Transologie 2

[ Transologie 1 ici]

Il y a deux formes fondamentales de transes, chacune distinguable à la fois dans la manière dont elle se déroule, son objet – on pourrait dire organique ou minéral – et son résultat, sa conclusion, sa fin, son achèvement, et pour finir, l’impact qu’elle a eu sur le futur proche de la personne.

Il y a la transe générée par la foule (les stades de foot, les concerts, etc.) ; les transes générées par la musique ; les transes amoureuses ; la transe de l’accouchement ; celle de l’orgasme ; celle du vin ou d’herbes ; les livres et le cinéma, le théâtre ; la flamme du feu ;  celle du jeu ; le beau, le bon, le juste ; l’hypnose ; celle de l’occupation (lorsque Wilhelm Reich parle de « travail », il parle de la faculté de se perdre dans un ouvrage, de se donner pleinement à une occupation) ; la transe que génèrent parfois les œuvres d’art ; les transes religieuses. Et puis, il y a la souffrance qui met en transe, car il faut se sortir de cette douleur, qu’elle soit physique ou psychique (Geerd Hamer a montré que, par ses « constellations », l’organisme prend des dispositions pour y réussir, à sa façon et le stress post-traumatique en est une autre). Et, pour finir, la terrible transe générique qu’est la solitude.

Notre société n’aime pas la transe organique pour lui préférer la transe liée à l’objet, au minéral ; elle abhorre certaines transes pour en autoriser d’autres, moins vitales. L’accouchement, l’orgasme, l’amour sexué, les transes liées au vin ou aux herbes au commun des mortels qui doit toujours se présenter en forme à son poste de travail ; et d’autres transes ne sont pas tolérées : la femme « accouchera dans la douleur », l’amour doit revêtir des habits d’anges qu’on a une époque osé mâlifier, l’orgasme est une fuite dont on a peur, il n’y a pas d’amour sans sexe bien compris, et les beuveries zet ripailles où les deux sexes se mélangent avec ardeur, ne sont plus de nos jours. Il y a des transes immorales, en somme et d’autres plus morales qui consistent simplement à rentrer de l’argent dans les escarcelles des riches qui ont perdu le sens de la transe dans la perte du pouvoir qu’ils ont perdu de se perdre – au surplus, en perdant la perception de son environnement, je veux dire, sans prendre la précaution de son environnement pour se vivre. L’objet a une telle emprise sur ces âmes, qu’importe la destruction qu’il impose, si on peut en obtenir un autre, nommé « gain » ou plus-value, ou « valeur d’échange conclu ». Dans cette condition, une publicité repeint le dérisoire de toute valeur « d’utilisation ». Il s’agit de montrer qu’on a participé à un « échange » pour que l’objet acquière une valeur supérieure, la sur-valeur (dont on est la certification du gain) à une utilisation elle-même superflue et portant à confusion, surtout dans la communication. Dans ce domaine, l’objet était principalement un instrument de musique, ou du papier dont on avait immédiatement le contact de l’utilisation ; aujourd’hui, on a un objet de transfert d’affectivité (oui, je sais, c’est l’affectivité qui crée le transfert, mais ici l’objet est le moyen de ce transfert ; Eric Berne parle de « transaction » affective : « Qu’avez-vous à vendre après avoir dit “Bonjour” ») dont on ne sait plus sur quelle névrose il repose, puisque cet objet les crée à mesure de ses intérêts, de ses gains, de sa plus-value, de la valeur minérale.

Bon, oui, tout cela est moral : le monde de la marchandise, cet objet de transe. En prenant à la lettre l’affirmation de Wilhelm Reich selon laquelle nul orgasme à un psychotique, il n’y a pas de transe saine aux mêmes personnages. Ce qui se résume par, en gros, 90 % de transes faussées. Il faut être en transe de désexué (et mener bien d’autres à un état similaire) pour créer une centrale nucléaire, introduire des poisons dans la nourriture, dans l’air, dans l’eau douce et celle des océans, sous prétexte d’un ou de plusieurs « plus vite, plus fortement, plus gros » ; et cette transe est bien étrange, sinon qu’elle ne vit que pour et par l’objet : l’autre devient un objet et on peut lui faire construire des armes et des prisons pour tuer et emprisonner sans état d’âme, car l’objet n’est pas l’âme d’autrui (qui est organique), mais celui de l’objet qui est minéralisé ; « n’est pas l’âme d’autrui » qui, vivante, doit être détruite.

La spécificité de la transe de ces gens est de fuir la transe qu’il leur a été donné de vivre avant même leur vécu. C’est-à-dire qu’il préfèrent l’absence d’affectivité de l’échange par l’objet pour se concentrer sur l’espoir d’un autre objet sur cet objet. Comme à la bourse, le vécu n’est qu’une anticipation de l’avenir, jamais le présent, l’immédiateté (la spontanéité devient ici une sorte d’instinct). Et ils créent un monde où tout est fuite, tout est évitement : l’objet est l’instrument ou l’outil de l’évitement, c’est pour cela qu’il a cette valeur si particulière, la valeur d’échange, étape vers un espoir de gain qui est l’image de l’évitement. L’intimité de l’échange est déviée et minéralisée par un objet tiers, par peur. La valeur d’échange est une minéralisation de la peur d’autrui en tant que contact intime, d’âme à âme, corps compris. La valeur d’échange est la minéralisation de la peur du contact d’âme à âme avec autrui. Tandis que dans la transe saine l’énergie provient de la vie et de la fonction de l’orgasme dans une sorte de mise en pot commun, la transe faussée puise son énergie dans la peur d’autrui, seul.

Bon, mais à tout ça : existe-t-il une ou des solutions ? J’en suis au 97e post sur ce blogue, il ne m’en reste que 4 à écrire. J’ai atteint mon but : trouver et savoir ce qu’est la VALEUR, à quoi nous l’attribuons, sous quelles formes, dans quelles circonstances. J’ai découvert que la valeur est un affect humain, au même titre que l’amour, la colère, la nostalgie, etc. Mais j’étais persuadé qu’elle était malade, et je l’ai démontré. Je ne suis pas allé au bout de mon savoir, de celui que je ne peux démontrer qu’à moi-même (d’ailleurs, il n’est pas très beau, sur ce sujet).

Une valeur est malade quand on la compare à une autre, bien vivante, lorsqu’on s’aperçoit qu’elle phagocyte la seconde de sa morosité, de ses conséquences délétères et même mortifères, que les pensées et le sens de la grégarité (l’affectif inter-humain) sont totalement obstruée lorsqu’elle prend les têtes, torturant pour une cause (la valeur au dessus de tout !), aveuglé par le gain (la valeur comme espoir) pour tout détruire de ce caillou sur lequel il nous a été donné de vivre, les uns après les autres. C’est la valeur marchande (d’échange) qui excite le coté technologique présent chez l’humain et le sépare de la vie qui va son cours. On évoque l’usage d’une intelligence pour ces technologies, mais aussi puissante (et selon se propres critères, dont le fumeux QI), je connais de gens moins pourvu mais dont le sens grégaire est dix milles fois supérieur à ces pauvres cons qui détruisent les « ressources » de ce caillou sur lequel on vit, les uns après les autres, pour vivre sa chaleur. Cette technologie *minérale* est le résultat du travail obligatoire intégré à sa propre vie, sans critique aucune, ni de soi, ni de son impact sur son environnement, si sur l’effectivité de l’usage de l’objet, ni sur les conséquences immédiates et futures de cet objet comme scission de la grégarité, du pourrissement purulent de la nature qui nous intègre, de cette transe qui ne pense qu’à elle seule, solitaire, unique, a-grégaire. Les séances de bourse sont l’antipode des cérémonies vaudous et pourtant, elles ont la même base, le même substrat : la transe : le besoin inhérent à l’humain de se sortir de lui-même, de s’oublier un instant dans autre chose que lui-même et qui le dépasse, l’engloutit, l’absorbe. Lorsque j’ai fait mes recherches sur la transe en tant que moyen thérapeutique de sortir de la moise affective des patients, j’ai été étonné de ne trouver rien que son aspect mystique, alors que la transe (comme je l’ai remarquée aussi chez d’autres animaux à sang chaud) est un moyen de la vie de vivre – ce que je nomme un « affect » (un affect se vit à travers la transe : c’est à la fois la substance et le mouvement).  J’ai été étonné car je voyais la transe partout : dans les stades de foot, les concerts, la folie des conseils d’administration, les politiques, les militaires, les curés de toutes sortes, la guerre (un coup de rhum avant d’aller au front ?), les États révolutionnaires : rien de la vie ne passe sous le joug de la logique, mais tout de la transe. Les gueulards d’entraineurs sportifs sont en transe, les flics sont en transe lorsqu’ils tabassent les manifestants, on le voit ! L’interrogation tourne donc autour de ce plaisir particulier qui est vécu dans cette transe, la nature du plaisir de ces transes pourtant néfastes, brutales, idiotes, a-grégaires, « autoritaires ». Comment l’idée d’obliger quelqu’un à penser autrement que ce qu’il pense (c’est-à-dire à penser comme soi on pense) peut-elle passer par la tête d’un humain ? Et ce fait que cela dure depuis 8 millénaires est-il une raison pour l’admettre ? L’abolition de la liberté est-elle l’ordre qu’on voudrait imposer ?

Ainsi, chaque personne, intégrée dans un groupe humain, est-elle la partie et le tout de ce vécu, et ici la transe est une idée concrétisée, pratiquée, réalisée. Depuis 8 milles ans, on impose à la femme qu’elle perde sa faculté d’entrer en transe lors de la mise au monde de l’enfant ; c’est-à-dire, à lui imposer une position, des directives, un sens, une destinée, une apologie au fait qu’elle accouche, alors qu’il s’agit de la laisser tranquille, de la mettre en sécurité afin de lui permettre de cesser penser et qu’elle entre dans SA transe : celle de la mise au monde, conjointe d’elle et de l’enfant. Cela date de la même époque que celle de l’invention de la valeur en valeur d’échange qui est l’exacte inversion de la valeur d’utilisation, du vécu (et non pas d’usage, qui est un non-vécu et est la justification de l’échange). Le vécu s’est alors changé en art, en « travail », devenant ainsi l’unique source de la valeur d’échange sur la base du phénomène naturel de la grégarité, transformation en objet séparé du vécu, c’est-à-dire : vu de loin, accessible à un autre qu’on jalouse. Dans de telle conditions, s’il n’y en a qu’une, quelle est la solution ?

Je ne vois pas dans la découverte de la question, l’obligation d’une solution. Néanmoins, je peux en avoir une, mais elle ne sera pas celle-là qui convient, puisqu’elle contient encore la question (c’est comme cela que je pense). Je veux dire que c’est parce que j’ai déjà une solution que j’ai pu énoncé à cette manière, la question. Souvenons-nous du cailloux et des ondes de l’eau et de ce qu’est la pensée (on peut étendre la perception de ce phénomène à plusieurs opérations différentes, et c’est intéressant : l’œuf et la poule sont la même chose, donc l’une a donné l’autre et réciproquement). L’art de brouiller les pistes pour ne pas trouver la question passe par l’énonciation d’une solution. La solution posée, la question est la même : déjà la méthode ne tient pas debout. Il faut changer de paradigme, on l’a bien dit souvent, non ? Mais quel peut-être un paradigme qui n’a jamais été pratiqué ? C’est le propre du paradigme de ne rien dire sur ce qu’il est. Alors…. qu’est-ce qu’il n’est pas !?!

Qu’est-ce ce que n’est pas un paradigme ? Un paradigme, c’est « une manière de » se pencher sur la question sans en avoir l’air. Ainsi, on n’est responsable de rien, finalement, car on n’a que lui pour sa propre référence. En conséquence, c’est quoi « on n’a que lui pour sa propre référence »  ? C’est qu’il n’y a qu’un seul objet : l’objet. Quelle est donc l’influence de l’objet dans la socialité humaine (elle qui l’a si fièrement inventé !) ? Cela devient presque obstinationnel (obsédant) de désirer répondre à cette question : « Pourquoi le monde est-il ainsi ? ». J’ai beaucoup aimé l’explication de Sigmund Freud et de Wilhelm Reich sur ce fait remarquable qui est d’avoir une sexualité qui se pense ; qu’on a pas tout à fait résolu le problème, et que les maladies « psychiques » (affectives) ont chacune leur particularité spécifique fonction de la complexité du problème : comment il se pense, lui, en tant que problème ? Et comme la personne humaine est un être qui se réfléchit sans en jouir sinon que par cette pensée, peut-il trouver de solution au fait de devoir penser et de ne pas penser sans se prendre en main ? Chacun à sa manière, a donné le la de la solution : se laisser aller au laisser-aller. Jeune, plus impétueux, Reich a reporté le tout sur la sexualité, alors que Freud, moins aguerri, a préféré sublimer. Le cailloux et l’onde…

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Une réflexion au sujet de « Transologie 2 »

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