Algorithmes aphoristiques

Les bouteilles de vin vides sont toujours très légères, trop même.

Le monde humain est absurde. L’amour, effectivement, atténuerait les nuisances de cette absurdité, mais cet amour en est si entaché, qu’il est lui-même devenu une nuisance.

Dans le froid des gens, les plus intelligents se dissimulent sous le couvert des feuilles, et c’est là qu’ils font l’humus qui fertilise la vie.

Aimer c’est être habité, et aimer l’étranger qui vous habite.

Demeurez un rêveur et vous ne réaliserez jamais votre rêve ; et quand vous entrez dans la mêlée, vous voyez que votre rêve était un pipi de chat, dès le départ.

Ce n’est pas seulement le pouvoir qui corrompt, mais les concessions qu’on s’accorde pour l’avoir.

La légèreté de l’acquiescement qui ouvre l’accès aux convulsions amoureuses.

Que peut bien être la consistance d’un désir qui est son propre objet ? Du vent d’un vent ?

Je pense que le plus idiot est de rendre la vie dérisoire. Beaucoup sont à l’ouvrage et durablement, avec persévérance et obstination. C’est idiot.

Tu cours en enfant sauvage après l’amour, quand il faut vivre en adulte mature la sensualité du mélange des chairs, envoûté par l’amour qui s’exprime et se coule dans ta propre chair.

La culpabilité de devoir copuler te circoncit pour que tu ressentes la culpabilité que tu vas devoir copuler, car la culpabilité est la vermine du plaisir de la copulation paire.

On lutte contre le faux, le laid, l’injuste, le mesquin en recherchant le vrai, le beau, le juste et la générosité avec l’intelligence et l’efficacité de la petite cuillère. Nos prétentions nous dépasseraient-elles ?

La présence de l’humain dans ce monde est déterminée, donc prédéterminée : c’est la Raison dans l’histoire du monde… quel déplorable résultat. On peut donc déterminer que la Nature a prédéterminé son propre besoin de se détruire. Certes, l’espoir peut donner à penser qu’il y a eu une erreur, mais elle court toujours aussi vite, cette erreur, et parfois, avec une inertie de plus en plus grande, sans relâche. On pourrait accorder à l’espoir le secret de inaccomplissement de ce tragique destin, mais il est trop faible, bien trop faible, et bien trop empli de ses propres bonnes intentions.

La pornographie, c’est la dégradation de l’amour que la femme éprouve pour le sexe de l’homme : cet espace inconnu, est le fameux « mystère » féminin, outre celui de son acquiescement, clé de toutes les sources !

Pour certains, le plus grand gag de la vie, c’est la mort : seuls les vivants en rient.

On peut ce qu’on veut du passé, il est trop dense pour qu’on en épuise les regrets.

Dieu est jaloux de la mortellité, car elle contient bien d’autres plaisirs que l’immortalité désintègre. Les Grecs et autres païens ne s’y étaient pas trompés, les religions dites du Livre, n’ont rien compris à la vie ; vis-à-vis du plaisir incarné, il n’est pas loin qu’elles soient des véroles émotionnelles, ou des pestes affectives.

Quand on parle de « morale anti-sexuelle », on parle d’un bruit puissant qui empêche de percevoir le plaisir issu de l’usage à des fins de plaisirs de la sexualité qui est constituée par des organes ad hoc.

La psychanalyse est de la sociologie strictement individuelle : rien ne sort du dortoir, pas même les cauchemars sexuels de cette société.

J’ai entendu un jour que les nuits sont enceintes des jours et que nul n’en sait lequel en naitra. C’est joliment dit, mais il en naît sans fin – et de pire en pire – le travail salarié, la pollution, les enfants tabassés, les mâles à matraques, fusils ou à canon, les bagnoles qui courent les rues et les centrales nucléaires qui continuent d’irradier. Bon, s’il s’agissait du contraire, on peut toujours se demander qui l’a engrossée, non ?

Au royaume de la bêtise, pour cacher sa honte derrière une paille, on met une poutre dans l’œil de l’intelligence. On a rien trouvé encore pour le sens tactile.

Pudiquement au stade de l’érogène, un grand soin est pris de garder sous silence nos « zones aphrodisiaques » qui sont, en fait, les mêmes, mais la puissance de la sensation et de la complicité hors du cocon protecteur et plus aventureuses.

S’imaginer qu’il y a un dieu ou tout autre dérivatif, est une erreur : il n’y a que nous et personne d’autre qui sommes responsables de ce que nous faisons et sommes ; personne, ni dieu, ni maître, ni esclave : seulement nous. Et en matière de plan B, il n’y a que nous aussi. On est dans la vie, c’est tout, le reste c’est de l’imaginaire, du dérivatif.

Statistiquement (et cette fois-ci, c’est infalsifiable), il y a autant de morts que de naissances.

 

 

 

 

 

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