Chaque jour que je passe de ma vie, je le soustrais de la pérennité du patriarcat

À An’Vick

Le capitalisme cache derrière son petit doigt le patriarcat. Le patriarcat c’est la mise en esclavage de la femme. Cette mise en esclavage induit toutes les violences possibles, non pas d’un genre sexuel contre un autre qui est comme un détail, mais du racisme et du matchisme.

Le patriarcat est la culture générale de notre société. Ses formes ont évolué depuis sa naissance, mais l’esclavage est le princeps de sa morale, et il a commencé par la femme, par faire violence à la femme. La Bible en donne un mot en évoquant Ève, et on retrouve tout autant cette violence dans la circoncision d’Isaac, par exemple. Mais je rencontre aussi le patriarcat dans les légendes mésopotamiennes et égyptiennes anciennes.

Le patriarcat agit depuis environ 8 à 10 mille ans ; il est le fruit plus ou moins tardif du néolithique. J’ai pensé que la découverte de la relation entre le coït et la reproduction de l’espèce (que l’on date de 7 à 9 mille ans) était une conséquence indirecte de l’élevage. Auparavant, il n’était chassé que les mâles, pour la bonne raison que si on tuait les femelles, il n’y avait plus rien à manger l’année d’après. Une ou deux fois, pourtant, il a fallu goûter à la chair des femelles et on l’a trouvée plus douce. Quelques temps ont suffit pour que l’on castrât les mâles (ce qui les différencie des femelles est précisément les bourses) pour les rendre « femelles », et on constata que le goût était effectivement plus doux. On remarqua alors qu’en ne laissant aucun mâle « entier » dans l’enclos, les femelles ne mettaient pas bas. On comprit que le mâle « entier » était indispensable à la reproduction. Par déduction, on a comprit la « puissance du mâle » comme indispensable, nécessaire et impérieuse dans cette reproduction de l’espèce et, allez-vous en savoir pourquoi, cet idiot a pris la préséance sur le coït, en affirmant que c’est à cause de lui que l’espèce se reproduit et que la femelle n’est qu’un récipient, un vase ou que ne sais-je encore, destinée à recevoir la semence et la faire croitre. Le patriarcat est né : le mâle, alors compagnon dont l’utilité ne consistait qu’en une présence agréable, puisque le caractère fertilisant du sperme était alors inconnu, devint la brute du village : celui qui porte le pouvoir de reproduire.

Robert Grave a supposé qu’il ne s’agissait que d’une transmission insidieuse de pouvoirs magiques détenus socialement par la femme vers l’homme qui en a pris le déguisement. Il y a certainement de cela, mais c’est surtout une histoire sexuelle, en ce sens où le pouvoir de l’homme (dépourvu de celui d’avoir une raison biologique, sinon que de plaisir dans le couple) était de l’épaisseur d’une peau de couille, si je puis dire, trouvait enfin une « raison », une explication à son existence : la reproduction dont il était un élément indispensable, c’est-à-dire, définitif. Le pouvoir de reproduction de la femelle s’en trouvât alors fort chagrin, car elle ne devenait plus qu’un objet de cette reproduction, un élément accessoire. Que ce soit par la transmission de ses pouvoirs magiques ou par l’émergence d’un « pouvoir » masculin sur la pérennité de l’existence humaine, le résultat est là et sans aucun doute complémentaire. Le mâle s’est alors accaparé de tout, et des pouvoirs de la femme (même s’ils étaient dérisoires face à la réalité, ils correspondaient à une position sociale !) et des bribes qu’il détenait alors pour les amplifier démesurément et en faire un statut : le patriarcat. On voit donc, par cette simple explication que la reconquête de la femme d’un statut social égal est d’ordre sexuel, une position sexuelle de la femme, non plus comme dépendante de l’homme (qui détient ici et maintenant la plus grande majorité des pouvoirs : sexuels, sociaux, affectifs, commerciaux, pollueurs, dévastateurs, etc.) qui, loin d’être séparée de l’homme ou même d’en être la complémentarité, puisse en afficher LIBREMENT l’expression. Bien sûr, cela ne va pas se passer comme d’un claquement de doigt, il va falloir du temps, mais cela peut se faire en deux générations, le temps qu’il a fallu à Moïse pour que l’ancien état d’esclavage de son peuple soit oublié dans les pérégrinations d’un désert.

Ainsi, dans le contexte patriarcal, le nôtre, la seule manière dont la femme aujourd’hui  peut socialement exprimer sa légitime faim sexuelle, qui correspond à celle de sa rencontre avec l’homme, est, même fictive, la prostitution ; autrement dit, le patriarcat n’envisage la sexualité féminine que de manière dégradée. Lorsqu’on visionne des films qui sont essentiellement peuplés d’actions d’hommes (bruyant, désastreux, catastrophiques, pollueurs, avilissants, etc.), la femme fait toujours figure de filtre dans un bar ou autre bordel, qui n’est, réellement, que la seule manière dont le patriarcat lui permet de pouvoir profiter de SA faim sexuelle et selon les préceptes de l’homme, les manières brutales de l’homme. La sexualité de la femme dans le patriarcat est une sexualité qu’il dégrade pour la rendre à sa botte. L’homme ne s’exprime que par le pouvoir, le pouvoir sur quelque chose, je veux dire sur les êtres qu’il a réduit à l’état de choses, d’objets : un soldat, une femme, un fusil, le bouton d’une catastrophe ; et la femme est sans fin accessoire, à la limite de la rédemptrice ou de l’excitatrice du mal du mâle et dans ce dernier cas, elle n’a droit qu’à la mort. Le partage de l’excitation de la vie à des fins de plaisir n’existe pas dans le patriarcat.

Le patriarcat adule la violence musculaire (dont l’arme est le prolongement) et manifeste cette base structurale comme fondement des relations sociales, intellectuelles et amoureuses. Pour le patriarcat, la violence masculine est la seule expression sociale et affective possible et cela se détecte à tous les niveaux de nos relations, absolument tous.

Le problème actuel est la violence masculine envers la femme et son expressivité sexuelle spécifique : l’homme a peur de la femme, une peur viscérale, scrotomique : le péristaltisme de ses bourses n’est plus perçu que comme violence sous l’emprise d’une violence. C’est l’ERREUR, car l’homme ne s’exprime plus que par cette violence, sinon il est autrement mort, socialement, c’est-à-dire au regard des autres. C’est l’erreur de Dieu ! car la violence devient le pouvoir exclusif.

L’esprit « nazillon » est tout simplement de s’en prendre à tout ce qui n’est pas eux et qu’ils refusent d’admettre : « noir », « femme », « gay », « libre », « communiste », etc. Et comme ce sont des gourdins, ils ne savent que sodomiser tout en refusant ceci qui leur parait abject : ils sont pris dans un piège où le besoin de satisfaction sexuel ne peut plus s’exprimer que par ce qu’ils abhorrent et ne s’y adonnent plus que par la torture qui les torture, sur autrui. On retrouve cette structure chez tous les dictateurs et surtout chez tous leurs sbires qui sont leur fondement social. La femme a un vagin dont on ne peut se résoudre qu’à s’y perdre, aussi le réduit-on à la procréation pour l’oublier. Reste alors l’anus dont on sait qu’il est la retenue de tout dont les riches ont le fondement pour soustraire aux autres (le salaire est le résultat de la retenue de la plus-value ; la prison n’est-elle pas la pire des retenue ?), ce dont ces riches n’ont pas expressément besoin et réduisent tout en argent, l’affectivité comme la sexualité comme la socialité. Ils cultivent l’art de la diversion à l’intention des masses, car ils ne peuvent faire autrement à leur propre égard quant à leur pauvreté humaine. C’est le patriarcat.

La culture du patriarcat se cache derrière celle du héros qui ne finalise que l’incapacité du peuple à résoudre collectivement ses problèmes. Elle exsude de toutes les œuvres de ce monde, absolument toutes. Toutes convergent vers ce point central qu’il n’est pas possible de jouir de la vie sans violence sur autrui et que la vie est un impondérable déchet dont le monde, notre planète, bien que caché derrière des images chatoyantes aux fausses couleurs, est devenu la poubelle la plus moche.

J’admets que mon emploi de l’enfantillage est une provocation et cette provocation un enfantillage. Je remarque qu’on me reproche ce qui est pourtant un comportement des plus courants. L’analité est un enfantillage, c’est un stade de découverte de la vie, normalement assez bref, où cette société oblige à stagner, interdisant toute autre conquête de la vie, l’accès à la maturité sexuelle, ce que les psychanalystes vraiment branchés sur la maladie psychoaffective dans son questionnement biologique du début du XXe siècle appelaient alors pudiquement (pour rester dans les clous du judéo-christianisme régnant) : la génitalité, bien que ce terme inclus implicitement la reproduction.

Il y a déjà plusieurs années que j’ai découvert ce grand gag de l’histoire humaine, le grand gag du patriarcat : la confusion, dans le rapprochement sexuel, du plaisir d’avec la reproduction de l’espèce ; le gag le moins désopilant qui puisse exister. Il n’y a jamais eu, chez l’humain (encore que cela soit aussi remarquable chez tous les primates à partir des lémuriens dont la sexualité s’est séparée du rut, d’une saisonnalité) sinon que pour le patriarcat, de confusion dans le rapprochement sexué entre le plaisir et la reproduction, jamais : s’il y a un jour conjonction, c’est d’abord pour le plaisir, pas pour la reproduction. Cela, chacun le sait, mais hésite à le formuler, de sorte que cela oriente aussi ses réticences à pratiquer à perte ce rapprochement sexué. J’ai même traduit l’unique livre qui manquait à la langue française pour démontrer qu’il n’y a, lorsque la sexualité de la femme est LIBRE, aucune relation de cause à effet entre le coït et la reproduction de l’espèce (d’après les observations de Bronislav Malinowski chez un peuple où de telles conditions existaient – et je l’ai trouvé aussi ailleurs !) : le coït sert essentiellement au plaisir et rien d’autre. Le patriarcat n’est pas du tout d’accord avec cela, le montre et l’accentue dans sa répression dite « sexuelle »… ce qui implique beaucoup de malheurs.

Lorsque je dis que le patriarcat commence par l’esclavage de la femme (duquel découle toutes les autres malversations sur autrui), c’est que le patriarcat n’aime pas la femme libre, je veux dire dont la sexualité s’exprime selon ses goûts à elle, et non pas selon ses goûts à lui. Ainsi, l’esclavage de la femme par le patriarcat commence-t-il par celui de la sexualité de la femme auquel il impose l’objet de la reproduction, quitte à user de la sodomie de temps à autre. Du fait qu’il est en contradiction avec sa propre nature qui est d’amour pour la femme, je veux dire la perte de soi dans son amour pour elle, cette contradiction ne peut s’exprimer que par la violence, sinon elle se désagrège dans la douceur, ce qui va à l’encontre de son précepte : dominer, je veux dire « écraser autrui » de sa volonté de chef, le moyen n’étant finalement qu’une expressivité culturelle singulière de ce marasme affectif.

L’erreur princeps du mâle patriarcal est la violence à l’égard de l’objet aimé. Bon, bien sûr, je résume, mais la femme arrive toujours à recevoir la tarte qui frappe, pour une raison sociale, alors qu’il ne s’agit que de l’insatisfaction de l’expression de la maturité sexuelle inaccomplie, inassouvie. Dans le patriarcat, le mâle ne peut ressentir d’assouvissement sous peine de perdre son pouvoir de mâle. Il est plus qu’indispensable (ce dont on ne peut pas se dispenser de penser), nécessaire de ne pas être assouvi sous peine de perdre, de lâcher, sa retenue, cette retenue qui fait votre pouvoir, qu’importe le moyen : l’argent étant un pivot éminent. J’ai remarqué que, que ce soit dans la prostitution où les femmes sont véritablement maltraitées, dans le royaume de la « drogue », de la musique ou du plus petit ménage, il s’agit d’abord et essentiellement de maitriser la femme, de l’avoir en son pouvoir, etc. sans penser un instant que cette femme ne peut qu’utiliser aux fins qu’on lui laisse de plaisir, ces espaces restrictifs, dont elle doit et ne peut que trouver son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de cette vie sombre et pleine de poisons.

J’ai été amusé d’entendre qu’une société de babouins dont les mâles « alfa » avaient été décimés par une maladie, avait adopté un comportement totalement opposé du fait de l’absence d’agressivité, donnant en conclusion et durablement, une société pacifique et pacifiste. Chez l’humain, le problème est que l’agressivité désensibilise la vulve et ferme le vagin des femmes : leur désir d’accueil est réduit à la peur. En gros, on pourrait dire que le mâle est pour donner et que la femme reçoit – cela étant dans un schéma de plaisir orgastique, off course, de satisfaction mutuelle, encore que bien souvent peu identique. La difficulté que nous laisse le patriarcat de pouvoir (de loin, car j’aime la liberté qui ne peut être restrictive) préciser la relation mature de l’homme (le problème c’est lui) et de la femme, réside dans l’imprécision qu’on pourrait donner à une satisfaction obtenue en dehors de ses préceptes : par pudeur, je ne puis que rester dans le vague, car ce qui ne me regarde pas, je ne puis le regarder. M’enfin, je parle bien de satisfaction mutuelle, c’est là le centre de mon propos en pensant que ce serait aussi là la désagrégation de ce satané patriarcat. Mais peut-être présomptué-je de mes rêves ?

La culture que le patriarcat affectionne de nous montrer est celle du mâle l’emportant sur des machines. Ces machines sont pourtant le fruit du patriarcat : l’humanité a existé avant le patriarcat et ses déterminations objectales, jusque l’araire. Le moteur à explosion tout récent, généralement à quatre temps, figure l’omniprésence de sa domination sur l’espace sonore et le temps vécu. On retrouve dans la bagnole l’expression de sa puissance musculaire qui ne demande qu’à se développer, jouant des brillances, des reflets, de l’étroitesse du bassin, du bruit vrombissant et résonnant du pet. La femme, selon l’espace laissé, est alors adorante : il peut. Mais que peut-il ? Tout est en substance sous-entendu, laissé à l’imaginaire du spectateur qui lui, en désirerait autant qu’il n’en peut pas et en voudrait pourtant être. La partie est d’image, celle de la domination d’autrui qui vous en donne pour ce que vous êtes loin d’en être, ne serait-ce que sur votre fiche de paye, ou la capacité que vous détenez de jouir à votre aise du temps qu’il vous est donné à vivre, hors d’un syndicat. Être doux, attentif, affectueux, est de l’ordre du rêve marital qui induit la reproduction de l’espèce : tout est faussé par cette tare patriarcale. On ne se rapproche sexuellement que pour avoir du plaisir l’un de l’autre, ne serait que fugacessement. Le véritable problème de la violence masculine ne laisse aucune ouverture : il est indispensable que l’homme cesse d’être un gourdin qui se la veut dans la violence : la vie ne se couche pas comme un torrent, mais comme une eau qui coule selon les rochers qu’elle rencontre. La violence masculine comme fait mâle, doit se résorber dans l’attention, ne serait-ce que conviviale, mais surtout commune avec le ressenti qu’on éprouve pour sa compagne. En fait, le mâle est la force de l’adaptation qui mène au plaisir. Qu’il se le tienne pour dit et s’y tienne.

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4 réflexions au sujet de « Chaque jour que je passe de ma vie, je le soustrais de la pérennité du patriarcat »

  1. Ce texte décrit très bien le patriarcat importé, celui qui structure, sous prétexte de religion, [N1] les populations déportées dans nos régions pour satisfaire la constante demande de main-d’œuvre gratuite faite par le capitalisme, [N2] ainsi que celui qui caractérise la culture de ceux qu’on nomme de nos jours les « gens du voyage » ( ce qui ne veut rien dire – on parle ici des « Roms » ou « Gitans »).
    Il rend aussi bien compte du rôle de l’analité comme base énergétique de la structure caractérielle narcissique indispensable au maintien du Système. L’analité ayant en outre l’importante fonction de déprécier, sous prétexte d’Égalité, le rôle central de l’étreinte génitale naturelle, seule capable de rendre l’individu réellement autonome (« adulte ») et apte à établir des relations sociales basées sur le don et la réciprocité .
    J’aurais donc, voici à peine cinq ans, approuvé et diffusé ce texte sans la moindre retenue.
    Seulement, la Terre bouge.
    Et la vérité du Système qui domine l’Humanité dans son ensemble apparaît de plus en plus au grand jour.
    Voici donc quelques remarques en vue, je l’espère, d’un débat plus approfondi.

    1-La vision patriarcale de l’émergence du patriarcat

    Cette vision-là affirme que la prise de conscience par l’homme-mâle de son rôle dans la reproduction serait à l’origine du patriarcat.
    Ceci est une énorme sottise, qui tient lieu depuis des lustres de dogme central dans toute description un peu critique du patriarcat, et qui, en dernière analyse, se base uniquement sur une conception morale implicite : l’homme-mâle est, par essence, dominateur.
    D’où les absurdités actuelles proférées par le féminisme bourgeois (ou bobo, si on préfère ) dont l’extrémisme fait de la nature masculine la source ultime de toute oppression.
    On est là en pleine métaphysique, ce qui est grandiose pour des gens qui la plupart du temps se déclarent révulsés par toute forme de spiritualité.
    Ce dogme est, en même temps, une insulte raciste à l’égard de toutes les cultures humaines qui ont précédé la fin du Néolithique. Comment expliquer en effet qui des gens qui vécurent immergés dans la Nature pendant des centaines de siècles et qui se transmettaient, de génération en génération, leur culture basée sur l’observation du Monde, aient pu passer à côté du fait pourtant évident que certaines unions, animales ou humaines, étaient porteuses de fruit.
    C’est inimaginable et ça en dit long sur la manière dont la Modernité considère ce qui l’a précédé.

    2-Patriarcat, le père de toutes les privatisations.

    L’essence du patriarcat, c’est la privatisation du plaisir sexuel au profit d’une oligarchie, d’abord guerrière et conquérante, qui s’est imposée à la force de l’épée ( Rian Eisler, Le Calice et l’Épée ).
    Ce processus, même si le patriarcat moderne est essentiellement différent, se poursuit au profit des « élites » de l’argent et de la culture.
    Notre société, jadis « matriarcale », [N 3] est devenue patriarcale par conquête, et il s’agit, dans notre coin de monde, d’une triple conquête : les armées de Rome, le catholicisme papal, et les Francs convertis, qui devinrent la classe dominante de la Gaule désormais soumise.
    ( Il faut ici insister sur la manière dont l’Église romaine a évincé le christianisme celtique, originaire d’Irlande, nettement moins patriarcal dans sa structure et à l’origine de la christianisation de nos contrées )
    Mais, à mon humble avis, le patriarcat ne s’est définitivement imposé dans nos régions qu’avec la destruction des sociétés rurales traditionnelles, où subsistait encore le communautarisme égalitaire d’origine matriarcale, par le capitalisme projeté en avant-plan par la Révolution française.

    3-Le nouveau patriarcat, ses œuvres et ses pompes

    C’est le gros morceau, bien sûr, et la question devra être approfondie.
    Ma prise de conscience, là, fut initiée par le choc de la réaction populaire au « mariage pour tous ». [N 4]
    Réaction populaire qui ne fut jamais qualifiée autrement que par anathèmes et qu’il serait pourtant utile d’analyser en son tréfonds historique et culturel, gaulois dans l’âme.
    Et qui m’a poussé à m’interroger en profondeur sur ce qui se passait.
    La question centrale étant celle-ci : « Pourquoi le patriarcat, dont le mariage constitue l’institution centrale, s’attaque-t-il ainsi à cette institution ? «
    La réponse toute simple qui s’est imposée peu à peu est celle-ci : il n’a plus besoin des femmes.
    Elles ne sont plus nécessaires pour assurer sa reproduction, le patriarcat et le capitalisme formant désormais une seule Entité, le Système, qui prétend pouvoir désormais se passer totalement des racines naturelles de l’humanité. Celle-ci sont désormais l’objet principal des anathèmes de l’oligarchie bien-pensante, Soros et Clinton en tête, et de tous ceux qui sont psychologiquement soumis au discours affectiviste des médias de masse.
    Désormais, les femmes se doivent de devenir des hommes comme les autres, et toute référence à la féminité, à des valeurs féminines, ou à une nature féminine différente et complémentaire à la nature masculine est considérée, dans le meilleur des cas, comme une résurgence ringarde d’un passé obscurantiste et, dans le pire, comme un retour de la bien connue Bête Immonde.
    La reproduction étant assurée, en attendant la radieuse venue du transhumanisme qui engendrera le Surhomme-cyborg immortel et asexué, par l’insémination artificielle des femmes de pays pauvres et la déportation massive de main d’œuvre gratuite dont les conditions d’existence seront détruites par de nouvelles guerres humanitaires.
    Le patriarcat n’est pas moribond, il s’est simplement adapté à de nouvelles conditions matérielles. Et ce, sous les bannières du Progrès, de l’Égalité, de la Diversité, et du Féminisme.

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    Note 1 : On devrait d’ailleurs, une fois pour toutes, établir une nette distinction entre spiritualité et patriarcat. Le voile, la burqa, et tout ce folklore morbide auquel sont astreintes les femmes musulmanes, n’ont rien à voir avec quelle spiritualité que ce soit et tout à voir avec la gynophobie hystérique du patriarcat.

    Note 2 : on peut se demander, en passant, si l’opposition à l’immigration tant décriée par les « antifas » de service, ne provient pas d’abord d’un refus plus ou moins conscient de ce patriarcat importé qu’on impose de force aux gens ordinaires.

    Note 3: R. Eisler parle de gylanisme, c.-à-d. d’une société ou aucun sexe ne domine l’autre. C’est important parce que pour beaucoup, de nos jours, le matriarcat ne serait que l’inverse du patriarcat, alors qu’il s’agit d’une structure sociale totalement différente.

    Note 4 : Dit par ailleurs « mariage gay ». Pourquoi « gay » ? Sinon par une tentative orwellienne de créer une réalité par la privatisation d’un mot du langage commun. Que devient le gai savoir ? Un savoir gay ? Dans le même registre, on note aussi les efforts méritoires de la caste culturo-progressiste pour imposer, dans notre langue commune, un genre neutre que les langues latines ont abandonné il y a près d’une vingtaine de siècles, au moyen de locutions tels que « les travaill-eu-r-s-es insoumis-e-s « , dont le seul effet est de rendre illisible et rébarbatif tout texte à prétention « progressiste ».

    • La relation entre le coït et la reproduction de l’espèce est toute récente, 7 mille ans max. Les Grecs affirmaient encore il y a 8 ou 12 siècles avant JC, que les juments étaient fécondée en mettant leur croupe face au vent ; et, dans leurs légendes, combien de femmes n’ont-elles pas été engrossées par des fleuves, mers et autres ruisseaux ?

      Je vois que je ne me suis pas bien exprimé : le problème du capitalisme est qu’il cache le patriarcat. Il y a deux problèmes : le capitalisme et le fait qu’il cache le patriarcat. Le patriarcat est une organisation sociale dont le capitalisme est le dernier avatar. L’organisation sociale du patriarcat consiste en la domination de l’homme sur la femme : il se manifeste initialement par la mise en esclavage de la femme, esclavage à partir duquel tous les autres esclavages existent. Il n’y aurait pas eu « d’exploitation de l’homme par l’homme » s’il n’y avait INITIALEMENT l’esclavage de la femme. C’est ainsi qu’on peut d’ailleurs dire que « l’homme est un bourin pour l’homme, un loup pour la femme et un tigre pour l’enfant ».

      Les « populations déportées » sont porteuses, elles aussi, du patriarcat : leur organisation sociale se manifeste par le patriarcat. Qu’elles soient déportées, martyrisées, brutalisées, etc. Ici, bien que je compatisse à la souffrance d’autrui, il ne s’agit pas de cela, puisque l’esclavage est l’essence même du patriarcat : la seule difficulté qu’il éprouve dans la matérialisation de ce but, c’est la forme de l’esclavage : esclavage de la femme, partout, mais aussi de peuples, salariat, auto-salariat, plus-value, argent virtuel, etc. L’intérêt de mon texte est de mettre dans un même sac, les exactions du patriarcat, ET de souligner que la première de ces exactions, est la mise sous tutelle de la femme par l’homme. Ce n’est PAS DU TOUT donner de l’eau au moulin des féministes, car le féminisme n’est qu’une émanation du patriarcat parmi bien d’autres ! Comme les syndicats, les juges, les prêtres, les avocats, etc. Certes avec des FONCTIONS différentes, dont l’une serait de le cacher, de cacher l’existence même du patriarcat et de son organisation sociale.

      Par contre, je suis content que la relation entre l’analité et l’esclavagisme ait transparu dans mon texte. Ce qui mènerait à penser que la solution est de passer du stade anal au stade mature de la société, de la civilisation… et on en est loin, loin de loin… Car, malheureusement, ce qui n’a pas transpiré, c’est que l’analité c’est la retenue et que nous vivons dans un monde de mesquinerie extrême, dont le capitalisme est l’expression actuelle. De sorte que les analyses des personnes qui ont comparé l’économie des sociétés « à filiation matrilinéaire » (et non pas « matriarcale), ne les ont comprises que dans le cadre de cette mesquinerie, une sorte de capitalisme à l’envers, tout comme on oppose un « matriarcat » au patriarcat. Le matriarcat n’a pas existé, puisqu’il ne s’agissait pas de la domination d’un sexe sur un autre, mais d’une relation sociale sexuellement basée sur l’ignorance de la relation entre le coït et la reproduction de l’espèce. Car, de fait, la domination patriarcale est une domination sexuelle – qui plus est : sans satisfaction liée à l’orgasme, qui sépare de l’orgasme pair –, d’un sexe sur l’autre par une organisation sociale qui porte son nom. Les religions du Livre en sont autant d’exemples.

      Effectivement, on peut se demander : « Pourquoi une telle constatation mène à une telle bêtise ? » Je n’ai pas encore de réponse, sinon que de constater qu’un jour, un homme ou une femme s’est retenu et a trouver dans cet acte un moyen de domination d’autrui, domination qui s’est ensuite reportée sur la femme, sans doute. Cela implique que la femme a besoin de l’homme pour jouir de la vie, et je trouve très amusant que cela fasse grincer autant de dents !

      Il nous faut refaire le monde pour le remettre à l’endroit. La base de mon texte est d’affirmer que, quand bien même le capitalisme s’écroulerait, le patriarcat trouverait encore une autre organisation sociale pour perdurer, pour se commuer en une autre forme de domination de la femme par l’homme… je veux dire, de l’esclavage : salariat, servitude moyenâgeuse, esclave proprement, traite des Noirs, etc., cet étrange objet qu’est l’argent ! Et que le centre économique de cette organisation est l’analité, la mesquinerie, la retenue : sexuelle, économique, affective, sociale. D’ailleurs, ce que va penser le patriarcat de l’absence de retenue correspondra à ce qu’il pense, lui, de son inverse dans le « matriarcat » : l’absence de retenue n’est pas un lupanar, mais une disposition affective devenue sociale.

      Ainsi, ce n’est pas la nature masculine de l’homme qui pose problème MAIS CE QU’IL EN FAIT, ce n’est pas l’arme qui importe mais qui la tient. Que les féministes trouvent un prétexte à dire que le mâle est dominant par excellence, ne montre que leur haine pour le SEXE de l’homme, car il leur est indispensable pour un équilibre amoureux, dont elles ne veulent pas. Moi, qui suis un homme, je ne domine rien ; par contre, je peux être très doux, tendre, avenant, etc. et même sexuellement ! Les féministes ne font que rendre plus confus la confusion du patriarcat : elles, elles voudraient volontiers dominer l’homme, on dira… pour avoir le plaisir de le castrer à loisir. Les féministes revanchardes sont une forme de patriarcat : pas d’entente possible entre les deux sexes, quitte à en inventer d’autres.

      Mais il apparait aussi que je n’ai pas bien expliqué cette vue du patriarcat sur « le don et la réciprocité » par mon exemple du pécheur et du jardinier, qui relate une relation sociale véridique, réellement vécue : il n’y a pas de don et de recherche de réciprocité dans une société vivant hors du patriarcat. ÇA c’est la différence entre le « matriarcat » imaginaire et le patriarcat. Là où apparait ce « don et la réciprocité » commence la société patriarcale, caractérisée par la mesquinerie, la retenue ! Ce que j’ai cherché à montrer dans cette relation entre le pécheur et le jardinier, c’est qu’il n’a a pas de réciprocité, ni de don (qui sont des relations quantitatives), mais une relation amicale, qualitative, tournée autour de l’objet dont il s’occupent chacun selon ses compétences et dont ils ont chacun le plaisir de diviser ; dans ce cas, lorsqu’on parle de « générosité » on n’en parle pas du point de vue quantitatif, mais qualitatif, sans recours à une quantité. La recherche de la « valeur » d’un objet par l’intermédiaire d’une autre objet (quelqu’il soit :cauri, mana, argent, etc.) est le commencement du calcul d’une recherche de réciprocité, c’est-à-dire, l’immixtion de la mesquinerie dans les relations humaines. Tout comme le patriarcat, il fallait que nous en passions par là, indubitablement… mais peut-être que si nous désirons en finir avec la pollution, la bière dégueulasse, etc. il faudrait en finir avec la travail, c’est-à-dire le patriarcat.

      Le patriarcat aura toujours besoin des femmes et plus elles participeront à son organisation, et mieux il se cachera. Des femmes hyper-riches ? Qu’en avons-nous à faire ? Elles ne font que commuer la mesquinerie ambiante : elles nous montrent qu’elle ont pigé de quoi retourne le patriarcat et s’y sont adonné avec ferveur, sinon plaisir. L’objet du patriarcat, par contre, sera d’avoir le plus d’objets possibles, et « humains » obéissants d’autant mieux. Le cyborg transhumaniste est une caricature de ses possibles.

      J’aurais voulu démontrer que le spectacle de son existence est la manière même de se cacher du patriarcat et que tant qu’ils séparera les sexes de leur propres possibles de jouir de la vie sans mesquinerie, il perdurera à travers la valeur des objets, car l’objet même du désir se retrouvera dans la femme, en tant qu’objet du désir. Tautologie parfaite, non ?

  2. Je ne ferai pas de long commentaires sur ce thème. Je suis plutôt d’accord avec une bonne partie de ce texte. Le problème…et bien je vais quand-même le dire : je le trouve assez grandement narcissique. Écrivant moi-même (mais c’est une autre histoire), je suis assez sensible à ce genre de tonalité. le discours gagnerait parfois à plus d' »aération ». Mais ce n’est qu’un sentiment personnel, je passe donc à l’essentiel du sujet.

    Il me semble qu’il y a un certain nombre de confusions quant à la tarte à la crème de la « Découverte du rôle du coït dans la reproduction ». Je mets en D majuscule car il s’agit d’un dogme du Système – à vrai dire le plus dangereux car il est insidieux et particulièrement habile – chose rare chez cet ensemble mondial que je peux nommer « Système ». Je ne te fais absolument pas grief d’y être tombé. C’est malheureusement la thèse développée depuis le début du XXème siècle, Y COMPRIS, chose plus regrettable encore, par des pionnier(e)s du féminisme et de la dénonciation du patriarcat (Viviane Reed et dans une moindre mesure Riane Esler). Preuve que les serpents de mer ont la vie dure.

    Je t’invite sincèrement à compulser quelques autres ouvrages. Car si sans doute 95% (au bas mot) des écrits portent cette thèse, quelques rares (et prestigieux) scientifiques ont découvert – et transmis, une autre ECRITURE de l’histoire humaine.

    Car non, il n’y a pas qu’une version.

    Juste deux ou trois mots sur cela :

    L’ouvrage que tu cites a été rédigé par Bronislaw Malinowski. Il est vrai qu’au travers de ses études de la culture trobriandaise et de l’observation participative », il a réfuté nombre de préjugés de la caste anthropologique de son époque (Mauss et le grand maître Freud).
    Mais il était loin de disposer de tous les éléments…
    D’autres scientifiques donc ont donné plus récemment un autre éclairage : Marija Gimbutas et Vicky Noble notamment. Je t’invite à lire leurs ouvrages. Sincèrement.

    Ces lectures donnent de l’histoire humaine une toute autre perspective.

    Elles nous montrent que les mythes dont tu parles (Eole ou les fleuves fécondateurs), comme tous les mythes, sont des allégories. Et que ce messages codés doivent être décryptés avec beaucoup de précautions. (Mircéa Eliade a longuement traité ces points dans son livre sur les mythes). Je me permets d’ailleurs de te faire remarquer que lesdits mythes grecs perduraient à une époque et dans une culture où le patriarcat était le plus dur, et où bien entendu il était IMPENSABLE pour ces grands éleveurs et découvreurs de continents d’imaginer que le vent debout puisse engrosser un quadrupède !!!
    Il y a là une antinomie à mon avis rédhibitoire. Il faut donc chercher ailleurs..;

    Dans les civilisations premières par exemple. Au hasard, les légendes Ifuago, minangkabo ou trobriandaise – celle étudiée par Malinowski). Elles parlent d’une première femme, supposée déesse, qui a des rapports avec son frère et naît de cette union Kihai, avec qui elle s »accouple pour donner naissance aux premiers humains. Il y a des centaines d’exemple, des cinq continents.

    Mais où veux-je en venir ?

    Au fait fondamental que l’attribution par le Système mondial -patriarcal en effet par nature, du rôle de brute ontologique à l’homme est sa plus parfaite – et son ultime, manipulation.
    En gros cela donne ceci : « Tu es un homme. Tu as été berné pendant des millénaires par le Grand mensonge de la femme fécondatrice et donneuse de vie. Maintenant que tu as découvert la Vérité, tu peux enfin t’exprimer : exprimer ce que tu es vraiment : un Dominateur, un Guerrier, un Tueur et un Conquérant. C’est dans tes gênes. C’est ton Destin. Voilà ce que tu es vraiment. Sois-le. Assumes-toi »…

    Tu vois où je veux en venir ?

    Le Système mondial est par essence fataliste. Il te répète en boucle ce discours que tu dois bien connaitre : « C’est ainsi, c’est le monde tel qu’il est. Cela ne changera pas. Il faut oublier les chimères et faire AVEC.. » Cela nous prépare à la prochaine étape : le transsexualisme, lui-même cheval de Troie du transhumanisme – l’homme robot « Ainsi, tu seras débarrassé de ton atavisme meurtrier, de ton insupportable instinct de domination ». Je sais, c’est monstrueux et machiavélique. Mais cela s’inscrit dans une doctrine née avec justement le patriarcat et Google y travaille déjà assidûment.

    Pardon, mais le patriarcat n’est pas né en Mésopotamie, mais dans les plaines de l’Oural – voire plus loin dans l’est, c’est source discussions. Le premier peuple identifié porteur de cette culture idéologique par nature et destructrice par finalité est celui des Kourganes.

    Ils ont détruit en trois millénaires les peuples matristiques ( et d’éleveurs au passage) au bassin méditerranéen. Les femmes ont été violées, les hommes déportés et réduits en esclavage. Eux n’étaient pas des brutes. C’étaient des hommes conscients de leur rôle propre dans le cycle de la vie. Ces hommes Naturels ont été anéantis par d’autres hommes. Par les ancêtres de nos patriarches, banquiers et autres généraux modernes.

    pour finir, le principal aspect de la question est occulté : TOUTES ces cultures originelles transmettaient une tradition continue depuis le Paléolithique ancien (- 100 000 av JC). Une tradition de nature chamanique.

    C’est aussi pour cela que comme tu l’as fort justement dit, l' »homme » moderne a une peur viscérale de la femme. Mais cela aussi est une autre histoire.

    Si tu veux voir le monde se recomposer va vers les auteurs que je t’ai cités. La connaissance a parfois un prix. Et dans tous les cas celui de nos illusions.

    Amicalement

    • Merci Jean-Luc pour tes remarques.

      Je m’excuse pour cet aspect narcissique qui transparaît dans ma manière d’énoncer mes idées, mais le sujet n’est pas si facile et j’avoue que je cherche encore les moyens pédagogiques pour parvenir à les exprimer le plus universellement possible.

      Sincèrement, la découverte ou non de la relation entre le coït et la reproduction de l’espèce, à moins d’une référence historique, a peu d’importance dans ce que je veux dire, et puis j’aime les tartes à la crème. Si j’ai pris l’hypothèse de l’ignorance de la relation du coït et de la reproduction sexuelle, ce n’est certainement pas pour donner raison à l’homme de dominer la femme, mais pour donner une raison pour laquelle l’homme domine la femme. Qu’elle soit fausse, peut me chaut, l’important est cette domination : le patriarcat et son avatar présent, le capitalisme.

      Mon propos est un point plus central : l’emprise actuelle de patriarcat, à travers son avatar moderne qu’est le capitalisme, la forme moderne qu’il a adoptée face à tous les refus opposés à son existence. Selon moi, si le capitalisme (ou bien plus généralement, le fait que *l’homme est un bourrin pour l’homme, un loup pour la femme et un tigre pour l’enfant*, et ce depuis environ 7 mille ans, date de la première légende retrouvée relatant la relation du coït et de la reproduction chez l’ensemble des mammifères en Mésopotamie, avant les Kourganes, ce me semble), si le capitalisme perdure toujours en trouvant sans fin une nouvelle forme, malgré ses désagréments, ses problèmes sociaux, affectifs et sexuels, sa folie, c’est précisément parce qu’il cache derrière son petit doigt le patriarcat, et que CE patriarcat n’est jamais touché en son centre : la sexualité, c’est-à-dire l’esclavage de la femme par l’homme, esclavage qui est l’initial de tout esclavage.

      Les différentes sociétés dont on parle avant l’avenue du patriarcat, ne montrent pas cette domination d’un sexe (même femelle) sur l’autre. C’est cela qui le définit. Et ce *cela* est bien caché, car il se situe dans la morale du temps qui nous permet de l’accepter, ou plutôt, de ne pas le remettre en cause, dans notre manière de penser. Ma thèse est que, dès lors qu’a été affectivement accepté l’esclavage de la femme, tous les esclaves ont été permis, sous toutes les formes. Et la forme actuelle, qui a l’objet *argent* comme point d’appui (et comme bras de levier la misère) se justifie par l’affectivité de la valeur sur les objets, femme comprise.

      Les féministes parlent d’un *système d’oppression des hommes sur les femmes* : elles évitent ainsi de se définir comme des esclaves. Et que fait-on des esclaves femelles ? l’homme les exploitent sexuellement en forme et en fond. Pour exploiter sexuellement une femme, il faut lui ôter toute possibilité de refus à ce qui pourtant lui est indispensable pour jouir de la vie, aussi bien sexuellement. Mais que retire l’homme d’une telle violente disposition sexuelle ? Certainement pas la générosité sexuelle, c’est-à-dire l’orgasme (à moins de donner à ce mot ce qu’en montre la télévision) pair. La générosité est ce qui ne se compte pas entre les amis. Et une esclave n’a pas le statut moral de se refuser à une telle relation SOCIALE. Car son exploitation sexuelle, est une exploitation sociale.

      La première femme qui est sortie de la grotte chez les Trobriandais, a été suivie de son « frère » en ce sens où c’est la terre-mère qui leur a donné naissance, et ils ne sont PAS accoupler pour donner naissance à une progéniture. La fille est entrée dans l’eau pour recevoir l’âme de la terre-mère. Sans être véritablement parents, c’est-à-dire issu de la matrice et de la vulve d’une même femme, il leur est interdit de copuler dans une même lignée… matrilinéaire. Dans d’autres légendes où ils se sont accouplés pour donner naissance à l’humanité (la leur, bien sûr), cet inceste est précisément l’immixtion du patriarcat comme arrangement à ce mystère de la non-relation entre l’accouplement et les naissances. C’est une explication patriarcale, car cela n’a aucune importance dans la filiation matrilinéaire (et son explication du monde) ; cela vient même perturber cette filiation, jusqu’à ce que ce patriarcat vienne prendre ses prérogatives. C’est comme la légende d’Ève et d’Adam : comment penser sinon qu’idiotement, qu’il n’y avait que ces deux êtres-là au monde ? Faut être curé pour le croire, non ? Mais il est indispensable de le croire pour croire le reste ! Et ce fondement sert de croyance, est la base du patriarcat : l’humain isolé de tous, comme par la marchandise.

      Il ne faut pas oublier que la découverte du zygote est contemporaine de Freud et de Marx : avant, le spermatozoïde était un petit être qui trouvait dans la matrice la possibilité de croitre… et de qui vient le spermatozoïde ? C’est une explication du monde patriarcale, admise par tous durant des milliers d’années. Cette morale justifiait l’emprise de l’homme sur la femme, car ce n’est pas elle qui donne la vie, mais l’homme qui en est l’initial, le « patriarche ». C’est une domination sexuelle et c’est resté sans remarque notable, jusqu’à l’avènement du microscope qui a permis de visionner la fusion des gamètes qui aboutit à l’œuf, au zygote. Cette concomitance des découvertes entre la sexualité enfantine et ses expressions et son évolution, l’absurdité de l’organisation de l’activité humaine autour du comptage du temps et l’imbécile prétention du patriarche est amusante : tout s’écroule à la fois… et pourtant, tout est encore debout !

      Mais la situation sociale de la femme a énormément évolué depuis un demi siècle et il faut accélérer le mouvement pour que nous ne soyons finalement pas submergés par la destruction du patriarcat sous la forme moderne du capitalisme.Le transhumanisme (rendre minéral ce qui est organique pour lui ôter toute émotion) est un espoir de gain du patriarcat dans son renouvellement. Créer des êtres asexués, ou plutôt, désexués, est un projet du patriarcat : il pourra toujours SE renouveler, dans ce cas, par l’intermédiaire de la technologie à laquelle il a donné naissance. Car il sait bien, lui qui n’en peut pas sinon que par le viol, que d’avoir un sexe, c’est avoir du désir et que le désir est toujours un désir de plaisir au mieux par pair, entre égaux, entre amis car c’est l’endroit où le mieux on peut exprimer sa générosité, ce « don de soi ». Le patriarcat est presqu’arrivé à faire reporter ce désir sur l’objet, en objectivant jusque la femme pour en faire une marchandise désirable, une marchandise spectaculaire !

      L’ensemble des expressions culturelles (films, chansons, publicités, politiques, BD, etc.) ne parle que le langage du patriarcat, et sous des variantes qui l’adulent. J’ai lu en anglais chez des gens pourtant axés sur la suppression du patriarcat comme domination de la sexualité, à propos des Trobriandais que « There is some evidence that in the latter years of childhood the play may extend to the introduction of the penis into the vagina. »… sans évoquer un instant l’attirance du vagin à recevoir le pénis, comme si la faim de satisfaction sexuelle paire n’était que de la seule prérogative masculine ! C’est cela qui doit être changé, absolument.

      Lorsqu’est montrée une femme indépendante, elle se comporte comme un homme dans une société patriarcale. Les films qui parlent de l’amitié (ou de l’amour, mais là la femme est sujette à son propre esclavage, selon cette morale) se comptent sur les doigts d’une main, quand ils n’évoquent pas le sacrifice, la famille et le travail. Sans fin, on nous montre à vomir la morale patriarcale indispensable à la circulation de la marchandise, sans qu’on y trouve à y redire, recevant, à part quelques mots de « critiques », l’assentiment général. Cet ordinateur dont je me sers pour écrire ma pensée, est une forme patriarcale des possibles de ses propres expressions et s’en défaire demande beaucoup d’énergie, de temps, de persévérance, d’esseulement (Ô grand hélas !) et beaucoup de fatigue. La femme est toujours un auxiliaire à l’homme dans le patriarcat, même en « amour », en mariage. La publicité est l’étude à son paroxysme de l’exploitation de la générosité de nos vertus et leur pillage.

      Alors, je ne parle pas essentiellement de la naissance du patriarcat. Je dis qu’on ne sais pas assez de quoi Il retourne, ce dieu du monde et qu’il y a urgence à le définir pour le contourner, cesser de s’y affronter comme des enfants à leurs parents. Il faut saisir en quoi il ralentit notre course lorsqu’on veut s’en désintéresser, comme cette religion qui dit que te taxe de mécréant si tu n’en es pas. On en pourra pas se défaire des policiers et des militaires à moins qu’ils comprennent ce qu’ils défendent et quelles sont les bénéfices de leur maladie, de cette maladie affective, sexuelle, qu’est le patriarcat qu’ils défendent jusque la mort… des autres. L’homme perd bien plus que la femme lorsqu’il l’esclavagise (ou quelqu’un d’autre) : il perd la capacité à devenir généreux, à vivre entre amis. Lorsque je te donne et que tu reçois, notre âme vibre en moi : je prends et cela me comble.

      Le rapport magique à la nature dont tu parles est évident. C’est la manière la plus proche d’appréhender ce qu’on ne peut comprendre. Alors que la magie (dont la science est la fille, selon Frazer, dans son Rameau d’or) est encore une action humaine dans cette approche de la nature, la religion est le report dans un au-delà de forces qui vous dépassent. Dans ce dernier cas, il y a un abandon qui frise la lâcheté. Ici, on reste plus ou moins capable de modifier sa destinée, là, elle est tributaire du bon vouloir d’un défaitiste idéalisé.

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