Dans le bruissement léger de ces feuilles brouillonnes

Dans la nature, le bruit change constamment, de l’heure, de la semaine, du mois, de trimestre, du semestre, de l’année, tout le temps le bruit, dans la nature change. Les bruits humains sont invariables, sauf pour la musique, encore ! Et ce qui me gène dans le bruit humain, c’est que je ne peux pas écouter le bruit du monde. Le bruit humain est fort, celui de la nature est doux. Bien sûr il peut être strident, mais pas comme celui de l’humain : je pense aux sirènes de la police, des pompiers (ha! ceux-là !) du SAMU et des ambulances. Non de non, quel bruit ! Comment a-t-on pu tolérer l’invention d’un tel bruit ? Il a dû y avoir un « État d’urgence », sans aucun doute, pour qu’une telle insanité auditive ait pu trouver naissance et pour défendre contre quelque chose de très très grave et non pas ces balivernes de terroristes modernes. Il y a 350 morts par noyade en piscine par an et 375 personnes mortes, en cinq ans, trucidés par des fous furieux. Je peux préjuger de la détresse du maître-nageur placé devant le mort, mais quelle est celle de qui dans ce cri de sirène ? Elle est où la tristesse de nos temps terrorisés ? Dans notre séparation. Et j’y pense, ces sirènes sus-nommées, me font penser à la séparation dans sa pire détresse. Qu’elle est la noyade qu’on veut cacher derrière une telle détresse ? Que signifie en tristesse et en détresse un tel bruit ?

C’est là une belle question : notre détresse c’est notre séparation, notre désintégration à un commun auquel notre ensemble donne vie. Et cette matière à laquelle nous donnons chair est notre joie, l’anti-tristesse. Ho ! moi je suis un peu vieux, je ne vivrai certainement pas cela, mais je souhaite de tout cœur que l’on puisse vivre un tel moment, plus long que les piètres milliardièmes de seconde que nous en vivons présentement, ce qui donnera l’occasion de jouir de la vie plus longtemps ensemble. Aujourd’hui il est malaisé d’imaginer cet état dans lequel nous serons à ce moment-là, les quelques messies qui ont rapidement passé le demi-siècle dernier n’ont laissé qu’une poussière de leur passage, de laquelle on peut y voir, en s’en approchant pour mieux s’y pencher, les étincelles qui brasillent encore intensément. Le vent de leur farce rugit encore dans des mémoires vives. Beaucoup n’ont laissé aucune trace de ce passage furtif que nous vivons ici et qu’une seule fois, mais comme le carbone d’un feu historique peut se retrouver dans les argiles des foules, on perçoit dans une furtivité d’apex jusque le bois qui a été utilisé pour ce feu, embrasant ici et là des lieux qui n’ont plus lieu d’être. Mais peut-être n’est-ce simplement que dans nos gênes que nous hésitons à leur donner réalité, à nous en rendre compte comme d’un naturel qui ne demande qu’à s’exprimer ?

Ce que nous vivons aujourd’hui est lamentable. On dit que de le dire ne fait pas avancer : si on ne peut pas mettre de mot sur ce que nous vivons, nous en apercevrions-nous ? Car le mot est fait pour être dit, sinon il ne signifie rien, ou une pensée dans une seule tête (disait J.P. Voyer sur l’idée, c’était sympa, j’avais bien aimé : cela ne sert à rien d’avoir des idées si on les garde pour soi-seul. Le problème c’est la forme, et là, ça a coincé beaucoup beaucoup, parce qu’il y a quasiment autant de forme que d’êtres humains… en trouver une « génératrice » semble difficile, sinon même inaccessible. Le problème est-il bien posé ? Il ne peut y avoir autant de forme que de gens, ce n’est pas possible, sinon il ne pourrait pas y avoir quelque chose de commun, voyons ! Si je manipule ce récrit, j’irai jusqu’à dire que c’est précisément la semblance des formes qui nous relie et dont on joue ! même dans le pire des scénarii, qui donne cette reliance du jouissif. Il y a une faculté innée qui nous fait nous regrouper pour jouir de cet état de regroupement. Aujourd’hui, le rachitisme (manque de N-acétyl-cystéine, à 1 à 2 gr par jour) réduit son développement à la « famille » : quelle mesquinerie ! quelle tristesse ! nous qui sommes dotés de naissance, même d’avant-naissance, de toutes les capacités suffisantes et nécessaires pour vivre en groupe et en jouir, nous en sommes réduits à la « famille »… le patriarcat c’est la famille et plus ça va et plus la famille rétrécit, car les exigences du capitalisme ne peut que provoquer son éclatement. Nous irons donc vers la solitude absolue : je-seul, tu-seul, il-seul, elle-seule, nous-seuls, vous-seules, ils et elles seuls et seules. Bien sûr, cela ne pourra pas arriver, enfin… je le souhaite ! L’intérêt de ce petit conte, c’est de montrer un chemin qui y mène, car on n’en voit pas le bout, on a envie d’avancer dans le brouillard qui dévoile à mesure que l’on marche ce qu’il voilait. Non, bien sûr, car on se le dit ! On se dit ce qu’il faut qu’on se dise : ce qui nous manque, ce qu’on désire, ce vers quoi notre âme tend. Il faut se le dire et se le laisser dire après l’avoir laissé dire.

Alors, on atteindra rapidement la question sexuelle et le dire, ici protégé par une pudeur dont on se demande de quelle autorité elle émane pour nous empêcher de parler, n’est pas d’un abord facile : on a quelque chose entre les jambes dont on sait bien qu’on en attend une intense satisfaction, mais on les sertit pour ne pas que cela s’échappe et se sache. Ce n’est qu’à mon âge que je commence à reconnaitre que les filles désirent les hommes comme les hommes les filles : je pensais avant qu’il fallait violer les filles ou quasiment pour avoir une satisfaction, en gros qu’elles ont une telle peur de l’homme qu’elles n’admettent pas qu’elles le désirent autant. C’est ce que, moi, je pensais, malgré la grande affection que j’éprouve pour elles ! Les filles aiment l’homme, comme l’homme la femme. Il y a eu beaucoup de temps perdu dans cette affaire. Mais, comme on ne le passe qu’une fois, ce temps, ou bien il est, comme ensemble, totalement perdu, ou il ne l’est pas. On veut juste se flageller avec cette idée qu’on aurait pu en jouir, comme les autres, non ? Considérons-le comme une période d’apprentissage, c’est plus positif puisqu’il est de toutes façons, véritablement et irrémédiablement perdu ! On ne passe son temps qu’à le passer, point. Si on le passe en satisfaction, en plaisir – des deux que je viens de décrire plus haut : la grégarité –, on ne dira pas qu’on l’a perdu ; mais il est perdu aussi dans l’insatisfaction de ne pouvoir pas le rattraper. Mais si on en est là, c’est qu’on a déjà perdu son temps. C’est compliqué parce que le temps ne se rattrape jamais, il est donc toujours perdu. Ce n’est donc pas du temps qu’il s’agit, mais du plaisir qu’on y passe, selon la grégarité, bien sûr ! La texture du temps change en fonction de sa trame.

La sexualité sera vite atteinte. Aussi, je vais essayer de déblayer le terrain pour qu’on y voit plus clair (quand j’avais 13 ans, peut-être, j’avais participé à un débroussaillage de chemin dans la garrigue : quel pied ! quel plaisir j’en ai gardé souvenir !). Il y a une culture morale sexuelle violente dans le patriarcat, surtout de la part de l’homme pour que la femme se sente infériorisée, selon ce qu’il pense de sa nature. Mais, on le sait, il se trompe, comme la femme le trompe en jouant son rôle de femme battue, je veux dire : qui n’a pas envie de rapprochement sexuel. Hop hop ! attention, je ne suis pas bourré de mauvaises intentions : la femme n’a pas à être battue, ceci doit être clair, qu’importe le prétexte, la justification, l’ordre, le décret, la loi, la Bible ou le Coran : sous aucun prétexte la femme ne doit, ni se sentir, ni être battue ! Article UN de la PREMIÈRE loi. Et elle fera sans doute plus attention à ses désirs qui, selon la grégarité, iront sans doute (aussi) vers autrui. Ça peut être long à mettre en marche, mais en tous cas, si c’est parti dans ce sens, ça ne s’arrêtera que si la femme recommence à être battue, ce qui devra nous imposer de sérieuses questions sur notre incapacité au bonheur. C’est pourtant pas bien difficile : le bonheur, c’est si et seulement si la femme ne se sent ni n’est battue. Bon, la phrase est un peu longue, mais elle dit ce qu’elle dit, c’est ce qu’on lui demande et je suis sûr qu’il est possible de commencer maintenant-même à se poser les questions de notre malheur, incidemment et seulement en termes lointains de comparaisons, car nous avons un passé douloureux en la matière.

Après la peur, la seconde réticence, c’est la pratique du sexe elle-même : qui quand comment quoi faire… Il faut commencer par se dire que si on a deux sexes différents, selon la grégarité (désolé pour les autres, mais j’y reviendrai, ne soyez pas encore déçus !) c’est ben pour que cela s’passe l’un l’autre. Donc, que c’est fait pour que ça se passe selon l’un l’autre et réciproquement. Cela, ce n’est pas difficile. Comme je le redirai plus en d’autre circonstance, il ne faut pas se presser, il faut écouter, soi et l’autre, dans ce qu’il vous évoque de plaisir d’être avec lui ou elle. Les filles y arrivent mieux que les garçons. Et pour cela, il ne faut pas avoir peur des « blancs » comme on dit en typographie, (on n’aura pas peur typographiquement parlant des blancs ou des noirs) : il faut savoir écouter et apprendre à s’écouter, dans sa vérité, à soi. Bon, cela passe aussi par l’émotion du geste, évidemment : on va pas rester là comme un cailloux, même si on a envie de fondre en larmes, oui ? Je parle bien du rapprochement sexué et des intentions qui l’entourent, à minima. En fait, faire l’amour, c’est comme Michel Odent parle de l’accouchement : c’est parasympathique : on fait avec ce qui est et ce qu’on a.

S’écouter dans sa vérité à soi, c’est l’anti-leitmotiv patriarcal par excellence : il ne peut pas accepter qu’on ose toucher du doigt et caresser la vérité. Et, pour être cru crû, comme on sait qu’elle contient quelque chose de jaillissant, quelque soit son sexe, la vérité ça se masturbe. Il faut donc, corrélativement, apprendre à masturber sa vérité : vous verrez, après, lorsque vous rencontrerez quelqu’un, le sympa de n’être pas que seulement soi, encore que vous ayez d’abord approché l’orgasme que cela procure de masturber sa vérité, ou soi, en parabole. On a envie de plus et on sait que ce plus est tributaire de l’autre et de la commune mesure que vous formez comme couple, même momentané. La grégarité a conçu un outil pour cela, que nous nommons l’amour. L’amour est le glissant du fébrile, la douceur des caresses, la poursuite du plaisir qui se course sous mes doigts, l’incertitude que je te plaise, cette sorte de réponse à ma question de me mêler à toi par ton désir de m’y voir te remplir, et cette lenteur attentive de chercher-trouver mon gland dans ton toi-chaud et mouvant, de te regarder dans les yeux échangé de fluide mouvant et toi-chaud, et ce moment précis de la raideur qui vous dépasse (car, jusque-là, vous jouiez d’elle pour sentir, et là, il faut lâcher) d’une sorte d’électricité née du frottement synchrone que deux êtres provoquent. Les garçons ont tendance à se raidir pour montrer qu’ils ont une belle queue. Et la fille elle, pour bien sentir l’homme, etc. Ce n’est pas mon chemin préféré : je préfère un vagin détendu où je ressens plus le frottement que la pression. Il y a un exercice à détendre son vagin et à ressentir en même temps ce qui s’y passe. Bien sûr, pour le détendre il faut aussi le tendre… Ze radotte.

[[Pour moi, ce sont des criminels ces gynécos qui rétrécissent l’entrée vaginale après une hystérectomie, « car l’homme sentir plus mieux », tête de spéculum, taré doté d’un pouvoir grave et important sur les autres.]]

L’amour dans la masturbation est plus simple. Il faut se laisser à jouir, s’autoriser à jouir, se manipuler pour jouir ; et on ressent tout de suite les émotions de ses actes, directement, sans intermédiaire. Se manipuler pour jouir, s’autoriser à jouir et se laisser jouir, tout cela s’apprend (je me demande même si dieu n’a pas dû l’apprendre, lui aussi ?) ou se ré-apprend. L’amour c’est aussi un peu apprendre à ne pas se retenir à deux et en couple : ça devient plus facile si on sait déjà comment s’y prendre tout seul.

La nature a un bruit qui change chaque heure, semaine, mois, etc. Le bruit humain est pour beaucoup une calamité qui ne permet pas de pouvoir s’écouter. Toutes ces personnes qui utilisent dans la rue ces « walkman » et autre smartphone, évitent de s’écouter : elles écoutent un plaisir, mais pas elles, elles-mêmes. Et de quel plaisir ? Passif, passager, prétérit. De plus (c’est ce qui m’étonne encore), elles ont été acheter ces séparateurs de goûts. Si elles veulent s’écouter, il leur faut êtres seules, c’est-à-dire isolées du groupe. Bon… si c’est comme la masturbation qui te permet de mieux te connaitre, passe encore, mais si c’est pour t’isoler davantage du groupe, ce n’est pas pareil. On arrive à quelque chose de nocif et pour la personne et pour le groupe, en même temps. Enfin, je parle de grégarité, pas de capitalisme. Et la sexualité c’est aussi apprendre le silence, non… plutôt, l’absence de bruit. Les bruits affectifs sont très puissants, tant en plus qu’en moins d’harmonie.

La sexualité, c’est se parler, donc. Et comme elle arrivera inévitablement, immanquablement et irrémédiablement comme proéminence dans l’activité du groupe, mieux vaut commencer par en parler en en parlant. Il n’y a pas tant de fantaisies sexuelles et peu sont mortelles. On ne peut devenir mature qu’en remuant !

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