Le dur mou du patriarcat

Le patriarcat est une calamité sexuelle, c’est-à-dire, affective et sociale. Ne pas le dire, est une calamité qui s’y ajoute.

Dans sa critique du travail, Karl Marx n’a fait qu’aborder l’exploitation de ce qu’il nomme « la force de travail » de l’individu. Le patriarcat fera d’abord en sorte que cet individu cesse d’être un être social, grégaire, sinon que selon ses propres besoins de sorte qu’il ne soit plus autrement possible à cet individu que de TRAVAILLER : le patriarcat dissocie l’individu du groupe pour qu’il soit impossible à l’individu de ne pas passer par sa case « travail ». Autrement dit, j’émets l’hypothèse, avec laquelle tout le monde est d’accord de comprendre qu’elle n’est pas une éventualité mais une réalité : que l’individu cesse de l’être en communiant du groupe et réciproquement, le travail patriarcal n’existerait pas.

Mais pour qu’existe ce « travail », cette occupation du temps et de l’énergie vitale doit être transformée en « force de travail » (comme l’admettent les marxiens par la constatation des équivalences de valeur et de sa croissance, de ce temps). Pour que ce travail se transforme en valeur – cette valeur qui a une emprise telle sur tout que tout en est imprégné – il faut que cette valeur détienne quelque chose de vital. J’ai tenté de démontrer que la valeur est une spécificité humaine, un affect, c’est-à-dire un outil propre à l’humain pour cette fameuse communion entre l’individu et le groupe : la valeur est un outil de la grégarité ; la valeur c’est l’humanisation de l’objet.

Mais pour que cette valeur se transforme à ce point en une nuisance, il faut aussi transformer la sexualité, l’affect par excellence, de sorte qu’elle devienne une nuisance. Tout le monde sait, du catho le plus catho (celui qui avilit la femme en la dénonçant comme l’origine du malheur du monde) au pornographe le plus pornographe (celui qui avilit l’amour qu’éprouve la femme pour le sexe de l’homme), que l’argent, la valeur sous forme de pouvoir, ne sert qu’à acheter la sexualité de la femme, je veux dire qu’à se procurer de la sexualité de femme selon les vues qu’en a le patriarcat. Pour cela il faut d’abord que la sexualité de la femme soit transformée de telle sorte qu’il puise en être ainsi : c’est LÀ que réside la force du patriarcat : sa valeur (la transformation de la qualité d’humain contenu dans l’objet en quantité mesurable par un autre objet) est un outil de pouvoir.

Sigmund Freud a commencé la sape de cette forme de sexualité imposée à la femme. Personne n’a, jusqu’à aujourd’hui, dépassé Wilhelm Reich dans cette critique du fondement du patriarcat : l’usage de la sexualité à des fins de transformation de l’affect valeur en pouvoir sur autrui (c’est pourtant le Wilhelm Reich de la psychanalyse !). Le pouvoir que procure l’argent (la valeur sous forme de pouvoir concret sur autrui à travers un même affect porté sur cet objet par un autre objet destiné à cet usage) n’est que le pouvoir de la sexualité de l’homme sur celle de la femme ; tout le reste est de la décoration plus ou moins douloureuse de cette vie calamiteuse. La valeur princeps du patriarcat est ce qu’il abhorre le plus : la sexualité de la femme, son sexe et l’usage de la femme qu’il chapeaute par l’argent et l’ensemble des dispositions sociales et affectives nécessaires et indispensables pour qu’un tel pouvoir puisse s’exercer le plus grandement et le plus parfaitement possible. Bien sûr, ce n’est pas possible, puisque c’est une transformation malsaine de la vie, de la sexualité, de l’affect, de cet outil de la grégarité qu’est la sexualité, comme affectivité et socialité.

Évidemment, quand j’ai dit ça, j’ai rien dit, car on ne sait ce qu’il reste à faire. Je ne sais pas même si je me suis bien fait comprendre.

La valeur est un affect. Comme tout affect, il est une source énergétique biologique qui trouve DES formes de solutions orgastiques pour se réaliser. Un affect est aussi puissant que la faim, la soif, etc. Quand on a faim, on trouve des formes de solutions à ce problème et on se rassasie (dans la mesure où les dispositions dans lesquelles on s’est mis le permettent). Mais on ne pourra jamais se dispenser d’avoir faim… on ne peut pas se dispenser de corréler une affection pour un objet et lui donner une « valeur ». Et la première de ces valeurs, c’est la satisfaction sexuée, liée au rapprochement sexuel qui fait défaut à 96% de nous tous.

De la mère à la mort, la femme est maltraitée ; le sexe de la femme est bafoué de la naissance à la mort. Le principal intérêt de l’Internet est de mettre au jour cette maltraitance, de la grossesse, la virginité, la « pureté », en passant par l’accouplement, à la parturition et l’éducation qui en relève, de la malnutrition et du plus mauvais soin que reçoit la femme en tant que sexe de femme ; et de la part de la femme qui est le bras armé de l’homme dans le patriarcat. Je ne connais rien de la sexualité de la femme, car je suis un homme et seule elle peut en parler, si le cœur lui en dit. Ce que je connais de la sexualité féminine est sa sexuation, son anatomie, mais en rien de ses sensations, sinon que par empathie (encore un affect de la grégarité), ce que nous avons en commun. Elle seule peut parler de ce qu’elle en vit et en fait, etc. Or, ce sera toujours le curé (pour qui l’argent c’est les fesses du diable… et c’est qui le diable ? la femme, bien entendu !) ou l’imam (pour qui le diable, c’est la femme, tout simplement) ou autre gourou (pour qui la femme c’est l’impur) casher (pour qui la femme est le péché) du coin ou d’ailleurs qui parlera de ce que la femme doit faire d’elle… en faveur de l’homme ; comme si ce qu’elle pouvait faire serait en sa défaveur à elle, c’est-à-dire en défaveur de l’homme ! L’homme a la vue aussi molle que sa bite qu’il rêve dure pour être aussi dur que ce manque de vigueur.

Ainsi, la « valeur » est cette faculté de posséder la femme et d’en faire ce que bon vous semble (ce qui revient, à part une mollesse dégradante qui mène à la torture, à simplement s’y accoupler et à ne revendiquer rien que son éjaculation… qui mène à cette mollesse qui vous torture). Plus la femme est belle, et plus on veut la posséder et plus on a besoin d’argent pour la posséder, ou de sbires pour vous l’amener contre son gré ; c’est-à-dire besoin d’une structure sociale qui vous permette de la posséder suivant la puissance de votre désir de la posséder, qui se concrétisera par le pouvoir que vous donne la valeur dans cette possession d’argent, de valeur de pouvoir sur autrui par un objet ou des sbires.

Parler de « valeur » sans parler de sexualité revient à ne pas parler de l’impuissance sexuelle sans parler de structure caractérielle qui prédispose à cette forme patriarcale, actuelle. Tout en créant de la valeur, le travail s’échange contre une valeur ; mais ce qui donne consistance à cette valeur est la réduction de la vie à ne pas vivre, c’est-à-dire, à éviter toute exultation provenant de la sexualité. Lorsqu’on passe plus de la moitié de son temps au « travail », la gaudriole, comme détail de la vie, n’est pas possible. Si les conditions de cette occupation du temps laisse à l’employé une marge de tranquillité, on créera une tension sociale suffisamment forte pour que la détente amoureuse soit la plus compliquée possible, car c’est elle qui crée la valeur jusqu’à la terreur. Et on exposera sans fin la femme, plus ou moins nue, dans des poses lascives, invitantes et pré-consentante, dans tous les cas : excitatrice d’une sexualité débordante à laquelle vous ne pouvez qu’effleurer le désir d’une concrétisation, car la femme est ce qui manque à tous, c’est le support de la valeur du pouvoir sur elle, et conséquemment, sur autrui… et rien de ce que nous montre la publicité !

Ne parler de la « valeur » que comme « travail abstrait » ne correspond pas à cette aliénation concrète qu’elle induit, implique et commande dans notre relation à l’autre, à la femme et, surtout, de la femme dans des conditions libres, en tant que moyen de pouvoir sur autrui. Le patriarcat rend pénible ce qui se vit simplement. Le travail « abstrait » est l’explication d’un mécanisme économique qui permet au patriarcat de pouvoir exercer son mode de vie pénible, dans la forme actuelle du capitalisme : le capitalisme cache derrière son petit doigt le patriarcat. Sans patriarcat, il n’y aurait pas la disposition d’esprit et de corps pour l’existence du capitalisme, la structure caractérielle actuelle disposant à un tel comportement, un tel entendement du monde. Et la structure caractérielle est une disposition intégrée nerveusement et musculairement, propre à chaque individu, qui protège de toute émotion excessive, et notamment, de l’orgasme. Cette structure va affirmer qu’un petit titillement de ses sens lui aura fait perdre un dixième de seconde la conscience d’être dans le plaisir, tandis qu’elle ne connait de la transe que la souffrance. Cette structure portera comme une liberté de « procréer » sans accouplement, tant elle le craint, lui et ses conséquences de communion sexuée des affects avec son « partenaire ».

La valeur est un affect, c’est un outil propre à maintenir la cohésion d’un organisme grégaire ; comme l’amour, la colère, la nostalgie, la tristesse, la joie : c’est une transe, une forme de transe. Elle met en transe le cambiste, le possédant (1 % des gens de la planète possède la richesse – valeur de pouvoir sur autrui – cumulée de plus de 55% des plus pauvres, réduit à l’inexistence d’un pouvoir sur le plaisir de vivre), c’est le rêve du futur chef.

Lorsque la valeur est malade, en tant qu’affect, tout comme la haine est l’impossibilité structurelle d’exprimer l’amour qu’on éprouve pour autrui, quand ce « don-partage », quand la communion (rendre commun ce qui est communiable) grégaire vient à s’aliéner, elle ne devient, elle ne prend que la forme du patriarcat ; il n’y a pas d’autre organisation sociale possible, seulement le patriarcat, lorsque l’affect « valeur » est malade. Cette domination de cet affect imposée sur autrui (en lieu d’un don-partage, d’une communion) est immédiatement liée à la satisfaction sexuelle paire absente ; elle est causé par une structure caractérielle, une disposition neuromusculaire qui ne vous permet « plus » d’en atteindre la transe sinon, peut-être, que dans la souffrance… et reste un rêve, un support publicitaire.

La valeur ne conditionne pas seulement la sexualité de la femme dans ses contraintes de vente-achat-échange-troc, elle regarde aussi sa position sociale, ce qu’elle est dans la société patriarcale ; et par là-même ses revendications. Quelque soit le moment ou l’endroit, la femme est un objet sexuel. Bien sûr, c’est la forme patriarcale de cet objectivation qui est dégradante et cela ne se peut, tant sous cette forme que dans cette dégradation, que par la valeur qu’elle possède, intrinsèquement, dans une société patriarcale. On raconte l’histoire de deux entrepreneures qui ont inventé un collaborateur masculin pour pouvoir se réaliser. C’est une ruse de l’intelligence et le piège est facile puisque les hommes ont pour vocation de bafouer la femme, surtout au « travail », car c’est ce qui provoque et procure le plus de souffrance et que la femme est là pour souffrir du travail, bien plus que l’homme dont le dieu l’a pourtant inventé. Les comportements qui renient la sexualité féminine sont pléthores : les restrictions liées au mariage, à l’héritage, à l’éducation, à l’hygiène, à la malnutrition, l’éducation, les viols, etc. Ces comportements renient la sexualité féminine, renie la femme en tant que femme et la repousse dans les orties après lui avoir enlevé sa culotte. Le plus souvent, ils sont le fait des femmes elles-mêmes, déjà éduquées par les coups qui s’empirent en cas de désobéissance. En Occident, cela change-t-il ? Le garçon grand ou petit a toujours la prééminence sur la fille, grande ou petite, on le sait bien et on sait que c’est sexuel. Il ne s’agit pas de faire « égal », il s’agit de faire pair, « équitable », de reconnaître l’égalité de la différence entre les deux sexes, leur spécificités comme équivalentes.

Le travail c’est l’obligation d’utiliser son énergie « à la fois » énergétique et temporelle à une occupation à l’origine indispensable à la vie, puis devenue indispensable à quelqu’un d’autre. Lorsqu’on s’occupe soi à quelqu’activité, on ne travaille pas : on prend plaisir à ce qu’on fait. Il s’agit « à la fois » d’une occupation du temps sous la forme d’une transe et d’une dépense énergétique. Mais cette disposition d’esprit du patriarcat lorsqu’il « travaille » se retrouve dans la totale antipathie avec ses effets sur l’environnement : le bruit, la pollution chimique, radioactive, thermique, hormonale, etc. De la même manière qu’il se contrefout de ce que peut ressentir la femme – à moins de flatterie de son égo – dans l’accouplement, il se moque comme de sa première chaussette, de cet impact que ce travail a sur ce qui l’environne, de près comme de loin ( je pense à la translocalisation de l’eau par les aliments). S’il prenait simplement conscience du bruit que génère son travail, de ses moteurs à explosion « interne » comme à réaction, il se demanderait s’il ne fait pas quelque part fausse-route. Que la police et les ambulances passent avec un tel bruit dénote certainement une relation à autrui sensiblement chaotique, mais cela ne le touche pas : c’est « fonctionnel ». Tous ces travaux de voirie, de construction, etc., mais quoi ? La « méthode » correspond à cette structure caractérielle du patriarcat, pour laquelle le déchet est sans importance, et comme il traite ses selles, il traite ce qui l’entoure pour le barbouiller de cette ordure qu’il ne sait pas gérer. Je vais peut-être me répéter, mais on sait depuis la psychanalyse (qui est une tentative de traitement d’un problème patriarcal par des moyens patriarcaux) que l’argent est la retenue de ces selles, et pour autant rien n’a changé : la quantité même de ces selles a augmenté en valeur, je dirais, absolue, car le cambiste ne joue plus qu’avec elles, pour atteindre aujourd’hui 96% de l’ensemble de l’économie, où les 4% restant sont les achats de réalités bien concrètes : légumes, ponts, prostituées, salariés, services, etc.

Ainsi, quand on oppose l’individu au collectif en matière d’environnement, c’est poser le problème sur la tête : c’est chacun de nous qui doit reconnaitre l’impact immédiat qu’il a sur l’environnement dans lequel il vit : fait-il du bruit avec son marteau-piqueur, son avion, sa disqueuse, son camion, sa mobylette, sa pompe de relevage, son klaxon dans un embouteillage, etc. qu’il doit s’arrêter, lui, car personne d’autre ne le fera à sa place et que c’est bien lui qui a cet impact de bruit (par exemple, mais je peux parler d’hormones comme de produits phytosanitaires, etc) ici et maintenant. Et il doit remettre en question l’usage qui est fait de son énergie et de son temps pour trouver (ce qui impliquera certainement une remise totale de son « travail », celui-là même qui lui donne la permission débile de pouvoir tout faire pour lui : « Hé ! Je travaille, moi ! » dit le CRS ou le livreur) à savoir ce qui l’oblige à ce moyen qui pollue, pour accéder à une solution sans aucun doute bien différente, car beaucoup moins « emmerdante », moins coûteuse, je veux dire, puisque l’argent c’est les selles. ¿Entiendes? Il ne s’agit pas seulement qu’il s’éveille à l’environnement, mais que l’environnement l’éveille : que fait-on, soi, de l’environnement d’autrui ? On n’y arrivera certainement pas seul, il devra s’associer… ce qui lui redonnera l’opportunité de redevenir pleinement grégaire, puisque quand ce n’est que de l’argent qu’on perd, on gagne en grégarité.

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