle ! Les miracles n’existent qu’en moralité, en dévotion à un dieu qui échange ce miracle, alors que le culte l’octroie. La religion a repoussé aux extrémités de son monde plat, les expressions spécifiques de la sexualité de la femme comme source de plaisir qui lui est précisément intrinsèque et qu’elle se dispose, dans son acquiescement personnel à partager, selon sa volonté. La religion a écarté du monde du vivant l’existence de la femme ; le culte, jamais. Ce que nous montre la pornographie est l’usage que peut faire d’elle-même la femme dans le cadre du patriarcat à des fins de plaisirs – ce n’est pas la meilleure facette de la présenter, j’en conçois, mais c’est une manière d’en aborder le minimum des inconcevables qui attendent des aboutis, du présent. Je vais donner un exemple : dans la fellation féminine, que la femme s’identifie au sexe de l’homme comme pourvoyeur de vie, alors que son sein nourrit autant le nourrisson, quoi dire dès lors que le moment se situe dans la décharge du don ? Rien n’y est à dire. Mais, par contre, que l’homme puisse prendre ce moment de perte comme une prérogative, nous sombrons (comme le bris du tonneau de rhum dans la rivière) dans le sadisme dont je parlais plus haut. Il faut l’affirmer, car c’est aujourd’hui la plupart des cas, la limite de la femme est l’homme, juste à ce moment où elle incruste son être dans votre transe, à lui comme à elle.

La morale sexuelle que proclament les religions du Livre sont toujours anti-sexuelle : la satisfaction du rapprochement amoureux est liée, et seulement à elle, à la reproduction de cette espèce d’espèce qu’est l’humain (compris comme une globalité qu’il pose comme incomplète, dans le masculin et le féminin, ce dernier étant « inférieur » au premier). Nous nous voyons donc dans ce contexte bavassement turpide (certains parlent d’enfer) où la demande des unes ne correspond pas à celle des autres, faute d’un conjointement des affects. Le sordide du détail réside en ceci que quand une femme aime les hommes (et comment pourrait-il en être autrement, bout du dieu ?) elle est une salope, tandis que des violeurs patentés sont adulés en héros du « sexe »… mâle. À l’entrée du port, le déport mène au déplorable échouage : le courant n’était pas celui auquel on s’attendait, le vent n’a pas été du tout en votre faveur, la quille a talonné, au moins jusqu’à la prochaine marée vous êtes planté dans la vase, encore que l’inconfort de la gîte pose le problème de la bévue d’un café chaud.

Désirer que la femme s’ouvre à vous n’est pas obligatoirement qu’elle veuille s’ouvrir à vous : elle a ses mystères, ses allants, les phobies auxquelles elle sursoit dans le courage de sa chair. Mais où l’impénétrable acquiescement vous ouvre sa porte, rendons-lui l’hommage de sa générosité (approximativement) autolâtre et sachons en partager la jouissance ! je pense que ce meilleur lui agrée dans la profondeur de son cœur.

La différence fondamentale entre les religions et celles qui se réfèrent au Livre, est qu’on a jamais vu das les premières un prêtre faire de la morale à ses ouailles (c’est le jub des philosophes, et autres), tandis que dans les secondes, le prêtre fait toujours la morale à ses ouilles ; ce qui signifie que pour ne pas transgresser sa relation au dieu, il ne faut que la femme soit infériorisée, elle et ses désirs de vie. Les religions du Livre ont obligatoirement pour base la répression sexuelle en vue d’anéantir le plaisir que le simple fait d’être doté d’organes dédiés à cette fin permet. Maintenant, c’est su.

Le discriminant du sur-plu

Au vu du monde, l’être humain est doté de quelque chose qui lui est au surplus du nécessaire pour sa survie… et je doute qu’il en soit conscient : même la conscience – qui est une manifestation de ce surplus – n’est pas indispensable, quoi qu’en dehors de ses états de transe, elle devrait reconnaître l’impact de sa propre absence.

On a plutôt affaire à un animal qui se gorge de ce dont il n’éprouve qu’insatiété, sans atteindre la réplétion parce qu’il n’en a pas reconnu la puissance de la mesure. L’Ipod, la chose la plus reproduite au monde, est une des manifestations de cette ferveur pour l’image qui s’imagine sans support alors qu’elle s’ourdit sans ce qu’elle est, la communication des pensées.

Le surplus dont est doté l’humain est la reconnaissance par autrui des pensées d’autrui, et de manière quasi indispensable, le plaisir de cette communication. Et se « raconter des histoires » mène à on ne sait quelles histoires, souvent sordides car liées à l’angoisse : en vrai, cette angoisse est écartée de la vie, pour être cachée comme la poussière sous un tapi devant elle. Ainsi le péché, la crainte du péché raidit au carré de ses murs : qu’on s’imagine, seulement, pécher limite toute possibilité de mouvement libre du corps.

La religion est à la fois le prétexte à se raidir et la justification de cette raideur. Éviter de pécher accorde, par ses préceptes, la possibilité de se raidir, de rester raide, ou de vous rappeler que vous devez craindre le péché, crainte de ne pas pouvoir éviter de pécher ; ainsi l’angoisse trouve une histoire. Nous savons tous que le péché par excellence, est de se toucher les organes du plaisir sexuel pour en avoir du plaisir, avant d’en anticiper l’obtention d’une complicité avec autrui. Le péché raidit donc contre le plaisir, pour ne pas fondre du et par le plaisir ; et par conséquence, la religion est un pré-raidissement contre le plaisir sexué. D’ailleurs, la circoncision vous le donne en prévision, comme le fait de considérer une de vos mains (la gauche) comme l’histoire d’un suppôt d’un satan.

Cette dotation naturelle d’un surplus inutile du point de vue de la simple survie chez l’humain – que l’on retrouve déviée dans l’angoisse issue de la crainte d’éprouver du plaisir des organes qui y sont dédiés par nature – ne peut s’interjeter sans son dépassement. Ce surplus, devenu péché ou raideur d’entendement de sa place dans le monde, s’est changé en une représentation, une crainte de soi, et comme inaccompli, un désastre. Ce qu’on pourrait prendre pour un surplus de possibilité de jouir de sa présence dans le monde et du monde lui-même, à travers cette angoisse, s’est résolu dans cette pourriture dont l’humain a repeint le monde, de sa chimie, de sa radioactivité, de ses ondes hertziennes, et du reste (on dit qu’un observateur lointain, regardant notre planète, de demanderait s’il ne s’agirait pas d’une supernova par son explosion, en à peine un demi siècle, de ses émissions radio et de leur intensité terawattique).

J’ose dire que tout ce surplus inutile du point de vue de la simple survie, mal compris, se retrouve dans ces excès dérisoires de la bourse, de la plus-value, des déchets et des nuisances qu’ils génèrent. La véritable obscurité dans laquelle cet entendement de soi navigue, à tâtons, sera percée par la lumière (hein ! obscurité ≠ lumière, c’est évident) que cette obscurité défend d’apparaître : ce surplus inutile mal entendu empêche par cette incompréhension qu’il a de lui, sa propre lumière.

Déjà, l’idée de cesser de travailler entrouvrirait le diaphragme de cette raideur. Pour cela il faut comprendre que le travail doit cesser de consister à créer de la sur-plus-value, la valeur et ainsi de supprimer ce moyen de communication boiteux qu’est la valeur objectivée, alors qu’elle ne devrait n’être qu’affective, qu’immatérielle !

Je ne suis pas un dieu… Les gens attendent d’autrui la solution à cette raideur. On les voit, en transe, écouter le baratin du bonimenteur, car il les soulage un instant de leur angoisse par le miroir qu’il présente de sa dissolution ; soulagement éphémère, mais historique ! La publicité du mensonge : la honte de ne pas avoir de plaisir de ses propres organes dédiés à ce plaisir dissimulée par la poussière du tapi, ensemble. La haine de soi se retrouve dans la maltraitance du monde, jusque ses propres enfants empoisonnés dès le cordon ombilical ; elle se retrouve dans la généralité de la haine du monde, avec ses -icides, ou ses glyphosates et autres néonicotinoïdes. Pour quoi ? Le profit : ce surplus dont je parlais précédemment, séparé du vivant de la vie, désintégré de la vie, du pulsatile du vivant.

La miss ère du string

Certes des employées à tous niveaux de hiérarchie ont acheté des services sexuels. Mais faudrait-il pour autant dénigrer l’effectivité de l’action de ces ONG ?

Les exactions sexuelles sont répréhensibles. Une exaction sexuelle est la contrainte, l’irrespect, le viol, la violence des coups corporels ou affectifs, c’est extorquer des faveurs par la force, le pouvoir, le chantage, le harcèlement, le dénigrement de la personne, en bref utiliser la misère sociale dans laquelle la personne vit à cause de ses contraintes auxquelles elle est bornée, la soumettre et la réduire à son seul sexe – et comme dans la majorité des cas : féminin. Dans la prostitution, le principal et central danger est d’abord le proxénète : c’est lui qui fait son « pain de la cuisse » (Jacques Mesrine qui en a tué plus d’un) . C’est lui qui ordonne à la fille des contraintes qu’elle subit de force, allant jusqu’à la drogue dure quand elle est trop réticente à l’ouvrage, c’est-à-dire de refuser d’être une marchandise.

C’est oublier que la plus grande part de ces exactions sexuelles sont commises par les mâles du cru, père, oncles, amis, militaires de passage, etc., que la malveillance à l’égard du sexe féminin se fait sentir sur elle dès le plus jeune âge (des viols sur des gamines de trois ans, cf Dr Denis Mukwege) et que les jeunes filles sont bafouées du fait d’être des filles, d’être de sexe féminin, un être humain de sexe féminin, la femme d’être une femme. On sait qu’en Inde et encore en Chine, les nouveaux-nés filles sont tuées pour n’avoir pas été des garçons ! Et que les meurtrissures que ce sexe de femme subit vont de l’excision à l’infibulation.

Cette « morale » qui sous-tend ces révélations de scandales sexuels (je sais qu’il s’agit de véritables exactions) dissimule la réalité du terrain, comme on dit, où ces malheurs que subissent les femmes sont bien plus importants, présents et pesants que de la monnaie pour des services sexuels quand ils sont librement consentis. Il est très délicat, extrêmement délicat même de parler de cet aspect humain quand on ne sait pas distinguer la malveillance sexuelle de la recherche d’une satisfaction sexuelle que, de toutes les façons, cette morale réprouve hors du mariage ou d’un principe religieux sensés protéger la femme de ces malversations. En Iran, les plus courageuses cherchent encore à se défaire d’un voile qui pèse sur leur pensée du poids de l’entendement d’un monde qui date de plus de douze siècles, et sont mises à terre à coups de pied. Ne serait-ce pas de la malversation, ou de l’exaction sexuelle ? Il faudrait que les anges restent des anges partout, mais c’est oublier la force de la pulsion sexuelle lorsqu’elle N’est PAS SOCIALISÉE, lorsqu’elle reste sous la seule contrainte de la morale qui ne tend qu’à la cacher, comme de la poussière sous un tapis.

Jaboter des exactions sexuelles lorsqu’il n’y a pas de torture, de contrainte (sinon que de tarifs), de malveillance volontaire, de violence à l’encontre de la personne qu’elle soit verbale ou physique, en omettant que l’ensemble de la situation de la femme reste difficile partout ailleurs, c’est participer à une morale qui voudrait que les sexes ne sont pas conçus pour se rencontrer et obtenir du plaisir l’un de l’autre. Le problème réside en conséquence dans l’approche SOCIALE de la sexualité. C’est cet abord social qui donnera à pour la sortir des marasmes de l’individualisme (à l’instar du monothéisme : Moi, Dieu, Je…) en vue de résoudre socialement les problèmes que pose la sexualité humaine. La protection de la femme doit être sociale tout comme on entrevoit facilement ce que peut être un rapprochement sexuel sans violence, parfaitement consenti.

Qu’il soit question d’argent dans cette relation ne regarderait que les personnes, quand on fait fi du fait qu’il y a des riches et des pauvres et que les riches imposent aux pauvres de posséder de l’argent pour vivre. Le scandale de la relation tarifée est celui du possédant sur le possédé qui se voudrait comme relation sociale libre, alors qu’elle n’est que relation de domination de l’un sur l’autre par l’argent. Le possédé ne possède pas cet argent en suffisance pour se dispenser de cette relation (lorsque le maquereau ne s’accapare pas, encore par la violence, de ce pécule). Ainsi, des personnes ont-elles tarifé des prestations sexuelles à des femmes du cru, quoi en dire ? La prostitution des pays pauvres relève de la pauvreté, d’une morale qui ne tient aucun compte de cette pauvreté, et du fait que des riches, capable de la payer (parfois à des tarifs supérieurs à ceux du cru et dans des conditions meilleures), en sont preneurs.

Je ne suis pas pour la prostitution, essentiellement quand elle relève du proxénétisme, c’est-à-dire du patronage qui demande un dû à une autre « cuisse ». Il y a de la prostitution partout où la femme est mise dans l’incapacité de pouvoir exprimer librement sa sexualité et où elle est socialement assujettie à la misère. Des mouvements comme #MeToo et #BalanceTonPorc socialisent certes la victimisation de la femme, mais ne lui donne encore pas la reconnaissance sociale d’être une acteure de sa propre sexualité. Et, pareillement, la sexualité masculine restera pour beaucoup nocive tant qu’elle restera individualiste et non pas socialisée.

Dans un contexte où l’aidant est riche, loge richement, mange richement, etc. il y a quelque chose de dégradant pour la femme qu’elle lui serve de service sexuel. Cette prostitution montre l’incapacité de ces aidant à entrevoir des relations affectives et/ou sexuelle d’égal à égale avec les Autochtones. Il ou elle pourrait très certainement trouver un ou une compagne, sans honte, à ceci près que ce recours à la prostitution montre une affectivité manquant d’épanouissement. D’autant que dans ces pays, la maltraitance à la femme est importante, sujette au proxénète, aux coups, à la malnutrition et autres violence qui lui sont , un grand hélas ! ordinaires.

Ce que dénonce le système de la prostitution est que dans son lieu de vie, chez elle, la femme est déjà maltraitée. Je conçois que cette réprobation soit bien maigre… Je certifier que je ne fais foi à la femme que ce qu’elle me donne : en étant capable, je me demande, hors de la notion parallèle d’Euclide qui dissocie le rapprochement des possibles, comment d’autres ne le peuvent pas : LÀ pèse le nœud du problème.

(vous suivrez toujours avec passion les divergestations de l’auteur de ce blog sur ce site pertinable)

Pour une histoire de la pensée

Quitte à le montrer sous son aspect le plus idiot, ou imbécile, il faut ériger une histoire de la pensée de l’humain. Pourquoi idiot ? ou imbécile ? Ne serait-ce qu’il est encore loin, selon moi, de s’être compris lui-même, vu les dégâts qu’il produit dans sa propre socialisation et l’ensemble du monde qu’il pourrit par cette organisation sociale. On ne peut pas dire que l’humain a une pensée mature, principalement en collectivité. Je n’ai aucun mépris pour l’être humain, aucun : c’est un animal merveilleux.

L’histoire de la pensée (l’article a été écrit après mon post) à laquelle je pense n’est pas le « pourquoi » l’humain pense, mais le « comment » l’humain pense. On a glosé sur les capacités humaines à penser, son extraordinaire pouvoir d’abstraction, mais on ne sait pas comment il pense, cet humain. Et ce qu’on pense être « l’à partir de quoi il pense », son cerveau, est ridiculeusement surfait : rêver ne demeure qu’un rêve. Bien évidemment, je ne renie ni ne dénie le fait que cette pensée possède cette extraordinaire puissance sur nous-mêmes, et accessoirement sur la nature, puisque nous pensons en rêve et que nos relations sont assises sur ces rêves. Je pense qu’en décrivant le mode du rêve, on saisira qu’on puisse avoir d’autres plaisirs à acquérir que de faire souffrir autrui dans la faim, la misère sexuelle et l’inconfort.

On va chercher dans les connexions du cerveau la pensée. Ok, mais il ne s’agit que de connexions… le résultat est individuel, en rien collectif : on n’a pas encore mesuré le plaisir et la joie de jouer en groupe de la musique, par exemple, on en est resté à l’individu qui n’est rien sans le collectif. La structuration de la pensée est bien plus importante que des connexions qui présenteront au scanner toujours le même endroit illuminé pour telle ou telle pensée, mais rien sur la pensée elle-même. On montrera des émotions liées à la pensée, mais pas la pensée elle-même : le fait qu’on soit si touché par les images, visuelles ou verbales.

Hubert Reeve a noté que nous avons au surplus le nécessaire pour survivre, que l’épaisseur de notre néocortex est excédentaire par rapport à notre besoin en vue de notre seule survie, même dans la nature. Je ne pose seulement que la question de savoir ce que nous faisons de cet excédent ! En avons-nous conscience ? Non, bien sûr : nous sommes si fiers de penser ! de notre pouvoir d’abstraction ! Tout disparait devant cette prétention, surtout le malheur qu’elle produit et qu’elle cache à la fois.

Tout d’abord, penser angoisse celui ou celle qui pense. Savoir si c’est un acquis ou un inné, je ne sais, mais penser angoisse l’humain. Il s’agit d’une angoisse profonde qui s’ancre dans des protections PENSÉES qui deviennent une structure de penser le monde et nos relations sociales. L’histoire de « l’évolution de la pensée » passe par plusieurs structures de ce genre, qu’on nomme « civilisation » (dont on remarque qu’elles meurent toutes par l’excès d’un usage qu’implique cette structure : ici le bois, là le plâtre ou la chaux, ailleurs, la poudre à canon, le pétrole et le nucléaire, etc.) qui spécifient ces relations sociales par la structure de la pensée à ce moment d’existence. On peut parler des dieux ou des déesses : la structure de la pensée relative à l’un ou à l’autre est absolument différente et l’entendement du monde aussi bien, comme les relations sociales. Mais ces dieux et ces déesses ne sont que des ancrage de l’angoisse éprouvée du fait de penser et de vaquer dans le monde en pensant.

Penser angoisse dès lors qu’aucune solution à l’initiation de la pensée est posée, se découvre, arrive. La tension que soulève cette pensée irrésolue demande une détente : on trouve en partie dans la structure sociale, dans les ancres utiles à une telle détente, encore que, bien souvent, puisqu’il s’agit toujours de rêve, le plaisir ne soit pas encore là. Car penser mène aussi au plaisir, à la jouissance de la pensée. Lier par exemple la puissance de la pensée à la science est idiot : dans la science, la pensée ne fait que se suivre elle-même (à l’exemple des mathématiques qui vont maintenant chercher des cordes comme liens au monde) sans qu’elle découvre sa structure, comment elle pense, à partir de quels moyens, suivant quel schéma. Car la pensée « moderne » est toujours entachée de la pensée primitive, même avec ses portables et ses bombes atomiques : elle n’est pas sortie de savoir ce qu’elle est !

La pensée a été entachée de sa propre mouvance, elle traine après elle elle-même. Et ce phénomène est irréversible, il ne va que dans le sens du temps qui passe. On peut la reprendre mais seulement dans ce à quoi, matériellement, elle était attachée : la méthode sera la même, à moins d’avoir d’autres moyens pour penser. Je dis que le point charnière de l’humain dans sa progression au temps est le moment où il a transformé les avanies en coups du sort : ce qui était directement vécu s’est changé en une représentation « séparée » du vécu. Sa pensée s’est alors scindée en deux : la mystique et la mécanique. Robert Grave dans son intro à la Dame blanche, affirme que la poésie ne peut qu’être, en relation avec la Muse : cette transformation de l’avanie en coup du sort est la perte de la muse, de la poésie de la vie.

Initialement, la pensée est un contact avec la vie se retournant sur soi pour être partagé avec autrui qui vous le retourne à son tour. Dès lors que les avanies deviennent des coups du sort, le sort est jeté sur le sort qui prend alors l’allure de n’importe qui ou de n’importe quoi pour ancrer cette angoisse liée à la perte du sens poétique, de l’amour et de l’amitié. La pensée se jouit dans son énonciation et pour cela on raconte des histoires autour de ses sensations transmissibles par des mots ou des gestes, des images verbales ou gestuelles. Le mot résonne en nous à la fois comme moyen de transmission mais aussi comme transmission-même de la pensée d’autrui qui est destinée au partage, inévitablement. Le coup du sort cherchera le secret du sort pour rester un sort pour autrui et une puissance pour soi : le partage n’y est plus ! La logique a été étudiée comme mécanisme de la pensée, mais pas comme succession des moments de la pensée.

Lorsqu’on demande à une pie qui jacasse avec d’autres ce qu’elle pense de la pensée, elle vous répond : le présent. Le néocortex humain n’est qu’anticipation. Alors que le futur est toujours un présent qui arrive, pour l’humain le futur est un espoir. La pie a-t-elle des douleurs articulaires ? Elle est au présent. L’humain a-t-il de l’arthrite ? Il pense que cela va passer et vit et agit en conséquence. Mais cette anticipation regarde l’ensemble de la vie, mais comme la vie ne correspond pas à une quelconque anticipation, cela pose un problème à l’anticipateur qui va alors trouver des moyens de conjurer ou de conjuguer le présent à l’avenir. Le néocortex s’exprime ici avec son sens de l’histoire, de bâtir à partir du vécu, des mondes imaginaires tenant lieu de réels – c’est un être à l’extrême social, de ce fait : seul, il n’est rien. Le présent lui montre une certaine impuissance devant sa vie alors qu’il la compare au futur et ce futur n’ayant jamais aucune correspondance avec ses rêves sinon que le besoin que lui satisfait la vie de vivre dans le monde de la vie (le sorcier qui fait pleuvoir ne fait pas pleuvoir, on le sait, mais il pleut quand même !), il invente des conditions à ce futur, conditions aussi imaginaires que l’interprétation qu’il fait de son présent. Il pense avoir trouvé un antidote dans la « science », mais ce n’est qu’un antidote une fois encore imaginaire face à cette impuissance qu’il ressent de vivre. Confronté à cette imperfection, il trouvera alors une modestie en s’inventant un dieu qui lui sera supérieur et auquel (ou à laquelle, à moins de poésie) il vouera sa vie d’impuissant.

Lorsqu’on demande à un animal ce qu’il pense de la vie, il répond : le présent. Nous, nous pensons une image du présent. Alors que je suis en train de décrire (ou que je tente de décrire) ma pensée, il me faut la formuler pour le futur, celui où elle sera lue par autrui. Raconter une histoire (Jean le loup, la Belle au bois dormant, Terminator 3) repose sur l’acquis (les mots, le substrat culturel, la relation à autrui) et sur l’anticipation : les moyens d’atteindre la fin de cette histoire. Un singe, même Kanzi, ne peut raconter d’histoire imaginaire qui résume un entendement du vécu et cherche à le corroborer, il peut à peine dire ce qui s’est passé.

En fait, la transe que j’ai loupée, c’est de ressembler aux autres : j’ai tout perdu ! Les autres vivent en transe : boulot, reniement, obéissance, et j’en passe. Moi, j’en préfère d’autres et plus jouissives, mais qui n’ont pas coure dans ce monde… ou je ne sais pas m’y prendre ! J’ai cherché à vivre au plus près de la vie, comme dans une sorte de noyade alors qu’on y respire encore et j’ai rencontré bon nombre de bouées de sauvetage, de celles qui laissent bien la tête hors de l’eau ; mais aussi, dans le froid, la bouée est-elle la meilleure manière de mourir… cette tête hors de l’eau, doucement, en grelottant et par, finalement, anesthésie (celle qu’on refuse à ceux qui veulent mourir, qui doivent, pour eux-mêmes, mourir). Il en est des études sur les superstitions comme de celles sur la transe : de loin, avec la cuillère du diable.

La pire des colère est la colère imaginaire qui vous est extérieure : celle du vent, des cailloux, du père ou de l’Éternel : rien de tout cela n’existe, mais l’empreinte de l’imaginaire est telle qu’elle est plus puissante que la réalité. Car, dès le plus jeune âge, on subit un apprentissage à donner la plus grande mesure possible à cette dimension : vous entendez bien ce que je dis : on apprend à donner mesure à la dimension imaginaire. Cela ne nous sert à rien et nous éloigne même de la vie, en tant que vécu immédiat ou même prévisible. Mais plus on sait donner, extraite de l’énergie de ses propres émotions, de force à cet imaginaire et plus il vous envahit, comment dit-on déjà ? impérialistement. De sorte que les problèmes réels qui ont été jetés sur le réel par cet imaginaire ne trouveront jamais de solution sinon qu’imaginaire, ce qui fait du monde une poubelle d’imaginaires plastics, chimiques, -icides, nucléaire (bombes et centrales), pétrolière, etc. L’imaginaire se bat contre le réel avec ses propres moyens : l’imaginaire ; il ne comprend plus le monde que selon ses propres critères, trouvent des rustines (superstitions) à ses fuites devant ce réel, des « lois » de la nature. Dieu est la plus grande séparation de l’humain de sa vie (il était plus proche de la vie lorsqu’il en avait plusieurs, et beaucoup de féminin). Aujourd’hui, effectivement, le monde est humain : il baigne dans les images (l’argent compris, dont la valeur est extraite de la survaleur), se noie dans les images, ne vit que par les images. À peine l’accouplement reste-t-il une matière de chair satisfaisante ! L’invention de l’électronique et son aboutissement actuel (dont on attend avec fébrilité l’avenir dans une « intelligence » « artificielle » qui vous séparera encore davantage du vivant) n’est qu’un prolongement de la bureaucratie et du flicage qui ont commencé avec l’écriture, à Suze, il y a cinq mille ans. On le sait, mais il s’agit d’image qui cache d’autres images et quelle image que l’artificielle ! La prétention de l’image de dépasser le réel est rattrapé par le réel : tout dernièrement, on s’est aperçu que depuis plus de vingt ans (c’est-à-dire : depuis le début de l’affaire, quasiment) deux « failles » sont présentes dans l’ensemble minéral du parc électronique. L’humain ne reste qu’un bout de chair, sur une planète qu’il a pollué à l’excès, qu’il raffine ou non le silicium, parce qu’il refuse d’être ce bout de chair.

Un dieu n’a jamais tué personne, sinon que par la puissance de l’imaginaire ou des tueurs ou du tué ; une prière (même si ça fait du bien) n’a jamais été exaucée, sinon que par hasard ; bien qu’il soit destiné uniquement à sa propre satisfaction, un rêve reste en toute circonstance un rêve : le produit de l’imagination humaine. Ce qui ne rassure plus ceux et celles qui cherchaient dans cet imaginaire un répit à leur angoisse. L’image cache l’angoisse, mais l’angoisse demeure, et elle demeurera tant qu’elle ne sera pas dévoilée… mais voilà ! elle fait si peur qu’on ne la dévoilera jamais. Ce n’est pourtant, quand on l’a découverte, qu’une petite chose faisant partie de la vie, comme le fait de devoir manger, boire, aimer, dormir, savoir, s’occuper. Ainsi, cette histoire de mes vœux de la pensée qui n’est pas l’histoire des productions de la pensée, mais de celle de la conscience de soi et de l’image : nous sortons à peine de conditions qui ont créé l’écriture, nous avons les mêmes dispositions de pensée qu’il y a cinq mille ans, nos dieux sont les mêmes (bureaucratie, flicage, domination d’autrui), seuls les moyens ont évolué (ceux que l’on prend pour une évolution de la pensée, imprimerie comprise). Avec le patriarcat, nous avons perdu la Muse, le contact poétique avec le monde (quand je parle de poésie je ne parle pas de la dernière chanson de Johnny, vous comprenez l’implication du mot, n’est-ce pas ? la transe poétique, l’unique chose qui est propre à l’humain et que tous les autres animaux nous jalouse, encore qu’ils vivent, eux plus que nous, le présent au présent. En fait, ils ne nous jalousent pas de nos transes, puisqu’elles sont devenues si peu présentes, et qu’ils ont conservé – pour ne l’avoir jamais égarée, même dans la domestication – la capacité des leurs qui ne se sont pas perdues dans des leurres, des images de transe).

Nous sommes toujours dans le même état de pensée que celui qui a donné naissance aux rois, aux sorciers. Nous y baignons tant encore que cela parait normal qu’il en soit ainsi, malgré les malheurs qui suivent en cortège cet imaginaire. On parle des rois du pétrole comme jadis d’Alexandre l’ivrogne, sauf qu’aujourd’hui il s’agit de cocaïne et que la puissance de feu du premier se retrouve dans la puissance de pollution du second. Les sbires et les larbins sont toujours aussi prégnants dans leur présence qu’il y a huit mille ans. On évoque des stades de la pensée, entre Platon et le christianisme, par exemple, mais le système est le même : l’humain a toujours autant peur de vivre. Je me répète : l’évolution de la pensée telle qu’on nous la présente présentement n’est qu’une succession semblable à l’évolution des mathématiques qui aujourd’hui finissent dans les cordes. Ce n’est pas la pensée qui a évolué, mais la pensée de la pensée : laissant la pensée initiale, l’incarnée derrière son image, l’image qu’elle crée et derrière laquelle elle se cache… allez-vous en savoir pourquoi ? Bien sûr, je le sais, nous le savons tous, plus ou moins : la chair nous rattache tant à la réalité, avec ses exigences de faim, de soif, d’amour et d’amitié, d’occupation, de savoir, de confort, nous parait si terre-à-terre qu’elle ne peut que recevoir la médiocrité de l’imaginaire en partage, quand cela dénonce aussi la perte du réel de cette chair qui est pourtant bien réelle. Il faut la preuve d’une radiographie pour démontrer l’existence du cœur brisé ; des IRM pour démontrer qu’il faut reconnaitre le désarroi et le désespoir ; calculer le nombre d’âmes solitaires pour montrer combien cette société est inhumaine ; faire des lois sans effet contre le bruit pour l’admettre comme facteur de folie ; mesurer les particules fines pour continuer à les respirer ; sentir les échappements des moteurs à combustion interne pour ignorer l’odeur de la vie ; compter les désagrégations nucléaires pour ne pas même se rendre compte qu’on est impuissant devant leur intensité pour des mesures de temps frisant l’éternité ; nous tancer devant les étalages des supermarchés pour ne pouvoir choisir que du poison lequel nos nouveaux-nés-mêmes contiennent à leur naissance. Tout cela, c’est de la pensée de pensée, en rien de la pensée. La pensée aurait coupé court à toutes ces facéties pour continuer à se consacrer à sa consistance, la poésie, c’est-à-dire, la relation à autrui par l’usage de nos moyens : la pensée, l’amitié, l’amour. La relation au monde qu’avait un seul couple de Primitif, avec ses tabous et ses fétiches (c’est-à-dire ses craintes et ses ancrages), était intimement plus proche de la poésie que de celle de tous les spectateurs des télévisions du monde compilée.

Une histoire de la pensée ne peut commencer qu’au moment où on distingue deux, ou mieux, trois différences d’états à notre sujet. Aujourd’hui, ne nous souvenant plus d’un premier état, datant de l’époque où le mâle humain n’avait pas la mainmise sur l’expression sexuée de l’humain femelle pour lui attribuer le malheur du monde, nous ne pouvons qu’admettre qu’il n’y a qu’un et un seul état de la pensée, d’avant jusque maintenant. L’histoire de la pensée deviendra effective lorsque nous en auront commencer un second. La chair est certes faite de souffrance et d’usure, mais aussi de croissance et de plaisir : il nous faut penser dorénavant avec notre appendice de plaisir sexuel interne ou externe ; non plus faire jaillir la mort dans le minéral, mais la vie par l’organique ! Nous en avons le moyen, nous en sommes naturellement dotés Si les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, nous devons, nous, le réincarner.

 

 

 

 

 

 

 

Dans mon rêve

Je t’imagine parfois dans mes bras et me demande si tu y avais ta place, ou moi, n’avoir pas trouvé la mienne. Et je n’ose continuer plus loin de peur de me faire encore plus mal, en espérant rattraper au vol l’image du bonheur. Tu es si douce loin de moi, comment pourrais l’être tu au contact de nos chairs ? Allaient-elles réellement s’accorder comme dans mes rêves ? Cela n’est pas possible : je surestime la capacité de l’amour humain, il se contente de moins encore ! Rien n’est parfait, comme en rêve, en ce monde de chairs, rien, ce qui laisse le champ à ce qu’on veut vivre, finalement…

Et je pense que c’est cela le fondement de la vie humaine : le champ libre. Quel champ ? quelle liberté ? On peut, par exemple laisser le champ libre de travail, mais cela a-t-il du sens quand on en attend de la farine, de la bière, du pain ? Il faut le « travailler » ce champ : est-ce que c’est (de) la liberté ? La formule est mal dite : « le libre champ à la liberté » : vous imaginez le « libre champ à la liberté » ? Pensez-vous que cela puisse être ? Je pense que c’est dans ce volume immense de la liberté que nous puisons la vérité de nos vies. Imaginez une orange par rapport à la terre, ensuite la terre par rapport au cosmos, maintenant imaginez-vous par rapport au cosmos : c’est grand, non ? C’est immense ! Alors mesure maintenant le volume de ton espoir, de ton amour et de ta chair, pour voir combien à peu près ça pèse. C’est petit… hein ? Et toi, aussi petit que ton voisin, tu tues, tu empues, tu empoisonnes, trucides, meurtris, anti-tout ! anti-rien : qu’est-ce que tu pèses par rapport à ton voisin ? ou ta voisine ? Tu sais pourquoi ? Parce que quand tu étais petit, on t’a affirmé que tu ne pouvais pas trouver du plaisir de ton appendice de plaisir interne ou externe sexuel et que tu as tardé à le vérifier, trop tardé. Alors t’es resté accroché à cet âge sexuel… qui n’était pas encore mature. Tu as dû maturer avec ça, mais le retour au délice ne se fait pas du jour au lendemain. Car, cette jonction entre ce délice et tes organes sexués correspondra à ce retour précisément, et tu aimerais beaucoup moins alors qu’on te les casse, tu comprends ? Ces délices.

L’accès au délice sexuel est autrement plus parlant au point de vue de la vérité du vécu, que d’en parler… je veux dire que certaines choses sont accessibles, et d’autres non. D’abord, il faut se sortir des médicaments, c’est-à-dire, tenter de se sortir par toi-même du merdier où on est. C’est un sac de vipères : la frustration d’avoir vécu ce que nous autres humains ne devrions-nous pas connaitre, rend certains violents, pas maladroits, violents. Il faut le dire, si c’est maladroit ; il faut trouver une autre solution pour le violent, et là, chacun sa méthode. Moi, je dis, on peut sur-gonfler sa verge ou son clitoris jusqu’au point où il faut se laisser aller, quitte à revenir si l’effet attendu s’estompe. En fait, il faut baiser pour baiser et on le sait, c’est un acte volontaire, voulu, admis, concédé, éprouvant parfois sur des points d’achoppement. C’est la galère, mais la galère ne sombre pas ! Il faut trouver un moyen d’excitation et le rechercher comme source de votre excitation. L’amour est la douceur des possibles, et on peut aimer le temps d’une chair, n’est-ce pas, quand on peut aimer les oiseaux, les fleurs, les vêtements, les bijoux et que ne sais-je encore ? À ce point où vous avez volontairement abandonné tout contrôle, jusqu’à ce que de cette perte de contrôle réel apparaisse et vous laisse pantois et pantoise. C’est une question de correspondance d’intensité : le plus gros donne son excédent et le plus petit fait ce qu’il peu… Arrive alors le moment où on prend conscience que la conscience de l’autre est une addition à la jouissance : on sait qu’on perçoit, qu’on se perçoit et qu’on perçoit. Et une sorte d’énergie progresse en volume de votre vagin et de votre verge. Vous vous demandez si vous êtes seul à percevoir cette intensité, si votre autrui a les mêmes sensations que vous. Il n’y a que perception comme solution… et là vous êtes perdu dans la sensation de l’autre. C’est juste à ce moment-là que l’orgasme arrive, comme un éblouissement, un vertige, une reconnaissance de la communion. C’est un moment un peu fou. Puis, vient le doux reflux et d’avoir eu le plaisir de ce mélange qui vous ôte de votre solitude.

Regardez maintenant le monde dans lequel nous vivons : pourquoi est-il si pourri ? Parce que nous avons oublié que le plaisir de la vie est son plaisir. Et cela depuis tout jeune, jusqu’à sept ans, en gros. Après c’est l’amnésie. Comment peut-on faire resurgir quelque chose dont on ne se souvient plus ? Nous savons de ce dont nous ne devons pas penser, nous le savons ! n’est-ce pas là le chemin à suivre, ce savoir ? Nous savons de quoi il retourne, ce que cela concerne, relève, rebondit, s’excite du sexe, nous le savons, que diable ! À ce stade, la timidité est de la peur, vous ne croyez pas ? Un peu de courage, que diable ! Il faut bien suivre la méthode, et anticiper qu’on va devoir lâcher prise. Ça comporte comme une règle absolue, sinon rien.

Nous sommes donc doté du savoir, par rapport aux autres animaux. La conscience ? Tout le monde en a en suffisance, et l’humain en excédent. L’âme : elle est aussi fugace que lorsqu’elle s’envole de la mort. Il ne reste pas grand-chose… Ce qui nous différencie des autres êtres vivants de cette planète, c’est que nous sommes doté du savoir, cette sorte de collectivisation du vécu. Chez les autres, ils tournent dans le bocal du temps ; nous, nous partagerons notre vécu sous forme d’images, tandis que les autres animaux ne le partage que dans la sensation (et sa mémoire). Et dans cet étrange deal de la nature, nous devons revenir à l’état d’animal, parfois : naissance accouchement, puberté (premier baiser), orgasme et d’autres encore, et quelques autres encore. Nous possédons le don de ressentir les images qu’autrui nous donne à voir : imaginez ! Le don d’un dieu ! ou peut-être d’une déesse.

 

C ‘est quand on a la muse qu’on poème

(chanson)

Dans mes rêves je te dis
des mots d’amour
Je les écrit sur la rondeur de tes
fesses
Sur le soyeux de tes seins et du galbe
de tes cuisses
Et les promènent comme une caresse
sur ton front et tes lèvres…

 

Ô ma muse, où es-tu ?
Loin d’ici ou bien de là
Et pourtant si loin

 

Et oui, ma muse doit être de chair, mais aussi d’autre chose, d’une étincelle ou de mon étincelle qui se reflète dans ses yeux. Elle doit avoir des seins sensible à la caresse, dont l’odeur du pubis rappelle le nard, et le goût de sa cyprine l’étendue des mers. J’aime à penser la douceur de ses cuisses sur mon visage, laquelle est parcourue par le bout de mon nez. Ses baisers ont le charme de la fondense, zut… fondance ? Oui, la gigue ! Et quand alors elle vous prend la queue dans sa main, c’est le plaisir suprême : elle m’aime ! elle aime ma queue ! La coquine monte et descend le long de la hampe cessant son mouvement à l’orée du gland sur son chaud mont de Vénus. Son baiser vous engouffre et la chaleur de sa bouche irradie cette extrémité de la verge. Un jour, vous arriverez à vous unir par le sexe, homme et femme, femme et homme, j’en suis sûr. Mais ça va prendre du temps ! Car ce qui importe c’est notre nombre : plus nous serons de corps, plus nous donnerons corps à notre cause, et moins leur puissance frustratrive aura la force de la persuasion, car mieux aura-t-on compris que c’est plus la frustration qui nous empoissonne que notre satiété sexuelle paire ? Non ? Cela, nous ne le savons pas encore très bien ; c’est pourtant un point d’appui sérieux, solide et suffisant pour affirmer que ma muse devrait être de chair.

C’est là la difficulté : plus on se sent proche de sa muse et moins elle est là, de chair et d’os. Non… ce n’est pas la solitude qui prive de la poésie, mais plutôt le savoir que ce n’est qu’un rêve ! Et c’est un peu désespérant, parfois : on l’aimerait si proche, en chair chaude, aimante et sexuellement, pensante et mémorisant, joueuse et un tantinet bavarde. À la question philosophique de savoir si le désir a droit, ou devoir de se retrouver dans la réalité, on doit répondre : par hasard. Et le hasard existe. Il existe en musique, en peinture, en sculpture, en plein d’autres choses, pourquoi pas dans la vie ? Faire du hasard un art, pourquoi non ? La ficelle peut aussi mener à cette notion que vous êtes responsable de votre propre hasard (on le comprend lorsqu’on n’entreprend rien pour le solliciter, par exemple) et c’est compliqué parce que
1- on ne peut comprendre ce qu’on ne sait pas quoi comprendre, à moins d’intuition
2- il y a des conditions matérielles au hasard sur lesquelles vous n’avez pas une grande prise et encore moins d’emprise : la matière elle-même contient le hasard, alors vous ?

Il faut certainement se bouger le cul, tant qu’on a la santé, il faut en profiter. Ben, moi, j’en profite plus bien, du hasard, je vous le dit ! Ma muse est d’or, ce soir j’ai la sauce cailloux. Tous les jours sans amour, sont des jours perdus et perdant. Et qui dit « perdre » dit, une nouvelle fois, le peu de cas que fait de vous le hasard. En fait, le hasard n’existe pas, ou alors il faut qu’il change de nom. Car le hasard a une fin, une finitude, aussi fugace que l’âme du bonheur, et cette étincelle enflamme le petit nid d’amour que vous entreteniez avec jalousie, qui, à son tour, va vous embraser suivant la consistance de votre bois. Le hasard à une fin pour chaque chose, mais elle seule. Drôle de bête. Il faut (ou bien le hasard doit toujours) être renouvelé. L’art du hasard a cette règle que l’on ne peut savoir quand il faut le provoquer, ou bien on peut le vouloir, mais ce sera de seconde main : on aurait dû le savoir avant pour qu’il n’arrive pas.

La manière de supprimer le hasard est autant de s’y fier ou d’en défier l’efficacité. Le hasard est l’énigme humaine. Il n’y aurait pas de hasard sans humain, ni d’humain sans hasard : il faut le savoir par cœur. Rappelez-vous ma métaphore de tout à l’heure relative à la grandeur de l’âme : il ne s’agit pas montrer ses dimensions, mais son volume multiplié par l’intensité de sa pression interne. Plus on est compressé par sa peau, sa propre peau, et moins on est sensible à l’extérieur. L’appendice de plaisir interne et externe sexuel est le moyen de décharge de cette pression lorsqu’il se mélange aux sensations de l’autre. Sinon, on continue de gonfler et, loin d’exploser (parfois de rage) on apprend à en sentir l’incommode. À ce point, les choses s’inversent : il y a une sorte de plaisir à n’en avoir pas, à supporter de n’en avoir pas, et transiger d’en avoir, à tergiverser parce qu’on en a pas, à regimber parce que qu’on a peur de n’en pas avoir, ou de trop près l’approcher (ça désoriente, c’est vrai), etc. On nomme cela : le caractère : la manière qu’on a adaptée pour survivre à l’absence de plaisir incarné mal adoptée.

Le caractère est quelle chose d’un peu complexe : il est à la fois une protection contre le plaisir interne et le plaisir externe ; et à la fois une limite à ces plaisirs, une limite d’intensité.
Protection : L’âme est une baudruche à la peau flexible dans le sens de l’épaisseur et souple dans l’intensité de son volume. L’anesthésie se produit par endroit, fille du manque de mouvement intégral, de l’ensemble du corps, sous formes de convulsions involontaires. C’est le « réflexe d’orgasme » de Wilhelm Reich, et son anti-thèse, la « peur de l’orgasme » : on ne peut parler de l’un sans l’autre. Cette peur est la maladie qui préoccupe 96 % de l’humanité, et 92 % sans le savoir de cette peur ; et elle est tenace. Mohamed n’a jamais parlé de la circoncision (il a parlé du sacrifice pas de la circoncision, du mouton, par de l’enfant), et un homme ne peut pas se gratter les couilles parce qu’il a les poignets cloués à une croix. On vénère la croix, depuis, et on donne son âme au mec. Tout cela pour réduire la peur de l’orgasme.
Intensité : le caractère se manifeste comme une contraction involontaire musculaire dans l’organisme qui ressent le flux du plaisir ; flux ou trop rapide et/ou trop puissant pour pouvoir être admis, accepté par cet organisme « cuirassé ». C’est un véritable handicap. Il faut apprendre à souffler – comme sur un brandon, lui insuffler la vie – à l’arrivée du plaisir pour relâcher à sa venue. Car si le plaisir est craint, il est aussi le bienvenue, l’attendu, prévu, au moins escompté !