Technolicide social

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L’être humain est un être fantastique (bon… je joue avec le mot…) : dans Reporterre, je vois la photo d’une femme, d’un enfant et d’un nourrisson pygmées devant leur habitation (petite) en arceaux de branches et de feuilles. Et je les vois VIVRE, sans, par rapport à nous, cette technologie qui nous bouffe la vie. De plus, cette technologie (essentiellement minérale) étant un acte de pouvoir sur le biologique (l’organique), elle ira les emmerder dans leurs lieux de vie. Car leur « état » technologique est largement suffisant pour vivre, mais l’hégémonie technologique du reste du monde veut s’accaparer de leur espace vital. Certes, ils ne « vivent » pas si longtemps que nous, mais leur vie est autrement intense que celle d’un quidam qui attend sa retraite au bout de 40 ans de travail ! Chez eux, ces 40 années ont été de vie, de relations affectives, sociales, essentiellement sociales, chaque jour, chaque heure, chaque minute. Oui… la maladie, tout ça… ok, mais quelle est l’intensité humaine de ce vécu humain ? On parle de ND des Landes : là-bas, il se joue la même partition : vivre, sans travail, socialement et organiser la société autour de ce centre. Disputes, ruptures, conciliations, ententes, compromis, réconciliations, amour, don, etc. tout cela fait la vie sociale que la société est à même de réguler par l’entente sociale de ses participants. Et la technologie, ICI, n’a que faire de dominer, car elle y est, à peine, un accessoire : si un problème doit être surmonté à plusieurs, faute de technologie, cette action devient (pas comme les travaux obligatoires de Mao) sociale, car décidée socialement, c’est à dire avec le vécu de faire ensemble ce qui a été décidé ensemble et de réaliser ce vécu ensemble. Je pourrais dire que le progrès n’a été que technologique, comme matière autonome, comme si l’objet de l’humain était « technologie », à envahir le monde : et c’est ce qui s’est et se produit. La technologie, à travers l’humain, a envahit le monde, l’a pollué, pourrit, radioactivé, endocrinisé, plastifié, carbonisé, etc. jusqu’à présenter le monde comme son adversaire, car le monde ne veut plus être plus technologisé, car le monde, la planète n’en peut plus de la technologie humaine ! Le monde, celui qui nous habite, renâcle à tant de malversation et se débat pour survivre.

Sur cette photo on voit l’humain nu devant la vie, mais adapté à la vie. Aujourd’hui, on s’adapte à la technologie, pas à la vie, et les diverses contestations du jour tournent, non pas à un retour bobo de l’existence, mais à la perception du vivant en soi et chez autrui : naissance, éducation, occupation du temps. Ces contestations remettent en cause l’aspect phagocytaire de la technologie sur le vivant. Dernièrement, en conclusion d’un documentaire sur l’emprise de cette technologie sur la planète, le commentateur remarquait qu’à la différente de tous les autres êtres de la planète et que, donc, cette planète a créés, l’humain a le choix de construire, de ne rien faire ou de détruire. Le capitalisme, on le sait, est la destruction systématique pour sa construction et cette conception du vivant ne peut être remise en cause à moins de sa mort et des relations sociales qu’il implique ; en fait, il faudra bien admettre que ce sont ces relations sociales qui sont néfastes, délétères et déprimantes : narcissisantes. Le capitalisme est le fruit du patriarcat au stade technologique présent (depuis à peine 200 ans) de la société humaine. Le patriarcat veut mettre à profit la possibilité de dominer autrui, principalement la femme et l’enfant, quel qu’en soit le moyen (faute de trouver son écho dans l’affectivité qu’il ne peut que réduire à sa maigreur, il le trouve dans la forme de l’outil : la technologie, dont le plus subtile et le plus sublime est l’argent : la valeur matérialisée en minéral, le fétiche de la marchandise) et on voit le présent comme sa conclusion minérale perpétuellement renouvelée. J’y retrouve ce désir de ce pouvoir sur le biologique par le minéral, car, quelque part, ce biologique (l’organique et sa pulsation) est devenu comme minéral et, comme on revient sur les lieux de son enfance pour tenter d’y trouver une solution qui, venant trop tard, s’avèrera impossible, ne fait que réduire cet organique à son fantôme. Ainsi, tant que la technologie tentera de résoudre et de donner forme à des fantômes, ces fantômes tenteront de prendre vie, alors qu’ils en sont pas même de l’ordre du minéral, mais de celui de l’organique qui s’est perdu un jour, quelque part et se poursuit comme l’ouvrier la pointeuse (ou le cheval, l’injonction), en détruisant tout sur son passage, car il ne prend plus alors conscience ni de son harnachement ni de son acharnement.

On va donc dire que ces animaux humains pygmées sont plus sauvages que nous autres, animaux technologisés, mais une fois encore, cette « sauvagerie » est d’autant plus humaine qu’elle est immédiatement vécue en tant qu’humaine, sans intermédiaire d’aucune sorte. Et même si le « sauvage » est la crainte de l’inconnu pour se préserver – c’est-à-dire préserver ce que l’on considère comme l’humanité de son vécu – cette mesure de soi n’est en rien inférieure à ces technologistes qui les ont, de toutes façons, esclavagisés, réduits au travail, à cette maigre conception qu’ils ont de l’occupation du temps : déshumanisée. La plus grande partie des « fictions » du monde moderne ne parle que de cette esclavagisation (sexuelle, obligation au travail, à penser ainsi ou ainsi, à vous conformer à un ordre de soumission), comme du « mal » (le grand méchant loup) et le libérateur est celui qui vous en dispensera des affres. C’est pourtant le vécu général qui, comme un fantôme, se retrouve sur l’écran blême des journaux télé-visés, celui des nuits de vacances ou des smartphones. Cela permet insidieusement ou par la bande, de passer à travers les gorges, les yeux, le nez, les oreilles, le cœur, les effets collatéraux (les diverses pollutions) que de la technologie mal employée comporte, et que ce sauveur sauve, loin du dessein de les faire accepter comme un moindre « mal », mais plutôt comme allant de soi, voire indispensables !

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