L’écluse d’aval

Je ne me ferai jamais à la profonde connerie de ce monde qui ne tient jamais qu’à cette manière  de détourner tout de la vérité, comme si l’image était plus réelle qu’elle et qu’il n’est possible d’en jouir que de cette sorte de faux. Toute la production capitaliste tient sur « cette sorte de faux » et tout le monde, par habitude, lassitude, corruption des âmes, s’en contente ; et on vit le résultat écologique semblable à cette perception de la réalité faussée.

Le monde humain est d’une extrême richesse, qui va au-delà de toute attente, mais il est dégradé, véritablement, par ce parasite, cette totale absence d’intégration à l’environnement dans lequel il se meut, il vit. Il est d’abord dégradé par la perception de ce qu’il est et ensuite – et concomitamment – par ce qu’il s’en donne : il a peur de la puissance de l’être, de l’ici et maintenant, comme de lui-même qu’il comprend comme « spirituel » bien avant d’exister, tout simplement. Il ne peut se passer, l’idiot, de l’image qui est au-dessus du monde, au lieu de celle qui le comprend, lui, et son interprétation et le monde, en un tout organique, palpitant, vivant.

Quand il ne trouve pas quelque chose d’extraordinairement complexe, il le complexifie pour avoir la sensation de le vivre « plus fort, plus grand, plus loin, plus longtemps », alors qu’il s’échappe et ne fait que perdre la sensation de son réel dans le monde. Il défraîchit les plus belles choses en les réduisant à des choses auxquelles il incorpore l’âme d’une image et affirme alors qu’elles sont « plus fortes, plus grandes, plus lointaines et durent plus longtemps ». Il l’exprime alors par sa vocifération de spectateur, comme véritable vécu (oui, certes !), assis sur un banc… de spectateur du monde. Il organise à regorger des images mouvantes, payées très cher, pour qu’il puisse procéder ainsi, qui la plupart du temps, se disputent une balle ronde ou grossière, plus ou moins cousue, plus ou moins lourde sur des espaces plus ou moins étendus, qu’importe ! Ça lui prend un temps faux, une énergie folle, mais il est content, car il ne sait pas autrement procéder que par cette perte de conscience, cette transe, par quel autre moyen que lui-même se procurer une jouissance peu ou prou similaire. C’est extrêmement agaçant de constater qu’il ne sait faire autrement, comme d’aller chaque matin travailler, par exemple.

On sait, on entend que ces vociférations ne sont pas de joie, mais des exutoires à une rage, ou autre colère qui ne voudrait pas se dire, mais qu’on exprime cependant dans l’insulte, des gesticulations des bras qui expriment le rejet d’autrui. Comparons des cris d’enfant en train de jouer avec l’eau et oyons ceux de ces adultes, braves travailleurs responsables familiaux et payeurs d’impôts, dans la même situation ! Nous n’entendons plus la joie libre s’exprimer, mais celle dont le cri passe mal la gorge sinon que la force du poumon trop longtemps retenue fait pourtant jaillir dans l’âcreté de l’âpre. Oui, ces cris expriment une joie, comme les grains d’un sable mouillé passent un tamis : tout n’y passe pas ! et la joie est parcimonieuse. On rentre le soir proportionnellement libéré, dont on sait qu’un verre de bière va dissoudre les nœuds.

L’ingéniosité humaine est infinitissime, mais elle n’éprouve guère le plaisir de se rendre compte de son impact sur le monde, de s’y conjuguer au plus près (car nous en sommes issus), de se marier à son environnement : elle le détruit, comme le bulldozer la forêt ou la maison d’un palestinien ; et toujours pour faire correspondre ce monde (le notre et unique) à une image. Aujourd’hui (et depuis environ huit milles ans, depuis l’émergence du patriarcat, principalement), cette ingéniosité (ici sous l’aspect du caractère technologique humain) est réduite (encore qu’exploitée à outrance sous des formes aussi variées que multiples) à l’exploitation de ce monde, et son voisin aussi bien : les murs servent à construire des prisons ou des forteresses, des banques comme des clapiers à humains, avec une dépense énergétique immonde : béton, ferraillage, adduction d’eau, tout-à-l’égout ; où les chairs servent de mitraille comme d’élément de chaînes. Les usines ressemblent à ces prisons, sinon que les prisonniers s’y rendent comme de leur propre gré. L’évolution des outils, d’abord de défense et ensuite d’attaque, sont terrifiant de destructivité, jusqu’à polluer l’atmosphère, les eaux et le sol pour des milliers d’années, par prévention ou altérer le placenta et dénaturer le lait maternel. Mais tout cela va comme de soi, tout cela court son cours, sans entrave, sans résistance car le nombre fait force et immensément nombreux sont les vociférants et plus encore ceux qui ne peuvent plus rien dire. À bien y regarder, le drame humain est ridicule du point de vue du monde.

En défense à mes congénères, je sais que tout est fait et mis en œuvre pour qu’il en soit ainsi et pas autrement : il est besoin et indispensable qu’un maximum d’entre eux aille au travail sans rechigner à la tâche, quitte à la rendre intéressante pour quelques-uns. Les syndicats eux-mêmes perdurent la souffrance du prolétariat pour avoir le loisir de protéger la marchandisation, la valeur d’échange des choses et des êtres. C’est dans ce travail qui détruit tout que s’immisce le drame de Nietzsche, les cœurs y ayant consumé leur âmes. Ce travail a une telle importance que son contraire, la simple occupation de la vie n’a trouvé aucun écho dans les milieux révolutionnaires, cette occupation du temps paraissant sans doute totalement futile, fortuite et dérisoire. Et pourtant, je ne travaille pas ! C’est que, même ceux qui critiquent le travail y travaillent et parfois dur…

La révolution sera donc d’occupation, non pas des usines, mais de nos vies qui auront délaissé ces usines de mort. En centrant nos occupations sur le plaisir de faire croitre les fruits de cette terre, déjà nous signons la mort du travail, dès lors que nous occupons notre intelligence technologique à trouver son frein dans le minimum de son usage : je sais de quoi je parle : je déteste travailler, en conséquence j’utilise cette ingéniosité à NE PAS travailler… et ça marche. Je suppose qu’à travers beaucoup de bavardage (le non travail) de beaucoup, je devrai encore moins travailler. C’est un noble but d’utiliser son temps à tuer le travail dans l’œuf, de sorte qu’il ne naisse pas. C’est une tâche collective, où la femme se doit d’avoir la même hauteur sociale que l’homme de sorte que la plus petite organisation doit être impérativement mixte : à chaque poste de délégation (président de la République, préfet, ou quoi ou qu’est-ce, délégué syndical, président de copropriété, etc.), sont nommés et une femme et un homme ; l’homme est élu par tous, la femme par seules les femmes. Comme les lois de Stolon, nous devons écrire ceci dans du marbre et envoyer une copie dans l’espace intersidéral pour semer la bonne parole aux étrangers qui voudraient nous rejoindre et ne seraient pas à notre niveau social, et signifier que cela est pour nous clair.

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