Pro bât tôt d’institution

Tel que présenté dans Le Livre, dieu contraste en consistance avec ce qu’il dessinait auparavant ; jusqu’à aberrer le choix du futur comme incommodité au présent.

Par opposition à la multitude des dieux, dieu est un syncrétisme (pas obligatoirement positif) de l’entendement.

Dans le disparate des dieux que l’humain adorait et de chacun desquels il voulait obtenir le bonheur par défaut, le filigrane de son comportement transparait dans la conformité d’une disposition organique vis-à-vis de ce dieu, quel qu’il soit, et de ce qu’il en attend : il lui vouait un culte, c’est-à-dire, un schéma pratique en correspondance au dieu. Les prêtres ne s’adressaient pas aux personnes, mais au dieu. Dans le monothéisme, le prêtre s’adresse aux personnes, car il se prédispose comme le transport et se veut l’intermédiaire, d’une morale qui est sensée correspondre au dieu (la morale est toujours in-sensée !), quand dans la réalisation d’une telle disposition, il est le seul juge : dieu est devenu un but et non plus une relation immédiate. Lorsqu’on lit (avec plaisir) Kierkegaard ou Nietzsche, on comprend que la réalité de dieu consiste dans cette relation supposée incarnée alors qu’elle peine à être charnelle. Le monothéisme implique la désincarnation, la séparation du corps du plaisir pour faire de ce premier un utilitaire.

Tandis que le culte n’est que la relation au dieu, la religion est une morale du dieu ; alors que dans le culte, on se fond (on est en transe, ce dont ne peut se défaire la religion : le besoin de transe) à travers une pratique, un culte ; dans la religion, la relation au dieu est un enseignement, une intellectualisation du vécu, et qui dit « enseignement » dit « principes » et qui dit « principes » dit « morale ». Cette différence est pesante, de plomb : elle est de l’ordre du poids d’un vécu qui est là dissemblable à l’ici. L’histoire du serpent sans queue, à qui la queue ne devrait pas être mordue, n’est pas la pratique d’un culte, mais essentiellement la description de l’institution d’un ordre moral. Et cette morale est celle de la négation du plaisir issu des organes dédiés aux plaisirs, aux organes nommés par pudeur « génitaux » quand leur rencontre n’est que de peau (si les organes « génitaux » restant pour le principe, les ovaires-utérus et les testicules, tout le reste est consacré à la rencontre pour le plaisir des deux sexes, de peaux).

Et on reconnait très facilement que la morale que transporte Le Livre – dont s’affirment issues les trois religions et leurs variantes – est une morale (comme toute morale contraire à elle-même) dénigrant le plaisir sexuel en dehors de l’idée de la reproduction : avec pour initial que la femme doit accoucher dans la douleur ; ici, le sperme ne doit pas toucher la poussière du sol mais uniquement se perdre dans le col de la matrice ; là, l’accouplement ne doit être consacré qu’à la grâce de ce dieu qui crache sur le plaisir (les mains clouées à la croix, un crucifié ne peut plus se toucher ses organes dédiés au plaisir) ; et pas si loin, la femme n’est qu’une esclave quand elle n’est pas une autre prostituée qu’il faut voiler aux yeux des con-cupiscents. La manière dont on consacre les organes du plaisirs au plaisir, selon qu’il s’agit d’un culte ou d’une religion (ce que cette religion nomme « païen » en opposition à sa célestitude – les anges n’ayant aucun sexe différencié, ils ne peuvent, par incidence, en obtenir du plaisir comparse), est évidemment à l’extrême dissemblable… je dis bien « en rien semblable«  ou « a-semblable« . Le culte ne parle pas aux personnes, le culte parle au dieu. La religion parle aux personnes pour qu’elles accèdent au dieu. Ainsi la religion est un ensemble de préceptes moraux (l’intelligence de Sade c’est arrêtée à cet endroit, ce qui l’a rendu sensiblement imbécile pour 100 % de son œuvre « érotique ») auxquels on se doit de se consacrer avant tout autre objectif vivant, tout autre emploi de soi en vue de quérir du vivant le plaisir qu’il induit de fait du fait de vivre.

Et la conséquence immédiate de la religion est d’écarter la femme de l’accès au dieu (Paul de tarse, 1 Corinthiens 11, 5-10), tandis qu’elle a son accès libre dans le culte. De sorte à me laisser dire que le culte est de l’ordre du féminin, encore que masculinisé, alors que la religion est du masculin émasculé.

Je ne peux clore ce chapitre sans donner un coup de lampe sur la pornographie, comme a-moralité religieuse, c’est-à-dire, comme pratique d’un culte épris de la recherche du plaisir dont sont aptes à se procurer au surplus les organes dédiés en cet endroit. Ici, ce n’est plus par la bande que la recherche de ses spécificités trouvent une expression positive (encore que je ne puisse me placer sans erreur dans le concept de l’orgasme de Wilhelm Reich) à la femme, mais sa pratique, celle que lui laisse d’ouverture (et d’obstruction en cas de violence) le patriarcat (qui cache derrière son petit doigt, le capitalisme). C’est en ceci que cette société capitaliste tolère en la dissimulant ces pratiques cultuelles autour de la recherche du dieu Plaisir en dehors d’une certaine forme de la marchandise, car elle sait pertinemment que la paresse en est le corollaire : il faut du temps pour avoir du plaisir à partir d’organes qui ont été asthénies par le capitalisme afin d’arriver à se vivre de plaisir… selon sa spécificité avec le sexe complémentaire.

De sorte que dans ce cadre, on ne peut que se rendre à soi-même compte que l’expression laissée aux possibles de la rencontre des sexes est ici une faderie comparable à l’eau face au vin – comme un certain miracle ! Les miracles n’existent qu’en moralité, en dévotion à un dieu qui échange ce miracle, alors que le culte l’octroie. La religion a repoussé aux extrémités de son monde plat, les expressions spécifiques de la sexualité de la femme comme source de plaisir qui lui est précisément intrinsèque et qu’elle se dispose, dans son acquiescement personnel à partager, selon sa volonté. La religion a écarté du monde du vivant l’existence de la femme ; le culte, jamais. Ce que nous montre la pornographie est l’usage que peut faire d’elle-même la femme dans le cadre du patriarcat à des fins de plaisirs – ce n’est pas la meilleure facette de la présenter, j’en conçois, mais c’est une manière d’en aborder le minimum des inconcevables qui attendent des aboutis, du présent. Je vais donner un exemple : dans la fellation féminine, que la femme s’identifie au sexe de l’homme comme pourvoyeur de vie, alors que son sein nourrit autant le nourrisson, quoi dire dès lors que le moment se situe dans la décharge du don ? Rien n’y est à dire. Mais, par contre, que l’homme puisse prendre ce moment de perte comme une prérogative, nous sombrons (comme le bris du tonneau de rhum dans la rivière) dans le sadisme dont je parlais plus haut. Il faut l’affirmer, car c’est aujourd’hui la plupart des cas, la limite de la femme est l’homme, juste à ce moment où elle incruste son être dans votre transe, à lui comme à elle.

La morale sexuelle que proclament les religions du Livre sont toujours anti-sexuelle : la satisfaction du rapprochement amoureux est liée, et seulement à elle, à la reproduction de cette espèce d’espèce qu’est l’humain (compris comme une globalité qu’il pose comme incomplète, dans le masculin et le féminin, ce dernier étant « inférieur » au premier). Nous nous voyons donc dans ce contexte bavassement turpide (certains parlent d’enfer) où la demande des unes ne correspond pas à celle des autres, faute d’un conjointement des affects. Le sordide du détail réside en ceci que quand une femme aime les hommes (et comment pourrait-il en être autrement, bout du dieu ?) elle est une salope, tandis que des violeurs patentés sont adulés en héros du « sexe »… mâle. À l’entrée du port, le déport mène au déplorable échouage : le courant n’était pas celui auquel on s’attendait, le vent n’a pas été du tout en votre faveur, la quille a talonné, au moins jusqu’à la prochaine marée vous êtes planté dans la vase, encore que l’inconfort de la gîte pose le problème de la bévue d’un café chaud.

Désirer que la femme s’ouvre à vous n’est pas obligatoirement qu’elle veuille s’ouvrir à vous : elle a ses mystères, ses allants, les phobies auxquelles elle sursoit dans le courage de sa chair. Mais où l’impénétrable acquiescement vous ouvre sa porte, rendons-lui l’hommage de sa générosité (approximativement) autolâtre et sachons en partager la jouissance ! je pense que ce meilleur lui agrée dans la profondeur de son cœur.

La différence fondamentale entre les religions et celles qui se réfèrent au Livre, est qu’on a jamais vu das les premières un prêtre faire de la morale à ses ouailles (c’est le jub des philosophes, et autres), tandis que dans les secondes, le prêtre fait toujours la morale à ses ouilles ; ce qui signifie que pour ne pas transgresser sa relation au dieu, il ne faut que la femme soit infériorisée, elle et ses désirs de vie. Les religions du Livre ont obligatoirement pour base la répression sexuelle en vue d’anéantir le plaisir que le simple fait d’être doté d’organes dédiés à cette fin permet. Maintenant, c’est su.

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Le discriminant du sur-plu

Au vu du monde, l’être humain est doté de quelque chose qui lui est au surplus du nécessaire pour sa survie… et je doute qu’il en soit conscient : même la conscience – qui est une manifestation de ce surplus – n’est pas indispensable, quoi qu’en dehors de ses états de transe, elle devrait reconnaître l’impact de sa propre absence.

On a plutôt affaire à un animal qui se gorge de ce dont il n’éprouve qu’insatiété, sans atteindre la réplétion parce qu’il n’en a pas reconnu la puissance de la mesure. L’Ipod, la chose la plus reproduite au monde, est une des manifestations de cette ferveur pour l’image qui s’imagine sans support alors qu’elle s’ourdit sans ce qu’elle est, la communication des pensées.

Le surplus dont est doté l’humain est la reconnaissance par autrui des pensées d’autrui, et de manière quasi indispensable, le plaisir de cette communication. Et se « raconter des histoires » mène à on ne sait quelles histoires, souvent sordides car liées à l’angoisse : en vrai, cette angoisse est écartée de la vie, pour être cachée comme la poussière sous un tapi devant elle. Ainsi le péché, la crainte du péché raidit au carré de ses murs : qu’on s’imagine, seulement, pécher limite toute possibilité de mouvement libre du corps.

La religion est à la fois le prétexte à se raidir et la justification de cette raideur. Éviter de pécher accorde, par ses préceptes, la possibilité de se raidir, de rester raide, ou de vous rappeler que vous devez craindre le péché, crainte de ne pas pouvoir éviter de pécher ; ainsi l’angoisse trouve une histoire. Nous savons tous que le péché par excellence, est de se toucher les organes du plaisir sexuel pour en avoir du plaisir, avant d’en anticiper l’obtention d’une complicité avec autrui. Le péché raidit donc contre le plaisir, pour ne pas fondre du et par le plaisir ; et par conséquence, la religion est un pré-raidissement contre le plaisir sexué. D’ailleurs, la circoncision vous le donne en prévision, comme le fait de considérer une de vos mains (la gauche) comme l’histoire d’un suppôt d’un satan.

Cette dotation naturelle d’un surplus inutile du point de vue de la simple survie chez l’humain – que l’on retrouve déviée dans l’angoisse issue de la crainte d’éprouver du plaisir des organes qui y sont dédiés par nature – ne peut s’interjeter sans son dépassement. Ce surplus, devenu péché ou raideur d’entendement de sa place dans le monde, s’est changé en une représentation, une crainte de soi, et comme inaccompli, un désastre. Ce qu’on pourrait prendre pour un surplus de possibilité de jouir de sa présence dans le monde et du monde lui-même, à travers cette angoisse, s’est résolu dans cette pourriture dont l’humain a repeint le monde, de sa chimie, de sa radioactivité, de ses ondes hertziennes, et du reste (on dit qu’un observateur lointain, regardant notre planète, de demanderait s’il ne s’agirait pas d’une supernova par son explosion, en à peine un demi siècle, de ses émissions radio et de leur intensité terawattique).

J’ose dire que tout ce surplus inutile du point de vue de la simple survie, mal compris, se retrouve dans ces excès dérisoires de la bourse, de la plus-value, des déchets et des nuisances qu’ils génèrent. La véritable obscurité dans laquelle cet entendement de soi navigue, à tâtons, sera percée par la lumière (hein ! obscurité ≠ lumière, c’est évident) que cette obscurité défend d’apparaître : ce surplus inutile mal entendu empêche par cette incompréhension qu’il a de lui, sa propre lumière.

Déjà, l’idée de cesser de travailler entrouvrirait le diaphragme de cette raideur. Pour cela il faut comprendre que le travail doit cesser de consister à créer de la sur-plus-value, la valeur et ainsi de supprimer ce moyen de communication boiteux qu’est la valeur objectivée, alors qu’elle ne devrait n’être qu’affective, qu’immatérielle !

Je ne suis pas un dieu… Les gens attendent d’autrui la solution à cette raideur. On les voit, en transe, écouter le baratin du bonimenteur, car il les soulage un instant de leur angoisse par le miroir qu’il présente de sa dissolution ; soulagement éphémère, mais historique ! La publicité du mensonge : la honte de ne pas avoir de plaisir de ses propres organes dédiés à ce plaisir dissimulée par la poussière du tapi, ensemble. La haine de soi se retrouve dans la maltraitance du monde, jusque ses propres enfants empoisonnés dès le cordon ombilical ; elle se retrouve dans la généralité de la haine du monde, avec ses -icides, ou ses glyphosates et autres néonicotinoïdes. Pour quoi ? Le profit : ce surplus dont je parlais précédemment, séparé du vivant de la vie, désintégré de la vie, du pulsatile du vivant.