L’emprise sociale de la petite connerie

Même si seule la moitié de l’humanité adulte détient individuellement une toute parcelle de connerie, c’est à chacun la sienne et elle s’ajoute à celle des autres. Ce qui nous donne un chaos de petites conneries qui pourrissent la vie des uns et des autres. Un gouvernement n’est que le résumé, à un moment donné, de ce chaos de petites conneries incapables de s’auto-percevoir, de se modérer de sorte à vivre autrement qu’en chaos en société.

Généralement, l’inconvénient de cette petite connerie que peut-être la moitié de l’humanité adulte détient, est que cette moitié se compose alors de larbins et de sbires, et que le but du jeu est de devenir un chef de larbins ou de sbires, selon une hiérarchie immédiatement corrélative à ce chaos de petites conneries. Chacun de ces petites conneries obstrue l’environnement social, affectif et sexuel de son détenteur : il devient le centre du monde. Hier soir, sur le fleuve, un bateau particulier passe et s’arrête à 500 mètres : j’entends un qui dit : « On est les rois » et l’autre de répondre « On est tout seul ». Bien sûr, si ils avaient été réellement tout seul, je ne les aurais pas entendus. Mais, l’impression que donnait la nuit et l’éloignement le laissait à penser à ces deux gugus et leur donnait le pouvoir de faire chier leur environnement. Cela répondait certainement à une petite connerie (désir d’être tout seul ? et pourquoi donc ? ; celui d’être roi ? et pourquoi donc ?) qui demandait à se manifester selon les moyens qu’ils détenaient à ce moment là. Mais pour quel résultat ?

J’ai des voisins qui viennent ici en villégiature. Il y a un chemin qui mène à chez eux et à chez moi, le même. Je suis en bout. Hébé, la femme s’est prise de frénésie de « nettoyer » ce chemin fait de rosiers rustiques, de buis, de roseaux et j’en passe et il ne reste plus rien : la nostalgie du trottoir des citadins à la campagne est connue, sauf de eux, apparemment. Mine de rien, ils se sont appropriés de mon environnement pour le rendre à leur manière de voir le monde, alors que j’habite ici depuis des dizaines d’années. Et pas moyen de leur causer à ces gens de la ville ! Ils arrivent, ne savent pas ce qui s’est passé de la semaine en bruit ou autre incommodités, et se mettent à remuer terre et eau en chamboulant tout, avec vacarme.

Devant cette immense quantité de toutes petites conneries, il est impossible de faire quoi que ce soit : ces milliards de tonnes rendent impotent. Les larbins se touchent épaule contre épaule et s’épaulent de manière efficace, durable et avec une solidarité incompréhensible, sachant ce qu’ils sont. La solution est de se dire qu’ils sont des larbins ou des sbires, des militaires chacun à leur manière, qu’ils désirent et affectionnent un ordre, l’ordre, celui dans lequel ils barbotent. On ne peut pas leur en vouloir : « Ils ne savent pas ce qu’ils font », car chacune de ces petites conneries donne à chacun d’eux sa force, son pouvoir existentiel qu’il retrouve dans une hiérarchisation de ce monde de larbins, militaire. Chacun fait parti à un échelon qu’il escompte temporaire, de cette échelle de « valeur » où le plus haut en reçoit plus que le plus bas qui doit en donner en répartition proportionnelle à celui qui est plus haut que lui. Il s’affaisse devant le militaire (un policier, un gendarme, un autre militaire) car il a appris à obéir aux ordre de l’ordre. Et il est heureux de le faire, même si cela lui coûte ce qui lui reste de fierté, puisqu’il fait parti de ce troupeau bien hiérarchisé, avec ses valeurs parfaitement « indéfinies » mais qu’il ressent en lui comme son âme, et lui donne ce goût qu’il a de la vie : trottoir, gueulade, bafouer ce qui est différent de ce que prescrit cet ordre.

Chacune de ces petites conneries sont comme chacune de ces marchandises qui contiennent une spécificité particulière d’empoisonnement : qui les perturbateurs endocriniens, qui les pesticides, qui les fongicides, les insecticides, la radioactivité, etc. Ces insanités sont si nombreuses qu’elles permettent aux industriels de pouvoir continuer à les employer sous un autre nom ou sous un nom qui n’a pas été répertorié, en tenant compte, bien sûr, des autorités de mèche avec ceux qui les emploient. Je n’ai jamais compris pourquoi on remplace de la farine de blé par une autre substance, en laissant à ce qui est créé le même nom. Pourquoi donc, n’aurait-on pas droit à manger du cochon qui a été élevé dans des conditions suédoises, et tué avec intelligence, de sorte à ne pas nous faire manger cette espèce de serpillière insipide dont on sait qu’elle a auparavant souffert mille maux du simple fait d’exister ? Pareil pour les volailles : pourquoi nous fait-on manger cette dégueulasserie ? Quelle est la disposition d’esprit de la personne qui nous met sous le nez affamé cette substance, sinon que sa petite connerie, perso, semblablement généralisée à plus large qu’un petit nombre de sorte à faire une « entente » ? Imaginez la puissance d’une petite connerie dans une « entente » ? Derrière sa petite connerie, il cache sa falsification du monde : ça pourrait être une définition générale de la petite connerie.

Sa propre petite connerie n’est pas vraiment un inconvénient en soi, c’est son développement, sa surenchère et ses « ententes » qui sont véritablement délétères. On nait tous (la moitié d’entre nous, peut-être) avec une petite connerie quelque part : quelque chose qu’on a du mal à saisir et qui nous rend pourtant légèrement asociaux ; on pourrait dire que l’exploitation de la petite connerie que chacun de nous (la moitié seulement !) détient en soi, revient à cette collante méchanceté. La méchanceté, c’est être méchant et être méchant c’est supposé ne pas pouvoir l’être. Ce n’est pas notre petite connerie qui nous rend méchant, mais le fait qu’elle se transforme en méchanceté et qu’on la laisse s’exprimer sous cet aspect social, affectif ou sexuel. Et la méchanceté ne prend pas obligatoirement un chemin direct : la laisser faire alors qu’on s’aperçoit qu’elle est devant vous en train de se manifester, est de la méchanceté indirecte.

Mais le larbin ou le sbire est une sorte de pro de la petite connerie : il en a fait son oxygène, sa tasse de thé et sa joie. Non non… il n’est pas vraiment joyeux, mais comme il est intégré à une « entente », cela lui permet de ne pas en sentir la véritable nocivité… et cela est une grande source de joie, du fait qu’on s’en déresponsabilise. La hiérarchie inhérente à cette « entente » lui donne la possibilité de se décharger de son importance tout en lui donnant une importance plus grande, une sorte de grade ou de gradation de la petite connerie, reconnue par ceux-mêmes qui matérialisent cette « entente ». Une fois déchargée sur une échelle de gradation dont on retrouve le grade sur les épaulettes des « entendus », la petite connerie perd comme de sa substance et acquiert une légitimité reconnue à la fois par cette « entente » et à la fois par le point de gradation de la place qu’on y occupe. Le sous-sbire pourra taper sur autrui qui n’est pas de sa bande parce qu’il en aura reçu l’ordre dont il trouve la légitimité dans un ordre supérieur, et le gradé restera les mains propres, avec pour seule responsabilité d’avoir pris ses responsabilités, comme dit Valls, pour que l’ordre reste bien cadré dans le statu quo. « Vert sur vert : tout est clair ; rouge sur rouge : rien ne bouge ! ».

Le sbire et le larbin ont ceci de commun qu’ils croient en un supérieur dont ils retrouvent la présence dans le haut de leur hiérarchie, ce qui a pour effet de relativiser tout ce qui en est et auquel on doit révérence, pour référencer tout ce qui n’en fait pas partie comme « inférieur » ; c’est un moyen aisé de légitimer (et ainsi de s’en déculpabiliser, au cas où il vous resterait une trace d’empathie générale ou commune) les actions dégradantes exercées sur cet « inférieur », passant par l’injure, allant souvent à la mutilation, ou au moins la maltraitance, ou bien de permettre de s’adonner le cœur léger et certain de la tâche accomplie avec ferveur envers lui par un comportement irrespectueux et violent.

En abordant la défense de l’ordre par le sbire, cela prend un tout aspect que par le militaire… qui est pourtant un sbire. Tout comme on peut se poser la question de savoir pourquoi un éleveur porcin maltraite ainsi ses bêtes qui auront – il le sait ! – ce satané goût de clayette, on peut se demander comment un sbire peut tirer à bout portant un flashball, ou envoyer à tir tendu une grenade de « désenclavement » à 150 m. Il faut un état d’esprit, comme je dis, pour FAIRE ce genre de chose… et je mets sur le compte de la petite connerie, bien mûrie entre « entendus » que la moitié, peut-être, d’entre nous possède, ce genre de comportement d’où on voit, la trônant comme la flamme au bout d’une cheminée de raffinerie, la réflexion exultant de plaisir derrière les lunettes de la méchanceté. Bon… il y a bien une petite culpabilité qui accompagne ces gestes, on le sait aussi, mais le voile de la petite connerie est plus épais qu’on ne le dit, surtout lorsqu’il est cousu d’argent ou d’espoir de gain, ou de maintien de l’ordre établi, celui qui vous paye, vous vêt, vous loge, vous blanchit, vous et votre famille. Tous ne sont pas logés à cette enseigne, seuls le sont ceux qui vont se confronter au peuple mécontent ; les autres, les larbins, n’ont que le salaire. Un sbire s’identifie si fortement à sa tâche qu’il croit que c’est après « lui » qu’on en veut quand on veut la mort de ce système capitaliste qui cache derrière son petit doigt le patriarcat en mouvement.

Ne nous y trompons pas : c’est bien une toute petite connerie qui lui fait croire cela, grossie à démesure dans une « entente » ad hoc dans laquelle notre sbire ou notre larbin a sauté pieds joints pour ne plus avoir à la supporter seul. Car le propre de la petite connerie est de séparer les gens les uns des autres, de sorte qu’il ne leur soit plus possible de résoudre ensemble un problème qui leur échoit de vivre ; comme si cette petite connerie ne possédait que la seule forme de chacun de nous. Les mots manquent parce qu’on refuse d’admettre que la moitié (peut-être) d’entre nous avons quelque part une petite connerie qui, s’additionnant à celle des autres, forme le chaos social, affectif et sexuel. Et ce sont ces « ententes » qui dans leur déploiement cisaillent les mots indispensables à l’honnêteté afin de pouvoir prendre une décision qui ne soit pas mortelle, mortifiante ou seulement invalidante. La petite connerie devrait avoir une alerte hurlante dès lors qu’elle procède par la violence : c’est ici un indice remarquable de sa nocivité : la violence. Un sbire procèdera toujours de la violence directe : on ne peut qu’être violent dès lors qu’on « devient » bête, je veux dire, dès lors qu’on ne comprend pas, pour en refuser l’existence, sa petite connerie qu’on garde bien chaude sur soi, car elle est synonyme de soi ; ce qui est totalement faux : c’est un aspect de soi qu’on voudrait, au contraire, bien vaillamment se défaire ! On le sait ! mais on ne sait pas quoi faire. Le larbin use de la violence indirecte.

Penser que quand on a un « métier », cela vous dispense de toute réflexion sur l’environnement, sur ce qui vous entoure personnellement, en criant à tue-tête « Je travaille, moi ! » (sous-entendant que cela vous donne tous les droits de vie, de mort, de violence, de bruit, d’empoisonnement, etc. sur cet environnement dont je fais parti) est un raccourci qui passe par la petite connerie, la soutient et la renforce. J’insiste sur ce fait, concernant, par exemple, la production alimentaire, que cette petite connerie se « chaotise » (s’agglomère pour se changer en chaos) par une « chaîne » d’irresponsabilités qui va du producteur de la graine (ou du petit) jusqu’à l’emballage qu’on ouvre avant de poser la chose pour la préparer. Il y a une « chaîne » de petites conneries, ce que l’on peut distinguer d’une « entente » à proprement parlé : ici chacun vaque à ses petites affaires, de manière souvent ardue, pénible et débilitante, dont on a accepté la petite connerie comme une manière d’agir allant de soi. La petite connerie par « chaine » est la plus diffuse.

Bien que leur cause soit identique, il y a une différence entre le larbin et le sbire, de même qu’entre un chef de larbins et un chef de sbires. Le chef de larbins est plus politique, le chef de sbires est un chef militarisant. Les présidents portent les deux casquettes : c’est ce pour quoi ils ont tant trimé et jubilent de voir tant de bave que laissent devant eux des langues pendues. Le larbin est un serviteur de l’État (pour schématiser !), un bureaucrate ; le sbire est tout simplement un personnage en arme pour défendre l’État ou la cause d’un état, cela n’a pas tellement d’importance pour lui, du moment où il peut frapper. La mise en action de leur petite connerie, on le comprend, ne passe pas par les mêmes modalités : le stylo et la matraque, la loi et le fusil, l’impôt et la prison, etc. Quand je parle de larbin et de sbire, il va sans dire qu’il leur faut un chef : on ne verra jamais l’un ou l’autre de ces personnages sans chef, petit ou grand. Le chef représente pour eux leur légitimité, la légitimité de leur petite connerie en action, en mouvement, comme je dis. De même, en réciprocité, il n’y aura pas de chef sans un larbin ou un sbire, encore que l’un peut sérieusement se passer de son propre chef pour se mettre au service du chef de l’autre catégorie, en cas de manque. Pour l’un comme pour l’autre, pour le sous-fifre comme pour le chef, il s’agit d’une répartition judicieuse des responsabilités, les uns acceptant de se salir (à l’encre ou au sang) les mains pour les autres, et les autres félicitant les uns qui se salissent les mains pour eux, tout en étant leur « tête pensante », si on veut, car ils ne savent que poser les mots indispensables à la justification de leurs malversations. Un larbin ou un sbire peut être aussi bien un ouvrier, un employé, etc. qui « fait son travail », comme je l’ai dit tout à l’heure, qui utilise sa position pour prendre un pouvoir sur autrui, même idiot.

Le malheur humain réside pour une grande part (disons… la moitié peut-être) dans le déploiement de la petite connerie par le nombre de ses « ententes » ou dans la succession de ses maillons de « chaine ». Est-ce solvable ? C’est difficile de répondre à cette question, car la petite connerie se cultive d’adulte à enfant (et non pas le contraire), et ce sera dans la mesure où on comprendra comment cela se passe que l’on pourra éviter (peut-être) qu’elle se déploie sans sens de l’humour. Selon moi, il y aurait une petite solution. La voici. Lorsqu’une personne se considère lésée en tant qu’élément d’un environnement, elle pourrait faire appel à une autre personne qui irait voir celle qui cause ce désagrément. Cette autre personne pourrait alors faire elle aussi appel à une quatrième : et on s’explique pour trouver une solution, qu’il s’agisse de production porcine, de construction d’une route, ou d’un dingue qui braille son désir de liberté en bafouant celle des autres. En fait… je sais pas… car la plus grosse des conneries, l’emprise de l’argent sur la vie quotidienne des gens, le fétichisme de la valeur, est si ancrée dans les têtes que toute recherche de compromis pour une vie plus « saine » est compromise d’avance à la perte. Le fétichisme de la valeur se manifeste par le désir sans fin de l’acquérir, cette valeur, alors qu’elle ne vaut que ce qu’elle vaut : ce qu’on lui donne à valoir. L’importance de cette valeur est le manque, transformée en son manque : connaissez-vous quelque chose qui vous manque autant que la valeur au point que ce manque vous fasse perdre conscience de votre environnement ?

Heureusement que cette petite connerie n’est présente que chez la moitié de nous, peut-être moins !

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