Les ornières du patriarcat

À Yolène, pour sa gentillesse et sa patience, pour sa générosité

La haine du patriarcat pour la femme fait la une quotidienne des journaux : ne serait-ce que cette quotidienneté, c’est ce qui fait à minima sa définition, ce qui donne à minima sa forme.

En décrivant la femme comme l’origine du malheur du monde (Ève n’a-t-elle provoqué l’homme au péché ?), il se perpétue en traçant cette caractéristique comme les roues des chars les sillons parallèles sur la route du temps. Encore que cette haine ne soit pas seulement dirigée vers la femme, mais aussi vers l’enfant, car le patriarcat déteste la vie dans son expression débordante, et l’enfance qui croît lui est insupportable dans cette générosité dont elle a besoin pour se développer.

Alors, il faut bien être clair un jour quant à l’action véritable du patriarcat sur nos vies : il commence inexorablement, inévitablement et de manière indispensable et impitoyable par la répression de toute forme libre dans les manifestations de la vie. Cela commence par la naissance dans des lumières aveuglantes, par la séparation des nourrissons de leur mère à la naissance, par leur emmaillotement qui n’est pas si vieux puisque j’y ai échappé de peu, par la circoncision, par la maltraitance nutritive (privation du sein, de tétée, de dessert, etc., obligation de manger de ceci et de cela et interdiction de goûter à cela et ceci) et l’interdit de la masturbation satisfaisante. Si on ne conçoit pas que ce que je viens de dire sont les bornes que le patriarcat pose à la vie, on a déjà passé son chemin et fermé cette page pour lui sombre et peine de poisons.

De fait, nous devons redéfinir toutes nos relations sociales sur cette base que le patriarcat abhorre : la sexualité. Il ne s’agit pas bien sûr de faire du monde un lupanar… qui est un résultat du patriarcat et nous ne connaîtrons pas immédiatement l’orientation différente à moins de tâtonnements têtus, d’erreurs obtuses et d’égarements hébétés. Mais à bien regarder notre monde, le présent surtout, on voit très bien ce qu’il ne faudrait pas faire en sachant que le laisser-aller expérimental qui sera alors vécu comme une déduction de ces observations, ne donnera pas l’immédiate solution, mais ce qu’il faut éviter pour éviter d’y retomber.

Les féministes, par exemple, vont écarter le sexe mâle. Il y a plusieurs stratagèmes patriarcaux pour séparer les êtres, faire en sorte qu’ils « jouissent » individuellement du temps qui passe et l’un d’eux est la marchandise : la transformation de tout, absolument tout en objet destiné à l’échange. Mais qu’est-ce que l’échange : l’échange c’est la passation d’un objet contre la passation d’un autre. Ainsi, par exemple, Mauss a déterminé le don et le « contre-don ». Cependant, l’absence d’échange n’est pas le contre-don, mais l’accueil. Sur une île, il y a des jardiniers et des pêcheurs. Chaque ou presque chaque jardinier est en relation d’échange (il n’y a pas d’autre mot ! le troc ne convient pas davantage) avec un pêcheur et réciproquement. Il n’y a qu’une personne en relation avec une autre personne. Jamais il ne regarde la quantité d’igname ou de poisson « «échangés », jamais : ils se servent de ces objets pour exister l’un par l’autre à travers ce qui n’a pas de nom d’échange : l’amitié. Si un jour, ils comparaient, comme dans l’échange marchand, les quantités, l’amitié disparaîtrait, car il ne peut jamais y avoir d’équivalence d’objet sinon qu’en passant par la valeur qui se matérialise dans l’argent. Et l’intention profonde de satisfaire l’amitié à travers son action sur autrui est sans équivalence, sinon que l’égalité entre les amis. Non pas que le jardinier donnera toujours au surplus (comme dans la théorie de Mauss sur le don et le contre-don qui aboutit dans ce cas au potlach, une forme de démesure), mais ce qu’il faut, car le surplus n’est pas indispensable et le peu est, dans l’amitié, ce qu’on peut faire de meilleur.

J’ai eu la chance de pouvoir me souvenir d’avoir vécu ce mode de relation à travers (ou par l’intermédiaire de) l’objet : c’est la manière innée de l’humain de l’utiliser : l’amitié. On ne voit pas le jardinier et le pêcheur s’échanger en un endroit (le marché) leur deux marchandises, non, on voit le jardinier apporter ses ignames au pêcheur et, dans une alternance aléatoire mais responsable, le pécheur apporter son poisson au jardinier, et comme le dirait Voyer « Ça bavarde », ça a plaisir à bavarder : l’échange de l’amitié est là et non pas dans un objet investi d’une valeur. La valeur est ici du vent : le bavardage. Il y a deux occasions de bavarder, alors que dans l’échange marchant, patriarcal, il n’y en a qu’une et l’autre se passe dans les têtes des deux protagonistes, qui, une fois séparés, se demandent s’ils ont fait ou non une « bonne » affaire, c’est-à-dire s’ils ont, chacun d’eux, bien baisé la gueule de l’autre. Ici, le soliloque est la mesure de l’échange, cette valeur introduite dans l’objet comme comparaison d’objets.

Quand je fais une chanson et qu’elle est belle, je donne une mesure de cette amitié, car je ne peux pas l’échanger contre un autre objet avant que mon auditoire ne l’ai écoutée et appréciée. Bien sûr, il peut y avoir quelque part une équivalence dans la puissance de cette appréciation à partir du plaisir ressenti à l’écouter, mais moi, je ne fais pas une belle musique pour trouver cette équivalence, mais parce que c’est beau et agréable à écouter, c’est éphémèrement beau et le souvenir (le soliloque) n’a pas de comparaison, sinon il se dépréciera, il perdra son goût précieux de plaisir ressenti il y a un instant. Je n’y peux rien, personnellement, lorsque je fais une belle musique, car elle émane de moi comme mon souffle : je n’y peux rien, car je suis obligé de respirer. C’est comme si j’étais un jardinier : j’ai plaisir à voir mes plantes croitre ; et le pêcheur, plaisir à voir frétiller son poisson dans son panier : le plaisir n’est pas seulement là, mais aussi tout à l’heure et on va le partager, le diviser. Le patriarcat ne cherche que la multiplication.

Partons de l’envers : le vol ou le dol. On comprend tout.

Il manquera toujours au patriarcat un accessoire, pour n’importe quoi qu’il fasse (et qui est loin d’être universel, qu’on se le dise), qui sera sans fin d’assoir son autorité (sbire, bâton, couronne, trésor, stock, …) : l’argent. L’argent est un élément indispensable à l’échange. On a saisit l’importance de cet échange qui va matérialiser l’argent, lui donner sa substance, car sinon, ce n’est qu’un objet comme un autre, disons, un morceau de papier, actuellement, en gros. L’argent a besoin de l’échange et l’échange est la disposition d’une relation entre deux personnes, disposition de laquelle l’amitié est bannie. Les deux personnes se disposent à échanger car elles sont disposées à procéder ainsi, affectivement : c’est dans cet échange qu’affectivement elles trouvent une satisfaction dans la relation – mais, comme on l’a dit, avec soliloque. D’ailleurs, dans de telles conditions, sans échange possible (pas assez de « richesse argenteuse », par exemple, ou bien n’ayant que la force du passage de son temps comme objet, pour entrer dans ce système social du patriarcat), la personne devient folle car elle ne cesse de soliloquer, de tourner dans sa tête sans la matérialisation possible d’une amitié. Je connais des gens qui préfèrent devenir fous, psychiatriquement parlant, plutôt que d’aller travailler, c’est-à-dire, échanger la force du passage de leur temps contre cet argent, « l’objet de tous les objets » (K. Marx, bon… il a parlé de « marchandise des marchandises », c’est presque pareil…) qui leur permettra ensuite d’échanger ce qui entretiendra de près ou de loin, cette force de vie qu’est le temps, le leur. Beaucoup en sont réduits à trouver une amitié dans des objets spécialement conçus pour cela, à mesure que l’emprise de la marchandise nous séparent les uns des autres, masculin et féminin, et une multitude d’autres, donc le commerce se régale, choisit des « animaux de compagnie » qui ont à leur yeux plus d’importance que leurs congénères et sont près à tuer pour cela, tant ces congénères ont perdu tout accès à une porste ouvrant sur un plaisir, à moins d’échanger sur ces animaux. Et, pareillement, d’autres se servent de ces animaux pour gnaquer les ceux-ce qui oseraient s’attaquer de front à la marchandise dont ils sont chargés par ceux qui les payent de « protéger ». Le mot garde un goût amère lorsqu’on parle d’affection, comme une morue mal dessalée qu’un tas de pomme de terre ne saurait adoucir.

La maladie sociale effective du patriarcat est de deux sortes : ceux qui commandent et ceux qui sont commandés. Ce n’est pas seulement une question de QI, mais aussi de mépris pour autrui (il n’y a pas de coefficient de mépris, bien qu’on cherche à mettre en avant un coefficient de je-ne-sais-plus-quoi sensé être plus positif, ha oui : d’affectivité, qui est sans doute, l’inverse du QM mais encore coloré du teint de la marchandise). Le mépris est culturel, et il n’y a actuellement pas d’autre culture que le patriarcat. Le mépris est assez bien accepté comme outil de profession : flic, militaire, cambiste, mais c’est général : il est partout en tant qu’élément relationnel. Le mépris est indispensable à l’échange comme base arrière du soliloque auto-suffisant. Je n’ai pas la méchanceté d’affirmer qu’il est une relation consciente à l’autre, mais il se manifeste beaucoup dans l’ignorance de l’autre, comme si l’autre n’existait pas, ce qui est une forme de mépris, un peu plus pardonnable, mais aussi délétère. La pollution engendrée par l’activité de chacun de nous, camionneur, cultivateur compensé, marin-pêcheur, et j’en passe, détruit autrui, directement ou indirectement : ici il n’y a pas de mépris immédiat de la personne, certes, mais autrui a disparu du champ de son action à soi sur le monde. Un paysan propriétaire de deux à quatre cents hectares qui pulvérise sur ce qu’on mangera des produits uniquement issus du pétrole pour « aider » une plante dont il a ôté la puissance vitale l’année d’avant avec les mêmes produits ; une nourrice qui sert trop un maillot ; un gynécologue qui recoud plus étroit une épisiotomie ; un urologue qui ne comprend pas qu’un spasme chronique de l’uretère dû à une expulsion d’un lieu de vie qu’on a chéri et où il faisait bon faire pipi va endommager un rein par l’accumulation des graviers qui vont s’agréger en lithiases ; l’extrême puissance, impétuosité et urgence de la sirène d’un pompier dans les oreilles d’un nourrisson ; saccager par la tronçonneuse et la chimie des espaces vivants pour du métal ; un policier qui ne voit pas dans le rictus d’un dérangé affectif la souffrance qu’il occasionne en prenant sa défense sociale alors qu’il détruit incidemment le voisinage qui l’a appelé à son secours ; un légionnaire qui éventre la femme ennemie ; celui-là qui endurcit l’enfance pour la rendre cruelle ; le marin-pêcheur qui découpe un mammifère marin et s’étonne de voir sa souffrance dans ses yeux ; l’entrepreneur qui assèche une rivière pour revendre des bouteille d’eau issue de puisage de la nappe phréatique qu’elle avait pour source ; un gugus pétri de pouvoir qui ordonne uniquement pour affirmer ce pouvoir, le largage d’une bombe atomique sur une ville de bois et de papier ; cet autre qui infeste cette autre des résidus des produits nécessaires à la fabrication de « médicaments », ces molécules à valeur ajoutée ; ces milliards de tonnes de pétrole extraits du sol injectant le carbone d’il y a des millénaires dans le présent qui en regorge à en puer, à en acidifier l’eau des océans, et celle de la pluie qui dissout les coquilles des escargots dont se nourrissent les mésanges pour composer leurs œufs alors insuffisamment épais pour donner naissance à une forme de vie dont on peut se poser la question si elle n’est pas plus ancienne que cette « race humaine » patriarcale. Comme l’angoisse, l’obéissance est indispensable aux animaux, mais comme l’angoisse, elle devient maladive lorsqu’elle ne permet plus d’échapper à l’échange, de faire de l’échange de soi un argument de survie aussi solide que la rigidité musculaire qui vous sépare de toute empathie d’avec le monde, quel qu’il soit, minéral, végétal ou animal. La maladie réside en ceci qu’on se cache derrière un argument autorisé par celui qui commande pour exécuter cette malveillance. Et celui qui commande a les doigts propres car c’est un autre qui le branle à sa place, je veux dire qu’il reste la conscience pure (« sans tache de sperme » dit José Famer, quand il parlait de l’Immaculée) car lui n’a rien exécuté, il n’a fait qu’orienter l’autre qui possède, n’est-t-il pas, le libre arbitre de ne pas aller à un travail qu’il n’aime pas, sous peine de devoir en trouver un qui lui plaise par choix d’un moins pire, puisqu’il est né sur ce cailloux à propos duquel il s’empresse ne ne rien comprendre.

Les deux aspects de cette même maladie, on l’a vu, est un jeu de dupes, encore qu’il y a des dupes plus dupes que les autres, car leur centre névralgique, et même ce qui donne l’énergie à ses nerfs, c’est le patriarcat. On s’est fourvoyé en disant que le patriarcat est une « idéologie », ce n’est pas une idée du monde, c’est une pratique musculaire du monde, c’est LE monde dans lequel nous vivons. Le patriarcat est une adaptation au monde telle qu’elle en est devenue une cuirasse pour se protéger de toute émotion vivante et la représenter dans une image de la vie vivante, palpitante, frémissante : le patriarcat hait la vie sous la forme de vie, il doit la mettre dans la prison de sa musculature rigidifié par la peur de soi, d’autrui et du monde, dans la carapace d’une image du vivant. C’est un stade infantile qui n’a pas reçu (et pour cause : nul ne peut la transmettre, faute d’en avoir reçu le goût, sachant qu’il s’est tout autant séparé de toute sensation sexuée que ses ancêtres) la protection nécessaire pour la dissoudre et devenir adulte, mature. Le patriarcat ne peut que détruire la vie, car il ne peut supporter qu’elle vive : le résultat est LÀ, dont le degré quarante centième est le signe le plus visible. On sait qu’on va à la catastrophe, mais le patriarcat ne peut rien faire : il est paralysé par sa propre structure et ne pourra que mourir, comme le parasite sur son hôte, qu’avec le monde qu’il aura détruit. On ne verra jamais un cambiste se remettre en question pour « sauver le monde », pas plus qu’un médecin, qu’une centrale nucléaire, qu’un président ou un député de la république en marche, un conseiller municipal, un président d’association, un végan ou un militaire. JAMAIS ! Tous sont séparés de la vie par une image dont le support qui la reflète est le patriarcat.

La voracité ogresque d’énergie du monde humain est démentielle, diabolique : plus elle est dévorée et plus il en demande ; exponentielle comme la haute de la température du globe. C’est le pendant de cette démesure de vouloir tout posséder parce qu’on est en manque, qu’on se sent en manque et que cette sensation est insupportable. Ce manque est affectif, bien évidemment, et qui dit affectif, dit expression sexuée. Le fait que la femme soit un objet, objectivée, qu’elle est le regard de toutes les possessions (outre sa beauté, mais l’homme est beau lui aussi, lorsqu’il n’est pas si rigide) depuis sa mise en esclavage, depuis ce qui spécifie, désigne et dessine le patriarcat, nous donne une mesure identique de l’ampleur et de la spécificité de cette maladie. Plusieurs religions justifient d’avoir plusieurs femmes et il y en a d’actuelles, tout aussi rudes, intransigeantes et dégradantes pour nos compagnes. Le mariage est la mise en esclavage de la femme, on le sait, même si cela évolue depuis peu. Oui, la femme aime la protection, et c’est peut-être une raison pour laquelle elle se prête à cette cérémonie de soumission, en pensant qu’elle échappera aux mailles de ce filet. Mais la contrainte sociale sera toujours là, qui est patriarcale, et encerclera les possibles de liberté expressives de la spécificité féminine dans les cercles mondains de la civilité du même genre. Aujourd’hui elle travaille, comme l’homme quoi que moins rémunérée et à des postes de moindre responsabilité, mais le travail c’est du patriarcat !

Le pendant de cette femme qui n’en peut pas est celle de la salope, cette femme qui sait assouvir sa faim sexuelle que les autres étouffent pour ne pas le paraître, puisque ce que laisse cette société patriarcale de la sexualité de la femme est la reproduction (une religion, encore actuelle, lui interdit tout rapprochement sexuel une semaine avant, pendant et une semaine après l’écoulement de son sang œstral). Cette faim sexuelle, je veux dire de « satisfaction sexuelle » est aussi présente chez elle que chez l’homme, et pourtant la voir nue ou en petite culotte est toujours un scandale. Non pas que je veuille voir toutes et toujours les femmes nues, non, je parle du scandale qu’elle exprime selon les critères du patriarcat une sexualité dégradée et qu’on en fasse scandale encore. Dans la morale induite par le patriarcat, la femme est l’objet de désir par excellence, la marchandise qui, si elle pouvait être échangée, remplacerait l’argent (c’est pour cela qu’elle est prostituée : pour sa valeur sexuelle, et cette valeur sexuelle est d’autant plus importante que sa propre faim reste inassouvie, et en conséquence celle de l’homme, mais surtout parce que l’homme non plus n’a pas de satisfaction sexuée). La faim sexuelle de la femme est cent fois plus étouffée que celle de l’homme, qui doit rester dominant, alors que sa propre faim est éduquée pour ne pas recevoir de satisfaction. Wilhelm Reich a fait scandale (et le fait toujours) lorsqu’il affirme qu’il n’y a qu’une affectivement saine qui puisse accèder à l’orgasme, ce qui équivaut à dire que sexuellement malade, une personne ne peut pas avoir de satisfaction et qu’ainsi toute l’énergie qui aurait dû se dissiper dans la satisfaction sexuelle alimente les psychoses, névroses, schizophrénies, et autres borderlineries. Le soliloque est alimenté par la solitude sexuelle. La véritable séparation (affective, sociale et sexuelle) réside dans l’impossibilité et l’incapacité des deux sexes de se rencontrer de manière satisfaisante, sans douleur, sans souffrance, amicalement. Que ce problème de rencontre soit traité par un masculiniste ou une féministe, il reste inabordable, car ces personnes sont déjà séparées et ne veulent pas changer d’état : elles sont satisfaites de leur situation de soliloquerie. La faim sexuelle n’existe pas pour le patriarcat, seul existe le « travail ». Pour que le « travail » trouve une résonance dans les esprits, qui soit suffisamment puissante jusqu’à devenir une morale, une trémie de pensées, la faim sexuelle doit être ignorée, conspuée, dégradée, avilie ; et le « sexe faible » en fait les frais, toujours, partout, par tous les moyens. Il n’y a pas de faiblesse sexuelle, on le sait, mais on n’est toujours pas sorti de cette morale sexuelle patriarcale, morale qui, loin de sanctifier la rencontre, sépare les unes des autres et inversement. Étant soi-même brimé, il n’est pas facile de percevoir les brimades que revoit la faim sexuelle, dès le moment où on s’aperçoit du plaisir d’être pourvu d’un sexe, femelle ou mâle, par le ressenti ! La violence se précipitera pour que cette auto-sensation du plaisir (on commence par soi pour aller vers l’autre : c’est en sachant correctement ce qu’est l’orgasme de la masturbation qu’on sera attentif à « partager » ce plaisir, comme on dit, c’est-à-dire, sortir du soliloque pour écouter autrui lorsqu’il est indispensable pour une telle rencontre : l’orgasme) disparaisse au plus vite et se change en son contraire : la crainte d’autrui. Nous resterons alors coincés à ce stade « anal » de la perception de soi et toute une flopée de justifications devra émerger comme morale anti-sexuelle pour trouver à une telle maltraitante une « raison d’être ». La structure mentale rejoindra la structure caractérielle, cette crispation musculaire d’abord volontaire pour devenir ensuite « inconsciente », neurovégétative, permettant de ne plus ressentir sa propre faim de satisfaction sexuelle. Tout devient normal : le stade anal est la normalité de cette société. La notion de « pur » de cette société ne consiste qu’en le reniement de ses déchets ; c’est-à-dire qu’en imposant l’asexualité comme norme sociale, le patriarcat impose aussi la production de déchets ingérables, invivables, délétères, mortifères. L’intelligence est bloquée par cette morale de sorte que l’intégration au monde, à son monde-même – l’humain ! – ne puisse s’opérer que « pur » : l’ignorance crasse de son action sur le monde : « Heil ! Dictapure ! ». Ainsi, ce qu’on nomme « orientation sexuelle » n’est qu’un leurre : il n’y a « d’orientation » à la sexualité que d’aliénation de la sexualité. La faim sexuelle, particulièrement féminine, doit être ignorée par le patriarcat pour qu’il lui soit impossible de trouver un aboutissement hors du viol, de la violence, de la meurtrissure, sinon c’est la fin du patriarcat. Ainsi, va amèrement se présenter à l’encontre de la rencontre, l’opposition entre le travail et l’amour auquel il faut, physiquement, consacré un bon bout de temps en étant non seulement désirant, mais aussi relativement frais. Le temps du soliloque n’est pas le même que le temps physique : le premier est destiné à n’avoir pas de notion de durée, le second doit se vivre dans le temps, le temps doit lui traverser les chairs. Et ici la « liberté » ne peut être de mise, car le choix n’est plus donné d’être disponible lorsqu’on a passé plus du tiers de sa vie quotidienne à « travailler » et un bon dixième à s’y porter et à en revenir, sans compter celui indispensable pour prendre soin de soi. Outre l’abrutissement, la fatigue est un déchet du patriarcat, un plan affecté à la séparation. Cette faim sexuelle se montre dans la « gestion » de la société par le capital qui est le fer de lance actuel du patriarcat : on la montre dans la femme en petite culotte de sorte qu’on ne sache plus quel est l’objet : la femme ou la culotte ; les deux sont ici des objets. Outre que la culotte précise une fois encore le besoin d’un accessoire du patriarcat, cette image reflète dans les yeux brillants le désir inaccessible, car lui aussi est devenu un accessoire de la vie, obtenu par l’accessoire, une valeur d’inaccessibilité. Dans cette image qui modèle la vie en publicité et la publicité en mode de vie, la femme se trouve « valorisée » sexuellement, elle trouve une valeur sociale, séparée d’elle-même où sa fonction est de rester une image désirable, par les yeux, dont la consistance se retrouve dans la seule transmission de rayons lumineux : comme si d’une image pouvait émaner une émotion en résonance de celle qu’éprouve le spectateur. Et que ce spectateur s’en satisfasse prouve la froideur de son émotion qu’il vit comme une image. Le patriarcat a besoin de la femme comme image : elle restera sage et l’homme s’intéressera au papier qui lui permettra d’en obtenir des « services » sexuels. La morale patriarcale ne peut faire de femme autre chose que son support publicitaire. La prostitution est une vue dégradée de la sexualité féminine, de sa faim de satisfaction sexuée, et quand elle prend en main cette vertu de la vie, elle est à nouveau dégradée par des mecs qui n’en peuvent pas. Elle devra assumer une position, comme ailleurs, qui sera un compromis affectivement foireux qui trouvera vite à se fatiguer, comme un syndicat laisse pourrir une grève, et à revenir dans le giron froid de la normalité sociale. Car, à ce problème de la satisfaction, il faut trouver des hommes qui y correspondent, et comme ils sont à 90 % les co-rédacteurs de cette société, le nombre reste mince d’accéder à un proche ; le reste n’ayant retenu de la leçon qu’ils sont reçue que la mollesse, la violence ou le mépris. Au surplus, la petite culotte est la représentation du fétiche qu’est devenu la femme : ce qui était directement vécu par elle, s’est changé en une représentation. Mais ce fétichisme n’est pas l’innocence individualisée du patriarcat, il est son substrat : le patriarcat ne peut poursuivre son existence qu’on proposant à chacun et selon son caractère, son adaptation au patriarcat, un fétiche qui lui permette de tolérer vivre des représentations en place de son vécu. La concomitance des temps entre l’analyse du fétiche par Freud et par Marx, à la même époque est amusante : ici, son caractère « sexuel », là, son caractère « sociale ». Et, juste à la génération suivante, la jonction entre ces deux caractères par l’intervention psychanalytique (et de ce point de vue, seulement celle-là) de Wilhelm Reich. Personne depuis, à part quelques ivrognes, n’a donné de progression à sa description « intégrée ». Toutes les théories depuis la naissance de cette concordance ont évité toutes de toucher au fétiche qu’est la femme, la spécificité de la valeur, ce qui manque et est pourtant en abondance. Car si la valeur est une morale, elle est un apprentissage individuel : c’est soi qui en paye le prix, au prix de la résignation de sa faim sexuelle. Qu’on parle d’une force d’un au-delà, d’un Céleste Souffle divin ou d’un Céleste Couple divin, je m’en moque : chacun veut vivre au mieux et selon son courage sans angoisse et celle de se demander ce qu’on fait ici en est une, solvable par ce moyen. Par contre, qu’un seul dieu qu’on ne voudrait – sans doute par honte et par désir de s’en faire le représentant pour amplifier la puissance terrifiante de son image – pas mâle, fétichise la femme et, corrélativement, tout ce qui fait le monde : le monde ne contient plus alors qu’une valeur multipliable à merci par le nombre d’esclaves (dont la moitié de l’humanité, les femmes) qu’on a à ses pieds. Le substrat de la valeur multipliée par la sur-valeur, est la sexualité mise dans une telle position affective, sociale et sexuelle, qu’elle en devient précieuse ; et comme elle manque en tout qui s’est transformé en hiérarchie, elle devient à mesure plus précieuse qu’éloignée. D’autant plus l’angoisse entretenue par l’insatisfaction est puissante, d’autant plus on tendra à trouver au dehors de soi, dans un objet, le secours dont on a besoin pour pouvoir la supporter en la déviant dans cet objet. Ce dont cette société a peur, elle le fétichise (on nomme cela une « récupération ») pour se l’intégrer dans une forme aseptisée – désexuée ! – et le transformer en déchet, reportant son caractère émouvant sur une image dont la poésie est aussi ambigüe que des vermisseaux qui rampent sur une charogne.

Car la disposition du patriarcat pour parfaire ses œuvres est tout simplement de séparer les gens les uns des autres. Chacune des malversations que j’ai énumérée plus haut est l’ouvrage d’une personne ou d’un groupe de personne totalement séparé des autres (sinon qu’à travers l’argent) et de leur environnement : elle a faim et doit nourrir sa famille. Pour cela, tout est à faire ! L’argent est ce qui affame et c’est en même temps ce qui détruit pour affamer autrui, le rendre misérable comme soi si on ne trouve pas d’argent. Ce n’est pas la nourriture qui manque (il en est gaspillé plus d’un tiers), mais l’argent et la mesquinerie, ou l’intelligence collective qui en est le pendant négatif. Toutes ces petites mains individualisées doivent se battre pour survivre en produisant autant de déchets collatéraux.

La plus évidente marque du patriarcat et qui, pourtant, paraît évidente, c’est ce que lui-même appelle « les dommages (on ne dit pas « déchets » ou même « dégâts », ce qui est pourtant le mot qui correspond le mieux) collatéraux » : l’expression est expressive, non ? Quelque soit le but, pour l’atteindre, il faut détruire même ce qui n’a rien à voir avec ce but. La pollution est un « dommage collatéral », comme les 7% de morts tolérés en temps de paix dans les armées (alors que, notez-le bien, nous n’arrivons pas au centième de ce chiffre dans la police), et qu’on ne puisse plus manger les poissons péchés dans la Saône au niveau de Lyon (ou ailleurs, mais là-bas il y a des pancartes de mise en garde au niveau de l’île Barbe) est un dommage collatéral malheureux du déversement de la dioxine qui servait de liquide de refroidissement des transformateurs. Le « dommage collatéral » est une forme de culture de l’innocence ignorante ou inversement, de l’ignorance innocente des effets que l’on a sur le monde pour l’obtention d’un but qui n’est, dans le patriarcat, que la course démente propulsée par l’espoir de gain. Les films nous montrent l’imbécilité de la culture du « dommage collatéral » (on retrouve des épaves des films de James Bond, comme souvenir ici et là), et cela paraît évident : pour faire un film, il faut du dommage collatéral, sinon quel intérêt ? Ce qui est appelé « chômage » est un dommage collatéral du capitalisme… qui cache derrière son petit doigt le patriarcat. L’esclavage du salariat (la retenue de la plus-value sur le temps vécu par un autre à produire des objets dont il ne sera en aucun cas responsable, ni de cette création, ni de leur usage : a-t-on vu un ouvrier responsable des morts provoquées par les armes de destruction massive ou les centrales nucléaires, ou les usines Sovéso, etc., qu’il produit ? Non…) est une denrée qu’il faut mériter au plus bas prix, encore que pour les nombreux élus les plus volontaires. J’avais fait un papier, une fois, sur la « valetaille » : cette engeance de personnages qui ne valait rien, au Moyen-Âge, corvéable à merci qu’on envoyait se faire tuer pour défendre des terres qui ne leur appartenaient pas : ils se faisaient tailler pour ne rien valoir. Aujourd’hui, on ne parle plus de « valetaille », cela serait trop péjoratif et les « réseaux sociaux » s’en alarmeraient tout de suite, sans rien changer pourtant, sinon que la bourgeoisie a une morale qu’elle veut garder propre sur elle. Mais les gens qui ne veulent pas voir leur environnement pollué, défiguré, balafré, strié, fissuré, défoncé, enfoncé, éventré, violé (j’aurais pu ajouté à chaque participe passé un complément adjectival, comme lamentablement, au bulldozer, au chalut de grands fonds, au brabant à 12 socs, à la dynamite, comme une porte par la police au petit matin, comme une matraque dans un anus, à la baïonnette, de mille manières, etc.) sont systématiquement dégradés, avilis, conspués, dénigrés, défigurés, asphyxiés, matraqués, etc. car ces «actions » ne sont considérées que comme des « dommages collatéraux », des empêchements d’atteindre ce but dont la matérialité est l’espoir de gain. Ici un pipeline, là un barrage, ailleurs une déforestation, là-bas un enfouissement de déchets nucléaires et à nos pieds un EPR dont la cuve est défectueuse mais indispensable à l’économie. Une protestation est un dommage collatéral qui n’a droit qu’au mépris de cet espoir de gain qui vaut tout, arrache tout, dévaste tout, dévitalise tout.

La boulimie énergétique n’est pas un fait exceptionnel du patriarcat, c’est une de ses conséquences : on parle de l’île de Pâques et de sa déforestation, d’un peuple du Pérou et de son système d’irrigation, aujourd’hui de toute démesure dans la pêche ou dans l’élevage des animaux. Mais aussi dans ce qui est appelé « communication » : les GAFA qui bouffent une quantité effroyable d’énergie électrique pour de la capitalisation, ont envahi l’ensemble des moyens et des formes de communications de la plupart des gens, et à mesure de cet envahissement, la solitude a gagné partout, le soliloque est devenu la mesure commune de tous. On parle de la pénétration du narcissisme comme étalon de cette communication. Je suis désolé de le dire, mais on ne trouve pas plus d’informations sur l’Internet (sinon plus rapidement) que dans une bonne bibliothèque. L’Internet ne sert qu’au transport des idées… mais lesquelles ? Les miennes ? Que nenni ! La quantité d’insignifiances a noyé le principe. La pauvreté des idées tournant autour de la sexualité (elle a montré son téton, il a montré ses cuisses, quel décolleté, il s’est marié avec, elle a quitté trucmuche, etc.) est abismale et les nouvelles politiques sont en rapport, autant dans leur empreinte idiote, dans leurs conséquences que dans ses pendeloques de pantins.

Le patriarcat justifie son existence par le seul fait d’exister, et sa remise en question ne peut que soulever de l’angoisse, car il est précisément l’onguent qui calme l’angoisse qu’il génère. Ce n’est qu’à cause de la nature de cet onguent que l’on se met à douter de son opportunité, de ses moyens et de sa finalité (pour les explorateurs les plus inconscients) et il arrive qu’on sorte la tête de son eau pour apercevoir, comme au petit matin en haut d’une montagne, la vastitude et la beauté du monde. Du fait de leur angoisse sexuelle, les gens ont besoin d’être rassurés et plus ils sont nombreux à l’être autour d’une idée qu’ils ne comprennent que de très loin, et plus ils se sentiront rassurés, alors qu’ils n’ont fait que déplacer leur angoisse sur une image de rassurance. La notion de « pureté » s’attache à bien des objets et moins ils sont susceptibles d’avoir une connotation sexuelle, et plus ils sont « purs ». Pour fétichiser la pureté, on invente une Sainte-Vierge et le Christ a les mains clouées sur une croix pour ne pas qu’il se masturbe. Je n’ai bien sûr que faire que la Vierge soit vierge et le Christ tel qu’il est, ce dont je parle c’est de l’image de pureté des dieux qu’on vénère, et bien longtemps (aujourd’hui même) la pornographie ne joue que sur la notion de pureté qu’elle rejette aux enfers. L’idée commune détermine ce qui est « pur » de ce qui ne l’est pas : c’est une morale sur laquelle s’assoit l’angoisse du soliloque, c’est l’onguent qui fait fonction de lotion anti-anale.

Il n’y a pas si longtemps, la relation entre le « patriarcat » et le capitalisme était évidente : le patron était paternaliste. Le bourgeois était paternaliste. Il reste des restes dans les patrons catholiques ; et les protestants veulent conserver les mains propres : faut pas être trop sale avec le prolétariat. Bien sûr, les grèves ont vraiment souligné cette nécessité au patronat qu’il devait entretenir avec plus ou moins de décence, ce prolétariat pour qu’il continue de passer son temps à travailler ; et en ce sens les syndicats étaient de mèche quelque part avec leur employeurs : au lieu de carrément détruire le travail, ils revendiquaient une meilleure condition de ce travail, effectivement… et nous en sommes là où nous sommes, ce qui n’est pas si inconfortable, mais la bouffe laisse quand même sérieusement à désirer en qualité nutritionnelle et d’exemption de produits nocifs, et il y a toujours autant de bruit qui passe à travers les murs des clapiers à clampins. Aujourd’hui l’appât du gain est si puissant qu’il outrepasse cette relation qui lui a donné naissance en reniant tout paternalisme, sinon que comme mode de gouvernement, avec matraques et autres allocs adéquates. Mais il s’agit surtout de rendre supportable ces conditions et pour cela, les images sont d’une efficacité redoutable…

On refuse cette relation que je fais entre l’analité psychanalytique et le patriarcat, l’insatiable du manque et le patriarcat, la satisfaction impossible, boulimique et le patriarcat. C’est pourtant par là qu’il faudra commencer: le patriarcat est une maladie suffisamment grave de l’humanité, en chacun de nous, pour qu’elle se détruise, elle et son environnement duquel elle n’est plus intégrée ; cette désintégration seule est un symptôme d’inadaptation adéquate et minimale à son monde et son environnement vivant. Il ne s’agit plus de gestion de déchets, il s’agit de n’en pas produire et cela, le patriarcat est incapable de le comprendre et encore moins de le réaliser, même dans le cadre ridicule de l’espoir de gain : ce sera déshabiller Pierre pour habiller Paul de ses loques. La bombe atomique est le caca par excellence : nul ne l’a estimé de la sorte, car ce serait remettre en cause l’intelligence « humaine » alors qu’elle pourrit d’un excrément spécialement destiné à cela – pourrir le monde d’une grosse merde. La bombe atomique n’a pas eu d’autre usage : pourrir le monde, spécialement, précisément et spécifiquement. C’est le plus gros des étrons incompostables du patriarcat, à part ses petits que sont les centrales nucléaires, les usines toulousaines, et l’industrie pharmaceutique. La « drogue », comparativement, présente au moins du plaisir, et même collectif, aux personnes dont le soliloque est devenu insupportable. Et quand on parle de « drogue », on parle de celle qui ne passe pas par la case « impôts », car les autres sont cent fois plus mortifères : il meurt en milieu hospitalier 18 milles personnes l’an de l’usage des médicaments qui y sont dispensés ; à peine 350 pour toutes les drogues illicites, dont aucune pour cause d’usage de cannabis. Et de toutes ces drogues licites, moins d’une pour dix mille est compostable : ces molécules sont des déchets dès leur conception, sans qu’elles « guérissent » des maux du patriarcat. L’analité psychanalytique est un caractère dont les modalités sont connues, alors qu’on refuse de reconnaître ce qui en donne naissance. J’ai tâché d’en tenir un mot.

Le cerveau est l’outil de prédictibilité par excellence, à tel point que l’angoisse que soulève le présent est devenue une maladie sociale. Il y a certes une prédictibilité autonome, mais je parle ici de celle qui calcule, qui anticipe volontairement l’avenir. Par la création de l’outil, le cerveau démontre que nous sommes capable de voir en image ce que nous désirons en réalité et de réaliser cette image pour la matérialiser. Tous les animaux possèdent la vertu de voir en image, puisqu’ils voient le monde, mais tous ne sont pas pourvu de cette capacité de voir en image ce que l’image initiale induit ou va provoquer, le second pas de l’image. Le son ou l’odeur correspondent chez eux davantage au mouvement de l’image chez nous. Cette vertu de l’anticipation n’est pas véritablement une anticipation, mais le fruit d’un apprentissage : telle action du monde amènera à tel résultat ; aidé de mes dispositions naturelles (l’instinct), n’ayant d’autre force que de rester en vie, je réagis de telle ou telle manière mélangeant mes dispositions physiques (dont j’ai appris jeune à me servir) et ma connaissance du monde, c’est-à-dire, ce que j’en sais, ce que j’en ai appris antérieurement. Chez l’humain, il en est de même, à cette vertu près du langage qui permet de mettre sur tout des « images verbales », et donc de manipuler ces images comme s’il s’agissait de fait réels. Le rêve est l’image verbale par excellence et j’avais démontré ailleurs que le langage en est l’enfant : la mer du monde humain est le rêve où les îles sont les mots, ces « images verbales ». De plus, le moteur de la vie est le manque, c’est-à-dire l’énergie qui fait défaut et pourtant se manifeste pour changer une situation devenue déplaisante, l’ajout indispensable pour changer d’ambiance, le petit plus absent (un plus bizarre pour un manque, me diriez-vous) qui vous fait vous mouvoir pour l’enquérir, de sorte qu’il disparaisse. Ici la fonction du cerveau est de faire disparaître le manque.

Je ne vais pas discuter des notions de désir et de besoin, qu’importe car ce qui manque, je connais : que ce soit désir ou besoin, il y a un manque. Le cerveau va donc se mettre en branle pour combler ce manque : faim, soif, froid, chaud, social, affectif, amoureux, sexuel, musique, écriture, etc.

Mais cette disposition à prévoir ce qui peut se passer est une maladie lorsqu’il s’agit de gain : effectivement, tout l’organisme est mis à disposition du cerveau pour satisfaire la faim ou construire un nid, dont on n’espère pas, mais on sait que cela aura lieu ; dans le cerveau malade, cette faim de futur satisfaisant devient un espoir qui brûle le présent et la maladie s’amplifie lorsque cet espoir se charge de gérer du gain, un surplus à ce qui est déjà prévu. Je n’ai pas encore réussi à relier l’espoir de gain aux carences induites par le patriarcat, mais cela ne serait rester en l’état.

Il y a une alternative dans cette prédiction : on choisit inévitablement le pire ou le meilleur. Aujourd’hui, on choisit systématiquement (c’est une autre marque du patriarcat) le pire, évitant, par instinct de survie de ce patriarcat, de comprendre que le meilleur est la fin de ce système. On va me demander sur quel orgueil j’établis ce pire et ce meilleur : simplement au résultat qui est devant nos yeux : si le meilleur avait été plus fréquemment choisi, on en serait pas à cette fonte des glaces sur la planète entière, du nord au sud, de l’est à l’ouest (par rapport à un axe centré sur Greenwich). Mais on a choisi de résoudre un manque imaginaire (l’image d’une image) par le pire moyen qui soit : l’esclave du salariat comme moyen habituel du patriarcat de résoudre ses problèmes… par l’esclavage de la plus-value, l’espoir de gain matérialisé.

On va faire un tour sur l’organisation sociale centrée sur l’esclavage. L’esclavage consiste à soumettre la volonté d’autrui à sa botte, à sa propre volonté et la propriété est l’acte social de cette soumission. Lorsque je suis maître d’un esclave, j’en suis le propriétaire, cela ne peut pas être autrement. Et l’esclave, de son côté, doit soumettre sa volonté à celle de son propriétaire sous peine, généralement, de souffrance, mais aussi de mort. Certains préfèrent la mort à l’esclavage, mais ils sont peu nombreux, du simple fait que l’esclavage est né, comme l’œuf de la poule, avec l’esclavage, le patriarcat. Il y a une dialectique » du maître et de l’esclave, en ce sens où l’un est tributaire de l’autre tant que l’autre ne se révolte pas, refuse l’esclavage ; mais aussi, l’esclave trouve un sens à son état car il n’a rien à faire, ni à penser d’autre que ce que son maître lui demande : il est nourrit, logé, marié, il a une « famille » (la propaglande de la famille étasunienne) et ça suffit à plein de gens, on le voit bien ici-même. Les moyens de soumission changent avec les époques : au début, c’était ça ou la mort, du fait qu’on est une femme qui doit se soumettre à un homme, un chef pour le bien de tous. La première esclave a été une reine, non pas de celle du « matriarcat » qui avait un consort, mais de la naissance du patriarcat : c’est l’acte de naissance d’icelui. L’esclavage de la femme par sa soumission à une cause supérieure : le chef (et corrélativement, le passage de la vie magique – immédiatement vécue –  à la religion – différée dans un au-delà). Ensuite, et seulement ensuite, comme a été admis la première condition, et comme l’animal a d’abord servi à la traction avant d’avoir été monté, c’était un ennemi qui a été capturé à la guerre. Comme quoi, il fallait une guerre pour avoir des esclave autre qu’une femme. Le service que rend un esclave n’est pas dans ces pages vraiment essentiel, c’est le principe qui m’intéresse : l’esclavage qui a commencé d’abord par celui de la femme par l’homme parce que cet homme était devenu un chef, un « roi ». Posons-nous une question prégnante : l’histoire d’Éros et de Psyché est relativement bien connue. J’arrive donc à cet endroit où Éros et Psyché sont au lit en train de s’aimer de cœurs et de chairs : que peuvent-ils bien faire de puissamment satisfaisant que nous ne pourrions pas faire ? C’est l’exacte question inverse de ce qu’ont bien pu s’interdire de faire Adam et Ève que Dieu n’a pas toléré. Ils se sont mélangés, dans la plus parfaite égalité de force et en fonction parfaite avec leur spécificité sexuelle : Éros, l’homme et Psyché, la femme. Je parle bien d’égalité des spécificités sexuelles, c’est-à-dire qu’il y a quelque part, à un moment, un accouplement sublime des deux sexes. L’esclavage est le contraire : l’accouplement n’est en rien le rapprochement de deux êtres qui se considèrent mutuellement égaux unis en vue et volontairement d’un paroxysme sexuel. ¿Entiendes? L’esclavage est la peur réciproque que s’inflige le maître et l’esclave comme mode de vie ; bien sûr, l’esclave est plus « pardonnable » car généralement cette condition lui convient beaucoup moins. Mais je souligne que le fait d’imposer à autrui un statut hors de l’égalité des possibles, implique incidemment l’esclavage. Si la femme est « donnée » au roi en vertu de la puissance de ce dernier sur autrui, c’est qu’autrui est déjà, de force ou de consentement (dont on peut discuter) réduit à penser MOINS que le roi. Le malheur de Psyché a été sa curiosité, comme chez Ève : elle a voulu SAVOIR.

On peut d’ailleurs se demander qui a le plus faim de savoir, dans cette affaire de recherche du savoir : Ève ou Adam ? C’est Ève, car c’est elle qui a, de sa propre initiative, décidé d’aller vers l’arbre de la Connaissance, qui en a cueilli de son propre chef le fruit qui est source de jouissance, et qui a sollicité en partage Adam d’y goûter. Elle a été guidée par le serpent ? Mais ce serpent, cessons les enfantillages, c’est le sexe masculin ! Il s’agissait de réprimander le plaisir issu du rapprochement sexuel et de justifier l’absurdité de cette réprimande par un haut fait : Dieu ! Cette Connaissance correspondait donc au plaisir sexuel, bien évidemment. Quand ce plaisir est une initiative de la femme, il devient rédhibitoire, car je l’ai démontré ailleurs, le plaisir de la femme hors du mariage n’est pas source de procréation : il n’est que du plaisir. Dieu n’a pas du tout été content qu’on sache à quoi servent dans leur sublimité – le plaisir du mélange sexuel et l’orgasme –, les sexes différents dont il nous a doté, et il a alors condamné, puisqu’on avait plus besoin de lui comme source de cette connaissance, mais de notre seule expérience, le sexe féminin à la souffrance par cette interdiction d’y accéder ; et corrélativement, le plus atterré dans l’affaire, c’est l’homme puisqu’il a tout perdu : la femme, l’orgasme pair, la connaissance… et il est devenu technologique : le soliloque de la mécanique et a dû se mettre au travail. Cette condamnation est celle du patriarcat. D’autre part, aujourd’hui la femme moderne a accès au savoir, c’est indéniable, et elle y est si à l’aise qu’elle est la meilleure, en bien des domaines. Mais il faut souligner que ce savoir auquel elle a accès et qu’elle comprend si bien, est un savoir patriarcal, établi sur des bases patriarcales et destiné à perpétuer le patriarcat. Les femmes riches ne le sont que dans le cadre du patriarcat et n’apporte pas grand chose à l’humanité, en tant que redécouverte du plaisir de vivre en usant aussi librement de la sexuation (à la manière de ce Bill Gates qui crée des toilettes mécaniques au prix d’une année d’argent d’une personne dans un pays « pauvre », alors qu’un simple chiotte à compost résout totalement et pour un coût ridicule, le problème des déchets organiques pour sortir de la merde).

Le patriarcat n’aime pas que la femme sache, on le sait, et une conquête toute ressente a été l’éducation des filles qui n’a pas encore inondé le globe du fait des réticences du patriarcat. Moi-même j’ai souffert de ne pas pouvoir savoir, car on me l’interdisait… et je suis un homme. J’ai vu pleurer devant moi un garçon auquel je donnais une réponse à toutes ses questions et dont je soulageais la tension par une seule caresse sur la tête, car nul ne s’était préoccupé de la pertinence de ses questions et moins encore de la tension affective qu’elles contenaient en tant que relation profonde à autrui : autrui est l’ouverture au monde et à sa vastitude. La pérennité de l’instauration du roi à la place de la reine, n’a été possible que par la restriction drastique de la pensée, du désir de savoir, restriction imposée par le roi. La liberté de la femme a été la première immolation à son dieu du patriarcat. L’enfant, bien évidemment, a suivi. Pour cela, il a fallu des sbires au roi, je veux dire de la violence dans le dessein de soumettre sa volonté à autrui. Comme je l’ai dit plus haut, les moyens de cette coercition ont évolué, ont changé avec les époques et la modernisation technologique : sous une même idéologie ou justification moraliste, on ne s’y prend pas de la même manière avec un fusil qu’avec un arc, on ne torturait pas de la même manière sous Tibère, sous l’Inquisition qu’on torture à Guantanamo. Il y a à peine 70 ans que le transistor a été inventé, et on est inondé par la bureaucratie silicium. Le sbire est précisément la personne qui refuse de penser par soi-même et obéit aux autres, aux pensées d’une autre personne ; et le sbire se sent d’autant plus conforté dans sa position d’idiot (absence de pensée) qu’il y est le moins seul : l’armée, la police, la bureaucratie : toute une organisation sociale patriarcale. La peur de penser, ou plus précisément de ses conséquences, c’est-à-dire de devoir choisir entre ceci et cela de meilleur et non pas de moins pire, est instillée par les coups ou bien par l’hypocrisie : la place à laquelle cette peur vous donne accès est plus confortable que celle où on devrait l’assumer, même avec d’autres, en en restant responsable, en sachant. Au lieu de l’ignorer, il a pris la mise en concurrence pour de l’argent comptant. On demande à un chef de vous décharger de cette peur contre de l’obéissance et vous serait-il demandé d’occire autrui, que vous n’en craindriez rien, car vous êtes déjà mort par ce refus de l’assumer. Se couper de sa peur, c’est se couper de l’empathie, de la sensation de sentir en dehors de soi, car on n’admet pas ressentir ce que l’on sent de soi… et comme il s’agit toujours de « pureté », c’est sexuel : la peur du contentement sexué acquise par les coups reçus signifiant son impossibilité, même intellectuelle. On demandera par la force à la femme de ne pas se demander si elle peut ou doit avoir de satisfaction sexuée dans sa relation à son roi social. Elle ne peut et doit se contenter de ce qu’on lui donne, comme fait moral. Je suis heureux que des Afghanes demandent aujourd’hui qu’on les nomme par leur propre nom et non pas par celui de leur « mari » (maroi ?). La mesquinerie du patriarcat est incommensurablement affective, c’est une petite couille autorisant qu’on « utilise une force fondamentale de l’univers, la force dont le soleil tire sa puissance » pour détruire ce monde que le soleil éclaire de « sa puissance ». Il faut plutôt admette que la faim sexuelle dont on ne contraint l’expression que de manière résiduelle, résonne dans la faim de savoir comme satisfaction de sa propre relation au monde, et plus pour le construire sans le détruire, que de le détruire pour le construire en plus débilitant. Aujourd’hui, je ne vois que la vie déformée par l’abstinence de la satisfaction sexuelle dans les formes des gens, leur démarches et leur façon de se vêtir, de manger, dans la succession de leurs idées et leurs idées même, dans leurs préoccupations « sexuelles » dissimulées derrière une morale absconse, dans ce qu’ils appellent pudiquement « leurs fantasmes » qui ne sont que des idées biscornues car ambivalentes, dont le reflet est publicitaire, cette sorte de poésie spéciale du fétichisme de la marchandise qui dévoile l’inconscience de leur inconscient.

Il est vrai que je pose une impasse en décrivant cette société comme anale, patriarcale, car on ne voit pas d’issue, sachant qu’il s’agit d’une culture sociale générale de l’aliénation omniprésente et omnipotente. Pourtant, tout contient son contraire. La Bible, outre qu’elle attribue le malheur du monde à Ève, nous ordonne aussi de transformer tout en travail, même la sueur de son front : on trouvera donc à ne plus du tout tout transformer en travail. Le salariat est la forme moderne (on en est à l’auto-salariat aujourd’hui) de faire admettre le travail comme allant de soi : on trouvera donc à cesser de le développer. L’analité s’apprend par la retenue et l’implication de cette retenue est la morale de la retenue. Il faudra passer par des comportements expérimentaux (qui consisteront, je pense, dans la recherche de l’équilibre de l’égalisation ou l’équivalence des faims sexuelles femelles et mâles) infailliblement contractés sur l’impossibilité de provoquer de la souffrance à autrui et de protéger l’enfance des adultes moralement atteint par la patriarcat, par la retenue, l’absence de générosité et d’amitié. La maltraitance à l’enfance, en commençant par la sexuelle physique et psychique avec les mutilations et les interdictions de la masturbation infantile, doit cesser et la discussion, l’explication et le consensus doivent primer sur tout : on doit abonder le temps à bavarder, et non pas à le tuer. La dispute est nécessaire. Si on est agacé, on passe le relais à quelqu’un d’autre : l’enfance est le présent du futur, pas celui des parents. Toute production doit devenir compostable, je veux dire qu’elle ne laisse aucun déchet, aucune analité qui ne disparaisse en un temps très court (trois mois au maximum) dans le monde : c’est possible, ça l’était depuis le début. Il s’agit certes de comprendre le caractère anal et la cuirasse du patriarcat, mais qu’on sache que cette compréhension amène immanquablement à sa disparition. Les comportements expérimentaux chercheront à rééquilibrer les faims sexuelles et provoqueront un lupanar où la seule interdiction (bis repetita) sera d’infliger la moindre souffrance à autrui, physique ou psychique : en aucun cas, l’usage du vin ne pourra être un prétexte à justifier la violence et il faudra beaucoup de persuasion et de pédagogie pour faire comprendre l’inutilité d’une violence dans un comportement. Il sera aussi interdit de chercher à savoir ce qu’autrui fait de sa propre sexualité en dehors de vous. Toutes ces restrictions anti-patriarcales qui se rapportent à autrui avec lequel ou laquelle on ne peut que trouver une collaboration à ce projet, ne tiendront que dans l’assurance que le patriarcat est reconnu comme une souffrance immensément supérieure restée jusqu’alors sans reconnaissance, comme un cal isolant la peau mise à rude épreuve disparait quand cet usage qu’on lui imposait disparait. Sade doit disparaître des esprits, comme Staline et autres dictapueurs. Il faut défricher et cultiver l’amitié, l’égalité entre les amis, la mettre en permaculture dans tous les champs des possibles pour qu’elle y retrouve sa prolificité intelligente et chaleureuse.

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