Transologie 1

La première des transes, la plus vitale et la plus virale en son genre, c’est le sommeil. Cette transe est si profonde qu’on n’en peut pas même l’usage de l’usage de soi, en soi.

La seconde, c’est l’orgasme. Alors on va me dire qu’il faudrait attendre jusque l’âge de 12-15 ans pour y accéder ? Ben non, bien sûr : avant même notre propre naissance, nous avions des orgasmes, et parfois de loin ! Mais cela paraissait tellement naturel qu’on ne s’en ai jamais posé la question : on le vit, et c’est d’ailleurs la seule chose qu’on peut faire dans ces moments-là. Alors, penser ? En nous concentrant sur le centre de l’intérêt, la pensée est l’onde du cailloux qui est tombé dans l’eau, certes en tant que vécu, elle vient après que la chose soit vécue. Il n’est donc possible de le décrire, cet orgasme, qu’après coup et encore, en attendant celui qui vient pour en être le plus proche (ou pour les curés, les militaires, les matons et les politiques : le plus lointain) possible : c’est sa vertu, à la pensée : de voir après et nous ne pouvons mettre en doute qu’elle ne peut décrire que ce qu’elle n’a pas vécu, comme la plume précède le gros du vent, mais loin derrière la brise.

La pensée bien vécue est une transe. La pensée est tellement complexe dans son autre chose que s’en est étonnant ; et cet étonnent-même est source d’interrogation, lorsqu’on a conservé une bonne fraicheur, source de plaisir : on peut jouir de la pensée. Et je trouve cela formidable, de pouvoir jouir d’une chose aussi insignifiante qu’elle ne peut remuer une montagne qu’à l’aide de quelque chose, car en soi elle ne peut rien. Vous bouger le bras, le bras bouge ; bougez la pensée, rien ne se passe – à moins qu’elle ne soit émotion, bien sûr. Elle est parfois si légère qu’on lui octroie le privilège d’être « apesantique », non sujette à la pesanteur.

Et je suis particulièrement fier de penser en français, la langue transensuelle par excellence. « Non sujette à la pesanteur ou l’apesanteur ? » : c’est une langue géniale. Une transe de plus. Mais il faut que je sois en forme, tout de même : si ma capacité à jouir est amoindrie, amoindri sera aussi le plaisir qu’on peut en avoir.

Jouir de sa pensée, ou de celle des autres, a quelque chose de sexuel : on éprouve comme une sorte de correspondre au plus près de la question dans le plus d’économie possible : la jonction des mots, on ne sait d’où ils viennent, tombent comme dans un puzzle dont les formes se créeraient juste au moment où un mot tombe dans la réalité pour s’y coller comme deux amoureux entre eux. De plus, ça fait absolument ce que ça veut : on a juste à donner une petite impulsion ici ou là, pour qu’elle s’enraille tout de suite sur un chemin dont on ne sait où il va ! La pensée, c’est quelque chose d’absolument étonnant. Je ressens parfois sa lourdeur au front, alors qu’elle n’est pas même capable de soulever un duvet d’eiders. Quelque fois, je me demande si ce n’est pas elle qui me fait mal à la tête, mais les localisations de ses céphalées n’étant en aucun cas prévisibles, je ne peux en être sûr, à moins d’admettre qu’on a une pensée multiple, ou qui court dans votre cervelle, à pas de chaton.

Comme je l’ai dit plus haut, il y a aussi la transe sexuelle : le jeu avec (ou) les (des) organes génitaux. Et au fur et à mesure que les âges s’accumulent, on a le désir de la vivre à deux. Chouette, les deux sexes sont différents, complémentaires et correspondants ; étant par ailleurs disponible pour une projection du plaisir que ressent l’autre (attention, avant d’y penser, après, c’est de l’artéfact) dans une quasi instantanéité. Tout dispose au plaisir de cette transe ! On sait que c’est celle dont on demande de jouir le plus et qu’elle est pourtant si peu atteinte : quelque chose nous interdit son excès, la peur de son excès par son accès.

Une transe ne peut être excessive, sinon ce n’est qu’un simulacre de transe, une sorte d’intelligence artificielle ; c’est un fonctionnement binaire (non pas le mien, mais celui qui pense à l’excès : si, de désavantage, il en a peur, elle sera toujours excessive ; s’il ne la craint pas, ça passera avec de bonnes rencontres).

Ce que je veux dire, c’est que la transe, on la voit et la vit partout et la plupart du temps. Revenons-nous en à notre  « valeur » et l’échange de l’objet. Il y a deux voies : où l’objet sert de moyen à l’échange, ou bien l’objet a une valeur en soi susceptible de créer un objet tiers qui servira d’étalon affectif à la première. Ici, dans l’échange de l’objet (et l’objet disparait dans cet échange) elle est, pour ainsi dire, le plaisir de le faire, de se réaliser à travers l’autre ; là, l’objet est le but de l’échange. C’est-à-dire que le plaisir de la transe ne passe plus dans le moment, mais dans sa matérialisation : il faut un objet pour faire un échange de sorte que cet échange ait quelque valeur. La transe n’est pas la même et ne procure pas du tout le même plaisir : ici il se concentre dans le corps en tant que vécu, là dans l’objet en tant qu’objet de transe. Je me suis dit qu’il y avait une telle différence de sensation entre cette transe-ci et cette transe-là, qu’il fallait bien qu’il en existât deux. Mais finalement, je me suis dit (en prenant le critère du plaisir vécu de la vie) qu’il devait y en avoir une de malade, comme malheureuse imitation de l’autre.

Pour plus d’objectivité dans ma description, je me place du côté de la saine. Je ne comprends pas comment les gens font pour, réciproquement, se faire du mal. Je ne dit pas que je veux vivre dans un mode de caresses, etc, non, je dis qu’il est possible de vivre ensemble de manière satisfaisante. Hébé non… pas possible : tout est organisé pour la possibilité de faire du mal à l’autre (je vous l’ai dit, j’ai pris la poignée de la transe saine). C’est compliqué : il faut ceci, cela, et ceci et cela et on n’y arrive pas, mais on continue. Il faut des milliards d’années cumulées pour y arriver. Toujours ça faillit et tombe dans la faille. La chute, quoi. Badaboum. Qu’est-ce qui fait que la transe malade l’est ? Voici une question très intéressante et l’astuce sera simple de montrer que la valeur d’utilisation n’a rien à voir avec la valeur d’échange et d’autre part, que moins j’ai d’avantages, davantage elle sera malade ; c’est facile à prouver, non ? Voyons.

En fait la transe n’est pas identique dans l’utilisation que dans l’échange. C’est ce que je disais : l’affectivité va chez l’autre, ici, et là elle va à l’objet : qui est le plus vivant, l’autre ou l’objet ? La transe malade va me dire que l’affectivité est reportée sur un objet, mais cet objet est-il apte à la projection quasi instantanée du plaisir de l’autre ? « Quoi en faire ? » dira son contraire. Je me souviens, en jouant au docteur avec mes sœurs et mes cousines que j’éprouvais autant de plaisir à être malade que docteur : c’est si merveilleux ici de se faire toucher de ces doigts de désir et là de toucher des doigts du désir (par désir, j’entends 75 % de curiosité, 5 % d’appétence et le reste de joie minorée d’un peu de culpabilité, mais peu, très peu, car le plaisir est alors suffisamment fort pour ne pas s’ennuyer de ce genre de tare). Et, c’est un plaisir sain : sans culpabilité, voilà, ni douleur ressentie ou infligée.

Mon propos sur la transe est de démontrer qu’on ne pourra atteindre la remise à l’endroit de la « valeur » qu’en admettant que la transe, aujourd’hui vécue dans l’échange, ne correspond pas à ce qu’on en attendrait, dans la possibilité donnée de pouvoir le faire. On sait que cette transe est une impasse, que l’échange des objets pour l’objet, est une impasse dont on voit l’échec au déplaisir du vécu : on le sait, on le vit, on l’induit. À moins d’être malade, on ne peut s’en satisfaire ; et malade, pour quelle satisfaction d’ignorant ?

Il faut d’abord admettre qu’on en verra jamais, soi, le résultat, mais deux générations plus tard. Il faut faire preuve d’humilité face aux adolescents qui demandent quelque chose, de les écouter, de leur laisser leur avenir en main, car nous avons loupé le nôtre, au moins au présent. Ensuite, il faut forcer la main du destin en donnant une véritable égalité à la femme, par tous les moyens sociaux disponibles, et leur laisser le bon-vouloir de se réunir entre elles. Tous les postes doivent être mixtes : une femme et un homme, sachant que tout le monde vote pour le représentant, seules les femmes votent pour leur représentante ; et ceci à tous les niveaux de représentation. Il faut donner gratuitement (et obligatoirement ?) une formation de policier à tous les citoyens (en français, ça veut dire à tous) qui durera quatre semaine, avec notion de consensus, et de résolution des problèmes sans violence excessive, car on la reconnaît et, comme la valeur, elle est un affect, une expression de l’organique.

[« tou-te-s les citoyen-ne-s », c’est amusant ce signe surnuméraire qui qualifie et les mecs et les nanas : tous, ça suffit, non ? Ha ! on veut souligner que la femme est minorée, ha bon ! Et le projet c’est d’égalité ! Si on dit « tous » avec ce qu’il signifie : tout au pluriel, a-t-on besoin de spécifier mâle et/ou femelle ? D’ailleurs, c’est ou l’un ou l’autre, pas l’un et l’autre, toute le monde le sait ! Ce sera plutôt des dispositions sociales (puisque la pensée vient après le caillou) qu’il faut adopter et le plus rapidement possible, et se focaliser là-dessus, focaliser l’attention de tout le monde (hommes et femmes), ce forçage de l’égalité, plus simplement qu’une graphie.]

Et par la remise en cause du travail : quoi, quand, comment, pour qui, combien, pourquoi ? Le travail doit cesser d’être une transe, non d’un chien, car elle bouffe le cerveau, comme la maladie l’alzheimer, elle ramollit les chairs comme le citron le poisson, elle est une perte de temps comme le rêve est un espoir égaré, et elle pervertit les mœurs comme la marchandise l’amour.

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