Pour une histoire de la pensée

Quitte à le montrer sous son aspect le plus idiot, ou imbécile, il faut ériger une histoire de la pensée de l’humain. Pourquoi idiot ? ou imbécile ? Ne serait-ce qu’il est encore loin, selon moi, de s’être compris lui-même, vu les dégâts qu’il produit dans sa propre socialisation et l’ensemble du monde qu’il pourrit par cette organisation sociale. On ne peut pas dire que l’humain a une pensée mature, principalement en collectivité. Je n’ai aucun mépris pour l’être humain, aucun : c’est un animal merveilleux.

L’histoire de la pensée (l’article a été écrit après mon post) à laquelle je pense n’est pas le « pourquoi » l’humain pense, mais le « comment » l’humain pense. On a glosé sur les capacités humaines à penser, son extraordinaire pouvoir d’abstraction, mais on ne sait pas comment il pense, cet humain. Et ce qu’on pense être « l’à partir de quoi il pense », son cerveau, est ridiculeusement surfait : rêver ne demeure qu’un rêve. Bien évidemment, je ne renie ni ne dénie le fait que cette pensée possède cette extraordinaire puissance sur nous-mêmes, et accessoirement sur la nature, puisque nous pensons en rêve et que nos relations sont assises sur ces rêves. Je pense qu’en décrivant le mode du rêve, on saisira qu’on puisse avoir d’autres plaisirs à acquérir que de faire souffrir autrui dans la faim, la misère sexuelle et l’inconfort.

On va chercher dans les connexions du cerveau la pensée. Ok, mais il ne s’agit que de connexions… le résultat est individuel, en rien collectif : on n’a pas encore mesuré le plaisir et la joie de jouer en groupe de la musique, par exemple, on en est resté à l’individu qui n’est rien sans le collectif. La structuration de la pensée est bien plus importante que des connexions qui présenteront au scanner toujours le même endroit illuminé pour telle ou telle pensée, mais rien sur la pensée elle-même. On montrera des émotions liées à la pensée, mais pas la pensée elle-même : le fait qu’on soit si touché par les images, visuelles ou verbales.

Hubert Reeve a noté que nous avons au surplus le nécessaire pour survivre, que l’épaisseur de notre néocortex est excédentaire par rapport à notre besoin en vue de notre seule survie, même dans la nature. Je ne pose seulement que la question de savoir ce que nous faisons de cet excédent ! En avons-nous conscience ? Non, bien sûr : nous sommes si fiers de penser ! de notre pouvoir d’abstraction ! Tout disparait devant cette prétention, surtout le malheur qu’elle produit et qu’elle cache à la fois.

Tout d’abord, penser angoisse celui ou celle qui pense. Savoir si c’est un acquis ou un inné, je ne sais, mais penser angoisse l’humain. Il s’agit d’une angoisse profonde qui s’ancre dans des protections PENSÉES qui deviennent une structure de penser le monde et nos relations sociales. L’histoire de « l’évolution de la pensée » passe par plusieurs structures de ce genre, qu’on nomme « civilisation » (dont on remarque qu’elles meurent toutes par l’excès d’un usage qu’implique cette structure : ici le bois, là le plâtre ou la chaux, ailleurs, la poudre à canon, le pétrole et le nucléaire, etc.) qui spécifient ces relations sociales par la structure de la pensée à ce moment d’existence. On peut parler des dieux ou des déesses : la structure de la pensée relative à l’un ou à l’autre est absolument différente et l’entendement du monde aussi bien, comme les relations sociales. Mais ces dieux et ces déesses ne sont que des ancrage de l’angoisse éprouvée du fait de penser et de vaquer dans le monde en pensant.

Penser angoisse dès lors qu’aucune solution à l’initiation de la pensée est posée, se découvre, arrive. La tension que soulève cette pensée irrésolue demande une détente : on trouve en partie dans la structure sociale, dans les ancres utiles à une telle détente, encore que, bien souvent, puisqu’il s’agit toujours de rêve, le plaisir ne soit pas encore là. Car penser mène aussi au plaisir, à la jouissance de la pensée. Lier par exemple la puissance de la pensée à la science est idiot : dans la science, la pensée ne fait que se suivre elle-même (à l’exemple des mathématiques qui vont maintenant chercher des cordes comme liens au monde) sans qu’elle découvre sa structure, comment elle pense, à partir de quels moyens, suivant quel schéma. Car la pensée « moderne » est toujours entachée de la pensée primitive, même avec ses portables et ses bombes atomiques : elle n’est pas sortie de savoir ce qu’elle est !

La pensée a été entachée de sa propre mouvance, elle traine après elle elle-même. Et ce phénomène est irréversible, il ne va que dans le sens du temps qui passe. On peut la reprendre mais seulement dans ce à quoi, matériellement, elle était attachée : la méthode sera la même, à moins d’avoir d’autres moyens pour penser. Je dis que le point charnière de l’humain dans sa progression au temps est le moment où il a transformé les avanies en coups du sort : ce qui était directement vécu s’est changé en une représentation « séparée » du vécu. Sa pensée s’est alors scindée en deux : la mystique et la mécanique. Robert Grave dans son intro à la Dame blanche, affirme que la poésie ne peut qu’être, en relation avec la Muse : cette transformation de l’avanie en coup du sort est la perte de la muse, de la poésie de la vie.

Initialement, la pensée est un contact avec la vie se retournant sur soi pour être partagé avec autrui qui vous le retourne à son tour. Dès lors que les avanies deviennent des coups du sort, le sort est jeté sur le sort qui prend alors l’allure de n’importe qui ou de n’importe quoi pour ancrer cette angoisse liée à la perte du sens poétique, de l’amour et de l’amitié. La pensée se jouit dans son énonciation et pour cela on raconte des histoires autour de ses sensations transmissibles par des mots ou des gestes, des images verbales ou gestuelles. Le mot résonne en nous à la fois comme moyen de transmission mais aussi comme transmission-même de la pensée d’autrui qui est destinée au partage, inévitablement. Le coup du sort cherchera le secret du sort pour rester un sort pour autrui et une puissance pour soi : le partage n’y est plus ! La logique a été étudiée comme mécanisme de la pensée, mais pas comme succession des moments de la pensée.

Lorsqu’on demande à une pie qui jacasse avec d’autres ce qu’elle pense de la pensée, elle vous répond : le présent. Le néocortex humain n’est qu’anticipation. Alors que le futur est toujours un présent qui arrive, pour l’humain le futur est un espoir. La pie a-t-elle des douleurs articulaires ? Elle est au présent. L’humain a-t-il de l’arthrite ? Il pense que cela va passer et vit et agit en conséquence. Mais cette anticipation regarde l’ensemble de la vie, mais comme la vie ne correspond pas à une quelconque anticipation, cela pose un problème à l’anticipateur qui va alors trouver des moyens de conjurer ou de conjuguer le présent à l’avenir. Le néocortex s’exprime ici avec son sens de l’histoire, de bâtir à partir du vécu, des mondes imaginaires tenant lieu de réels – c’est un être à l’extrême social, de ce fait : seul, il n’est rien. Le présent lui montre une certaine impuissance devant sa vie alors qu’il la compare au futur et ce futur n’ayant jamais aucune correspondance avec ses rêves sinon que le besoin que lui satisfait la vie de vivre dans le monde de la vie (le sorcier qui fait pleuvoir ne fait pas pleuvoir, on le sait, mais il pleut quand même !), il invente des conditions à ce futur, conditions aussi imaginaires que l’interprétation qu’il fait de son présent. Il pense avoir trouvé un antidote dans la « science », mais ce n’est qu’un antidote une fois encore imaginaire face à cette impuissance qu’il ressent de vivre. Confronté à cette imperfection, il trouvera alors une modestie en s’inventant un dieu qui lui sera supérieur et auquel (ou à laquelle, à moins de poésie) il vouera sa vie d’impuissant.

Lorsqu’on demande à un animal ce qu’il pense de la vie, il répond : le présent. Nous, nous pensons une image du présent. Alors que je suis en train de décrire (ou que je tente de décrire) ma pensée, il me faut la formuler pour le futur, celui où elle sera lue par autrui. Raconter une histoire (Jean le loup, la Belle au bois dormant, Terminator 3) repose sur l’acquis (les mots, le substrat culturel, la relation à autrui) et sur l’anticipation : les moyens d’atteindre la fin de cette histoire. Un singe, même Kanzi, ne peut raconter d’histoire imaginaire qui résume un entendement du vécu et cherche à le corroborer, il peut à peine dire ce qui s’est passé.

En fait, la transe que j’ai loupée, c’est de ressembler aux autres : j’ai tout perdu ! Les autres vivent en transe : boulot, reniement, obéissance, et j’en passe. Moi, j’en préfère d’autres et plus jouissives, mais qui n’ont pas coure dans ce monde… ou je ne sais pas m’y prendre ! J’ai cherché à vivre au plus près de la vie, comme dans une sorte de noyade alors qu’on y respire encore et j’ai rencontré bon nombre de bouées de sauvetage, de celles qui laissent bien la tête hors de l’eau ; mais aussi, dans le froid, la bouée est-elle la meilleure manière de mourir… cette tête hors de l’eau, doucement, en grelottant et par, finalement, anesthésie (celle qu’on refuse à ceux qui veulent mourir, qui doivent, pour eux-mêmes, mourir). Il en est des études sur les superstitions comme de celles sur la transe : de loin, avec la cuillère du diable.

La pire des colère est la colère imaginaire qui vous est extérieure : celle du vent, des cailloux, du père ou de l’Éternel : rien de tout cela n’existe, mais l’empreinte de l’imaginaire est telle qu’elle est plus puissante que la réalité. Car, dès le plus jeune âge, on subit un apprentissage à donner la plus grande mesure possible à cette dimension : vous entendez bien ce que je dis : on apprend à donner mesure à la dimension imaginaire. Cela ne nous sert à rien et nous éloigne même de la vie, en tant que vécu immédiat ou même prévisible. Mais plus on sait donner, extraite de l’énergie de ses propres émotions, de force à cet imaginaire et plus il vous envahit, comment dit-on déjà ? impérialistement. De sorte que les problèmes réels qui ont été jetés sur le réel par cet imaginaire ne trouveront jamais de solution sinon qu’imaginaire, ce qui fait du monde une poubelle d’imaginaires plastics, chimiques, -icides, nucléaire (bombes et centrales), pétrolière, etc. L’imaginaire se bat contre le réel avec ses propres moyens : l’imaginaire ; il ne comprend plus le monde que selon ses propres critères, trouvent des rustines (superstitions) à ses fuites devant ce réel, des « lois » de la nature. Dieu est la plus grande séparation de l’humain de sa vie (il était plus proche de la vie lorsqu’il en avait plusieurs, et beaucoup de féminin). Aujourd’hui, effectivement, le monde est humain : il baigne dans les images (l’argent compris, dont la valeur est extraite de la survaleur), se noie dans les images, ne vit que par les images. À peine l’accouplement reste-t-il une matière de chair satisfaisante ! L’invention de l’électronique et son aboutissement actuel (dont on attend avec fébrilité l’avenir dans une « intelligence » « artificielle » qui vous séparera encore davantage du vivant) n’est qu’un prolongement de la bureaucratie et du flicage qui ont commencé avec l’écriture, à Suze, il y a cinq mille ans. On le sait, mais il s’agit d’image qui cache d’autres images et quelle image que l’artificielle ! La prétention de l’image de dépasser le réel est rattrapé par le réel : tout dernièrement, on s’est aperçu que depuis plus de vingt ans (c’est-à-dire : depuis le début de l’affaire, quasiment) deux « failles » sont présentes dans l’ensemble minéral du parc électronique. L’humain ne reste qu’un bout de chair, sur une planète qu’il a pollué à l’excès, qu’il raffine ou non le silicium, parce qu’il refuse d’être ce bout de chair.

Un dieu n’a jamais tué personne, sinon que par la puissance de l’imaginaire ou des tueurs ou du tué ; une prière (même si ça fait du bien) n’a jamais été exaucée, sinon que par hasard ; bien qu’il soit destiné uniquement à sa propre satisfaction, un rêve reste en toute circonstance un rêve : le produit de l’imagination humaine. Ce qui ne rassure plus ceux et celles qui cherchaient dans cet imaginaire un répit à leur angoisse. L’image cache l’angoisse, mais l’angoisse demeure, et elle demeurera tant qu’elle ne sera pas dévoilée… mais voilà ! elle fait si peur qu’on ne la dévoilera jamais. Ce n’est pourtant, quand on l’a découverte, qu’une petite chose faisant partie de la vie, comme le fait de devoir manger, boire, aimer, dormir, savoir, s’occuper. Ainsi, cette histoire de mes vœux de la pensée qui n’est pas l’histoire des productions de la pensée, mais de celle de la conscience de soi et de l’image : nous sortons à peine de conditions qui ont créé l’écriture, nous avons les mêmes dispositions de pensée qu’il y a cinq mille ans, nos dieux sont les mêmes (bureaucratie, flicage, domination d’autrui), seuls les moyens ont évolué (ceux que l’on prend pour une évolution de la pensée, imprimerie comprise). Avec le patriarcat, nous avons perdu la Muse, le contact poétique avec le monde (quand je parle de poésie je ne parle pas de la dernière chanson de Johnny, vous comprenez l’implication du mot, n’est-ce pas ? la transe poétique, l’unique chose qui est propre à l’humain et que tous les autres animaux nous jalouse, encore qu’ils vivent, eux plus que nous, le présent au présent. En fait, ils ne nous jalousent pas de nos transes, puisqu’elles sont devenues si peu présentes, et qu’ils ont conservé – pour ne l’avoir jamais égarée, même dans la domestication – la capacité des leurs qui ne se sont pas perdues dans des leurres, des images de transe).

Nous sommes toujours dans le même état de pensée que celui qui a donné naissance aux rois, aux sorciers. Nous y baignons tant encore que cela parait normal qu’il en soit ainsi, malgré les malheurs qui suivent en cortège cet imaginaire. On parle des rois du pétrole comme jadis d’Alexandre l’ivrogne, sauf qu’aujourd’hui il s’agit de cocaïne et que la puissance de feu du premier se retrouve dans la puissance de pollution du second. Les sbires et les larbins sont toujours aussi prégnants dans leur présence qu’il y a huit mille ans. On évoque des stades de la pensée, entre Platon et le christianisme, par exemple, mais le système est le même : l’humain a toujours autant peur de vivre. Je me répète : l’évolution de la pensée telle qu’on nous la présente présentement n’est qu’une succession semblable à l’évolution des mathématiques qui aujourd’hui finissent dans les cordes. Ce n’est pas la pensée qui a évolué, mais la pensée de la pensée : laissant la pensée initiale, l’incarnée derrière son image, l’image qu’elle crée et derrière laquelle elle se cache… allez-vous en savoir pourquoi ? Bien sûr, je le sais, nous le savons tous, plus ou moins : la chair nous rattache tant à la réalité, avec ses exigences de faim, de soif, d’amour et d’amitié, d’occupation, de savoir, de confort, nous parait si terre-à-terre qu’elle ne peut que recevoir la médiocrité de l’imaginaire en partage, quand cela dénonce aussi la perte du réel de cette chair qui est pourtant bien réelle. Il faut la preuve d’une radiographie pour démontrer l’existence du cœur brisé ; des IRM pour démontrer qu’il faut reconnaitre le désarroi et le désespoir ; calculer le nombre d’âmes solitaires pour montrer combien cette société est inhumaine ; faire des lois sans effet contre le bruit pour l’admettre comme facteur de folie ; mesurer les particules fines pour continuer à les respirer ; sentir les échappements des moteurs à combustion interne pour ignorer l’odeur de la vie ; compter les désagrégations nucléaires pour ne pas même se rendre compte qu’on est impuissant devant leur intensité pour des mesures de temps frisant l’éternité ; nous tancer devant les étalages des supermarchés pour ne pouvoir choisir que du poison lequel nos nouveaux-nés-mêmes contiennent à leur naissance. Tout cela, c’est de la pensée de pensée, en rien de la pensée. La pensée aurait coupé court à toutes ces facéties pour continuer à se consacrer à sa consistance, la poésie, c’est-à-dire, la relation à autrui par l’usage de nos moyens : la pensée, l’amitié, l’amour. La relation au monde qu’avait un seul couple de Primitif, avec ses tabous et ses fétiches (c’est-à-dire ses craintes et ses ancrages), était intimement plus proche de la poésie que de celle de tous les spectateurs des télévisions du monde compilée.

Une histoire de la pensée ne peut commencer qu’au moment où on distingue deux, ou mieux, trois différences d’états à notre sujet. Aujourd’hui, ne nous souvenant plus d’un premier état, datant de l’époque où le mâle humain n’avait pas la mainmise sur l’expression sexuée de l’humain femelle pour lui attribuer le malheur du monde, nous ne pouvons qu’admettre qu’il n’y a qu’un et un seul état de la pensée, d’avant jusque maintenant. L’histoire de la pensée deviendra effective lorsque nous en auront commencer un second. La chair est certes faite de souffrance et d’usure, mais aussi de croissance et de plaisir : il nous faut penser dorénavant avec notre appendice de plaisir sexuel interne ou externe ; non plus faire jaillir la mort dans le minéral, mais la vie par l’organique ! Nous en avons le moyen, nous en sommes naturellement dotés Si les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, nous devons, nous, le réincarner.

 

 

 

 

 

 

 

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Dans mon rêve

Je t’imagine parfois dans mes bras et me demande si tu y avais ta place, ou moi, n’avoir pas trouvé la mienne. Et je n’ose continuer plus loin de peur de me faire encore plus mal, en espérant rattraper au vol l’image du bonheur. Tu es si douce loin de moi, comment pourrais l’être tu au contact de nos chairs ? Allaient-elles réellement s’accorder comme dans mes rêves ? Cela n’est pas possible : je surestime la capacité de l’amour humain, il se contente de moins encore ! Rien n’est parfait, comme en rêve, en ce monde de chairs, rien, ce qui laisse le champ à ce qu’on veut vivre, finalement…

Et je pense que c’est cela le fondement de la vie humaine : le champ libre. Quel champ ? quelle liberté ? On peut, par exemple laisser le champ libre de travail, mais cela a-t-il du sens quand on en attend de la farine, de la bière, du pain ? Il faut le « travailler » ce champ : est-ce que c’est (de) la liberté ? La formule est mal dite : « le libre champ à la liberté » : vous imaginez le « libre champ à la liberté » ? Pensez-vous que cela puisse être ? Je pense que c’est dans ce volume immense de la liberté que nous puisons la vérité de nos vies. Imaginez une orange par rapport à la terre, ensuite la terre par rapport au cosmos, maintenant imaginez-vous par rapport au cosmos : c’est grand, non ? C’est immense ! Alors mesure maintenant le volume de ton espoir, de ton amour et de ta chair, pour voir combien à peu près ça pèse. C’est petit… hein ? Et toi, aussi petit que ton voisin, tu tues, tu empues, tu empoisonnes, trucides, meurtris, anti-tout ! anti-rien : qu’est-ce que tu pèses par rapport à ton voisin ? ou ta voisine ? Tu sais pourquoi ? Parce que quand tu étais petit, on t’a affirmé que tu ne pouvais pas trouver du plaisir de ton appendice de plaisir interne ou externe sexuel et que tu as tardé à le vérifier, trop tardé. Alors t’es resté accroché à cet âge sexuel… qui n’était pas encore mature. Tu as dû maturer avec ça, mais le retour au délice ne se fait pas du jour au lendemain. Car, cette jonction entre ce délice et tes organes sexués correspondra à ce retour précisément, et tu aimerais beaucoup moins alors qu’on te les casse, tu comprends ? Ces délices.

L’accès au délice sexuel est autrement plus parlant au point de vue de la vérité du vécu, que d’en parler… je veux dire que certaines choses sont accessibles, et d’autres non. D’abord, il faut se sortir des médicaments, c’est-à-dire, tenter de se sortir par toi-même du merdier où on est. C’est un sac de vipères : la frustration d’avoir vécu ce que nous autres humains ne devrions-nous pas connaitre, rend certains violents, pas maladroits, violents. Il faut le dire, si c’est maladroit ; il faut trouver une autre solution pour le violent, et là, chacun sa méthode. Moi, je dis, on peut sur-gonfler sa verge ou son clitoris jusqu’au point où il faut se laisser aller, quitte à revenir si l’effet attendu s’estompe. En fait, il faut baiser pour baiser et on le sait, c’est un acte volontaire, voulu, admis, concédé, éprouvant parfois sur des points d’achoppement. C’est la galère, mais la galère ne sombre pas ! Il faut trouver un moyen d’excitation et le rechercher comme source de votre excitation. L’amour est la douceur des possibles, et on peut aimer le temps d’une chair, n’est-ce pas, quand on peut aimer les oiseaux, les fleurs, les vêtements, les bijoux et que ne sais-je encore ? À ce point où vous avez volontairement abandonné tout contrôle, jusqu’à ce que de cette perte de contrôle réel apparaisse et vous laisse pantois et pantoise. C’est une question de correspondance d’intensité : le plus gros donne son excédent et le plus petit fait ce qu’il peu… Arrive alors le moment où on prend conscience que la conscience de l’autre est une addition à la jouissance : on sait qu’on perçoit, qu’on se perçoit et qu’on perçoit. Et une sorte d’énergie progresse en volume de votre vagin et de votre verge. Vous vous demandez si vous êtes seul à percevoir cette intensité, si votre autrui a les mêmes sensations que vous. Il n’y a que perception comme solution… et là vous êtes perdu dans la sensation de l’autre. C’est juste à ce moment-là que l’orgasme arrive, comme un éblouissement, un vertige, une reconnaissance de la communion. C’est un moment un peu fou. Puis, vient le doux reflux et d’avoir eu le plaisir de ce mélange qui vous ôte de votre solitude.

Regardez maintenant le monde dans lequel nous vivons : pourquoi est-il si pourri ? Parce que nous avons oublié que le plaisir de la vie est son plaisir. Et cela depuis tout jeune, jusqu’à sept ans, en gros. Après c’est l’amnésie. Comment peut-on faire resurgir quelque chose dont on ne se souvient plus ? Nous savons de ce dont nous ne devons pas penser, nous le savons ! n’est-ce pas là le chemin à suivre, ce savoir ? Nous savons de quoi il retourne, ce que cela concerne, relève, rebondit, s’excite du sexe, nous le savons, que diable ! À ce stade, la timidité est de la peur, vous ne croyez pas ? Un peu de courage, que diable ! Il faut bien suivre la méthode, et anticiper qu’on va devoir lâcher prise. Ça comporte comme une règle absolue, sinon rien.

Nous sommes donc doté du savoir, par rapport aux autres animaux. La conscience ? Tout le monde en a en suffisance, et l’humain en excédent. L’âme : elle est aussi fugace que lorsqu’elle s’envole de la mort. Il ne reste pas grand-chose… Ce qui nous différencie des autres êtres vivants de cette planète, c’est que nous sommes doté du savoir, cette sorte de collectivisation du vécu. Chez les autres, ils tournent dans le bocal du temps ; nous, nous partagerons notre vécu sous forme d’images, tandis que les autres animaux ne le partage que dans la sensation (et sa mémoire). Et dans cet étrange deal de la nature, nous devons revenir à l’état d’animal, parfois : naissance accouchement, puberté (premier baiser), orgasme et d’autres encore, et quelques autres encore. Nous possédons le don de ressentir les images qu’autrui nous donne à voir : imaginez ! Le don d’un dieu ! ou peut-être d’une déesse.

 

C ‘est quand on a la muse qu’on poème

(chanson)

Dans mes rêves je te dis
des mots d’amour
Je les écrit sur la rondeur de tes
fesses
Sur le soyeux de tes seins et du galbe
de tes cuisses
Et les promènent comme une caresse
sur ton front et tes lèvres…

 

Ô ma muse, où es-tu ?
Loin d’ici ou bien de là
Et pourtant si loin

 

Et oui, ma muse doit être de chair, mais aussi d’autre chose, d’une étincelle ou de mon étincelle qui se reflète dans ses yeux. Elle doit avoir des seins sensible à la caresse, dont l’odeur du pubis rappelle le nard, et le goût de sa cyprine l’étendue des mers. J’aime à penser la douceur de ses cuisses sur mon visage, laquelle est parcourue par le bout de mon nez. Ses baisers ont le charme de la fondense, zut… fondance ? Oui, la gigue ! Et quand alors elle vous prend la queue dans sa main, c’est le plaisir suprême : elle m’aime ! elle aime ma queue ! La coquine monte et descend le long de la hampe cessant son mouvement à l’orée du gland sur son chaud mont de Vénus. Son baiser vous engouffre et la chaleur de sa bouche irradie cette extrémité de la verge. Un jour, vous arriverez à vous unir par le sexe, homme et femme, femme et homme, j’en suis sûr. Mais ça va prendre du temps ! Car ce qui importe c’est notre nombre : plus nous serons de corps, plus nous donnerons corps à notre cause, et moins leur puissance frustratrive aura la force de la persuasion, car mieux aura-t-on compris que c’est plus la frustration qui nous empoissonne que notre satiété sexuelle paire ? Non ? Cela, nous ne le savons pas encore très bien ; c’est pourtant un point d’appui sérieux, solide et suffisant pour affirmer que ma muse devrait être de chair.

C’est là la difficulté : plus on se sent proche de sa muse et moins elle est là, de chair et d’os. Non… ce n’est pas la solitude qui prive de la poésie, mais plutôt le savoir que ce n’est qu’un rêve ! Et c’est un peu désespérant, parfois : on l’aimerait si proche, en chair chaude, aimante et sexuellement, pensante et mémorisant, joueuse et un tantinet bavarde. À la question philosophique de savoir si le désir a droit, ou devoir de se retrouver dans la réalité, on doit répondre : par hasard. Et le hasard existe. Il existe en musique, en peinture, en sculpture, en plein d’autres choses, pourquoi pas dans la vie ? Faire du hasard un art, pourquoi non ? La ficelle peut aussi mener à cette notion que vous êtes responsable de votre propre hasard (on le comprend lorsqu’on n’entreprend rien pour le solliciter, par exemple) et c’est compliqué parce que
1- on ne peut comprendre ce qu’on ne sait pas quoi comprendre, à moins d’intuition
2- il y a des conditions matérielles au hasard sur lesquelles vous n’avez pas une grande prise et encore moins d’emprise : la matière elle-même contient le hasard, alors vous ?

Il faut certainement se bouger le cul, tant qu’on a la santé, il faut en profiter. Ben, moi, j’en profite plus bien, du hasard, je vous le dit ! Ma muse est d’or, ce soir j’ai la sauce cailloux. Tous les jours sans amour, sont des jours perdus et perdant. Et qui dit « perdre » dit, une nouvelle fois, le peu de cas que fait de vous le hasard. En fait, le hasard n’existe pas, ou alors il faut qu’il change de nom. Car le hasard a une fin, une finitude, aussi fugace que l’âme du bonheur, et cette étincelle enflamme le petit nid d’amour que vous entreteniez avec jalousie, qui, à son tour, va vous embraser suivant la consistance de votre bois. Le hasard à une fin pour chaque chose, mais elle seule. Drôle de bête. Il faut (ou bien le hasard doit toujours) être renouvelé. L’art du hasard a cette règle que l’on ne peut savoir quand il faut le provoquer, ou bien on peut le vouloir, mais ce sera de seconde main : on aurait dû le savoir avant pour qu’il n’arrive pas.

La manière de supprimer le hasard est autant de s’y fier ou d’en défier l’efficacité. Le hasard est l’énigme humaine. Il n’y aurait pas de hasard sans humain, ni d’humain sans hasard : il faut le savoir par cœur. Rappelez-vous ma métaphore de tout à l’heure relative à la grandeur de l’âme : il ne s’agit pas montrer ses dimensions, mais son volume multiplié par l’intensité de sa pression interne. Plus on est compressé par sa peau, sa propre peau, et moins on est sensible à l’extérieur. L’appendice de plaisir interne et externe sexuel est le moyen de décharge de cette pression lorsqu’il se mélange aux sensations de l’autre. Sinon, on continue de gonfler et, loin d’exploser (parfois de rage) on apprend à en sentir l’incommode. À ce point, les choses s’inversent : il y a une sorte de plaisir à n’en avoir pas, à supporter de n’en avoir pas, et transiger d’en avoir, à tergiverser parce qu’on en a pas, à regimber parce que qu’on a peur de n’en pas avoir, ou de trop près l’approcher (ça désoriente, c’est vrai), etc. On nomme cela : le caractère : la manière qu’on a adaptée pour survivre à l’absence de plaisir incarné mal adoptée.

Le caractère est quelle chose d’un peu complexe : il est à la fois une protection contre le plaisir interne et le plaisir externe ; et à la fois une limite à ces plaisirs, une limite d’intensité.
Protection : L’âme est une baudruche à la peau flexible dans le sens de l’épaisseur et souple dans l’intensité de son volume. L’anesthésie se produit par endroit, fille du manque de mouvement intégral, de l’ensemble du corps, sous formes de convulsions involontaires. C’est le « réflexe d’orgasme » de Wilhelm Reich, et son anti-thèse, la « peur de l’orgasme » : on ne peut parler de l’un sans l’autre. Cette peur est la maladie qui préoccupe 96 % de l’humanité, et 92 % sans le savoir de cette peur ; et elle est tenace. Mohamed n’a jamais parlé de la circoncision (il a parlé du sacrifice pas de la circoncision, du mouton, par de l’enfant), et un homme ne peut pas se gratter les couilles parce qu’il a les poignets cloués à une croix. On vénère la croix, depuis, et on donne son âme au mec. Tout cela pour réduire la peur de l’orgasme.
Intensité : le caractère se manifeste comme une contraction involontaire musculaire dans l’organisme qui ressent le flux du plaisir ; flux ou trop rapide et/ou trop puissant pour pouvoir être admis, accepté par cet organisme « cuirassé ». C’est un véritable handicap. Il faut apprendre à souffler – comme sur un brandon, lui insuffler la vie – à l’arrivée du plaisir pour relâcher à sa venue. Car si le plaisir est craint, il est aussi le bienvenue, l’attendu, prévu, au moins escompté !