La plus-value comme représentation

La plus-value n’est pas une dose ou un pourcentage, c’est une idée du monde réalisée par une dose, un pourcentage.

Sans discriminer qui achète quoi, actuellement, dans le cadre de la marchandise, l’acte social par excellence est l’ACHAT. La tristesse du dépenaillé est qu’il se trouve dépourvu dans le monde marchand et ne pouvant pas acheter de l’excédentaire, il est réduit à devoir restreindre son achat à l’utilitaire, à n’avoir pas accès à de la sur-valeur. Au plus tu peux acheter, au plus tu es social et adulé par les démunis ou les pairs en raison de cela. La « richesse » c’est la plus ou moins grande capacité d’acheter et plus c’est cher, plus ce qu’on achète contient de plus-value, de la « valeur », et on montre (socialement) plus que l’on est riche… et plus on peut faire de la société ce qu’on veut, car (comme on dit) « Tout s’achète ». Cette richesse possède une minéralisation qui est l’argent : l’argent contient quantitativement en soi une représentation de cette richesse, de la capacité de plus-value sur les êtres et les choses… alors qu’au contraire, on ne montre sa richesse que par l’objet : on n’étale pas son argent, mais des objets.

Lorsque je dis « Le patron achète le temps de l’ouvrier, mais pas à sa juste VALEUR », encore faut-il estimer cette valeur à son juste prix, vous comprenez ? Et ce juste prix ne peut s’évaluer qu’à la hauteur de la plus-value que ce patron va en obtenir, son espoir de gain. Cette « plus-value » est la valorisation du monde, des gens, des objets. Elle est si incrustée dans la socialité des zhommes qu’elle en est devenu leur parangon d’existence : êtres-vous dévalué (en fait : manquez-vous de “plus-value”) et c’est le suicide. Avez-vous méjugé (à perte, bien sûr !) de la gestion de votre “plus-value” et c’est la mort sociale. Ce n’est pas la valeur le pivot social, c’est la *plus-value*, de soi, de son sexe, des objets, des actes sociaux : la valeur n’est qu’un support à la plus-value, un moyen, son moyen d’exister, vous comprenez ? La valeur est le point d’appui de la plus-value pour que celle-ci soulève et déplace le monde à sa mesure.

Le jugement de valeur (qualification) de votre patron pour l’occupation qu’il achète de votre temps (salaire) correspond à la plus-value qu’il en espère… et exploite de votre niaise innocence. Vous jugez vous-même que vous n’avez aucun « droit » de vous mettre en grève définitive, c’est-à-dire, à cesser de travailler définitivement pour que ce système de valeurs cesse de vous pourrir la vie. « Valeurs » avec un « s » car ce que vous pensez vous de votre temps n’est pas comparable à ce qu’en pense un patron, et vous le savez bien : la valeur n’a pas d’équivalence, bien qu’elle fasse partie d’un marché (de dupes, en ce qui vous concerne) car, de cette « valeur » dont on vous serine les oreilles au bruit de celui que vous faites en travaillant, et qui vous empêche d’en discerner les variantes, n’a pas la même signification SOCIALE pour vous que pour lui. Si pour vous, cette socialité se résume au loyer, bouffe, enfants, etc. pour lui, il s’agit de ce que vous jalousez, en sous-cape : la plus-value qu’il se paye sur votre ouvrage. Cependant, il ne vous vient pas à l’idée que cette plus-value est précisément ce qui vous emprisonne et vous empoisonne dans  la vie. La transformation de votre temps d’occupation en TRAVAIL, vous déresponsabilise à la fois de ce que vous faites de cette occupation et des effets, des résultats de cette occupation : jouets ou fusils, c’est du pareil au même du moment où vous percevez un salaire. Mon dieu, quel monde médiocre ! Cette inconscience, c’est la plus-value, car l’inconscience se monnaye par l’acceptation de ses mesquines et pitoyables conditions d’existence. À tel point qu’il parait naturel de vendre son âme pour de l’argent, laquelle vous portez disponible au plus offrant, au plus minable salaire qui soit, pour l’achat d’un peu de pain, comme on dit (ce n’est pas à moi que vous devriez prononcer l’accusation d’être « sans pitié », non ?).

Karl Marx a très bien défini et démontré ce qu’est la plus-value, mais du seul point de vue de la valeur. Les gars de Palim-psao ont parfaitement démontré ce qu’est la valeur, mais ils sont restés bloqués sur elle. En cela, rien ne bouge. Ma valeur à moi, celle dont je me sers pour décrire cette organisation « sociale », ce sera d’avoir montré que « la plus-value est la mesure du monde », en tout : affectivement, socialement, sexuellement. Chacun court après la plus-value pour se donner une valeur… sociale, affective, sexuelle (l’expression “mettre en valeur” dit bien qu’il s’agit de plus-value, de sur-valeur ; quand on dit que quelque chose est “valable”, en vérité, elle est “évaluable” : elle reçoit une plus-value).

La problématique ne réside plus dans cette observation erronée qui remarque qu’il faut de la valeur pour que se manifeste de la sur-valeur, de la plus-value ; alors que c’est le contraire. Car, c’est la plus-value qui inventera la valeur pour exister et non l’inverse ; la valeur a besoin de la plus-value pour exister. Il faut d’abord considérer l’objet comme contenant d’une plus-value (qu’on ne peut observer au microscope, mais dans l’âme de l’envieux) pour qu’il acquière une valeur. Vous comprenez ? Nous nous sommes fourvoyés dès le départ, dès l’invention de la valeur qui est une secondaire invention de la plus-value, et nous avons centré nos pensées sur cette seconde main des choses, sur la valeur qui est une simple occasion à et de la plus-value. Marx a raison quand il affirme que la marchandise c’est de l’objet + de la plus-value et il a pensé qu’il devait y avoir “déjà” de la valeur pour pouvoir estimer ou calculer cette plus-value, et il a doté cet objet d’un pré-plus-value, d’une valeur. Il a ensuite généralisé cette idée de l’existence d’une pré-plus-value, la « valeur », à l’ensemble de sa théorie. Or, un objet n’a pas besoin de posséder de la valeur pour contenir de la plus-value, il suffit que celui ou celle qui ne le possède pas veuille l’acquérir et l’intensité de cette acquisition se mesure dans et par la plus-value, à travers un autre objet, la valeur. Mais l’objet ne contient pas de la valeur (invisible au microscope, en tous cas), c’est une substance minéralisée (l’argent) extérieure à l’objet parallèlement à l’existence de l’objet : les deux coexistent ! Ce qui donne de la « valeur à l’objet » c’est la plus-value correspondant à l’intensité de son désir d’acquisition. En fait, J.P. Voyer avait raison pour un tiers (la pub, c’est l’aspect “social” de l’objet), pour ce que contient de « publicité » (c’est-à-dire à quoi – comme activité – est réduite la socialité du zumain) cet objet : les deux autres tiers étant l’affectivité et la sexualité. Cette “intensité” existe depuis les carrières de silex du paléolithique. Ce qui a tué le Neandertal, c’est la plus-value dont il ignorait, organiquement, tout ; qu’il était biologiquement incapable de concevoir, la plus-value étant le panache du zhumain. Et ce zhumain, supérieur en ceci, lui a bouffé la vie.

[[je parle de “zumain“ depuis que j’ai moi-même découvert l’étymologie depuis si longtemps recherchée du mot “zombie“. Le créole ajoute souvent un “z” (celui de la liaison du français) aux mots commençant par une voyelle et n’utilise que très peu le “r” : ce qui donne les-z-omb’es : un zombie c’est une z-ombre de soi-même. On va me dire que le son “ain” n’existe pas en créole, non plus… je me demande de quoi faudrait-il que je fasse preuve, pour que je dise : zumen ? Mais ce mot n’existe pas en français !]]

J’ai supposé un très long moment une relation entre la frustration sexuelle induite par le patriarcat et l’apparition de cette minéralisation de la plus-value dans l’argent, la création de la valeur. On continue de critiquer Lewis H. Morgan, c’est dommage. La société néolithique, qu’on aurait dû nommer « agricole », puisque le « lithique » a perdu de sa prépondérance sociale dès l’apparition de l’agriculture, a demandé une organisation sociale basée sur celle, antérieure, du paléolithique (là, on utilisait parfaitement la pierre). Conjointement à l’agriculture est apparu (à cinq mille ans près, ici ou là, par-ci par-là) le patriarcat qui réside UNIQUEMENT sur l’idée que la sexualité humaine n’a pour attribution exclusive que la reproduction de notre espèce. Cette idée absurde a régenté l’organisation zhumaine depuis lors, pusique le rapporchement sexué a pour destination le plaisir sexué. Sont apparus, encore conjointement, Karl Marx, Sigmund Freud et Oscar Hertwig (l’un pour la critique du travail, l’autre de la sexualité et le troisième pour avoir démontré que le zygote est le mélange des gamètes de chacun des deux sexes – et non pas la seule semence du mâle), il y a à peu près 175 ans. C’est le début de la fin du patriarcat, contesté dans ses trois formes les plus criantes. Wilhelm Reich et un peu plus loin Guy Debord et d’autres, ont œuvré pour confirmé la chose : la sexualité humaine n’est en RIEN liée à la reproduction de l’espèce, mais au plaisir aphrodisiaque, coquin de sort ! (on parle encore de zones “érogènes” alors qu’ils s’agit de zones “aphrodisiaques”, par exemple). Bon. La frustration sexuelle a-t-elle ou non immiscé dans la tête des zhumains, la plus-value comme moteur de leurs relations sociales, amoureuses et sexuelles ? Ha ! LA question !

Si je regarde la plus-value comme une tentative réussie de prise de pouvoir sur autrui, en me posant la question « Quel intérêt de prendre un pouvoir sur autrui ? », je réponds par l’impuissance aphrodisiaque du personnage (impuissance orgastique, dit W. Reich). Ok, mais… cette impuissance se cache dans cette prise de pouvoir, elle ne se manifeste pas comme pouvoir au moment de sa manifestation, elle est une branche annexe, à la fois dans le temps et dans sa véritable intention, de cette impuissance à s’adonner de manière paire au plaisir d’aimer sexuellement. Cette « impuissance », W. Reich a montré qu’elle est « caractérielle », c’est-à-dire, la conséquence d’une crispation musculo-neuro-végétative *empêchant* la personne de s’y donner corps et âme ; et ce à quoi elle ne peut se donner, elle le reporte sur l’objet. Cela implique-t-il que les personnes capables d’orgasme libre, pense ou ne pense pas selon le schéma de la plus-value ? C’est ici que je pèche.

La prise de pouvoir par la plus-value oblige à une séparation d’avec ce sur quoi on prend le pouvoir (fin de l’empathie), une objectivation de son ouvrage et un désir d’accaparement. On pourrait dire que le “chef” n’avait pas besoin de TRAVAILLER. Travailler consiste à passer le temps généralement consacré à l’occupation du temps (occupation qui, chez l’humain, est toujours sociale), à produire un objet (agriculture, arts florissants, etc.) pour quelqu’un d’autre (transfert de socialité) en échange d’une minéralisation de l’affectivité que ce tiers accorde à cet objet (qu’importe ce qu’il en fait ensuite, même si c’est dans l’espoir qu’on le lui achète plus tard, avec une plus-value, bien sûr, qu’elle soit affective ou minéralisée). Travailler, très très généralement sous la contrainte directe ou indirecte, c’est travailler pour quelqu’un d’autre pour plus ou moins d’argent. On voit que l’implication de la plus-value ne regarde pas le patron, mais l’ouvrier qu’elle met dans la misère. Quoi qu’en dise Palim-psao, les patrons sont responsables (comme l’ouvrier qui se rend au travail), certes à un titre différent, de la misère du monde capitaliste : le capitalisme n’est pas une machine autonome, c’est une machinerie humaine. Ce n’est pas que l’économie soit devenue folle, mais l’humain déjà fou qui permet à l’économie sa folie particulière.

Je reviens sur la “publicité“ : c’est l’incitation à la plus-value, la morale de la plus-value. On voit la plus-value sur le visage des femmes, leur vêture superficielle et de peau, sur les voitures et les tablettes de chocolat des hommes, le désir des parents que leurs enfants réussissent ceci ou cela (et non pas ce que ces enfants désirent faire de leur vie, au cours de son temps), les emballages tels que des émissions radio ou télé, la mesquinerie générale qui entoure toute chose, tout être. La publicité vous dit que vous manquez de plus-value et qu’ainsi vous êtes un dévalorisé social qui doit compenser pour ne pas décompenser, mais pas penser sans elle, surtout, puisque vous êtes un être social ultra-sensible à la plus-valeur, oups : la valeur qui cache la plus-value. La plus-value sociale se retrouve dans ces compétitions, où un seul gagne, solitaire ou « son » équipe ; un seul est le meilleur, alors qu’il n’est rien sans autrui, mais dire qu’on est tributaire d’autrui (qui est d’accord) est dévalorisant, puisque c’est lui qui octroie la plus-value. Tout est marchandisé.

Pour une prise de pouvoir sur autrui, il faut un point d’appui et un bras de levier. Le point d’appui est initialement (avant la venue de la police, je veux dire) l’affection qu’on porte à l’autre ; le bras de levier c’est qu’il n’arrivera pas à suffire à vous satisfaire, qu’il y a un manque affectif qui doit être compensé par un acte affectif et c’est celui-ci qui recevra la plus-value et auquel on donnera une valeur ; mais ce bras de levier éprouve la solidité de son contact du devoir que vous vous faites de satisfaire ce manque, aussi bien. L’un comme l’autre de ces deux devoirs (l’achat et le gain) sont un résultat de deux aspects de plus-value, chacun pour soi mais ici (le désir soulevé par un) manque et là (du désir de repu à jamais inassouvi) d’excédentaire. Vous comprenez ? Et chacun des personnages, selon son “pouvoir social”, peut prendre le rôle de l’autre pour agir en gain ou en achat, sur une autre personne (capitalisme partout, sincérité nulle part), le “calcul de réciprocité” étant un pivot remarquable dès lors qu’on y met son nez. Le but de ce jeu est de compenser une dévalorisation, un manque de plus-vlaue. Or donc, cette “dévalorisation” est-elle fille d’une incapacité aphrodisiaque paire ? De toutes façons, *je ne me pose pas comme une solution*, car je sais qu’un retour à cette parité des satisfactions est l’affaire la plus douloureuse de l’humain, sexuellement bien sûr, mais aussi affectivement, socialement, dans son corps, car cette douleur est située dans ses nerfs et dans ses muscles…. il n’y a que chez l’enfant qui n’a pas appris à supporter la douleur de la plus-value, qu’il est possible de pouvoir donner existence à ce projet de l’humain, encore qu’il lui faille sursoir, avec une autre douleur, aux coups de ses contemporains.

Nous y arrivons ! À l’adolescence, il se passe comme une rigidification des frustrations restées sans solution. Jusqu’au présent de l’adolescence, le phénomène de l’adaptation laissait une latitude adaptative à l’être, car il est effectivement en période d’adaptation. Lorsqu’il « murit », cette adaptation est acquise pour acquise et la bouger demandera beaucoup, beaucoup d’énergie, sinon de souffrance, de ténacité expérimentale, de la conservation d’un sens de l’aventure. Énormément de tentatives de prise de pouvoir sur autrui ont été entreprises pour tâter du terrain du soi *face à l’autre*, car dans la société de la plus-value, on n’agit pas avec autrui comme camarade, mais comme collaborateur, comme une personne en annexe. C’est d’ailleurs ce qui donne cette émulation dans la bêtise (le viol) en place de celle d’un sens commun (autrui = moi pareil et réciproquement). Cette rigidification s’opère sur la base de l’antériorité de la souplesse disponible, laquelle on a apprise ou adoptée. Plus on est rigide, plus, selon moi, on sera sensible à la plus-valorisation de soi, comme besoin ou comme nécessité. Mais pour autant, cette souplesse ne sera jamais parfaite, à de rares exceptions près (et que leur reste-t-il de pouvoir s’adapter à ce lourdingue qui est ? une occupation socialisée ! Moi, j’ai pas pu. Je suis arrivé à ce point simplement parce que je suis curieux et que je veux savoir, trouver une réponse à une interrogation, dut-elle se trouver au bout de 50 ans), car on grandit dans la plus-valorisation : les rigides en ont besoin comme du lait maternel le nourrisson ! sinon, ils dépérissent.

Ainsi, quand Wilhelm Reich mettait sur le compte de la rigidité de la cuirasse neuromusculaire l’incapacité de l’humain à se laisser aller à l’amour orgastique (ce qui revient à dire : à sa propension à s’assujettir à une autorité), nous ne serions pas loin de lui donner raison par le  modeste biais de notre approche de cette société de plus-value, du TRAVAIL, comme résultat de cette contracture chronique de son système neuromusculaire. Puis-je affirmer que la sclérose de la plus-value correspond à celle du système neuromusculaire humain ? J’apporte ma contribution par une obstination à ouvrir le vase de Pandore pour laisser s’échapper cet *espoir* dont on ne sait si, réellement, comme le chat mort ou vivant de l’incertitude, il s’y trouve ! Au moins, on en verra le fond de la lumière que j’apporte à son système *social* : la plus-value.

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