La plus-value vaille que taille

Loin de moi la prétention de vous apprendre à réfléchir : tout le monde réfléchit, bien évidemment et à partir d’un problème, plusieurs solutions sont possibles en fonction du cheminement de cette réflexion et des éléments qui en permettent l’aboutissement (en considérant qu’une solution eut à être radicale). Et on le voit bien, toutes les routes ne sont pas identiques (ne serait-ce que parce que le paysage qu’elles traversent n’est pas le même) quoiqu’elles sont constituées, en gros, des mêmes matières. Des routes « romaines » existent encore, car elles étaient solidement et ingénieusement conçues et fabriquées ; les chemins d’accès aux montagnes doivent régulièrement être débroussaillés sous peine de se voir rapidement impraticable pour le commun des mortels.

Déjà, même, ce discours préliminaire est un complément indirect à votre pouvoir d’observation que je vais vous demander de mettre en branle pour ce qui a précédé comme pour ce qui vient.

La plus-value crée la valeur :
Le Monde : « La “création de valeur pour l’actionnaire” est un ressort majeur du gouvernement des entreprises depuis plus de vingt ans et l’accroissement des revenus des dirigeants des grands groupes par rapport à leurs salaires est bien documenté, en France comme dans le reste du monde. » On comprend bien l’entourloupe : la « création » de *valeur* : on ne crée pas de valeur, mais de la plus-value, et cela dure depuis bien plus longtemps que vingt ans, puisque la *plus-value* est une notion, un moteur et une action inhérents au patriarcat. On cache bien la plus-value quand on a tout intérêt à cacher le patriarcat en mouvement et inversement.

Le chien

Pour saisir les distinctions entre plus-value, valeurs affective (organique) et minérale, l’exemple qui se présente à nous lorsqu’on se promène dans un supermarché, aussi petit soit-il, est le rayon consacré aux chiens et aux chats : leur proportion donne une notion des deux valeurs et de la plus-value qu’on en retire. Et on achète parfois des chiens de « grande valeur » (avec en vue la plus-value de la reproduction) pour davantage y « tenir », en somme, pour s’obliger à mieux les aimer, car ils ont alors une réelle valeur marchande, vu qu’on a dû les acheter chers. Et à la fois la dialectique – ou plutôt, la trialectique qui pourrait expliquer tout cet ensemble dans le monde.

Nous avons donc la valeur affective (organique), la valeur minérale (celle avec quoi on paye) et la plus-value (l’espoir d’affection ou de gain), l’objet du magasin, l’objectif du fabriquant de l’objet, son banquier, celui de ses actionnaires et celle de l’acheteur qui veut garder en vie son affectivité pour cet objet, déjà prêt à payer pour lui et qu’il a déjà payé et de son cœur et de son porte-monnaie. [Ne dites pas, svp, que c’est moi qui suis compliqué, hein ? Commencez à cuire vos légumes à la vapeur et vous allez vite rechercher ceux qui sont les plus goûteux, et pourtant, la cuisine à la vapeur c’est très très simple et peu coûteuse.]

Le chien reçoit énormément d’affection (un type m’a menacé de mort parce que j’ai failli, alors qu’il en était responsable, lui, abimer son chien avec mon vélo). Cette affection, bien évidemment, un humain ne la reçoit pas : c’est un choix, malheureux. Mais on peut s’attarder sur ce choix qui n’est en fait qu’une faillite : n’ayant pas réussi à porter une telle affection sur un humain, on l’a reportée sur un animal, ce chien ou cette chienne qui vous le rend bien (parfois au grand damne des voisins), bien que ce soit loin d’être le nirvana sexuel. Mais, on peut aussi admettre que c’est précisément parce que la sexualité entre humains a quelque part fait faillite, qu’on a adopté cette possibilité de n’en pas avoir avec un humain et de rester dans le dé-sexuel de l’animal de compagnie. On ressent quelque chose de sexuel, mais on en fait rien de vraiment sexuel, le plus souvent. Certains hommes choisissent des poupées, et ils savent qu’ils peuvent en abuser ; pour les animaux de compagnie, je n’en suis pas si sûr. Cette affection est donc, j’insiste, dé-sexuée et l’affection sera d’autant plus intense que cette dé-sexuation de l’affection sera forte. C’est triste lorsqu’on sait que l’affection est un facteur de rapprochement, pas obligatoire, mais réel entre nous.

Lorsqu’on menace de mort, dans le pire des cas, autrui parce qu’on a risqué d’être séparé de son animal de chien – qui, je me permets encore d’insister, n’a pas de sexualité, sinon que de reproduction – c’est que l’affectivité a sérieusement failli son report sur l’humain, vous ne conviendrez. Mais cela se passe à l’infini ! Il a fallu une loi pour protéger des aboiements de chiens et rendre responsable les « propriétaires » de ces chiens des morsures que leurs animaux ont occasionnées, c’est-à-dire pour diminuer les privilèges qu’octroyaient les propriétaires de ces animaux sur autrui, socialement. Il a fallu, socialement, remettre ces animaux « de compagnie » dans le cadre social, tant l’affectivité qui leur est donnée surpasse le droit des gens en général. Il y a des pays où on ne peut sortir la nuit car les chiens détiennent le pouvoir de la rue, non de non.

Premier résumé : le propriétaire d’animal de compagnie vide son affectivité sur cet animal et est prêt à payer le prix pour qu’il survive à cette affection. Je parle d’un *système*, pas d’une personne en particulier. Si l’ivrogne est amoureux de sa bouteille c’est pareillement du fait qu’il ne peux plus aimer l’objet d’amour perdu, mais il ne fera un scandale pour cette bouteille-ci ou cette bouteille-là et, restons poli avec soi-même, en buvant dans un verre. On aime son chien comme « son enfant », de manière œdipienne-inverse, car c’est soi qui se comportons comme un enfant vis-à-vis de ce chien et on le sait et on est d’accord. On en convient, il y a quelque chose de bancal dans cette relation, et il y a une béquille pour la stabiliser : la suppression de son affectivité sexuelle visant l’humain que, même une zoophilie ne pourra compenser. Et je n’en ai jamais douté, je ne parle ici que d’un cas particulier de la relation humain-chien qui présente tant de facettes !

Le retour d’affection de votre chien est indéniable selon une manière de chien. Oui, l’affection est une caractéristique du mammifère, et en cela, englobe une certaine universalité. Elle se loge, selon beaucoup, dans les cellules-miroir, indispensables à l’empathie (et qui vous fait reconnaitre dans un miroir la tâche que vous avez sur le front) qui permet à la mère de comprendre (dans une certaine mesure) les besoins du nourrisson. On retrouvera cette empathie dans la relation maître-chien ou chien-maître dans une destinée différente, non ? Car, pour le maître, ce retour d’affection est *l’objet* de l’animal de compagnie : sans lui, point de chien ! On cherchera donc à protéger cet *objet*, à le nourrir, à le protéger, le choyer, à lui octroyer une liberté allant bien au-delà de ce qu’on concèdera à autrui, sauf son caca et son pipi : il devra les faire dehors, sur les trottoirs ou dans l’herbe verte où il ne sera plus possible de pique-niquer sans son odeur et la collade. Là encore, il a fallu poser un « holà ! » de civilité obligatoire en disposant à droite à gauche des sacs à crottes (il faut apprendre à mettre la main dans le sac pour saisir la crotte et retourner le sac sur la crotte, hein ?)… mais qui y obéit ? Ce retour d’affectivité est puissant non pas dans l’intention du chien, mais dans la personne qui la reçoit : c’est la personne qui reçoit ce retour d’affectivité qui donne l’intense et l’intention de ce retour. Il est à la fois le but, la recherche, le moyen et la raison d’être de l’animal de compagnie, c’est ce qui fait sa « valeur affective » dans son aspect scabreux, si je peux dire. Ok.

Bien évidemment, la personne au chien est un sujet de la société : si celle-ci donne trop peu d’occasions de (se) recomposer une affection humaine sur une autre, elle compensera, comme on dit, sur un objet. Bon, c’est aussi une question de courage d’outrepasser ses habitudes pour quérir le vrai qu’on désire en place d’un édulcoré, tout aussi sincère de chien qu’il soit. Mais je sais que ce n’est pas si élastique, que ce n’est pas une aventure facile, et même dangereuse dans sa solitude et ses déboires…. ou ses aventures. M’enfin, c’est aussi un choix de société que de la faire (ou de refuser de faire ce qu’elle veut faire de vous) selon ses désirs de chaleur humaine, pas canine.

Nous avons, incidemment, une variante de la minéralisation de la valeur dans le chien, l’objet de l’affectivité. Attention ! cette variante de minéralisation est encore organique, elle est comme la glycation cellulaire : la cellule est encore vivante, bien qu’arthritique. Alors ? le passage de l’organique au minéral ? Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les faits : revenons à notre couloir dédié, en super-marché (aussi petit soit-il) consacré aux animaux de compagnie. Car la minéralisation de la valeur *est* sociale, la plus-value *est* sociale : c’est le fondement du capitalisme qui cache derrière son petit doigt le patriarcat en mouvement ! Si notre adorateur canin était seul au monde, point de capitalisme ! Or, il est intégré à une organisation sociale des êtres humains, un à un, tous, dès la conception jusqu’à sa mort. Tous.

Bon… je pourrais parler de dieu, de la drogue, du pognon, des femmes, des bourreaux, en place de chien, vous le savez, n’est-ce pas ? Toutes les raisons seront bonnes pour la torture dès lors qu’on trouve le point d’appui de l’objet affectif, l’obstination dans l’obtention de ce qu’on désire comme compensation de l’affectivité qui vous manque et de celle que vous auriez voulu donner. On vit, et on doit vivre et on ne peut que vivre et les moyens d’existence ne conditionnent la conscience que dans la mesure où y a été déposée l’affectivité qui vous permet de continuer, bancale, de vivre. Ma sœur m’avait posé cette question, alors que j’avais 14 ans : « Dis-moi, Capys, qu’est-ce qui est vrai dans : “C’est les conditions d’existence qui détermine la conscience” ou le contraire ? » J’y avais répondu: « Les deux, sans doute » pensant qu’il s’agit d’abord d’un mouvement allant de l’une à l’autre. Elle m’avait dit que c’était une phrase de Karl Marx : « Les conditions d’existence déterminent la conscience ». Il avait à moitié tord, sur ce coup-là : les possibles d’expressions affectives déterminent la conscience, et certes, elles sont conditionnées par l’existence, mais aussi par ce qu’on veut d’elle, ce qu’on attend d’elle, soi et de ses possibles d’orgasme. Sinon, je ne serait pas à écrire ces trucs que j’écris en ce moment ! Cela dit, je n’avais pas autant aidé ma sœur que je l’aurais voulu, mais elle me connaissait bien : j’étais toujours sincère avec elle.
Karl Marx, tant décrié parce qu’il remet en cause le *travail* – et combien il a raison ! – et que le travail, si on regarde bien est le centre de ce monde qui pourrit tout sur son passage, a oublié, parce qu’il était amoureux et que cela ne lui a jamais manqué à travers celui de Jennifer (Johanna Bertha Julie von Westphalen) et de ses enfants, l’amour. Comme l’amour ne lui a jamais manqué, il ne sait pas que la *plus-value* est le substrat de ce manque… quoi que, de toutes façons, les dispositions de son époque ne lui permettaient pas d’aller plus loin que *l’économie du travail* : le capitalisme qui cache derrière son petit doigt le patriarcat en mouvement sous sa stricte forme *monétaire*, minérale. Son pote Engels s’était appuyé sur les travaux de Lewis H. Morgan, mais là encore, Morgan n’avait pas abordé l’aspect sexué de l’humain dans ses relations sociales. Il a fallu attendre plus tard, après Freud, Malinowski, par exemple. Selon moi, il y a toujours une limite à ce qu’une époque peut admettre de possible révolutionnaire, hélas, car je vois bien, aujourd’hui, par les extrémités « écologiques » qu’elle crée à son encontre, qu’elle traine trop pour pouvoir se survivre (les derniers écrits de Wilhelm Reich sont morts avec lui, en prison). Quand cela sera-t-il mon tour ? Cela n’a pas d’importance, même si je suis peu lu, l’Internet est un moyen de diffusion des idées, dit-on.

Revenons à notre chien comme symbole du bras de levier de la plus-value. Nous avons un être naturellement doté du pouvoir immense de l’affectivité qui la déploie sur un animal autre que son genre (homo sapiens) homo, hétéro, plury, sapio, trans ou bestio. Dans bien des crimes, on tue toujours la femme parce qu’elle ne vous a pas apporté la satisfaction (n’hésitons pas!) sexuelle qu’on en attendait. Mais, bougre, que fais-tu de la vie ? Si tu n’en escomptes plus aucun espoir, que ne la laisses-tu à autrui ? Parce que, toi, TU ne te sens pas capable de trouver ailleurs (aventure de l’incertitude du oui et du non) ce que tu recherches de la vie, qu’es-tu pleutre d’elle ! Il faut bien comprendre ce que la « valeur affective » implique (selon ses propres critères) comme droit sur autrui, sur l’objet sur lequel il la reporte. Est-ce une base communautaire juste ? Ne m’octroie-je pas un *droit* sur autrui dont il n’a que faire ? Et quel est le prix de ce droit ? La valeur que j’accorde sur la personne dont j’attends cette satisfaction et celle que je donne à ce que j’en veux éprouver. La valeur bannie la liberté d’autrui de disposer à son escient de ce qu’elle est.

Mettons (absurde, car les chiens ne valent pas les cochons) que je me mette à « vouloir » le chien de mon voisin, alors je lui propose un *échange* (c’est la seule chose qu’il comprendra dans son *état d’esprit* décrit plus haut) : si je mets un *prix* haut, il est possible que je parvienne à compenser l’affectivité qu’il donne et celle qu’il reçoit de cet animal, contre un autre *objet* : ce prix. Mais quelle sera cet « autre objet » : une chose *universelle* bien sûr ! On a saisit : l’argent ! Hum… je suis allé très très très vite en besogne, pardonnez-moi. Aussi je reviens à ma source selon sa lente transformation en ru, bien qu’elle court les pentes.

Le principe de l’animal de compagnie est la résignation de n’avoir pas pu trouver (ou autre verbe) une équivalence affective sexuelle, sinon je ne parlerais pas de « chien ». J’ai vu des jolies filles dépenaillées des relations affectives qu’elles avaient vécues, compenser par un animal de compagnie : c’est évident, car nous, humains (à moins de maladie affective grave) nous ne pouvons pas nous dispenser d’affection, sexuelle ou non. La résignation à l’absence de sexualité est une *résignation*, non de non ! Demandez-moi de savoir si la résignation à la catastrophe écologique que nous vivons y correspond et je vous répondrais : « Oui ! ». Qui est capable d’arrêter de *travailler,* non de non ? de son propre chef et d’en assumer l’aventure ? La résignation sexuelle ne permet *plus* aucune aventure, de quelque nature que ce soit ; la résignation ira même vous reprocher de l’avoir dérangée. Si les filles ont totale légitimité à refuser toute violence, elles doivent aussi savoir que nous vivons dans un monde patriarcal et qu’elles se doivent d’énergie à le modifier selon la douceur de leur vulve et de leur vagin.

La transformation de l’organique en minéral se passe de manière très simple : *cette* compensation. Je suis face à autrui qui désire ce que je possède, et ce que je possède est d’affectif, obligatoirement, sinon j’en ai rien à faire ! Il faut que mon affectivité se résolve à l’objet pour quelle trouve une équivalence en minéral. Des relations que j’entretiens avec les gens, la connerie est incommensurable dans sa *mauvaise foi* : dès lors qu’autrui est dénigrable, quoi qu’il dise est du déchet, même s’il a « raison », je veux dire qu’on ne lui donne pas même le souffle d’un doute d’une raison : qu’il existe. Incommensurable : c’est sur cela que je m’interroge : la *valeur*.

La *valeur* est incommensurable : elle n’a pas de prix, sinon celui dont on espère obtenir au mieux, qui est le moins pire selon le critère de la valeur. C’est pour cela qu’elle ne se satisfera jamais de son être : elle court sans fatigue après ce qu’elle est, elle « plus-value » sans cesse et sans fin. L’objectif que je m’étais fixé en commençant ce billet était de prouver que la plus-value est le centre de l’existence de la valeur, et non pas le contraire. C’est un fait universel : les cris des encouragements au foot, comme ceux des cambistes sont orientés vers la *plus-value*, leur but, leur fin, leur infinité, leur conception du vivant « mort » comme dirait Marx. Il s’agit toujours et sans fin d’avoir « + » et c’est cela la maladie. Lorsque notre caniniste achète les produits destinés à son canin, il réalise (et il le sait) la plus-value de son affection visant ce canin. Cet achat lui est indispensable pour qu’il réalise (*réalise*) cette affection socialement : il la reconnaît dans cet achat. Il *minéralise* l’affection qu’il porte à cet objet dans l’achat des soins qu’il lui prodigue. Le paysan qui a un chien lui donne des rebuts, la plus-value, le meilleur ; quand le chien fait chier le paysan, celui-ci le tue, tandis que le caniniste désire tuer autrui.

La plus-value n’a donc pas seulement un aspect purement économique, elle est surtout *affective*, c’est le manque de Marx. C’est dans la recherche d’un meilleur *minéralisé* (en dehors de l’organique) que se coagule la plus-value. Elle comble sans jamais y parvenir le manque affectif qu’elle refuse de se reconnaitre, tant la honte de sa résignation obnubile les libres possibles de cette affectivité. La valeur est une compensation affective depuis que le patriarcat existe, ce débile n’a pas compris qu’il perd tout à ne pas *valoir* la femme à son égal, de sorte que la relation entre elle et lui en soit réellement satisfaisante. À bas les chefs, non de non, ce ne sont que des coins au présent !

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s