Technolicide social

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L’être humain est un être fantastique (bon… je joue avec le mot…) : dans Reporterre, je vois la photo d’une femme, d’un enfant et d’un nourrisson pygmées devant leur habitation (petite) en arceaux de branches et de feuilles. Et je les vois VIVRE, sans, par rapport à nous, cette technologie qui nous bouffe la vie. De plus, cette technologie (essentiellement minérale) étant un acte de pouvoir sur le biologique (l’organique), elle ira les emmerder dans leurs lieux de vie. Car leur « état » technologique est largement suffisant pour vivre, mais l’hégémonie technologique du reste du monde veut s’accaparer de leur espace vital. Certes, ils ne « vivent » pas si longtemps que nous, mais leur vie est autrement intense que celle d’un quidam qui attend sa retraite au bout de 40 ans de travail ! Chez eux, ces 40 années ont été de vie, de relations affectives, sociales, essentiellement sociales, chaque jour, chaque heure, chaque minute. Oui… la maladie, tout ça… ok, mais quelle est l’intensité humaine de ce vécu humain ? On parle de ND des Landes : là-bas, il se joue la même partition : vivre, sans travail, socialement et organiser la société autour de ce centre. Disputes, ruptures, conciliations, ententes, compromis, réconciliations, amour, don, etc. tout cela fait la vie sociale que la société est à même de réguler par l’entente sociale de ses participants. Et la technologie, ICI, n’a que faire de dominer, car elle y est, à peine, un accessoire : si un problème doit être surmonté à plusieurs, faute de technologie, cette action devient (pas comme les travaux obligatoires de Mao) sociale, car décidée socialement, c’est à dire avec le vécu de faire ensemble ce qui a été décidé ensemble et de réaliser ce vécu ensemble. Je pourrais dire que le progrès n’a été que technologique, comme matière autonome, comme si l’objet de l’humain était « technologie », à envahir le monde : et c’est ce qui s’est et se produit. La technologie, à travers l’humain, a envahit le monde, l’a pollué, pourrit, radioactivé, endocrinisé, plastifié, carbonisé, etc. jusqu’à présenter le monde comme son adversaire, car le monde ne veut plus être plus technologisé, car le monde, la planète n’en peut plus de la technologie humaine ! Le monde, celui qui nous habite, renâcle à tant de malversation et se débat pour survivre.

Sur cette photo on voit l’humain nu devant la vie, mais adapté à la vie. Aujourd’hui, on s’adapte à la technologie, pas à la vie, et les diverses contestations du jour tournent, non pas à un retour bobo de l’existence, mais à la perception du vivant en soi et chez autrui : naissance, éducation, occupation du temps. Ces contestations remettent en cause l’aspect phagocytaire de la technologie sur le vivant. Dernièrement, en conclusion d’un documentaire sur l’emprise de cette technologie sur la planète, le commentateur remarquait qu’à la différente de tous les autres êtres de la planète et que, donc, cette planète a créés, l’humain a le choix de construire, de ne rien faire ou de détruire. Le capitalisme, on le sait, est la destruction systématique pour sa construction et cette conception du vivant ne peut être remise en cause à moins de sa mort et des relations sociales qu’il implique ; en fait, il faudra bien admettre que ce sont ces relations sociales qui sont néfastes, délétères et déprimantes : narcissisantes. Le capitalisme est le fruit du patriarcat au stade technologique présent (depuis à peine 200 ans) de la société humaine. Le patriarcat veut mettre à profit la possibilité de dominer autrui, principalement la femme et l’enfant, quel qu’en soit le moyen (faute de trouver son écho dans l’affectivité qu’il ne peut que réduire à sa maigreur, il le trouve dans la forme de l’outil : la technologie, dont le plus subtile et le plus sublime est l’argent : la valeur matérialisée en minéral, le fétiche de la marchandise) et on voit le présent comme sa conclusion minérale perpétuellement renouvelée. J’y retrouve ce désir de ce pouvoir sur le biologique par le minéral, car, quelque part, ce biologique (l’organique et sa pulsation) est devenu comme minéral et, comme on revient sur les lieux de son enfance pour tenter d’y trouver une solution qui, venant trop tard, s’avèrera impossible, ne fait que réduire cet organique à son fantôme. Ainsi, tant que la technologie tentera de résoudre et de donner forme à des fantômes, ces fantômes tenteront de prendre vie, alors qu’ils en sont pas même de l’ordre du minéral, mais de celui de l’organique qui s’est perdu un jour, quelque part et se poursuit comme l’ouvrier la pointeuse (ou le cheval, l’injonction), en détruisant tout sur son passage, car il ne prend plus alors conscience ni de son harnachement ni de son acharnement.

On va donc dire que ces animaux humains pygmées sont plus sauvages que nous autres, animaux technologisés, mais une fois encore, cette « sauvagerie » est d’autant plus humaine qu’elle est immédiatement vécue en tant qu’humaine, sans intermédiaire d’aucune sorte. Et même si le « sauvage » est la crainte de l’inconnu pour se préserver – c’est-à-dire préserver ce que l’on considère comme l’humanité de son vécu – cette mesure de soi n’est en rien inférieure à ces technologistes qui les ont, de toutes façons, esclavagisés, réduits au travail, à cette maigre conception qu’ils ont de l’occupation du temps : déshumanisée. La plus grande partie des « fictions » du monde moderne ne parle que de cette esclavagisation (sexuelle, obligation au travail, à penser ainsi ou ainsi, à vous conformer à un ordre de soumission), comme du « mal » (le grand méchant loup) et le libérateur est celui qui vous en dispensera des affres. C’est pourtant le vécu général qui, comme un fantôme, se retrouve sur l’écran blême des journaux télé-visés, celui des nuits de vacances ou des smartphones. Cela permet insidieusement ou par la bande, de passer à travers les gorges, les yeux, le nez, les oreilles, le cœur, les effets collatéraux (les diverses pollutions) que de la technologie mal employée comporte, et que ce sauveur sauve, loin du dessein de les faire accepter comme un moindre « mal », mais plutôt comme allant de soi, voire indispensables !

Parti chercher la lune

Chanson

I
Parti chercher la lune
Un matin de novembre
Sur le chemin brumeux
D’un soleil naissant

J’ai parcouru fortune
À courir le cœur tendre
Flotter sur l’écumeux
D’un doux sein languissant

[refrain]
De moi qui t’aime tant
Ne vois-tu la raison
Qui transsude de l’être
Que tu as dans tes mains

Dos au soleil levant
Je vois l’axe horizon
Te cacher disparaitre
Y a-t-il un demain

II
À chacun sa chacune
Aux rencontres y prétendre
Pour mélanger nos vœux
Et nos corps consentants

Rencontrer l’opportune
La douceur qui fait fendre
Quérir le « oui je veux »
Qui entrouvre ton glissant

III
J’ai descendu la dune
Où je veux mon cœur pendre
À ses bras duveteux
Le laisser frémissant

Et te donner ma brune
Jusqu’au bout de mes cendres
Et taire le vaniteux
De mon amour ravissant

Le 2 juin 2017

 

L’écluse d’aval

Je ne me ferai jamais à la profonde connerie de ce monde qui ne tient jamais qu’à cette manière  de détourner tout de la vérité, comme si l’image était plus réelle qu’elle et qu’il n’est possible d’en jouir que de cette sorte de faux. Toute la production capitaliste tient sur « cette sorte de faux » et tout le monde, par habitude, lassitude, corruption des âmes, s’en contente ; et on vit le résultat écologique semblable à cette perception de la réalité faussée.

Le monde humain est d’une extrême richesse, qui va au-delà de toute attente, mais il est dégradé, véritablement, par ce parasite, cette totale absence d’intégration à l’environnement dans lequel il se meut, il vit. Il est d’abord dégradé par la perception de ce qu’il est et ensuite – et concomitamment – par ce qu’il s’en donne : il a peur de la puissance de l’être, de l’ici et maintenant, comme de lui-même qu’il comprend comme « spirituel » bien avant d’exister, tout simplement. Il ne peut se passer, l’idiot, de l’image qui est au-dessus du monde, au lieu de celle qui le comprend, lui, et son interprétation et le monde, en un tout organique, palpitant, vivant.

Quand il ne trouve pas quelque chose d’extraordinairement complexe, il le complexifie pour avoir la sensation de le vivre « plus fort, plus grand, plus loin, plus longtemps », alors qu’il s’échappe et ne fait que perdre la sensation de son réel dans le monde. Il défraîchit les plus belles choses en les réduisant à des choses auxquelles il incorpore l’âme d’une image et affirme alors qu’elles sont « plus fortes, plus grandes, plus lointaines et durent plus longtemps ». Il l’exprime alors par sa vocifération de spectateur, comme véritable vécu (oui, certes !), assis sur un banc… de spectateur du monde. Il organise à regorger des images mouvantes, payées très cher, pour qu’il puisse procéder ainsi, qui la plupart du temps, se disputent une balle ronde ou grossière, plus ou moins cousue, plus ou moins lourde sur des espaces plus ou moins étendus, qu’importe ! Ça lui prend un temps faux, une énergie folle, mais il est content, car il ne sait pas autrement procéder que par cette perte de conscience, cette transe, par quel autre moyen que lui-même se procurer une jouissance peu ou prou similaire. C’est extrêmement agaçant de constater qu’il ne sait faire autrement, comme d’aller chaque matin travailler, par exemple.

On sait, on entend que ces vociférations ne sont pas de joie, mais des exutoires à une rage, ou autre colère qui ne voudrait pas se dire, mais qu’on exprime cependant dans l’insulte, des gesticulations des bras qui expriment le rejet d’autrui. Comparons des cris d’enfant en train de jouer avec l’eau et oyons ceux de ces adultes, braves travailleurs responsables familiaux et payeurs d’impôts, dans la même situation ! Nous n’entendons plus la joie libre s’exprimer, mais celle dont le cri passe mal la gorge sinon que la force du poumon trop longtemps retenue fait pourtant jaillir dans l’âcreté de l’âpre. Oui, ces cris expriment une joie, comme les grains d’un sable mouillé passent un tamis : tout n’y passe pas ! et la joie est parcimonieuse. On rentre le soir proportionnellement libéré, dont on sait qu’un verre de bière va dissoudre les nœuds.

L’ingéniosité humaine est infinitissime, mais elle n’éprouve guère le plaisir de se rendre compte de son impact sur le monde, de s’y conjuguer au plus près (car nous en sommes issus), de se marier à son environnement : elle le détruit, comme le bulldozer la forêt ou la maison d’un palestinien ; et toujours pour faire correspondre ce monde (le notre et unique) à une image. Aujourd’hui (et depuis environ huit milles ans, depuis l’émergence du patriarcat, principalement), cette ingéniosité (ici sous l’aspect du caractère technologique humain) est réduite (encore qu’exploitée à outrance sous des formes aussi variées que multiples) à l’exploitation de ce monde, et son voisin aussi bien : les murs servent à construire des prisons ou des forteresses, des banques comme des clapiers à humains, avec une dépense énergétique immonde : béton, ferraillage, adduction d’eau, tout-à-l’égout ; où les chairs servent de mitraille comme d’élément de chaînes. Les usines ressemblent à ces prisons, sinon que les prisonniers s’y rendent comme de leur propre gré. L’évolution des outils, d’abord de défense et ensuite d’attaque, sont terrifiant de destructivité, jusqu’à polluer l’atmosphère, les eaux et le sol pour des milliers d’années, par prévention ou altérer le placenta et dénaturer le lait maternel. Mais tout cela va comme de soi, tout cela court son cours, sans entrave, sans résistance car le nombre fait force et immensément nombreux sont les vociférants et plus encore ceux qui ne peuvent plus rien dire. À bien y regarder, le drame humain est ridicule du point de vue du monde.

En défense à mes congénères, je sais que tout est fait et mis en œuvre pour qu’il en soit ainsi et pas autrement : il est besoin et indispensable qu’un maximum d’entre eux aille au travail sans rechigner à la tâche, quitte à la rendre intéressante pour quelques-uns. Les syndicats eux-mêmes perdurent la souffrance du prolétariat pour avoir le loisir de protéger la marchandisation, la valeur d’échange des choses et des êtres. C’est dans ce travail qui détruit tout que s’immisce le drame de Nietzsche, les cœurs y ayant consumé leur âmes. Ce travail a une telle importance que son contraire, la simple occupation de la vie n’a trouvé aucun écho dans les milieux révolutionnaires, cette occupation du temps paraissant sans doute totalement futile, fortuite et dérisoire. Et pourtant, je ne travaille pas ! C’est que, même ceux qui critiquent le travail y travaillent et parfois dur…

La révolution sera donc d’occupation, non pas des usines, mais de nos vies qui auront délaissé ces usines de mort. En centrant nos occupations sur le plaisir de faire croitre les fruits de cette terre, déjà nous signons la mort du travail, dès lors que nous occupons notre intelligence technologique à trouver son frein dans le minimum de son usage : je sais de quoi je parle : je déteste travailler, en conséquence j’utilise cette ingéniosité à NE PAS travailler… et ça marche. Je suppose qu’à travers beaucoup de bavardage (le non travail) de beaucoup, je devrai encore moins travailler. C’est un noble but d’utiliser son temps à tuer le travail dans l’œuf, de sorte qu’il ne naisse pas. C’est une tâche collective, où la femme se doit d’avoir la même hauteur sociale que l’homme de sorte que la plus petite organisation doit être impérativement mixte : à chaque poste de délégation (président de la République, préfet, ou quoi ou qu’est-ce, délégué syndical, président de copropriété, etc.), sont nommés et une femme et un homme ; l’homme est élu par tous, la femme par seules les femmes. Comme les lois de Stolon, nous devons écrire ceci dans du marbre et envoyer une copie dans l’espace intersidéral pour semer la bonne parole aux étrangers qui voudraient nous rejoindre et ne seraient pas à notre niveau social, et signifier que cela est pour nous clair.

Transologie 3

[Transologie 1, Transologie 2]

Il faut admettre que le phénomène de la transe n’est absolument pas compris, débilement utilisé et idiotement vécu, quoiqu’elle est toujours d’un intense vécu, hypnotique et puissant.

On voit des gens vociférer devant des chevaux qui courent après la victoire, des sportifs qui courent après un ballon pour chercher l’obtention d’un total victorieux, des pousseurs de pions qui pimentent cette contrainte par ce que d’autres nomment « intelligence artificielle » comme résumé qu’une compilation bureaucratique plus performante que le simple crayon à papier, etc. et tout ce beau monde de crier à l’apothéose lorsque la victoire est atteinte… et pour un seul, bien évidemment, sinon la transe aurait un goût de partage qui deviendrait incompréhensible et la dénaturerait comme l’eau de mer le vin.

La jouissance que procure cette transe est certes son vécu (qu’importe, finalement qu’on ait ou pas perdu, sinon qu’une revanche de transe) mais surtout l’attribution d’une valeur à un des pots de la bataille organisée à cette fin : un gagnant ; ce plaisir est d’autant plus grand que ce pot a rempli la mission qui lui a été donnée et qu’on attendait : gagner la partie. La valeur est là : gagner la partie.

Si la transe veut rester aujourd’hui incomprise, c’est qu’en secret elle sert la marchandise et que cela doit rester secret (ouaps : le secret de la marchandise c’est la transe ! oui, mais sous quelle forme ? That’s the point). L’aliénation affective (les maladies « mentales ») est le support de cette transe en tant que tentative de résolution d’une contrainte sociale, comme toutes les transes. La transe fait partie de la vie, et nous n’en connaissons rien, ou si peu, sinon que sous un aspect : l’aspect mystique. Et cela défausse bien le problème de sa forme : asexuée, délirante, irresponsable. La transe est une manière universelle de solutionner une contrainte à caractère social, affectif ou physique, de manière collective, car cette contrainte se rejette sur le collectif. Les produits humains qui sont normalement alloués à la transe sont frelatés, et la transe reste sans solution, c’est-à-dire qu’elle se réalise selon l’inverse de ce à quoi elle est destinée. Cela : on le sait, on a peut-être hésité à le formuler correctement.

Pourtant, on sait aussi que la transe est cohésive, logique (du point de vue de la vie qui n’est pas toujours facile à saisir), qu’elle fait partie des outils de la grégarité. Antonin Arthaud, Isidore Ducasse, les Surréalistes et les dérives des Lettristes, tout cela possède une cohésion qui s’est trouvée dans la transe, ici avec une plante, là avec du vin, beaucoup de vin. Le vain du vin bu dans le bain de la vie nue et la poésie marchande, la publicité, la transe du spectacle. Libre, la transe montre assez régulièrement ce qui ne va pas, ce qui cloche parce qu’il ne correspond pas à ce qu’on attend de cette liberté.

Il est facile de comprendre qu’un frère va protéger « l’honneur » de sa sœur parce qu’il lui est interdit d’en profiter lui-même. C’est considérer que l’accouplement est sujet à culpabilité, c’est-à-dire, interdit de plaisir. C’est débilisant, car on pourrait très facilement aller voir ailleurs ! Mais sa mère, sujette sexuelle de son mari, est le modèle qui modèle l’anticipation de cette pureté. En fait, on jalouse ce plaisir que sa mère (dont on soupçonne que l’autorité paternelle a interdit la jouissance sans souhaiter vraiment un tel malheur – soupçon qui induit parallèlement l’idée du viol ineffable) ou « sa » sœur a pris lors de ce rapprochement sexué. Il s’agit de l’honneur sexuel qui ne devrait avoir de pratique sinon que « pur », c’est-à-dire, dans l’angélique d’une catin, d’une pute dépourvue de vagin ; et ainsi d’exacerber ce plaisir qu’on ne peut qu’abhorrer dans le rapprochement sexué pour le plaisir du plaisir. Cette société est vandale, démente, lucrentielle du plaisir sexué. La transe sexuellement malade contient un but qui est différent de ce qu’elle dit vouloir vivre, et ce but est extérieur et on s’y contraint du fait d’avoir peur de la liberté (cette peur est un acquit ; ce qui est inné dans la peur est simplement la peur de mourir, de disparaître soi, mais les circonstances prévisualisées – les fantaisies – sont des acquis), et on trouve le moyen de contraindre cet extérieur qui n’a que faire de ces chaînes. Cependant, cette transe va appuyer son déroulement sur cette morale, alors que dans un déroulement évident, elle ne pense pas. Attention : la malade cache sa pensée, la saine ne pense pas et la distinction est simplement que la malade est toujours, directement ou indirectement, douloureuse. Être gardien de l’ordre, par exemple, est une transe qui pense, car elle est obligée de sursoir à ce qui ne devrait pas être et de se trouver et se donner des arguments (je suis poli : je ne parle pas d’arguties) pour pouvoir se vivre : tabasser autrui pour maintenir l’ordre. Le pire est que des gens qui ne savent pas ce qu’ils sont ni ce qu’est la transe doivent avoir une telle pratique pour passer en transe, alors qu’elle est dolorifère, pour les autres et pour soi à ceci près qu’on cache cette douleur derrière le but qui est ici l’ordre, la hiérarchie pour en jouir ; c’est là l’inversion des valeurs dont parlait Friedrich Nietzsche.

Une  personne en transe est inamovible : on aura beau lui démontrer par a + b qu’elle est en transe, qu’elle ne voit les choses que sous un point de vue particulier, fait de déduction grossières et de visualisations du monde voilées, rien n’y fera : elle est en transe, comme une femme menée au suicide une bombe entourant son giron. Il faut qu’elle y croit et comme elle y croit, elle y est, et c’est ce qui fera qu’elle se « dépassera », qu’elle oubliera ce qu’elle est : sa douleur est si intense et sa solution si rigide qu’il ne lui reste que cette manière de rompre le phénomène de sa souffrance qui peut, par ailleurs, trouver une raison sérieuse de ne pas exister. Cette transe a elle aussi un but, une désignation servant de point focal à toutes ses pensées et de décharge à son affectivité irritée, exacerbée, endolorie.

Au cours de la transe malade, la valeur est ce qui met en transe, c’est une valeur instrumentale, tandis que dans la transe saine, il n’y a pas de valeur d’objet, il y a le plaisir de la vivre ensemble. L’émulation n’est pas d’obtenir des objets, comme chez les cambistes, mais du plaisir, j’oserais dire « gratuit » issu du fait de la vivre ensemble. Les Mbuti organisent régulièrement des transes collectives (qu’on peut assimiler à nos anciens bals disparus, bouffés par les concerts et autres animations spectaculaires) où ils dansent en chantant sur une estrade spécialement aménagée pour leur permettre de sauter ensemble et de leur donner du rebond. Chez nous, il reste les fest nozs qui consolident nuitamment la cohérence du peuple breton. On dénote la différence entre un flic qui va à une manif et un couple qui va à un bal, non ? C’est la nature de la transe qui est recherchée et à laquelle, par un fait de la volonté qui va vous dépasser une fois, sera en passe de vous procurer cette transe.

Ainsi, la transe se vit sur une « valeur ». L’échange se vit sur une valeur, qu’il soit de collaboration ou d’exploitation de la femme par l’homme. Enfin, on peut découvrir après coup une valeur qui puit résumer le passage de la transe, ce à partir de quoi la transe s’est réalisée ; et en conséquence, porter un regard critique à la fois sur son résultat et sur son initiation (son passage, étant toujours de la même sorte, peut ici se passer de son grand intérêt). Si, comme j’essaye de le montrer, beaucoup est « transe », ma démarche est légitime et est en droit d’être poursuivie. et je ne saurai trop insister sur la perception, la préhension, la densité du vécu de la transe, omniprésente, à la puissance sociale immédiatement relative à celle de la grégarité humaine, sinon comme un jeu qui serait, dans le capitalisme (la préemption du monde par une forme de transe que je tente de démontrer malade), devenu trop sérieux, réflexif, narcissique.

À partir de là, que puis-je faire ? Il y a deux ou trois transes mises en avant par cette société patriarcale : le sexe de la femme est destiné à un seul homme, l’amour maternel et celui de l’homme pour la femme (comprenant que celui de la femme est inconditionnel, et donc, sans valeur proprement dite, sinon pour faire des romans ou des films à succès qui reviennent à un rapport d’argent, de cette valeur numérisée, beau mais comptable ; ailleurs, c’est une idiote plus ou moins intelligente, désolé pour elle : elle est dans le cadre, de toutes façons !).  Mais si l’amour vit d’eau fraîche, le lot humain est d’un autre ordre et principalement, dans cette société patriarcale, de celui de l’exploitation où l’homme est un cheval pour l’homme (j’ai beaucoup de respect pour les mules), un loup pour la femme et un tigre pour l’enfant. Un monde de brute où seules les brutes y trouvent leur compte de brutes car elles n’utilisent que cette brutalité comme mode de transe. Dans ce monde, on veut régner par la terreur qui est encore une forme de transe : on est obligé d’anticiper le pire et le monde devient invivable sinon qu’à travers ce pire : le pire devient une valeur indispensable à la vie (drôle de vie). Dans ce cadre où l’amour de la femme pour l’homme est inconditionnel, elle devient la coagulation d’une valeur ; en tant que telle, ou méprisable ou adulable : on ne vénère que le minéral puisqu’il a besoin de vie pour être en vie et que l’énergie qu’on lui insuffle est celle qu’on veut retrouver vivante. L’espoir est une valeur qui n’a pas de prix et qui, pourtant, est marchandable !

La marchandise est la cuirasse caractérielle qui donne sa forme à la transe.

Transologie 2

[ Transologie 1 ici]

Il y a deux formes fondamentales de transes, chacune distinguable à la fois dans la manière dont elle se déroule, son objet – on pourrait dire organique ou minéral – et son résultat, sa conclusion, sa fin, son achèvement, et pour finir, l’impact qu’elle a eu sur le futur proche de la personne.

Il y a la transe générée par la foule (les stades de foot, les concerts, etc.) ; les transes générées par la musique ; les transes amoureuses ; la transe de l’accouchement ; celle de l’orgasme ; celle du vin ou d’herbes ; les livres et le cinéma, le théâtre ; la flamme du feu ;  celle du jeu ; le beau, le bon, le juste ; l’hypnose ; celle de l’occupation (lorsque Wilhelm Reich parle de « travail », il parle de la faculté de se perdre dans un ouvrage, de se donner pleinement à une occupation) ; la transe que génèrent parfois les œuvres d’art ; les transes religieuses. Et puis, il y a la souffrance qui met en transe, car il faut se sortir de cette douleur, qu’elle soit physique ou psychique (Geerd Hamer a montré que, par ses « constellations », l’organisme prend des dispositions pour y réussir, à sa façon et le stress post-traumatique en est une autre). Et, pour finir, la terrible transe générique qu’est la solitude.

Notre société n’aime pas la transe organique pour lui préférer la transe liée à l’objet, au minéral ; elle abhorre certaines transes pour en autoriser d’autres, moins vitales. L’accouchement, l’orgasme, l’amour sexué, les transes liées au vin ou aux herbes au commun des mortels qui doit toujours se présenter en forme à son poste de travail ; et d’autres transes ne sont pas tolérées : la femme « accouchera dans la douleur », l’amour doit revêtir des habits d’anges qu’on a une époque osé mâlifier, l’orgasme est une fuite dont on a peur, il n’y a pas d’amour sans sexe bien compris, et les beuveries zet ripailles où les deux sexes se mélangent avec ardeur, ne sont plus de nos jours. Il y a des transes immorales, en somme et d’autres plus morales qui consistent simplement à rentrer de l’argent dans les escarcelles des riches qui ont perdu le sens de la transe dans la perte du pouvoir qu’ils ont perdu de se perdre – au surplus, en perdant la perception de son environnement, je veux dire, sans prendre la précaution de son environnement pour se vivre. L’objet a une telle emprise sur ces âmes, qu’importe la destruction qu’il impose, si on peut en obtenir un autre, nommé « gain » ou plus-value, ou « valeur d’échange conclu ». Dans cette condition, une publicité repeint le dérisoire de toute valeur « d’utilisation ». Il s’agit de montrer qu’on a participé à un « échange » pour que l’objet acquière une valeur supérieure, la sur-valeur (dont on est la certification du gain) à une utilisation elle-même superflue et portant à confusion, surtout dans la communication. Dans ce domaine, l’objet était principalement un instrument de musique, ou du papier dont on avait immédiatement le contact de l’utilisation ; aujourd’hui, on a un objet de transfert d’affectivité (oui, je sais, c’est l’affectivité qui crée le transfert, mais ici l’objet est le moyen de ce transfert ; Eric Berne parle de « transaction » affective : « Qu’avez-vous à vendre après avoir dit “Bonjour” ») dont on ne sait plus sur quelle névrose il repose, puisque cet objet les crée à mesure de ses intérêts, de ses gains, de sa plus-value, de la valeur minérale.

Bon, oui, tout cela est moral : le monde de la marchandise, cet objet de transe. En prenant à la lettre l’affirmation de Wilhelm Reich selon laquelle nul orgasme à un psychotique, il n’y a pas de transe saine aux mêmes personnages. Ce qui se résume par, en gros, 90 % de transes faussées. Il faut être en transe de désexué (et mener bien d’autres à un état similaire) pour créer une centrale nucléaire, introduire des poisons dans la nourriture, dans l’air, dans l’eau douce et celle des océans, sous prétexte d’un ou de plusieurs « plus vite, plus fortement, plus gros » ; et cette transe est bien étrange, sinon qu’elle ne vit que pour et par l’objet : l’autre devient un objet et on peut lui faire construire des armes et des prisons pour tuer et emprisonner sans état d’âme, car l’objet n’est pas l’âme d’autrui (qui est organique), mais celui de l’objet qui est minéralisé ; « n’est pas l’âme d’autrui » qui, vivante, doit être détruite.

La spécificité de la transe de ces gens est de fuir la transe qu’il leur a été donné de vivre avant même leur vécu. C’est-à-dire qu’il préfèrent l’absence d’affectivité de l’échange par l’objet pour se concentrer sur l’espoir d’un autre objet sur cet objet. Comme à la bourse, le vécu n’est qu’une anticipation de l’avenir, jamais le présent, l’immédiateté (la spontanéité devient ici une sorte d’instinct). Et ils créent un monde où tout est fuite, tout est évitement : l’objet est l’instrument ou l’outil de l’évitement, c’est pour cela qu’il a cette valeur si particulière, la valeur d’échange, étape vers un espoir de gain qui est l’image de l’évitement. L’intimité de l’échange est déviée et minéralisée par un objet tiers, par peur. La valeur d’échange est une minéralisation de la peur d’autrui en tant que contact intime, d’âme à âme, corps compris. La valeur d’échange est la minéralisation de la peur du contact d’âme à âme avec autrui. Tandis que dans la transe saine l’énergie provient de la vie et de la fonction de l’orgasme dans une sorte de mise en pot commun, la transe faussée puise son énergie dans la peur d’autrui, seul.

Bon, mais à tout ça : existe-t-il une ou des solutions ? J’en suis au 97e post sur ce blogue, il ne m’en reste que 4 à écrire. J’ai atteint mon but : trouver et savoir ce qu’est la VALEUR, à quoi nous l’attribuons, sous quelles formes, dans quelles circonstances. J’ai découvert que la valeur est un affect humain, au même titre que l’amour, la colère, la nostalgie, etc. Mais j’étais persuadé qu’elle était malade, et je l’ai démontré. Je ne suis pas allé au bout de mon savoir, de celui que je ne peux démontrer qu’à moi-même (d’ailleurs, il n’est pas très beau, sur ce sujet).

Une valeur est malade quand on la compare à une autre, bien vivante, lorsqu’on s’aperçoit qu’elle phagocyte la seconde de sa morosité, de ses conséquences délétères et même mortifères, que les pensées et le sens de la grégarité (l’affectif inter-humain) sont totalement obstruée lorsqu’elle prend les têtes, torturant pour une cause (la valeur au dessus de tout !), aveuglé par le gain (la valeur comme espoir) pour tout détruire de ce caillou sur lequel il nous a été donné de vivre, les uns après les autres. C’est la valeur marchande (d’échange) qui excite le coté technologique présent chez l’humain et le sépare de la vie qui va son cours. On évoque l’usage d’une intelligence pour ces technologies, mais aussi puissante (et selon se propres critères, dont le fumeux QI), je connais de gens moins pourvu mais dont le sens grégaire est dix milles fois supérieur à ces pauvres cons qui détruisent les « ressources » de ce caillou sur lequel on vit, les uns après les autres, pour vivre sa chaleur. Cette technologie *minérale* est le résultat du travail obligatoire intégré à sa propre vie, sans critique aucune, ni de soi, ni de son impact sur son environnement, si sur l’effectivité de l’usage de l’objet, ni sur les conséquences immédiates et futures de cet objet comme scission de la grégarité, du pourrissement purulent de la nature qui nous intègre, de cette transe qui ne pense qu’à elle seule, solitaire, unique, a-grégaire. Les séances de bourse sont l’antipode des cérémonies vaudous et pourtant, elles ont la même base, le même substrat : la transe : le besoin inhérent à l’humain de se sortir de lui-même, de s’oublier un instant dans autre chose que lui-même et qui le dépasse, l’engloutit, l’absorbe. Lorsque j’ai fait mes recherches sur la transe en tant que moyen thérapeutique de sortir de la moise affective des patients, j’ai été étonné de ne trouver rien que son aspect mystique, alors que la transe (comme je l’ai remarquée aussi chez d’autres animaux à sang chaud) est un moyen de la vie de vivre – ce que je nomme un « affect » (un affect se vit à travers la transe : c’est à la fois la substance et le mouvement).  J’ai été étonné car je voyais la transe partout : dans les stades de foot, les concerts, la folie des conseils d’administration, les politiques, les militaires, les curés de toutes sortes, la guerre (un coup de rhum avant d’aller au front ?), les États révolutionnaires : rien de la vie ne passe sous le joug de la logique, mais tout de la transe. Les gueulards d’entraineurs sportifs sont en transe, les flics sont en transe lorsqu’ils tabassent les manifestants, on le voit ! L’interrogation tourne donc autour de ce plaisir particulier qui est vécu dans cette transe, la nature du plaisir de ces transes pourtant néfastes, brutales, idiotes, a-grégaires, « autoritaires ». Comment l’idée d’obliger quelqu’un à penser autrement que ce qu’il pense (c’est-à-dire à penser comme soi on pense) peut-elle passer par la tête d’un humain ? Et ce fait que cela dure depuis 8 millénaires est-il une raison pour l’admettre ? L’abolition de la liberté est-elle l’ordre qu’on voudrait imposer ?

Ainsi, chaque personne, intégrée dans un groupe humain, est-elle la partie et le tout de ce vécu, et ici la transe est une idée concrétisée, pratiquée, réalisée. Depuis 8 milles ans, on impose à la femme qu’elle perde sa faculté d’entrer en transe lors de la mise au monde de l’enfant ; c’est-à-dire, à lui imposer une position, des directives, un sens, une destinée, une apologie au fait qu’elle accouche, alors qu’il s’agit de la laisser tranquille, de la mettre en sécurité afin de lui permettre de cesser penser et qu’elle entre dans SA transe : celle de la mise au monde, conjointe d’elle et de l’enfant. Cela date de la même époque que celle de l’invention de la valeur en valeur d’échange qui est l’exacte inversion de la valeur d’utilisation, du vécu (et non pas d’usage, qui est un non-vécu et est la justification de l’échange). Le vécu s’est alors changé en art, en « travail », devenant ainsi l’unique source de la valeur d’échange sur la base du phénomène naturel de la grégarité, transformation en objet séparé du vécu, c’est-à-dire : vu de loin, accessible à un autre qu’on jalouse. Dans de telle conditions, s’il n’y en a qu’une, quelle est la solution ?

Je ne vois pas dans la découverte de la question, l’obligation d’une solution. Néanmoins, je peux en avoir une, mais elle ne sera pas celle-là qui convient, puisqu’elle contient encore la question (c’est comme cela que je pense). Je veux dire que c’est parce que j’ai déjà une solution que j’ai pu énoncé à cette manière, la question. Souvenons-nous du cailloux et des ondes de l’eau et de ce qu’est la pensée (on peut étendre la perception de ce phénomène à plusieurs opérations différentes, et c’est intéressant : l’œuf et la poule sont la même chose, donc l’une a donné l’autre et réciproquement). L’art de brouiller les pistes pour ne pas trouver la question passe par l’énonciation d’une solution. La solution posée, la question est la même : déjà la méthode ne tient pas debout. Il faut changer de paradigme, on l’a bien dit souvent, non ? Mais quel peut-être un paradigme qui n’a jamais été pratiqué ? C’est le propre du paradigme de ne rien dire sur ce qu’il est. Alors…. qu’est-ce qu’il n’est pas !?!

Qu’est-ce ce que n’est pas un paradigme ? Un paradigme, c’est « une manière de » se pencher sur la question sans en avoir l’air. Ainsi, on n’est responsable de rien, finalement, car on n’a que lui pour sa propre référence. En conséquence, c’est quoi « on n’a que lui pour sa propre référence »  ? C’est qu’il n’y a qu’un seul objet : l’objet. Quelle est donc l’influence de l’objet dans la socialité humaine (elle qui l’a si fièrement inventé !) ? Cela devient presque obstinationnel (obsédant) de désirer répondre à cette question : « Pourquoi le monde est-il ainsi ? ». J’ai beaucoup aimé l’explication de Sigmund Freud et de Wilhelm Reich sur ce fait remarquable qui est d’avoir une sexualité qui se pense ; qu’on a pas tout à fait résolu le problème, et que les maladies « psychiques » (affectives) ont chacune leur particularité spécifique fonction de la complexité du problème : comment il se pense, lui, en tant que problème ? Et comme la personne humaine est un être qui se réfléchit sans en jouir sinon que par cette pensée, peut-il trouver de solution au fait de devoir penser et de ne pas penser sans se prendre en main ? Chacun à sa manière, a donné le la de la solution : se laisser aller au laisser-aller. Jeune, plus impétueux, Reich a reporté le tout sur la sexualité, alors que Freud, moins aguerri, a préféré sublimer. Le cailloux et l’onde…

Transologie 1

La première des transes, la plus vitale et la plus virale en son genre, c’est le sommeil. Cette transe est si profonde qu’on n’en peut pas même l’usage de l’usage de soi, en soi.

La seconde, c’est l’orgasme. Alors on va me dire qu’il faudrait attendre jusque l’âge de 12-15 ans pour y accéder ? Ben non, bien sûr : avant même notre propre naissance, nous avions des orgasmes, et parfois de loin ! Mais cela paraissait tellement naturel qu’on ne s’en ai jamais posé la question : on le vit, et c’est d’ailleurs la seule chose qu’on peut faire dans ces moments-là. Alors, penser ? En nous concentrant sur le centre de l’intérêt, la pensée est l’onde du cailloux qui est tombé dans l’eau, certes en tant que vécu, elle vient après que la chose soit vécue. Il n’est donc possible de le décrire, cet orgasme, qu’après coup et encore, en attendant celui qui vient pour en être le plus proche (ou pour les curés, les militaires, les matons et les politiques : le plus lointain) possible : c’est sa vertu, à la pensée : de voir après et nous ne pouvons mettre en doute qu’elle ne peut décrire que ce qu’elle n’a pas vécu, comme la plume précède le gros du vent, mais loin derrière la brise.

La pensée bien vécue est une transe. La pensée est tellement complexe dans son autre chose que s’en est étonnant ; et cet étonnent-même est source d’interrogation, lorsqu’on a conservé une bonne fraicheur, source de plaisir : on peut jouir de la pensée. Et je trouve cela formidable, de pouvoir jouir d’une chose aussi insignifiante qu’elle ne peut remuer une montagne qu’à l’aide de quelque chose, car en soi elle ne peut rien. Vous bouger le bras, le bras bouge ; bougez la pensée, rien ne se passe – à moins qu’elle ne soit émotion, bien sûr. Elle est parfois si légère qu’on lui octroie le privilège d’être « apesantique », non sujette à la pesanteur.

Et je suis particulièrement fier de penser en français, la langue transensuelle par excellence. « Non sujette à la pesanteur ou l’apesanteur ? » : c’est une langue géniale. Une transe de plus. Mais il faut que je sois en forme, tout de même : si ma capacité à jouir est amoindrie, amoindri sera aussi le plaisir qu’on peut en avoir.

Jouir de sa pensée, ou de celle des autres, a quelque chose de sexuel : on éprouve comme une sorte de correspondre au plus près de la question dans le plus d’économie possible : la jonction des mots, on ne sait d’où ils viennent, tombent comme dans un puzzle dont les formes se créeraient juste au moment où un mot tombe dans la réalité pour s’y coller comme deux amoureux entre eux. De plus, ça fait absolument ce que ça veut : on a juste à donner une petite impulsion ici ou là, pour qu’elle s’enraille tout de suite sur un chemin dont on ne sait où il va ! La pensée, c’est quelque chose d’absolument étonnant. Je ressens parfois sa lourdeur au front, alors qu’elle n’est pas même capable de soulever un duvet d’eiders. Quelque fois, je me demande si ce n’est pas elle qui me fait mal à la tête, mais les localisations de ses céphalées n’étant en aucun cas prévisibles, je ne peux en être sûr, à moins d’admettre qu’on a une pensée multiple, ou qui court dans votre cervelle, à pas de chaton.

Comme je l’ai dit plus haut, il y a aussi la transe sexuelle : le jeu avec (ou) les (des) organes génitaux. Et au fur et à mesure que les âges s’accumulent, on a le désir de la vivre à deux. Chouette, les deux sexes sont différents, complémentaires et correspondants ; étant par ailleurs disponible pour une projection du plaisir que ressent l’autre (attention, avant d’y penser, après, c’est de l’artéfact) dans une quasi instantanéité. Tout dispose au plaisir de cette transe ! On sait que c’est celle dont on demande de jouir le plus et qu’elle est pourtant si peu atteinte : quelque chose nous interdit son excès, la peur de son excès par son accès.

Une transe ne peut être excessive, sinon ce n’est qu’un simulacre de transe, une sorte d’intelligence artificielle ; c’est un fonctionnement binaire (non pas le mien, mais celui qui pense à l’excès : si, de désavantage, il en a peur, elle sera toujours excessive ; s’il ne la craint pas, ça passera avec de bonnes rencontres).

Ce que je veux dire, c’est que la transe, on la voit et la vit partout et la plupart du temps. Revenons-nous en à notre  « valeur » et l’échange de l’objet. Il y a deux voies : où l’objet sert de moyen à l’échange, ou bien l’objet a une valeur en soi susceptible de créer un objet tiers qui servira d’étalon affectif à la première. Ici, dans l’échange de l’objet (et l’objet disparait dans cet échange) elle est, pour ainsi dire, le plaisir de le faire, de se réaliser à travers l’autre ; là, l’objet est le but de l’échange. C’est-à-dire que le plaisir de la transe ne passe plus dans le moment, mais dans sa matérialisation : il faut un objet pour faire un échange de sorte que cet échange ait quelque valeur. La transe n’est pas la même et ne procure pas du tout le même plaisir : ici il se concentre dans le corps en tant que vécu, là dans l’objet en tant qu’objet de transe. Je me suis dit qu’il y avait une telle différence de sensation entre cette transe-ci et cette transe-là, qu’il fallait bien qu’il en existât deux. Mais finalement, je me suis dit (en prenant le critère du plaisir vécu de la vie) qu’il devait y en avoir une de malade, comme malheureuse imitation de l’autre.

Pour plus d’objectivité dans ma description, je me place du côté de la saine. Je ne comprends pas comment les gens font pour, réciproquement, se faire du mal. Je ne dit pas que je veux vivre dans un mode de caresses, etc, non, je dis qu’il est possible de vivre ensemble de manière satisfaisante. Hébé non… pas possible : tout est organisé pour la possibilité de faire du mal à l’autre (je vous l’ai dit, j’ai pris la poignée de la transe saine). C’est compliqué : il faut ceci, cela, et ceci et cela et on n’y arrive pas, mais on continue. Il faut des milliards d’années cumulées pour y arriver. Toujours ça faillit et tombe dans la faille. La chute, quoi. Badaboum. Qu’est-ce qui fait que la transe malade l’est ? Voici une question très intéressante et l’astuce sera simple de montrer que la valeur d’utilisation n’a rien à voir avec la valeur d’échange et d’autre part, que moins j’ai d’avantages, davantage elle sera malade ; c’est facile à prouver, non ? Voyons.

En fait la transe n’est pas identique dans l’utilisation que dans l’échange. C’est ce que je disais : l’affectivité va chez l’autre, ici, et là elle va à l’objet : qui est le plus vivant, l’autre ou l’objet ? La transe malade va me dire que l’affectivité est reportée sur un objet, mais cet objet est-il apte à la projection quasi instantanée du plaisir de l’autre ? « Quoi en faire ? » dira son contraire. Je me souviens, en jouant au docteur avec mes sœurs et mes cousines que j’éprouvais autant de plaisir à être malade que docteur : c’est si merveilleux ici de se faire toucher de ces doigts de désir et là de toucher des doigts du désir (par désir, j’entends 75 % de curiosité, 5 % d’appétence et le reste de joie minorée d’un peu de culpabilité, mais peu, très peu, car le plaisir est alors suffisamment fort pour ne pas s’ennuyer de ce genre de tare). Et, c’est un plaisir sain : sans culpabilité, voilà, ni douleur ressentie ou infligée.

Mon propos sur la transe est de démontrer qu’on ne pourra atteindre la remise à l’endroit de la « valeur » qu’en admettant que la transe, aujourd’hui vécue dans l’échange, ne correspond pas à ce qu’on en attendrait, dans la possibilité donnée de pouvoir le faire. On sait que cette transe est une impasse, que l’échange des objets pour l’objet, est une impasse dont on voit l’échec au déplaisir du vécu : on le sait, on le vit, on l’induit. À moins d’être malade, on ne peut s’en satisfaire ; et malade, pour quelle satisfaction d’ignorant ?

Il faut d’abord admettre qu’on en verra jamais, soi, le résultat, mais deux générations plus tard. Il faut faire preuve d’humilité face aux adolescents qui demandent quelque chose, de les écouter, de leur laisser leur avenir en main, car nous avons loupé le nôtre, au moins au présent. Ensuite, il faut forcer la main du destin en donnant une véritable égalité à la femme, par tous les moyens sociaux disponibles, et leur laisser le bon-vouloir de se réunir entre elles. Tous les postes doivent être mixtes : une femme et un homme, sachant que tout le monde vote pour le représentant, seules les femmes votent pour leur représentante ; et ceci à tous les niveaux de représentation. Il faut donner gratuitement (et obligatoirement ?) une formation de policier à tous les citoyens (en français, ça veut dire à tous) qui durera quatre semaine, avec notion de consensus, et de résolution des problèmes sans violence excessive, car on la reconnaît et, comme la valeur, elle est un affect, une expression de l’organique.

[« tou-te-s les citoyen-ne-s », c’est amusant ce signe surnuméraire qui qualifie et les mecs et les nanas : tous, ça suffit, non ? Ha ! on veut souligner que la femme est minorée, ha bon ! Et le projet c’est d’égalité ! Si on dit « tous » avec ce qu’il signifie : tout au pluriel, a-t-on besoin de spécifier mâle et/ou femelle ? D’ailleurs, c’est ou l’un ou l’autre, pas l’un et l’autre, toute le monde le sait ! Ce sera plutôt des dispositions sociales (puisque la pensée vient après le caillou) qu’il faut adopter et le plus rapidement possible, et se focaliser là-dessus, focaliser l’attention de tout le monde (hommes et femmes), ce forçage de l’égalité, plus simplement qu’une graphie.]

Et par la remise en cause du travail : quoi, quand, comment, pour qui, combien, pourquoi ? Le travail doit cesser d’être une transe, non d’un chien, car elle bouffe le cerveau, comme la maladie l’alzheimer, elle ramollit les chairs comme le citron le poisson, elle est une perte de temps comme le rêve est un espoir égaré, et elle pervertit les mœurs comme la marchandise l’amour.

La détransiation

Je vis manifestement dans un monde de fous. Nous le voyons, tous, chacun pour soi et on se demande même si nous ne faisons pas parti de cette folie, si, d’une manière ou d’une autre, nous n’en sommes pas compromis, on ne peut pas dire « contre toute attente ».

La saisie d’un phénomène a été complètement occulté, d’abord par la religion, ensuite par le spectacle et pour finir par la marchandisation de tous et de tout. Il s’agit du phénomène de la transe : on en est encore à être hypnotisés par des images, non plus immédiatement vivantes, mais qui passent sur un écran. Le gouvernement lui-même interdit l’existence positive de la transe  (pour mieux l’orienter vers ses ordres) dans la condamnation d’herbes ou d’extrait d’herbes médicinales : il préfère nous empoisonner au glyphosate et aux perturbateurs endocriniens : ça fait au moins rentrer de l’argent dans les caisses de l’État et les poches de particuliers complètement timbrés.

Les écrans ont mourru la transe par l’immobilisme et les cervelles se sont rabougries dans le fond des fauteuils où des petits croutons de chips vous agacent les fesses. On se venge parfois dans les stades eux-mêmes, ou dans les concerts de musique, mais le fait est là : nos cervelles ne savent plus ce qu’est la transe. Je dis bien « savent », et non pas « vivent » tout de même. La pire transe, dans ma jeunesse, a été lorsque j’ai touché ma première fiche de paye : je m’attendais à quelque chose de particulièrement satisfaisant, pour avoir entendu que c’est là quelque chose de particulièrement important, hébé non : ça a été d’une déception totale. Cela a été d’un traumatisme tel que je me suis mis à douter de la véracité des importances des adultes, qui la touchent certains tous les mois, d’autres parfois plus court. « Toucher sa paie  ! », voilà un but qu’on m’avait inculqué comme de louable, honorable et pécuniaire. Hébé, je me répète : je n’ai rien ressenti de tout ça : ça a été d’un plat dont la vacuité frisait le rire. D’abord c’est le « C’est tout ? », ensuite, un peu abasourdi, on passe son tour, l’air légèrement hagard, comme un léger coup sur la nuque, et puis on sourit aux potes avec un air de complicité du seul savoir qu’on s’est fait eu quelque part. « Mais qu’est-ce que je vais faire avec ça ? Je ne peux même pas m’arrêter pour en jouir ! Et si j’en veux plus, faut que je retourne au boulot, ce qui me coupe toute possibilité de faire autre chose… » C’est tellement fort, cette déception, qu’on ne s’en aperçoit pas tout de suite et que, le lendemain, on est resserré dans l’étau du retour à la case départ et qu’on l’oublie assez rapidement ce désagrément : autant le faire le plus vite possible pour qu’on en souffre pas trop, n’est-il pas ? C’est comme cela qu’on apprentissage à la disparition de la transe. Bon, il y en a qui on commencé plus tôt, les pauvres, mais la fiche de paie est un moyen très efficace, durable et pérenne.

Alors, parler de la transe aujourd’hui, n’est pas chose facile : on passe vite pour un illuminé. Et pourtant, des moments de transe, il y en a, comme déguisées. Je viens de parler de la télévision ou du cinéma, dans le spectacle, alors que celui-ci « n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. » « Le spectacle se présente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d’unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait même que ce secteur est séparé, il est le lieu du regard abusé et de la fausse conscience ; et l’unification qu’il accomplit n’est rien d’autre qu’un langage officiel de la séparation généralisée. ». Le spectacle est l’organisation de la marchandise, de la valeur quantitative et le retournement de la vie. Ainsi, de même qu’il y a la valeur qualitative et la valeur quantitative, il y a la transe du don et la transe du gain.

Mais j’en reviens à mes moutons : la transe est un passage du temps indispensable à la grégarité vivante. Elle est l’antithèse de l’atomisation et de ce fait, la grégarité manifeste et manifestée. Mais elle est soudoyable ou compromise, comme on voudra, ou mieux, altérable. Lors de la transe du don, il y a deux personnes et un objet qui contient une valeur affective, utilitaire et pondérable qualitative. Lors de la transe de gain, il y a quatre choses : les deux personnes, l’objet et un autre objet qui lui, quantifie l’objet et c’est cette quantification qui est la source de la transe. Dans le premier cas (à trois) la transe est un partage, vécu chacun en commun et l’objet en est la matérialisation. Plus cet objet a de popularité, eu l’occasion d’avoir été un plus grand nombre de fois l’objet de transe, et plus la transe sera puissante entre les deux personnes. Bien sûr cette transe n’est pas toujours l’équivalent de ce qui a été décrit de celles des femmes autour du baquet de Mesmer, mais le plaisir se voit, de visu, au sourire qui inonde les visages et à la joie qui remplit les cœurs et soulèvent les jambes qui ne demandent qu’à danser.

Tandis que dans la transe de gain, il y a la fiche de paye. Cette fiche de paye prend plusieurs formes : un ticket, une fiche de paye, un billet, une image, etc. Par exemple : allez voir un concert de Lady Gaga et vous verrez que, malgré le talent de cette chanteuse, le spectacle est plus volumineux que la musique, comme si la musique ne pouvait pas suffire à entrer en transe, ou qu’elle manque de quelque chose pour se suffire à soi-même. La perte biologique de la notion de grégarité a atomisé les personnes de sorte qu’elles ne rentrent plus en transe que par intermédiaire qui en autorise la présence : vous devez en avoir pour votre argent, en quelque sorte.

La transe paroxystique (qualitative par excellence) est l’orgasme partagé. On se souvient des photos de transe de ces jeunes poilus qui partaient la fleur au fusil, sur un quai de la gare de l’est, donnant un dernier baiser à leur bien-aimée, une jambe déjà sur le marche-pied du train sur le point de s’éloigner. Ils étaient beaux, non ? Le gouvernement parle alors de « galvaniser les troupes », avec un peu d’un verre d’eau de vie avant de se jeter au front. On connaît le résultat d’un tel passage du temps et de la jouissance qu’il a procuré. Mais ils étaient en transe, sinon ils ne l’auraient pas fait, bien sûr ! Non ? Bien sûr que si : c’est la transe du don ! Et nos mêmes fourfaillons, la baïonnette pourfendant un autre, le rictus de la haine aux lèvres, l’énergie toute concentrée dans les épaules et les mains, raidie sur des jambes campant des hanches de fer : c’est de la transe de gain. La question ne se pose pas de savoir ce qu’il y a à y gagner, mais qu’est-ce qu’il perd : il perd son humanité, la grégarité dans son aspect plaisirs. La transe de gain est ce qui pourrit ce monde, humain comme non-humain, c’est une gangrène qui pousse à mesure que la quantité croit en superficie.

Oui, le gain est un gain : on gagne. On gagne quoi ? D’avoir du gain ? De faire un bon gain ? etc. Le gain tourne autour de lui-même, en cercle (qui est par définition « fermé »), concentriques vers un point où il ne reste plus qu’un. Et ce un est UN un. C’est amusant : le gain est une course obligatoire et je déteste toujours les courses, alors que j’adore la participation quand je ne suis pas trop critique. Le don est excentré, dilatateur, il augmente la surface de mon oppidum et va s’étaler comme la brume du soir en montagne, dans les vallées.

Le sexe d’entre nous qui souffre le plus du manque de transe, c’est la femme. Mon dieu ! combien on la fait souffrir à cause de son sexe ! C’est parce qu’il y a une propension à facilement rentrer en transe du fait de sa capacité à l’accouchement. Michel Odent (dont le travail de la vie a été de faire en sorte que les mâles cessent d’en vouloir aux femmes d’être nés), tout dernièrement, disait qu’il fallait éviter de se sortir de transe pour bien accoucher, car cette transe est partie de cet accouchement. Pourquoi les mecs en veulent-ils tant aux nanas ? C’est posé le problème comme de l’arrivée de l’œuf ou de la poule : un instantané du temps. Non, c’est que la purification de la sexualité par la religion, après une progression délétère, a laissé place à la marchandise (le temps changé en fiche de paye) si elle a permis, peut-être, une libération des mœurs, a plutôt achevé les rapprochements sexués pour n’en faire plus qu’une autre marchandise : on se voit baiser, on voit baiser, on ne le vit plus, perdu, en transe.

Je ne voudrais pas qu’on pensât que la transe est une affaire de famille, loin de là ! ni que c’est un service de la nature uniquement attribué à l’humain, loin de là. En admettant que le sommeil est la transe la plus commune, tous les animaux à lymphe ont besoin un moment de dormir. Le merle qui chante au soir, ne croyez-vous pas qu’il jouit l’oiseau ? et certainement pas seul, quoi qu’on en dise, car sa coquine est dans les fourrés, bien blottie, à l’attendre.

On peut se demander si les exagérations du cinéma (aurait-il dû existé, comme nos rêves d’aller sur la lune ?) ne correspondent pas, en médiocrité, à nos espérances de transe (on sait que l’espoir est le vent des rêves). Je pense plutôt que c’est le contraire : nos transes sont si menues qu’elles ne comprennent pas l’exagération dans laquelle elles se vivent, et donc si peu loin vont-elles dans leur réalisation. Personne ne me croit lorsque je dis cela, mais de quelle référence ? S’il s’agit de défendre son bout de gras, la mesure est petite, il ne semble.

Donc, aussi difficile d’admettre le phénomène de la transe comme ciment de l’humain chez lui dans le cours de sa réalisation, aussi dure est d’admettre les deux transes : la qualitative (celle du don) et la quantitative (celle du gain), mais on comprend de loin, comme quelques fois, entend-on les boulets de la révolte gronder au loin pour se donner du courage de la faire soi-même.