Des fades heures du patriarcat

 

À Joséphine

Ce qui me reste en travers de la gorge, c’est ce « Tu enfanteras dans la douleur ». D’abord il est injuste : parce que la femme est une femme, pourquoi devrait-elle souffrir de l’être et particulièrement lors de la parturition ? Du point de vue moral, du moment où cette morale est ancrée dans les sens, quelque chose ne concorde pas avec le plaisir de ces sens. On devrait ressentir du plaisir à sentir, à moins d’une douleur qui est consécutive à quelque événement extérieur : or, la grossesses est un processus sexuel normal et évident pour ce qui regarde le sexe féminin, non ? Ce processus a certes été initié par une relation extérieure, mais en quoi cela devrait-il induire un enfantement dans la douleur ?

Dès que se pose cette question, se posent d’autres questions. Celle du « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », dans le sens, bien sûr (et personne ne s’y est trompé) de la souffrance de la production de ce qui vous est indispensable pour survivre, au moins. Lorsqu’il y a un surplus, ce sera l’exploitation de la sueur d’autres fronts dont on trouvera à se dispenser sans se dispenser des fruits. On comprend qu’il y là encore, une douleur à vivre du fait simple de vivre (quelque soit le mode de calcul, il y aura toujours autant de morts que de vivants).

Il y a un conte d’Apulée, assez tardif finalement dans l’évolution du patriarcat (deuxième siècle après JC) qui existait depuis au moins 7 mille ans. « Éros et Psyché » a été écrit sur la base d’un conte berbère (il avait vécu à Carthage).

Bien qu’il s’agisse de « Psyché », l’âme ou un truc semblable, la femme, car cette âme est une femme, a TRAVAILLÉ pour reconquérir son mec. Sur toute l’étendue de cette planète, là où règne le patriarcat, c’est-à-dire encore 99,99 % de sa surface, la femme doit travailler. À l’injonction : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », on pourrait pensé qu’il s’agit du front de l’homme, mais non : il s’agit de la sueur féminine. Dès sa naissance, dans ce système social, la femme est brimée : moins nourrie, moins abreuvée, moins bien vêtue, violentée et violée, moins bien abritée, etc. mais en plus, c’est elle qui porte l’eau, bêche le sol, garde sa maison propre, allaite et nourrit les enfants. Du fait  que ce soit elle qui porte à la croissance le zygote, l’œuf issu du mélange des gamètes femelle et mâle ce ne sont pas « ses » enfants, mais « les » enfants qu’on lui a fait naître. À cause de cette violence dont elle est la sujette, et qui lui fait perdre la cosmique régulation du nombre de l’humanité, cette méiose s’opère sans retenue ou sans régulation chez elle qui en est la détentrice.

Ainsi, comment ne peut-elle ne pas enfanter dans la douleur au regard du manque de nourriture, de soins, de l’obscurcissement même de son entendement du monde resté à l’état globalement rachitique dans lequel le patriarcat la maintient ? Quand un dieu patriarcal donne l’injonction à la femme d’enfanter dans la douleur (outre cette sorte de sadisme qu’elle contient), c’est que déjà la femme est maintenue dans un tel état physique (et conséquemment psychique) tel qu’elle ne peut QUE enfanter dans la douleur, par la dénutrition, le mauvais soin, etc. La femme qui a reçu dès les premiers de ses jours en suffisance les soins, la nourriture, etc., grandira, se développera de telle sorte qu’elle n’aura pas à enfanter dans la douleur, car elle ne sera pas petite, courbée, souffreteuse, rabougrie par l’usure de l’ouvrage esclavagiste. Le patriarcat, c’est donc l’affamement des besoins de la femme : c’est ainsi qu’il exerce la puissance de sa domination, c’est ce que je nomme esclavage.

Avec mon amie, nous discutions de ce conte d’Éros et de Psyché, dans lequel on trouve un nombre de contresens importants typiques du patriarcat, que l’on retrouve aussi bien dans le « péché » de Ève, que dans la manière dont la sexualité féminine a la possibilité de se poser dans ce monde, sinon que dans sa dégradation, un dénigrement de sa vérité mouvante.

Remis dans son contexte, je veux dire dans son histoire (son historicité), le fait que la femme donne une pomme à l’homme correspond à la clé du paradis qui lui est ouvert, car il va être mis à mort. Les temps anciens n’étaient pas tendres vis-à-vis de certains hommes : les consorts de la reine se devait de mourir pour renaitre sous un autre JOUR , parfois deux fois l’an, de sorte à correspondre à ces remontées de sèves, de vitalité, qui se remarquaient depuis des lustres aux équinoxes. On pourrait dire que l’éjaculation restait un mystère, assez grand pour tous, car elle était assimilée à une quantité d’événements cosmiques (la pluie, l’orage, l’eau qui jaillit et apporte la vie, la profusion, etc.) sans qu’on y donnât plus de précision, sinon qu’imaginaire, de l’explication qui puisse correspondre à satisfaire le moment, l’endroit, la géographie. Cette éjaculation pouvant être provoquée d’une multitude de manières (on connaît la pendaison, la masturbation, le dépeçage, la fellation, les drogues, etc.), ne présente absolument aucune autre utilité qu’une puissante imprégnation du mâle dans sa perte, et à la fois, le jaillissement, une forme de source vitale : l’eau qui irrigue les champs, etc.

Ainsi, quand Ève présente la pomme à Adam, il s’agit d’une référence ancienne où l’homme se devait de participer au monde par sa mort pour le renouveler : la pomme étant la clé du paradis (correspondant à l’ouest, là où l’étoile de Vénus, ou Aphrodite, ou Lilith, se lève pour apporter au monde sa bénéficiance). Le Jardin des Hespérides (ces pommes d’or) se situaient à l’ouest, au couchant, à l’étoile de Vénus (qui est une planète, bien sûr, mais les planètes ça brille d’une lueur particulière, cqfd). Ainsi, lorsque Ève, la fille de notre humanité, donne la pomme de la connaissance à Adam, c’est qu’elle SAIT de quoi il retourne lors de la copulation, c’est-à-dire de la relation entre le coït et la procréation. Adam, gourd comme sa bite, n’a rien compris (de là : le serpent), bien sûr, et il a fallu l’intervention de dieu pour lui expliquer l’affaire. Et dieu n’était pas du tout content que Ève se soit dotée de cette connaissance, car il pouvait s’agir alors la domination de ce non-dit sur le couple humain, à la fois quant à l’usage qu’il pouvait faire de la sexualité (c’est-à-dire le plaisir pour le plaisir sexué, sans l’immédiate procréation) et cette perte de pouvoir de dominer la femme car par son viol, il pouvait (et encore de nos jours) l’obliger à la procréation, enclaver la sexualité de la femme à la procréation.

Dans le conte d’Apulée, Psyché est accueillie dans le palais d’Éros et toutes les nuits, celui-ci vient lui rendre visite. Bon… si on suit le conte, on se demande bien pourquoi faire ? Car lorsque les sœurs de Psyché lui affirme de son amant est un monstre, si elle l’avait caressé, palpé, si elle avait retiré de lui du plaisir de chair, il est évident qu’elle saurait que son amant est loin d’être un monstre, sans doute bien moins beau que l’imaginaire ne puisse se le permettre, car en matière de réalité, rien ne vaut ce qu’on voit vraiment, encore que chez moi (suis-je si extraordinaire ?) le ressenti est de l’ordre du suprême. Ok ? Si Psyché n’a pas pu donner de chair à ses sens, c’est qu’elle n’en a pas usé, ce qui permet tous les *fantasmes* possibles ! C’est la porte ouverte à toutes les bêtises du monde, à toutes les monstruosités qui vaillent. Notre imagination laisse à penser que lorsque Éros vient visiter Psyché la nuit, ce n’est pas pour jouer à touche-pipi, mais à quelque chose de vraiment psychique : le contact aurien (le sublime de l’aura), comme je l’appelle, mais qui reste bien loin de ne pas induire le rapprochement sexuel. Encore qu’un tel contact demande un contact physique de sorte à se retrouver dans un éther qui mette en vibration le désir que l’on éprouve d’autrui. Le conte d’Apulée ne nous raconte pas l’histoire tant désirée d’un suprême de la relation des corps (Éros + Psyché), mais un enfantillage qui se voudrait adulé parce qu’il outrepasserait ses propres caractéristiques d’enfant.

Ainsi, Psyché désire voir son « amant » dont on se demande dans quelle mesure il peut bien l’être, puisqu’elle ne le connaît pas de TOUCHÉ, de contact. Il n’y a eu ni accueil ni intromission jusqu’au moment où elle le regarde avec sa lampe à huile (qui n’a JAMAIS été bouillante – j’en ai utilisé…) et où, curieuse, elle se pique avec une des flèches du carquois. Mais LÀ, Éros se « réveille », comme si il avait été contre son gré obligé de donner de sa chair, comme s’il avait éjaculé (Psyché est alors devenue grosse des ses « œuvres ») [il ne faut jamais oublier que l’éjaculation est une perte de soi, plus ou moins intense, mais une perte de soi – quand bien même elle est indispensable, obligée, inévitable ou le reste – liée à la sexualité masculine]. Le vraiment étonnant, est que Éros tombe malade de cette goutte d’huile qui lui tombe sur l’épaule droite (heureusement que ça n’a pas été sur le scrotum !). Car Psyché, dans son examen, n’aurait pas pu évité les organes sexuels d’Éros. Ainsi, on aurait voulu que tout restât de l’ordre du psychique, mais rien ne peut être sans la matière, sans les corps et ses désirs de mélange sexué.

(Je suis désolé de mettre en majuscule les mots que je considère importants, mais c’est une forme de souligné de souligné, pardonnez-moi, s’il vous plait. J’ai l’impression, parfois qu’il faut crier les choses pour qu’elle soient perçues, tant il y a de bruits totalement superfétatoires qui cachent tout ce qu’il faudrait se consacrer à regarder).

De ces organes sexuels, elle n’en a pas eu usage, jusqu’à ce moment de péché qui lui apporte la lumière de l’être, celle de la connaissance. Et pour cela elle est bannie du paradis, elle devra subir les violences du mâle et enfanter dans la douleur. La différence entre les périples de Psyché et ceux de Ève, c’est que la première reçoit une sorte de rédemption, ou plutôt, une « rédimation » (ça n’existe pas en français : ça vient de « rédimer » : racheter par l’extase).

Ensuite, Psyché, bien qu’épouse de fait d’Éros, se porte en esclave à la mère du puceau : Vénus. Je souligne que Vénus en demandant à son fils de porter aux gémonies Psyché, pratique une sorte d’inceste, puisque le produit de cette quête revient à copuler par son intermédiaire, à lui supposer la mort. Vous ne prêtez pas attention à ce genre d’inceste : baiser avec qui on ne doit pas par l’intermédiaire d’autrui, mais j’y apporte l’importance basée sur ce fait que la mère ne peut pas copuler avec Psyché qui est féminin et envoie son fils qui est masculin : cela ne me laisse pas indifférent, quoi qu’on puisse m’en dire : la vengeance de Vénus s’exécute par Éros, cela m’est évident, en demandant qu’il lui destine une flèche qui la forcerait à l’amour d’un plus moins que rien. Son coup n’a pas marché : Éros est tombé, lui-même, amoureux de Psyché, et on connait la suite asexué, pour l’instant.

Or donc, Psyché, au désespoir d’avoir perdu son amour à cause de sa naïveté éclairée, va se rendre en esclave à Vénus, à la déesse de la volupté des sens. Bien évidemment, cette déesse va « punir » Psyché en lui demandant de travailler, d’exécuter des tâches qui ne me sont pas restées anodines…

La première est de trier des graines… elle se fait aider de fourmis : elle est aidée des fourmis !

La seconde est de rapporter une touffe de laine de moutons sauvages : on ne parle pas de pubis, encore. Elle est aidée des roseaux causant, c’est-à-dire « pensant ».

La troisième, consiste à rapporter une eau d’une source inaccessible qui s’engouffre dans les insondables des Enfers : la cyprine ? Elle est aidée d’un aigle : elle atteint les airs.

La quatrième est de requérir de la reine de ces Enfers, un baume susceptible de rendre une telle beauté qui la rende indomptable (alors que Vénus est LA beauté indomptable !) pour mieux plaire à Éros, mais qui s’avère être un sommeil NON létal, dont elle est réveillée par un touché de la flèche de son « amant ».

À la différence de Ève qui n’a eu droit à aucune rédemption admise, Psyché est sauvée de son « ignorance » en prenant conscience de sa propre sexualité dans la masturbation (fourmillement, touffe pelvienne, cyprine de l’aigle, « mort » orgastique…) qu’on sait être son innocence sexuée (l’absence de contact sexuel : sexe contre sexe, l’un dans l’autre et remuant jusqu’à ce que « mort » orgastique s’en suive). Ève n’a eu que des souffrances : travail, malnutrition, dénigrements, avilissement de sa sexuation, de son expression sexuelle, de son désir de l’homme. Tout est devenu pornographie : l’avilissement de l’amour qu’éprouve la femme pour le sexe de l’homme. Et elle enfante, encore aujourd’hui, dans les affres du patriarcat. Psyché a été déifiée : société patriarcale pluridéiste contre monodéisme.

Bien sûr, je prêche pour ma paroisse. La forme actuelle qui demande un dépassement, ressemble à celle qui a réussi économiquement (on est encore dans le patriarcat) avec les religions chrétiennes , ne serait l’islam. Le culte de la virginité, du sang du dépucelage, la peur du sang œstral, l’exigence de la femme « pure », tout cela doit être balayé, par les actes, jusqu’à la débauche : ces macs sont cons (gourds aux sensations d’autrui), tout cela doit passer aux poubelles de la vie, au compostage. Ainsi mes sœurs, moi qui suis un mec, ne puis rien d’autre que vous encourager à foutre le bordel dans ce monde patriarcal qui ne vous respectera jamais, voudra sans fin vous faire violence, mais ne vaudra jamais votre beauté, votre vouloir, votre détermination et votre enthousiasme à vous retrouver telles que vous ÊTES : vous, le féminin en réunion !

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