Le discriminant du sur-plu

Au vu du monde, l’être humain est doté de quelque chose qui lui est au surplus du nécessaire pour sa survie… et je doute qu’il en soit conscient : même la conscience – qui est une manifestation de ce surplus – n’est pas indispensable, quoi qu’en dehors de ses états de transe, elle devrait reconnaître l’impact de sa propre absence.

On a plutôt affaire à un animal qui se gorge de ce dont il n’éprouve qu’insatiété, sans atteindre la réplétion parce qu’il n’en a pas reconnu la puissance de la mesure. L’Ipod, la chose la plus reproduite au monde, est une des manifestations de cette ferveur pour l’image qui s’imagine sans support alors qu’elle s’ourdit sans ce qu’elle est, la communication des pensées.

Le surplus dont est doté l’humain est la reconnaissance par autrui des pensées d’autrui, et de manière quasi indispensable, le plaisir de cette communication. Et se « raconter des histoires » mène à on ne sait quelles histoires, souvent sordides car liées à l’angoisse : en vrai, cette angoisse est écartée de la vie, pour être cachée comme la poussière sous un tapi devant elle. Ainsi le péché, la crainte du péché raidit au carré de ses murs : qu’on s’imagine, seulement, pécher limite toute possibilité de mouvement libre du corps.

La religion est à la fois le prétexte à se raidir et la justification de cette raideur. Éviter de pécher accorde, par ses préceptes, la possibilité de se raidir, de rester raide, ou de vous rappeler que vous devez craindre le péché, crainte de ne pas pouvoir éviter de pécher ; ainsi l’angoisse trouve une histoire. Nous savons tous que le péché par excellence, est de se toucher les organes du plaisir sexuel pour en avoir du plaisir, avant d’en anticiper l’obtention d’une complicité avec autrui. Le péché raidit donc contre le plaisir, pour ne pas fondre du et par le plaisir ; et par conséquence, la religion est un pré-raidissement contre le plaisir sexué. D’ailleurs, la circoncision vous le donne en prévision, comme le fait de considérer une de vos mains (la gauche) comme l’histoire d’un suppôt d’un satan.

Cette dotation naturelle d’un surplus inutile du point de vue de la simple survie chez l’humain – que l’on retrouve déviée dans l’angoisse issue de la crainte d’éprouver du plaisir des organes qui y sont dédiés par nature – ne peut s’interjeter sans son dépassement. Ce surplus, devenu péché ou raideur d’entendement de sa place dans le monde, s’est changé en une représentation, une crainte de soi, et comme inaccompli, un désastre. Ce qu’on pourrait prendre pour un surplus de possibilité de jouir de sa présence dans le monde et du monde lui-même, à travers cette angoisse, s’est résolu dans cette pourriture dont l’humain a repeint le monde, de sa chimie, de sa radioactivité, de ses ondes hertziennes, et du reste (on dit qu’un observateur lointain, regardant notre planète, de demanderait s’il ne s’agirait pas d’une supernova par son explosion, en à peine un demi siècle, de ses émissions radio et de leur intensité terawattique).

J’ose dire que tout ce surplus inutile du point de vue de la simple survie, mal compris, se retrouve dans ces excès dérisoires de la bourse, de la plus-value, des déchets et des nuisances qu’ils génèrent. La véritable obscurité dans laquelle cet entendement de soi navigue, à tâtons, sera percée par la lumière (hein ! obscurité ≠ lumière, c’est évident) que cette obscurité défend d’apparaître : ce surplus inutile mal entendu empêche par cette incompréhension qu’il a de lui, sa propre lumière.

Déjà, l’idée de cesser de travailler entrouvrirait le diaphragme de cette raideur. Pour cela il faut comprendre que le travail doit cesser de consister à créer de la sur-plus-value, la valeur et ainsi de supprimer ce moyen de communication boiteux qu’est la valeur objectivée, alors qu’elle ne devrait n’être qu’affective, qu’immatérielle !

Je ne suis pas un dieu… Les gens attendent d’autrui la solution à cette raideur. On les voit, en transe, écouter le baratin du bonimenteur, car il les soulage un instant de leur angoisse par le miroir qu’il présente de sa dissolution ; soulagement éphémère, mais historique ! La publicité du mensonge : la honte de ne pas avoir de plaisir de ses propres organes dédiés à ce plaisir dissimulée par la poussière du tapi, ensemble. La haine de soi se retrouve dans la maltraitance du monde, jusque ses propres enfants empoisonnés dès le cordon ombilical ; elle se retrouve dans la généralité de la haine du monde, avec ses -icides, ou ses glyphosates et autres néonicotinoïdes. Pour quoi ? Le profit : ce surplus dont je parlais précédemment, séparé du vivant de la vie, désintégré de la vie, du pulsatile du vivant.

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