Chaque jour que je passe de ma vie, je le soustrais de la pérennité du patriarcat

À An’Vick

Le capitalisme cache derrière son petit doigt le patriarcat. Le patriarcat c’est la mise en esclavage de la femme. Cette mise en esclavage induit toutes les violences possibles, non pas d’un genre sexuel contre un autre qui est comme un détail, mais du racisme et du matchisme.

Le patriarcat est la culture générale de notre société. Ses formes ont évolué depuis sa naissance, mais l’esclavage est le princeps de sa morale, et il a commencé par la femme, par faire violence à la femme. La Bible en donne un mot en évoquant Ève, et on retrouve tout autant cette violence dans la circoncision d’Isaac, par exemple. Mais je rencontre aussi le patriarcat dans les légendes mésopotamiennes et égyptiennes anciennes.

Le patriarcat agit depuis environ 8 à 10 mille ans ; il est le fruit plus ou moins tardif du néolithique. J’ai pensé que la découverte de la relation entre le coït et la reproduction de l’espèce (que l’on date de 7 à 9 mille ans) était une conséquence indirecte de l’élevage. Auparavant, il n’était chassé que les mâles, pour la bonne raison que si on tuait les femelles, il n’y avait plus rien à manger l’année d’après. Une ou deux fois, pourtant, il a fallu goûter à la chair des femelles et on l’a trouvée plus douce. Quelques temps ont suffit pour que l’on castrât les mâles (ce qui les différencie des femelles est précisément les bourses) pour les rendre « femelles », et on constata que le goût était effectivement plus doux. On remarqua alors qu’en ne laissant aucun mâle « entier » dans l’enclos, les femelles ne mettaient pas bas. On comprit que le mâle « entier » était indispensable à la reproduction. Par déduction, on a comprit la « puissance du mâle » comme indispensable, nécessaire et impérieuse dans cette reproduction de l’espèce et, allez-vous en savoir pourquoi, cet idiot a pris la préséance sur le coït, en affirmant que c’est à cause de lui que l’espèce se reproduit et que la femelle n’est qu’un récipient, un vase ou que ne sais-je encore, destinée à recevoir la semence et la faire croitre. Le patriarcat est né : le mâle, alors compagnon dont l’utilité ne consistait qu’en une présence agréable, puisque le caractère fertilisant du sperme était alors inconnu, devint la brute du village : celui qui porte le pouvoir de reproduire.

Robert Grave a supposé qu’il ne s’agissait que d’une transmission insidieuse de pouvoirs magiques détenus socialement par la femme vers l’homme qui en a pris le déguisement. Il y a certainement de cela, mais c’est surtout une histoire sexuelle, en ce sens où le pouvoir de l’homme (dépourvu de celui d’avoir une raison biologique, sinon que de plaisir dans le couple) était de l’épaisseur d’une peau de couille, si je puis dire, trouvait enfin une « raison », une explication à son existence : la reproduction dont il était un élément indispensable, c’est-à-dire, définitif. Le pouvoir de reproduction de la femelle s’en trouvât alors fort chagrin, car elle ne devenait plus qu’un objet de cette reproduction, un élément accessoire. Que ce soit par la transmission de ses pouvoirs magiques ou par l’émergence d’un « pouvoir » masculin sur la pérennité de l’existence humaine, le résultat est là et sans aucun doute complémentaire. Le mâle s’est alors accaparé de tout, et des pouvoirs de la femme (même s’ils étaient dérisoires face à la réalité, ils correspondaient à une position sociale !) et des bribes qu’il détenait alors pour les amplifier démesurément et en faire un statut : le patriarcat. On voit donc, par cette simple explication que la reconquête de la femme d’un statut social égal est d’ordre sexuel, une position sexuelle de la femme, non plus comme dépendante de l’homme (qui détient ici et maintenant la plus grande majorité des pouvoirs : sexuels, sociaux, affectifs, commerciaux, pollueurs, dévastateurs, etc.) qui, loin d’être séparée de l’homme ou même d’en être la complémentarité, puisse en afficher LIBREMENT l’expression. Bien sûr, cela ne va pas se passer comme d’un claquement de doigt, il va falloir du temps, mais cela peut se faire en deux générations, le temps qu’il a fallu à Moïse pour que l’ancien état d’esclavage de son peuple soit oublié dans les pérégrinations d’un désert.

Ainsi, dans le contexte patriarcal, le nôtre, la seule manière dont la femme aujourd’hui  peut socialement exprimer sa légitime faim sexuelle, qui correspond à celle de sa rencontre avec l’homme, est, même fictive, la prostitution ; autrement dit, le patriarcat n’envisage la sexualité féminine que de manière dégradée. Lorsqu’on visionne des films qui sont essentiellement peuplés d’actions d’hommes (bruyant, désastreux, catastrophiques, pollueurs, avilissants, etc.), la femme fait toujours figure de filtre dans un bar ou autre bordel, qui n’est, réellement, que la seule manière dont le patriarcat lui permet de pouvoir profiter de SA faim sexuelle et selon les préceptes de l’homme, les manières brutales de l’homme. La sexualité de la femme dans le patriarcat est une sexualité qu’il dégrade pour la rendre à sa botte. L’homme ne s’exprime que par le pouvoir, le pouvoir sur quelque chose, je veux dire sur les êtres qu’il a réduit à l’état de choses, d’objets : un soldat, une femme, un fusil, le bouton d’une catastrophe ; et la femme est sans fin accessoire, à la limite de la rédemptrice ou de l’excitatrice du mal du mâle et dans ce dernier cas, elle n’a droit qu’à la mort. Le partage de l’excitation de la vie à des fins de plaisir n’existe pas dans le patriarcat.

Le patriarcat adule la violence musculaire (dont l’arme est le prolongement) et manifeste cette base structurale comme fondement des relations sociales, intellectuelles et amoureuses. Pour le patriarcat, la violence masculine est la seule expression sociale et affective possible et cela se détecte à tous les niveaux de nos relations, absolument tous.

Le problème actuel est la violence masculine envers la femme et son expressivité sexuelle spécifique : l’homme a peur de la femme, une peur viscérale, scrotomique : le péristaltisme de ses bourses n’est plus perçu que comme violence sous l’emprise d’une violence. C’est l’ERREUR, car l’homme ne s’exprime plus que par cette violence, sinon il est autrement mort, socialement, c’est-à-dire au regard des autres. C’est l’erreur de Dieu ! car la violence devient le pouvoir exclusif.

L’esprit « nazillon » est tout simplement de s’en prendre à tout ce qui n’est pas eux et qu’ils refusent d’admettre : « noir », « femme », « gay », « libre », « communiste », etc. Et comme ce sont des trouducs, ils ne savent que sodomiser tout en refusant ceci qui leur parait abject : ils sont pris dans un piège où le besoin de satisfaction sexuel ne peut plus s’exprimer que par ce qu’ils abhorrent et ne s’y adonnent plus que par la torture qui les torture, sur autrui. On retrouve cette structure chez tous les dictateurs et surtout chez tous leurs sbires qui sont leur fondement social. La femme a un vagin dont on ne peut se résoudre qu’à s’y perdre, aussi le réduit-on à la procréation pour l’oublier. Reste alors l’anus dont on sait qu’il est la retenue de tout dont les riches ont le fondement pour soustraire aux autres (le salaire est le résultat de la retenue de la plus-value ; la prison n’est-elle pas la pire des retenue ?), ce dont ces riches n’ont pas expressément besoin et réduisent tout en argent, l’affectivité comme la sexualité comme la socialité. Ils cultivent l’art de la diversion à l’intention des masses, car ils ne peuvent faire autrement à leur propre égard quant à leur pauvreté humaine. C’est le patriarcat.

La culture du patriarcat se cache derrière celle du héros qui ne finalise que l’incapacité du peuple à résoudre collectivement ses problèmes. Elle exsude de toutes les œuvres de ce monde, absolument toutes. Toutes convergent vers ce point central qu’il n’est pas possible de jouir de la vie sans violence sur autrui et que la vie est un impondérable déchet dont le monde, notre planète, bien que caché derrière des images chatoyantes aux fausses couleurs, est devenu la poubelle la plus moche.

J’admets que mon emploi de l’enfantillage est une provocation et cette provocation un enfantillage. Je remarque qu’on me reproche ce qui est pourtant un comportement des plus courants. L’analité est un enfantillage, c’est un stade de découverte de la vie, normalement assez bref, où cette société oblige à stagner, interdisant toute autre conquête de la vie, l’accès à la maturité sexuelle, ce que les psychanalystes vraiment branchés sur la maladie psychoaffective dans son questionnement biologique du début du XXe siècle appelaient alors pudiquement (pour rester dans les clous du judéo-christianisme régnant) : la génitalité, bien que ce terme inclus implicitement la reproduction.

Il y a déjà plusieurs années que j’ai découvert ce grand gag de l’histoire humaine, le grand gag du patriarcat : la confusion, dans le rapprochement sexuel, du plaisir d’avec la reproduction de l’espèce ; le gag le moins désopilant qui puisse exister. Il n’y a jamais eu, chez l’humain (encore que cela soit aussi remarquable chez tous les primates à partir des lémuriens dont la sexualité s’est séparée du rut, d’une saisonnalité) sinon que pour le patriarcat, de confusion dans le rapprochement sexué entre le plaisir et la reproduction, jamais : s’il y a un jour conjonction, c’est d’abord pour le plaisir, pas pour la reproduction. Cela, chacun le sait, mais hésite à le formuler, de sorte que cela oriente aussi ses réticences à pratiquer à perte ce rapprochement sexué. J’ai même traduit l’unique livre qui manquait à la langue française pour démontrer qu’il n’y a, lorsque la sexualité de la femme est LIBRE, aucune relation de cause à effet entre le coït et la reproduction de l’espèce (d’après les observations de Bronislav Malinowski chez un peuple où de telles conditions existaient – et je l’ai trouvé aussi ailleurs !) : le coït sert essentiellement au plaisir et rien d’autre. Le patriarcat n’est pas du tout d’accord avec cela, le montre et l’accentue dans sa répression dite « sexuelle »… ce qui implique beaucoup de malheurs.

Lorsque je dis que le patriarcat commence par l’esclavage de la femme (duquel découle toutes les autres malversations sur autrui), c’est que le patriarcat n’aime pas la femme libre, je veux dire dont la sexualité s’exprime selon ses goûts à elle, et non pas selon ses goûts à lui. Ainsi, l’esclavage de la femme par le patriarcat commence-t-il par celui de la sexualité de la femme auquel il impose l’objet de la reproduction, quitte à user de la sodomie de temps à autre. Du fait qu’il est en contradiction avec sa propre nature qui est d’amour pour la femme, je veux dire la perte de soi dans son amour pour elle, cette contradiction ne peut s’exprimer que par la violence, sinon elle se désagrège dans la douceur, ce qui va à l’encontre de son précepte : dominer, je veux dire « écraser autrui » de sa volonté de chef, le moyen n’étant finalement qu’une expressivité culturelle singulière de ce marasme affectif.

L’erreur princeps du mâle patriarcal est la violence à l’égard de l’objet aimé. Bon, bien sûr, je résume, mais la femme arrive toujours à recevoir la tarte qui frappe, pour une raison sociale, alors qu’il ne s’agit que de l’insatisfaction de l’expression de la maturité sexuelle inaccomplie, inassouvie. Dans le patriarcat, le mâle ne peut ressentir d’assouvissement sous peine de perdre son pouvoir de mâle. Il est plus qu’indispensable (ce dont on ne peut pas se dispenser de penser), nécessaire de ne pas être assouvi sous peine de perdre, de lâcher, sa retenue, cette retenue qui fait votre pouvoir, qu’importe le moyen : l’argent étant un pivot éminent. J’ai remarqué que, que ce soit dans la prostitution où les femmes sont véritablement maltraitées, dans le royaume de la « drogue », de la musique ou du plus petit ménage, il s’agit d’abord et essentiellement de maitriser la femme, de l’avoir en son pouvoir, etc. sans penser un instant que cette femme ne peut qu’utiliser aux fins qu’on lui laisse de plaisir, ces espaces restrictifs, dont elle doit et ne peut que trouver son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de cette vie sombre et pleine de poisons.

J’ai été amusé d’entendre qu’une société de babouins dont les mâles « alfa » avaient été décimés par une maladie, avait adopté un comportement totalement opposé du fait de l’absence d’agressivité, donnant en conclusion et durablement, une société pacifique et pacifiste. Chez l’humain, le problème est que l’agressivité désensibilise la vulve et ferme le vagin des femmes : leur désir d’accueil est réduit à la peur. En gros, on pourrait dire que le mâle est pour donner et que la femme reçoit – cela étant dans un schéma de plaisir orgastique, off course, de satisfaction mutuelle, encore que bien souvent peu identique. La difficulté que nous laisse le patriarcat de pouvoir (de loin, car j’aime la liberté qui ne peut être restrictive) préciser la relation mature de l’homme (le problème c’est lui) et de la femme, réside dans l’imprécision qu’on pourrait donner à une satisfaction obtenue en dehors de ses préceptes : par pudeur, je ne puis que rester dans le vague, car ce qui ne me regarde pas, je ne puis le regarder. M’enfin, je parle bien de satisfaction mutuelle, c’est là le centre de mon propos en pensant que ce serait aussi là la désagrégation de ce satané patriarcat. Mais peut-être présomptué-je de mes rêves ?

La culture que le patriarcat affectionne de nous montrer est celle du mâle l’emportant sur des machines. Ces machines sont pourtant le fruit du patriarcat : l’humanité a existé avant le patriarcat et ses déterminations objectales, jusque l’araire. Le moteur à explosion tout récent, généralement à quatre temps, figure l’omniprésence de sa domination sur l’espace sonore et le temps vécu. On retrouve dans la bagnole l’expression de sa puissance musculaire qui ne demande qu’à se développer, jouant des brillances, des reflets, de l’étroitesse du bassin, du bruit vrombissant et résonnant du pet. La femme, selon l’espace laissé, est alors adorante : il peut. Mais que peut-il ? Tout est en substance sous-entendu, laissé à l’imaginaire du spectateur qui lui, en désirerait autant qu’il n’en peut pas et en voudrait pourtant être. La partie est d’image, celle de la domination d’autrui qui vous en donne pour ce que vous êtes loin d’en être, ne serait-ce que sur votre fiche de paye, ou la capacité que vous détenez de jouir à votre aise du temps qu’il vous est donné à vivre, hors d’un syndicat. Être doux, attentif, affectueux, est de l’ordre du rêve marital qui induit la reproduction de l’espèce : tout est faussé par cette tare patriarcale. On ne se rapproche sexuellement que pour avoir du plaisir l’un de l’autre, ne serait que fugacessement. Le véritable problème de la violence masculine ne laisse aucune ouverture : il est indispensable que l’homme cesse d’être un trouduc qui se la veut dans la violence : la vie ne se couche pas comme un torrent, mais comme une eau qui coule selon les rochers qu’elle rencontre. La violence masculine comme fait mâle, doit se résorber dans l’attention, ne serait-ce que conviviale, mais surtout commune avec le ressenti qu’on éprouve pour sa compagne. En fait, le mâle est la force de l’adaptation qui mène au plaisir. Qu’il se le tienne pour dit et s’y tienne.

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