Patriarcapitalisme

Les critiques du capitalisme – et du mode de fonctionnement du capital – sont pléthores : il est attaqué de toutes parts, de toutes les façons, sous toutes leurs facettes. Mais, grandement, on oublie pourquoi il perdure « contre notre gré », alors que nous y participons obligatoirement ou par omission, ou par pensée ou par action. C’est que le capitalisme et sa praxis sont d’essence sexuelle et sur ce point nous achopperons toujours, car nous sommes (el pueblo) et demeurons impotents, sexuellement parlant. On oublie que le capital et sa praxis sont l’exacte position théorique et pratique du patriarcat en mouvement. Si, par hasard, le locuteur critiqueur du capital et de sa praxis est lui-même un heureux amoureux puissant, il parlera à plus de 90 % d’impuissants orgastiques, hommes et femmes. Cette puissance du capitalisme se situe dans notre impuissance face au patriarcat : à ce que j’ai défini, pour une part, comme l’avilissement de l’amour qu’éprouve la femme pour le sexe de l’homme ; mais il y a la deuxième part qui est masculine.

Cette impuissance, je la vois dans le peu de flics nécessaire pour régler sous leur coupe une foule de personnes, car chacune de ces personnes, sinon quelques dizaines, est impuissante sexuellement, à imposer son droit à une sexualité hors du patriarcat, en refusant de se faire frapper sur la tronche : qu’en sait-elle, cette foule, de ce patriarcat abouti au capitalisme ? A-t-elle fait la relation d’effet à cause ? Rien, ou si peu : elle ne peut rien en savoir tant qu’elle ne se déterminera pas à en entamer la suppression, c’est-à-dire, au moins, à cesser d’avilir l’amour que la femme éprouve pour le sexe de l’homme ! Va-t-on le comprendre, cela ? Un homme (ou une femme) qui avilit l’amour qu’éprouve la femme pour le sexe de l’homme est un patriarchiste et ne nous attendons pas à ce qu’il veuille perdre cette prérogative actuelle ! Et comme tout impuissant se retrouve dans ce désir de se voir privilégié dans l’usage de cette prérogative, même si cela ne lui apporte rien, sinon qu’un pouvoir sur cet amour que la femme éprouve pour le sexe de l’homme, le patriarcat perdure. Le petit flic avec sa matraque et le pouvoir que lui confère un supérieur détenant la violence abstraite et l’autorise concrètement, pour exécuter consciencieusement sa fonction concrète est un impuissant du patriarcat, tout comme le politicien qui fait les lois du patriarcat, le militaire qui protège l’enclos du patriarcat, le juge qui fait appliquer par les matons divers ces lois du patriarcat. Oui, certes, l’économie est un levier du patriarcat, mais elle ne se peut bien comprendre que dans ce rôle de levier : ôtez son point d’appui, le patriarcat, et elle s’écroule.

Qu’on promulgue des lois qui terrent et enterrent les gens sous prétexte de terreur n’est permis que parce que les gens sont impuissants, sexuellement, à s’exprimer, car la sexualité aime à pouvoir s’exprimer dans un minimum de liberté, ne serait-ce que celle de ses rencontres… et comment rencontrer quand on est terrorisé ou se laisse terroriser par autrui ? Restreindre l’expression possible de la satisfaction sexuée est le bâton favori du patriarcat, car c’est ainsi qu’il domine les âmes, et leur impose sa manière de voir et de vivre la vie, selon ses valeurs.

La valeur est un affect inhérent à l’animal sous sa forme humaine, mais la forme actuelle de son expression est celle du patriarcat. La valeur existe dans l’ensemble du monde humain, mais sa forme sous la forme du capitalisme, est inhérente au patriarcat : le capitalisme est l’état actuel de l’aboutissement du patriarcat en mouvement, tout comme la valeur des capitaux augmente par leur seul mouvement. C’est pour cette raison que cette entité actuelle de la manifestation du patriarcat dans la vie humaine ne s’écroule jamais, car elle est le moyen du patriarcat d’assoir son impuissance sexuelle. Merci Wilhelm Reich !

La distinction des valeurs est sexuelle car elle se retrouve immédiatement dans la manière dont l’humain, dans le patriarcat, s’occupe de ses déchets qu’ils soient issus de son activité industrielle (jusqu’au sens moyenâgeux du mot) ou corporels. Une misère. Par contre, tout ce qui brille est or ! Cette distribution des valeurs est typiquement patriarcale, elle est « anale » au sens freudien, jungien et consorts. Et cette planète, non pas seulement à cause de l’excroissance technologique de son activité, mais surtout parce que le patriarcat ne sait quoi en faire, est devenue le reflet de cette praxis de la vie : un déchet, un lamentable déchet et quand il se torche le cul c’est encore pour faire un autre déchet de plus, éolien ou autre. Ceci est sexuel : c’est un comportement extrait d’une manière de voir le monde, issu de la manière dont on a évolué sexuellement dans le cours de sa vie qui est sexuelle, de la rencontre des géniteurs, à celle des gamètes, la gestation en passant par l’accouchement, la puberté, la « maturité » et jusqu’à la mort.

La majeure partie des malheurs humains a pour origine la sexualité : la maladie, la solitude, la pollution chimique, radio-active ou électromagnétique, la social-démocratie comme la dictature. Les eaux des fleuves, des rivières et des ruisseaux sont polluées par les déjections humaines (pour les plus chanceuses ! il y a autrement pire) alors qu’il suffit et nécessite que d’organiser, même individuellement, des toilettes à compost : fin de la dengue, du choléra et autres pestes. L’hygiène de l’eau est la source de la bonne santé, on le sait, mais on continue, du fait que cette valeur est compromettante pour l’état d’esprit du patriarcat, jusqu’à s’en désintéresser puisque c’est mettre le doigt sur son complexe : l’anal. L’eau du robinet est affadie par des produits chimiques chlorés, même celle des chasses d’eau qui sont une catastrophe écologique en ne séparant rien des « eaux grises » des « matières noires » : tout est dit. Le dieu des Inquisiteurs était l’analité et ses adeptes nous ont montré leurs atrocités. L’analité est un stade sexuel qui commence et devrait finir pour être passé à autre chose, mais le besoin impérieux de la morale patriarcale se fige dans les muscles et dans le système nerveux (la cuirasse ou structure coagulée caractérielle) en la rigidifiant dès qu’un sursaut de plaisir la dépasse.

La manière dont on pratique une « activité physique » est relative à cette morale, jusque dans le geste même de chaque pratiquant d’un « sport » : tout y est violent (il faut de la violence pour « gagner » contre son adversaire et devenir « premier ») et d’une extrême violence, contre son corps, soi, les autres ; et le jeu y est absent pour devenir « olympique ». Battre l’autre, l’écraser, etc., on le sait, dénote une attitude qu’on nomme, en référence à la psychanalyse, « anale » de la vie, mais comme cette attitude est de celles qui font le patriarcat, elle devient dans ce contexte « normale ». Nous avions la toromatchie, nous avons encore les stades de foot ou de rugby, dans lesquels la valeur est transmutée en rage, où l’impuissance peuvent enfin s’exprimer, se manifester selon les principes d’une testostérone fragmentée. Mais là où la femme pouvait jouir un semblant en voyant sa projection théâtrale frôler les cormes de la mort (c’est-à-dire la perte de soi simulacre de l’orgasme), ailleurs elle devra se contenter d’un écran ou d’une étiquette de bière, délaissant aux hommes leur privilège de se casser la gueule, le phénomène se vomissant jusque dans les rues où la police – patriarcale – est impuissante.

Le patriarcat n’est pas un épiphénomène qui se résumerait à avilir l’amour que la femme éprouve pour le sexe de l’homme (et la réciproque ne serait être si loin de la vérité, finalement), le patriarcat EST un mode de vie qui en exclue tout autre ; c’est une hégémonie sur la vie d’un mode de penser, d’agir et d’omettre. Le patriarcat EST le monde dans lequel et où nous vivons et dont l’accomplissement actuel (ultimement présent) est le capitalisme et son organisation sociale : le fétichisme de la valeur, la marchandise, le salariat et le travail, le capital, l’argent et le spectacle comme ensemble. Tout cela existait en germe depuis qu’existe le patriarcat que j’ai défini ailleurs comme la confusion, chez l’humain, entre le rapprochement sexué et la procréation, le second devenant titulaire du premier et le premier perdant sa raison d’être, aimer pour le pair de l’orgasme. Dans le patriarcat, on le sait bien, la femme est une génitrice et l’homme un père et le père c’est celui, allez-vous-zen-savoir-pourquoi-?, qui détient l’autorité sur la femme et ses enfants, à lui. La première esclave est la femme, c’est une femme et il n’y a toujours pas de fête nationale ou régionale en sa faveur, sinon que celle des « mères » en forme de promotion à sa liberté. Il y a des fêtes pour l’abolition des Esclaves noirs et noires, mais pas pour l’abolition de l’esclavage de la femme, pas encore : le jour où cela arrivera, il n’y aura plus besoin de ce genre de commémoration, j’espère ! Mais je pense que nous aurons été engloutis par notre bêtise, bien auparavant, et moi, mort depuis longtemps.

Je ne parle ici que d’évidences, mais comme rien ne se passe, j’y reviens. Cette autorité dont s’agrège l’homme vient de sa force musculaire, bien sûr, mais surtout de sa cuirasse caractérielle, reproduite par l’éducation qui est, elle-même (on le sait bien) une branche active de la morale : la retenue comme accessoire de domination. Laisser de jeunes corps en pleine croissance assis des heures durant sur une chaise (à mon époque c’était un banc) est une activité morale pratique. Ha ! ils « apprennent » des mathématiques, à écrire, etc., oui, certes, mais comment ? et pourquoi tant de souffrance, d’obligation à l’autodiscipline mortifère ? On demande à l’enfant cette autodiscipline, cette auto-castration (M’sieur, j’peux aller aux toilettes ?) ! Tout est dit ! Et cela durant des années, celles, les plus gaies, les plus belles, dont on pleure ensuite « l’insouciance »… Et quand l’amour apparait dès 3 ou 4 ans, quelle innocence, n’est-ce pas, car selon les tuteurs asexués, asexué ! Quelle désastre quand quelques années plus tard, après la conséquence de cette auto-castration qu’on nomme « période de latence », bien avant que les « hormones » ne décuplent ou centuplent leur flux dans le bouillonnement sanguin, musculaire et nerveux, où le moindre rapprochement des corps est immédiatement sexualisé pour se voir interdit. Nous aurons alors l’éclosion des pervers, des introvertis, des hystériques, des maniaques, des borderlines, des schizophrènes, des bourgeons de vie tordus, brisés, décolorés, rabougris ou desséchés, écrasés, divisés ou sectionnés.

Le patriarcat n’est pas seulement une « forme d’organisation sociale et juridique » comme le dit la patriarcale ONG wikipédia, c’est LA société actuelle, impérialiste, impérieuse, impératrice de nos temps, de ces temps que nous vivons. Il n’y en a pas d’autre et si elle meurt, c’est qu’elle aura été remplacée par une autre société. L’omission ici, est de ne pas dire une « organisation “de quoi” sociale et juridique », car le patriarcat ne veut pas qu’on sache qu’il organise tout selon ses vues, et non pas seulement l’autorité de l’homme. L’homme y a perdu jusqu’à une forme de sa spécificité : la sensation-même de l’éjaculation qui est devenue une « émission de sperme », le con. Il court comme un éperdu après cette sensation, alors qu’il n’est plus qu’un jet (et encore, quand ça pulse !). Cette sensation apparaît avant l’éjaculation, alors qu’on est déjà perdu, mais comme il veut garder le contrôle (l’analité), il n’est plus que le liquide. Dans le patriarcat, l’homme a perdu son âme et son partage joyeux ; et il ne veut ni ne peut plus lâcher son fantôme, car alors il défaillirait dans les affres de la nullité où l’ont conduit ses choix. Courage, homme à la verge rouge ! tu n’es pas seul !

Si la valeur est un affect, comme je l’affirme, elle est malléable selon une morale sociale qui la rend commune à tous de sorte que tous consentent facilement à la manière dont on en use, qu’elle soit une forme de cohésion du groupe sous cette forme précise et pas autrement, et que tous en retire un minium de satisfaction. Et remettre en question le mode de cette satisfaction sur la forme de cet usage, même si – ou mieux ! alors qu’elle est minime pour la plus grande majorité des membres du groupe, devient immoral. Et cette immoralité profite, bien sûr, à ceux à qui cette valeur profite le plus. Mais comme les autres bavent sur la satisfaction qui leur fait défaut et à laquelle pourtant ils travaillent sang et eau, lorsque cette morale du riche leur vient à traverser l’esprit, ce ne sera pas pour s’arrêter tout net d’y travailler, mais d’en demander plus pour y travailler plus, tant le manque de satisfaction réelle est présent (l’insatisfaction du manque devient le manque de satisfaction) ; et sans remettre sur le tapis de la critique ou du jeu de la vie, le principe même de ce mode de satisfaction de cet affect : la valeur. L’affect « valeur » est actuellement manipulé par le patriarcat : il faut se poser la question de ce qu’il devient sous une autre morale (qui ne serait pas « matriarcale », bêtement) maintenant qu’on sait ce que peut et veut, sexuellement, le patriarcat.

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Une réflexion au sujet de « Patriarcapitalisme »

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