Le patriarcat comme aliénation sociale, c’est-à-dire, sexuelle

Il est évident qu’il faut maintenir la sexualité féminine sous le chapeau de la pudeur, sinon l’ensemble du système patriarcal est détruit par ce qu’il nomme « l’orgie ». Si toutes les filles se mettaient, au lieu d’aller travailler, à se prostituer, comme ils disent, c’est-à-dire à copuler contre la valeur que leur accorde l’homme en tant que femme et qu’il paye en argent, la chose du patriarcat, le système dégringole comme un château de cartes.

Cette orgie générale est ce que tout le monde attend, mais que cette pudeur interdit. Cette pudeur est entretenue par la position sociale, tamponnée de religions, de fidélité matrimoniale, etc. Il est certain que cela ne se passera pas ainsi, comme orgie (encore que !), mais ce que je veux dire est qu’en cas d’orgie générale et durable, sans passant sans violence aucune, le patriarcat meurt.

L’interdit de l’autosatisfaction, de la masturbation, dès le plus jeune âge – je parle bien de la possibilité offerte par son corps de se donner du plaisir sans contrainte et sans borne autre que la satisfaction (y en aurait-il une autre, qu’elle serait alors bornée) – rend impotent (incapacite de) l’usage que l’on peut faire se soi dans la relation à autrui dans le même but : la satisfaction sexuelle paire, comme don-partage, comme « communion ». C’est sur ce frein que le patriarcat domine l’ensemble des âmes interdites du plaisir sexuel consentant et consenti. Ainsi, on préfère communier « avec » un Christ que « du » sexe d’autrui, par le sexe d’autrui, communier d’autrui, car alors, cette satisfaction sera éthérée, au loin, avec un animal humain cloué sur une croix, dans l’absolue impossibilité de se toucher les organes génitaux ! De même toutes les représentations de la Vierge nous la montrera les mains bien jointes, comme collées l’une à l’autre, devant le thorax, pas ailleurs, en exemple de « pureté », d’absence de réponse à cette tentation de se faire plaisir avec son sexe. Et les souffrances d’une Thérèse d’Avila, entre autres, répondront mot pour mot à une description de l’orgasme « dans la souffrance »… de ne pouvoir pas l’obtenir par sa communion d’autrui, en chair, en os, en amour. La chair appelle la chair, mais la chair c’est le diable de Paul de Tarse et l’esprit doit faire reculer la chair et ses sensations pourtant si prégnantes, si puissantes, que l’on sait si aisément satisfiables et satisfaisantes, dans l’ombre de l’esprit qui devient alors « saint ». Cette ombre projetée par la lumière sur le corps du délit, se colore des affres de cette chair rebutée et ce rebut devient l’enfer.

Je ne dis pas que la pudeur n’existe pas, je décris celle qui promulgue le patriarcat. L’ordre auquel on doit obéir se situe dans cet espace accoutumé de l’anti-auto-satisfaction qui doit être intériorisée, sinon elle n’est pas ou plus. Pour obéir à un ordre qui ne vous semble pas correct, il faut que la volonté soit accoutumée à obéir à l’incorrect. Et lorsqu’on obéit à un ordre incorrect (transgressant autrui ou soi), la satisfaction trouble qu’on y trouve correspond à celle qu’on éprouve dans l’obéissance qu’on a assimilé pour obéir, quand on évite le pécher. La plus grande question que je me suis toujours posée est relative aux souffrances qu’a fait subir à l’Inquisition, aidée de ses prétextes, et… de ses sbires. Il fallait bien qu’elle corresponde à un état d’esprit chez ces personnes, non pas seulement celles qui ont inventé toutes ces maltraitances et tortures à l’encontre de ceux qui étaient perçu comme différents et la plupart du temps contre les femmes ; mais surtout ceux qui les exécutaient et ils étaient moultement plus nombreux. C’est que leur taux d’obéissance correspondait exactement à l’inverse à leur taux d’autosatisfaction : impossible, nulle et surtout, non-avenue. Le sadisme est l’exacte mesure de l’insatisfaction sexuelle, même chez les CRS, Sade nous l’a bien montré. Il sera donc d’autant plus facile d’obéir à un ordre vous demandant de maltraiter autrui que votre propre volonté a été accoutumée à obéir à l’absence de satisfaction sexuée. Cela le patriarcat le sait, le pratique, le veut et l’exige.

Je vais donner des exemples :
– Comment un paysan peut-il obéir aux exigences de la marchandise lorsque celle-ci lui demande d’empoisonner les gens ; qu’est-ce qui fait qu’il ne veut pas s’en rendre compte, ou ne s’en rend pas compte ?
– Comment un éleveur peut-il élever des porcs (cet animal si délicieux et si généreux) dans les conditions telles qu’il en devient immangeable à moins de s’empoissonner, et surtout, de le faire souffrir d’exister (comme le patriarcat fait souffrir l’enfant et la femme d’exister) dans l’adoption de mode d’élevage digne de l’Inquisition ?
– Comment un viticulteur ne pense-t-il pas que tous les produits « phytosanitaires » qu’il épand sur ses vignes ne peuvent pas ne pas imprégner le vin qu’il va produire ? Et comment ne pense-t-il pas qu’en pourrissant du même coup les organismes de la terre qui nourrissent sa vigne par ces mêmes produits « phytosanitaires », ne se retrouveront pas (comme les déchets des centrales nucléaires, mais moins longtemps quand même) des dizaines d’années plus tard dans ce même sol de culture, après avoir tout tué, mais aussi bien dans les nappes phréatiques ? De sorte qu’il comprenne qu’il lui faut cesser de les utiliser ? Il a peur de perdre de l’argent en passant au « bio » ?
– Puisqu’on parle de centrales nucléaires : Comment un ingénieur peut-il penser que les déchets de ces centrales posent un véritable et grave problème de sorte à, D’ABORD, régler ce problème avant d’entamer toute autre démarche de construction ? Il faut être con, non de non ! Et il continue d’en construire, le con !
– Comment un marin pêcheur peut-il être toujours content d’aller à la pêche, lorsqu’en 20 ans, il a dû tripler la longueur de ses filets pour ramener à terre moins de poissons ? alors qu’il a dû tripler la profondeur de sa pêche pour ramener des gailles qu’il rejette à la mer ? alors qu’il pêche « en bœuf » pour être certain de capturer un maximum de poissons pélagiques ? Entre le continent et l’île d’Yeu, il n’y a plus de poissons ! plus un bar d’un poids d’un kilo, plus d’araignées, plus rien !
– Comment un bureaucrate peut-il obéir à une circulaire qu’il sait pertinemment liberticide, infamante ou affamante ? Comment un bureaucrate de la Commission européenne peut-il faire des copier-coller de textes de Mosanto sur le glyphosate ? Comment un président de république peut-il commuer des lois qui misérabilisent les gens en faveur des « patrons » qui ont déjà reçu des dizaines de milliards en subventions, promesses d’embauche et le reste, pour les soustraire aux salaires différés que sont les « cotisations sociales », anticipant sur la maladie, la retraite à un âge où on peut encore jouir de la vie sans canne médicamenteuse, ou autre prothèse en titane ? Et comment les gens acceptent-ils de telles conditions futures ?

La réponse générale à ces quelques questions est la soumission à l’ordre établi, l’abstinence du plaisir sexué intégrée à un point tel qu’elle devient « pudeur », de sorte que rien ne jaillisse de manière volontaire pour bousculer le statu quo du patriarcat. Et cette « soumission » répond bien à ce taux d’obéissance immédiatement relatif à cette absence de puissance dans la satisfaction sexuée apprise par la désapprobation affective dès le plus jeune âge. Et pour cause ? Cette pudeur qui revient à ne pas défendre son pouvoir de jouir de la vie, bec et ongles, sans maltraitance et sans en imposer. Dans notre contexte de relation à l’argent, qu’une femme gagne 50 euros par journée de 10 heures à distribuer des conneries dans la rue, comparé au prix d’une fellation d’un quart d’heure qu’un homme est prêt à lui proposer qui revient au double, en dit beaucoup sur la puissance de cette pudeur, de cet argent sur le pouvoir de la femme et comme pouvoir sur la femme, du pouvoir du patriarcat sur sa sexualité quand son reniement prouve le TRAVAIL.

La différence dans la prostitution, c’est qu’il s’agit immédiatement de l’usage que l’on fait de sa sexualité à des fins d’argent, alors que dans le salariat, il s’agit de son non-usage : on reste « pur » sur soi quand les intentions sont les mêmes (on le sait du salariat féminin). À ceci près qu’entre hommes, il n’y a pas d’exploitation sexuelle possible, sinon qu’anale : les gros babars du rap nous montrent toujours des gonzesses, pas des mecs ; pour les mecs, c’est le muscle, le militaire ! ils s’occupent de mater les gonzesses et de les mener à la prostitution salariée.

La morale chrétienne nous fait honnir le lupanar, le pandémonium, l’orgie : cette morale est issue d’une religion patriarcale, comme l’islam, le judaïsme, et bien d’autres religions polythéistes. L’homme doit rester maître de l’usage que fait la femme de son sexe et du plaisir qu’elle en retire. Cette domination s’est longtemps appuyée sur un levier « économique », par sa mise en tutelle patriarcale puis maritale comme base sociale. Elle a été mal nourrie, maltraitée, violentée et violée, dépréciée, claquemurée, cachée, épuisée par le TRAVAIL (qu’il soit l’activité tournant autour du quotidien ou en relation avec la parturition, les soins et l’éducation de l’enfance, etc.), dénigrée en tant que femme, à cause de son sexe, de sa sexualité, de son être (sans vouloir la réduire à ce seul aspect de la vie, bien sûr). La Bible a fait d’elle la cause du malheur du monde, comme toutes les religions patriarcales. J’ai trouvé que deux contes qui valorisent la femme : la naissance de l’humanité chez les Trobriandais et la régulation du jour et de la nuit chez les Tahitiens. Partout dans le monde, la femme est infériorisée par l’homme, du simple fait qu’elle est une femme, détentrice de son sexe qui en fait la spécificité, source d’horreur pour cet homme qui ne désire pourtant que de s’y perdre ! mais il semble que la force de ce désir soit si puissant qu’il le dépasse et craint de s’y perdre vraiment, l’idiot.

Parler de « sexisme », c’est parler d’une seule molécule perturbatrice endocrinienne, sans la considérer dans l’ensemble des molécules auxquelles on a accès et qui sont bien nombreuses… ce qu’on appelle l’effet multiplicateur d’un « cocktail endocrinien » qui est omniprésent. C’est l’organisation sociale, dans sa globalité qui est « sexiste » et rien ne pourra être fait sans remettre en cause la sexualité patriarcale. Tant que la sexualité restera, soit-disant, dans la sphère privée, elle sera séparée de la vie publique, de cette vie que nous vivons ensemble, publique, là où cette sexualité transpire de tous les pores, de toutes les peaux ; c’est elle qui conditionne notre esthétique (regardons ces beaux bétons armés, ces goudrons, ces pauvres arbres, cette pollution pétrolienne, la publicité, la marchandise, l’éducation des enfants, etc.) et nos relations SOCIALES, le salariat, le TRAVAIL, la valeur dans la possession d’objet (la femme est l’objet de la valeur). On sait que toutes les maladies « psychiatriques » qui ne sont que des maladies affectives, ont pour initiale une perturbation sexuelle (l’affectivité est alors sexuée) qui se prolonge jusqu’à la maladie sociale. On en guérira pas en un jour, loin de là, mais en protégeant l’enfance de ces altérations débilitantes, on peut grossir l’espoir qu’en l’espace de deux générations, le monde ait changé. Se défaire de l’usage salarié du temps pour le remplacer par du non ennui n’est pas chose facile, n’est-ce pas ?

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