Comment tarter

Tous les commentarteurs du monde le commentent à partir des commentaires qu’en font les autres, à partir des mêmes mots personnalisés, des mêmes idées, du même fond. Chacun se donnera comme novateur dans l’éclaircissement du monde avec les mêmes lumières idéologiques, alors qu’il ne fait que redire ce qu’a dit un autre avant lui (et il le sait, c’est pourquoi il personnalise ses mots) : ce monde est con, on nous dit pourquoi il ne peut pas en être autrement, avec des expressions universitaires, politiques ou journalistiques, et parfois médicales, car il rend aussi malade. Au final, ces commentarteurs ne font que dire, filmer et écrire que ce monde ne peut être autrement que ce qu’il est, con, et qu’il faudra faire avec, sinon même ne pas y penser.

Le mensonge se présente, selon eux, toujours sous deux aspects antagonistes, où un camp aurait aussi raison que l’autre et l’autre camp plus tord que le sien. Je comprends l’entourloupe : puisqu’aucun des deux n’a véritablement tord ou raison, et que je me trouve toujours dans un des deux camps et que celui-ci affirme que c’est l’autre qui a tord, il se trouve donc que je suis dans celui qui a raison ; à ceci près qu’il ne peut pas en être autrement, à moins d’austracisme. C’est une disposition d’esprit d’une très grande généralité, quasiment universelle : l’incertitude du certain, du vrai. Il ne peut en être autrement, dis-je, seulement cette fois-ci sous cet aspect qu’il n’est pas possible de juger du vrai ou du faux, qu’il ne vous est pas possible de juger du vrai ou du faux à moins d’austracisme. Quand le mensonge est montré du doigt, le doigt est sale et il ne peut en être autrement, car celui qui le pointe peut voir pointer vers lui autant de reproches quand à la question du bonheur, de la beauté (je ne compte pas de la générosité sexuelle) et de la justice, sinon « en moins pire », que l’autre. Et le problème est posé de telle façon, qu’il restera dans cette situation, peut-être par l’annihilation d’autrui, inchangée.

Le tord de l’autre est de ne pas se trouver dans le bon camp, celui où je me trouve, tant pis pour sa souffrance. Pourtant, il souffre déjà, avec l’intervention de mon camp, aussi surement que moi des mêmes incapacités gouvernementales, journalistiques, médicales, amoureuses là où il se trouve, avec une variante géographique liée au climat et à la topologie, quand est présente cette variante.

En fait, un mensonge provenant de mon camp voudra me faire entendre la légitimité des actes que je m’apprête à commettre ou que j’ai déjà commis. Ce mensonge désigne une faute du camp adverse (quitte à l’inventer). Il me disculpe de prendre la décision de ne pas accepter les malveillances comme inacceptables. Et tous sont persuadés de ce qu’ils disent, puisque c’est leur gagne-pain ! C’est le gagne-pain de tous ces menteurs que de mentir, d’accepter les guerres, les centrales nucléaires, les produits phytosanitaires agricoles. Comme le dit ma compagne : « Comment imaginer un jour qu’on ne puisse pas manger correctement, c’est-à-dire des produits sains, sans qu’on les estampillent “bio” : tout devrait être bio-mangeable ! ». Et oui, les menteurs mentent : ils disent que c’est sans danger de s’imprégner de pétrole trafiqué quand on absorbe de l’eau, du vin, des légumes, des fruits et du cochon. C’est ce qu’ils appellent du professionnalisme de corporation. Ce sont eux qui font l’histoire, quand bien même cette histoire serait le véritable temps du vécu, mais décrit selon des commentaires entarteurs.

Outre que cette division duale du mensonge implique inévitablement de la souffrance chez chacun de ses aspects que l’autre regarde avec indifférence, Ce que cachent ces mensonges, c’est la vigueur du capitalisme qu’il faut cacher aux yeux de tous ceux qui ne sont pas du sérail. Les malveillances de ce système social sont incommensurables : affectives, sexuelles, ok, mais aussi intellectuelles car un mensonge demande un reniement de la vérité, donc un acte volontaire pour sa cause à l’encontre du vrai et du droit, du beau, du juste et du généreux. On doit réfléchir de sorte à dévoyer le vrai et que ce dévoiement même disparaisse sous le mensonge, la forme doit disparaitre avec le fond. Il faut une sacré capacité de cogitation pour arriver à ce but, et l’habitude aide beaucoup, en créant des systèmes plus ou moins opaques à l’œil averti, mais desquels la lumière transparaît par absence du beau, du droit, du juste et du généreux. Tous ces gens à micro, comme bureaucrates, ont des cravates, comme policiers des matraques, comme professeur d’université, des diplômes, comme médecins, la médecine, tout comme le paysan, la récolte.

Cependant, que je parle de « vigueur du capitalisme », il faut entendre ses problèmes d’existence. Il y a que, selon cette manière de penser où le faux est une partie vraie et vice-versa, on ne sait plus comment penser sa suppression. C’est une ruse qui lui donne le droit d’exister par incertitude car, s’il n’était pas là, quoi le remplacerait ? Il faut être certains que toutes les explications du monde ne sont que des explications du capitalisme qui gouverne le monde. Ces explications sont données par des professionnels, peut-être pas du « mensonge » parce qu’ils croient dur comme plastique que le capitalisme est leur raison d’être (c’est ce qui donne une sorte de sincérité à leur mensonge), mais de ceux qui ont tout à perdre si ils ne procèdent pas ainsi. Il leur est indispensable de cacher le monde du capitalisme, c’est-à-dire se cacher eux dans leur action pour le projet du capitalisme, quel qu’en soit les conséquences sociales, sexuelles, et j’en passe !

Il s’agit d’entretenir une morale, celle-là qui vous fait balancer en un terrible équilibre sur le fil de l’incertitude, de sorte qu’aucune décision ne puisse être prise quand à ce qui vous concerne immédiatement, vous et votre voisin, votre vie commune et individuelle sur les dangers du capitalisme. Nous en sommes à ce point que le monde, ce qu’on appelle « l’écologie », est détruit en non retour, pourri par les plastiques, le pétrole et la chimie du pétrole, le nucléaire, les phytosanitaires agricoles, les médicaments (quoi que maintenant, le bistouri a été jugé plus rentable), les images transitoires des scientifiques nanométriques et la disparition du vivant. Imaginer qu’il ne peut pas y avoir un autre mode de vie que le capitalisme paraît inimaginable ; c’est pourtant à cela qu’il va falloir se mettre !

 

Une réflexion au sujet de « Comment tarter »

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