Après que de la chair

On aura beau dire on aura beau faire
Lorsqu’on dit de moi que je n’aime que la chair des femmes
Est idiot, car je cherche principalement la complicité.

Bien sûr, la beauté mature est importante
Éveillée, intelligence sexuée, dégourdie,
Jeune comme une pucelle déjà perdue, ou une
Fleur qui se promenait par là et s’est couchée ici
Ou celle qui ne marchait pas mais dansait
La chair féminine y est pour beaucoup
Mais ce que j’aime par dessus tout ce
Sont ces moments de complicité qui rendent
Si riche la vie qui passe : ils sont au-dessus de la chair !

On ne voit de moi que cette truffe humide
Ce flairisant à la tête mouvante et pointée en avant
Sans penser que je suis seul et la trouvaille est
Pour moi d’un intérêt vital et vitalisant
Tous les détraqués sont comme ça ! Seules les femelles
Ont les moyens différents, mais toutes aussi adaptées
À cette tâche on pourrait dire : complémentaire.
Mais on en sait pourquoi, on ne remarque que moi !

Je ne suis pas très blanc, ni noir, ni d’aspect
Nord-africain, ni d’ailleurs (quoique les yeux peu bridés)
On dirait que tout le monde me remarque !
Ça paralyse parfois, et cette paralysie
Rend sans doute les gestes gauches, n’est-ce pas ?
Une fois, une femme m’a carrément dit
« Arrête de montrer ta bite à tout le monde ! »
Une autre : « on dirait que tu as toujours la bite à la main, non ? »
Tout cela à cause de la solitude, enfin…
Du manque de complicité, c’est dur.
C’est ce fait que la complicité est si rare et si recherchée,
Finalement, et vous pousse à la trouver ; et on sait
Que plus on a faim, à un certain stade,
Quoi qu’on puisse penser sans être goulu,
Et qu’on vive dans la culpabilité suprême,
On mange avec les mains et on boit au goulot.

Ce qui fait que je me suis toujours demandé
À qui je plaisais et pourquoi j’en tombais
Amoureux : sincèrement, je ne le sais pas.
Au début, surtout, je libère, je donne de l’air
J’agrandis le limité pour l’ouvrir aux bornes
Au moins, je ne m’ennuyais pas : la conquête
De ces espaces laissent beaucoup de champs
Inconnus et au fond de soi, le charme de l’inconnue.
Toutes, elles m’inspirent par leur présence,
À chacune au moins une création, et toujours
De poids, de volume et d’importance.

Et puis, bing (qu’on prononce bin-gue) le
Truc qui glangue. Ho ! une petite alerte !
Et c’est la déchéance qui commence à
S’incliner sur la glissaison de la finale.
Et j’ai beau le savoir, essayer de m’en prémunir,
Le voir venir, ce jour funeste mais pourtant indispensable
Ce jour de la séparation obligatoire, toujours
Il me fait mal, mais très mal, d’une douleur telle
Que j’en perds la tête, submergé par la souffrance
Désespéré, broyé par le chagrin, tordu par
L’impossible, tailladé par l’absence, torturé
Par cette perte de la complicité si vivante
Et vivifiante. À chaque fois la question de
Savoir comment cela a-t-il pu bien se passer
(enfin : mal, en l’occurrence), quel est
Ce manque de compromis auquel j’aurai échappé ou éludé,
Ignoré, ou repoussé ? quelle lassitude ? Quel médiocre as-tu fait
De ne pas pouvoir rattraper une telle sottise ?
Et toujours, la sexualité : une complicité
Sans baise, n’en est pour moi pas une.

C’est donc sur ce chapitre que j’atterris tout le temps
La culpabilité.
Il ne peut qu’y avoir culpabilité quand on est seul,
Ne serait-ce que parce qu’on ne peut s’adresser à personne.
Ce n’est donc pas si facile de ne pas le savoir : le maso
N’est pas d’être gonflé de culpabilité, il est aussi cette
Incitation à le faire savoir, vous comprenez ?
C’est important (bien qu’à mon avis
Cela se reproduira toujours) de reconnaitre
Qu’on parle toujours en coupable à quelqu’un,
Même Émilio !

– Alors comme ça, les rencontres ne sont
Que des rencontres de solutions au problème
De la culpabilité ?
– Souvent, oui. Et le frémissement qu’on ressent
De la sentir se dissoudre est délicieux…
jusqu’à un certain point où,
soit c’est intolérable,
soit on en a marre,
soit vous avez dépassé votre maître.
De toutes façons, vous en faisez les frais !
Il faut s’en faire une idée. La culpabilité
Est le diable de la relation humaine, non
Seulement le diable, mais le bâton du diable,
Celui à trois dents pointus qu’il vous pique
dans les fesses lorsque vous n’allez pas assez loin
Pas assez fourbe, incorrect, honnête, responsable
Dans la séparation, dans la dissociation,
Dans l’inflammation des gestes et des mots.

Immanquablement, se passe en moi qui n’en maîtrise
Rien, ne le voit pas venir, je provoque le geste qui tue.
Le geste lamentable, infantile, comme une perte du présent,
De l’être-là là devant vous qui vous tue.
Il y a des fois encore, je culpabilise d’avoir fait si mal.
Mais le mal est fait, a été fait et sur lui, point de pardon.

Non, il faut éviter de voir les choses sous cet angle unique.
Il se peut aussi que la relation était arrivée au bout d’elle-même
Que le grenier de nourriture que vous aviez emmagasiné au cours
De votre solitude s’était vidé, et certes à la mesure
Du remplissage des jouissance communes,
Et que, de consomption s’est déjà éteinte trop pour tenir
Sous la fraîche lumière pour encore agréable.

Donc, cette souffrance de la séparation, si on peut
Dire qu’elle est proportionnelle à la frustration du manqué
Est pour une bonne part votre propre souci
Et que, comme la culpabilité est de la nature humaine,
La séparation aussi.

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