Le travail comme avaleur de l’occupation

Comment vous demander de croire à quelque chose à laquelle vous n’avez jamais pensé ? Non, ce n’est pas possible, car on ne peut croire sans savoir ce à quoi on croit… ou veut croire. Je ne peux donc vous demander de croire à ce que vous ne connaissez pas encore. Je vois que nous avons un point commun pour continuer…

Nous avons établi que la valeur est un affect, c’est-à-dire, une émotion qui se réalise dans un objet. Ce n’est pas que ce soit difficile à comprendre, mais il faut du temps et de la ténacité pour arriver à ce point théorique où la relation naturelle de l’humain passe précisément par cet objet : l’objet. Quand je parle d’humain, je parle de la multiplicité des personnes qui compose ce groupe animal.

Ensuite, le filigrane se faisant deviner, il apparaissait que la réalité actuelle de la valeur ne correspond pas à celle qu’un tel affect nécessiterait. Nous voyons partout comme une déformation de cet affect, la valeur, ou tout au moins un usage qui en est fait interroge par les misères qu’il génère. Pourquoi cela-t-il donc… On voit bien les blessures, les cicatrices, les déchirures et les caprices, les meurtrissures et les vices que la pratique de la valeur initie, sans qu’on en soit vraiment conscient, tant cet affect a de puissance sur les consciences, dans notre vie de tous les jours. L’hypnose de la valeur et les règles qu’elle édicte ont certes fait l’objet d’étude et de compte-rendus, mais, toujours en pratique, la solution à ce malheur circulant comme l’eau le sucre, ne l’on en rien fait fondre.  « L’énigme restait cachée à elle-même… comme trouver de solution ? »

Je vais demander au lecteur de me suivre sur la voie un peu moins pavée que tout à l’heure, mais qui semble aller plus directement à notre but : celle du repos, d’une bonne bière et des chansons féminines aimant l’homme. Mais à quoi donc l’humain utiliserait-il son temps s’il n’était obligé d’en être traversé ? Boirait-il comme un trou pour chercher à vivre encore plus intensément la vie ? ou bien pour détendre ces muscles qui forment et meuvent notre corps. C’est toujours intéressant de s’apercevoir que des humains vivant dans une société (celle qu’ils composent),exempte de production technologique, n’ont jamais ou si peu l’impression de « travailler », alors que nous, les ceux-ce qui produisent et reproduisent la hausse démentielle de la température moyenne adaptée à la survie d’un max de vie, ne faisons nous que « travailler », ne pensons nous que « travail », ne visons nous que par le travail, ne respirons nous que pour exhaler du travail. C’est qu’hors de la technologie (l’agriculture), on ne travaille pas : on s’occupe. Tout simplement on s’occupe. Même le paresseux s’occupe : il passe le temps à s’occuper, si tel est son enchantement.

Nous nous retrouvons donc avec deux notions de l’occupation : pour elle-même ou pour un patron. Dans la première, il n’y a aucune rétribution, émolumentation, salarialisation, actionnariatisation, et j’en passe ; tandis que dans la seconde, il y a tout le contraire : ça fait pencher le fléau de la balance dans un sens très glissant, savonneux même. Ne me demandez pas où j’ai pu bien un jour attraper au vol une telle idée : je suppose dans mes paresses et mes ivresses et ces caresses sur tes fesses : je préfère rester avec toi ce matin plutôt que d’aller au boulot. Oui, je sais : cela demande une certaine force de caractère, mais, chez moi qui suis plus faible, le seul plaisir de rester avec Isabelle surpassait tout l’argent du monde et m’en détachait. La récompense, mes amis, c’est la douceur de sa peau, le toucher de sa peau et son odeur, sa cyprine et ses petits gestes qui vous surprennent toujours et vous émerveillent, et je suis déjà gâté ! Non, en plus, il y avait eu le plaisir de ne pas aller au travail car on est avec une fille superbe et qu’elle va aiguiser vos sens pendant des années.

Ainsi, l’affect et la valeur ont-elles une relation immédiate : je l’ai déjà dit mais la progression n’est pas passée par le même chemin, et on sait que la valeur a beaucoup beaucoup de cheminements affectifs, sociaux, amoureux. La valeur possède en fait deux aspects : un (je doute qu’il ne soit pas l’initial) où l’élément moteur est la qualité de la relation dans laquelle le tiers (l’objet) n’est pas l’objet mais la relation ; ou un autre où il ne s’agit que de quantité : combien d’heures, pour ta paye, tes courses, le peu de tes rapprochements sexuels, le temps que tu consacres à ne pas passer ton temps à le passer sans qu’il t’enivre : un temps pour un autre. On saisit la différence, mais on ne l’intègre pas, car l’occupation a perdu de son âme. Alors, la glissance s’accentuant au gré de la pente comme j’aime me perdre des yeux d’entre tes seins, la valeur  se vit d’ici ou de là et nulle part ailleurs : la qualité et la quantité dans un aspect exclusif. Et si la qualité de la valeur est un affect modifiable par celle des amours, nous constatons abruptement qu’une fois dans l’une on oublie l’autre ; ou inversement, quand on est dans l’autre, on est en soi sans autre objet que soi à travers l’autre. Hélas ! aujourd’hui, on ne s’occupe plus, on vous occupe à vous occuper : on vous occupe à passer votre temps à autre chose que ce à quoi vous vous sentez destiné, ou alors que votre temps se réaliserait dans votre destinée. Or, cela n’est possible que dans l’occupation, pas le travail.

Mon présent but est d’essayer de vous faire ressentir la différence entre passer son temps à s’occuper (du point de vue du travail) ou bien passer son temps à travailler. J’escompte que vous ayez compris le plus important et je poursuis. J’ai sur mes épaules la charge affective de l’accusation d’erreur de l’humanité lorsqu’elle a choisi de se dévoyer de la valeur qualitative pour se vautrer dans la quantitative : quel plaisir pouvait-elle donc éprouver à une telle anesthésie des sens ? Ha ! la douleur ! Mais quoi ? Faudrait-il que nous vivassions comme des minéraux ? Insupportable ! Ha oui ! celle que vous inflige autrui ! Mais qu’est-ce donc cet objet qui l’a conduit dans une telle impasse… la torture. La valeur a donc une relation avec la souffrance de la torture et/ou la torture de la souffrance. Mais quelle est-elle ? Quelle est cette souffrance qui la rendrait malade ? Vous savez… je suis très paresseux surtout dans les bras d’une femme qui, jusqu’à maintenant, m’aime : j’ai une sensation de chair, inimitable, vécue, intégrée, amollissante comme l’est l’eau pour le sucre.

Karl Marx s’est penché sur la qualité du *travail* : il n’a pas saisi la dichotomie. Jean-Pierre Voyer, dans son « Reich mode d’emploi », dit que « même les animaux travaillent » (alors qu’ils ne s’occupent… qu’à chasser  – mais c’est à temps plein ! –, à dormir – mais c’est à temps plein ! –, etc. – mais c’est à temps plein !). Il y a une erreur : le travail est déjà une altération du vivant, du vécu vivant, d’un affect ; un vécu et non pas un point d’appui indispensable à l’existence de l’humanité. Les garçons et filles de Palim Psao ne pensent le travail que comme occupation normale, mais sujette à la valeur marchande : on ne devrait pas travailler – oups : mais quoi faire d’autre ? C’est un pas d’envergure (j’ai fait des traductions spontanées pour eux) mais c’est un saut d’oisillon qu’il reste à faire. Dès lors qu’on concède que la valeur est un affect, on comprend tout : que la sexualité (émotion centrale de l’affect) détient une importance de poids. Lorsque la valeur est qualitative, la satisfaction issue du rapprochement amoureux fréquent est dominante, tandis que le contraire montre une sensualité de misérable, de valeur-heureux. J’en ai connu : c’est sans doute les plus hypocrites, tant ils cachent leur impuissance sous des atours clinquants et verborateurs. L’affect s’est caché devant la valeur et celle qu’on y donne a d’autant plus d’importance qu’elle vous fait miroité l’espoir, ici de plaisir, là le gain. L’espoir est du vent, certes chargé des senteurs du bonheur, mais du vent pour certains et de l’espoir pour d’autres ; mais plus on le charge  d’espoir, plus l’espoir voit le vent tisser la trame du bonheur : c’est cette quantité d’espoir qui est la valeur quantitative : il faut un plus à ce qui est car ce qui est est (vécu comme) du vent, est vide.

On sait que quand on parle de sexualité, on parle de plaisir ou mieux, de satisfaction, ce qui est encore plus restrictif. Je suis obligé de pointer de ma verge d’osier la sentence du rapport du travail sur cette satisfaction comme préoccupante : il n’y a aucune conjonction entre le travail et le plaisir, ni entre le travail ou le plaisir et encore moins, à moins d’être maso, en étant entre les deux.  L’un et l’autre sont dissociables, irrémédiablement. Car lorsque le « travail et le plaisir » se marient, il s’agit d’occupation, et plus particulièrement : *sociale*.  Je vais prendre un exemple ethnologique : dans un village où la sexualité ne reçoit aucun tabou sexuel déluré des moralistes mous de la queue, il y a des jardiniers et des pécheurs. En général, un jardinier est complice d’un pécheur et vice-versa, bien sûr. Imaginez-vous que le jardinier comptât le nombre de poissons et que le pécheur calculât sur la quantité d’ignames ? Quelle honte ! Non : chacun apporte au plaisir commun de se rencontrer et de *recevoir* (le don que Mauss a juste compris) comme meilleur de lui ou d’elle et d’eux deux, l’objet tiers qui nous unit dans cette satisfaction de se réaliser à travers son complice de plaisir. Le capitalisme est un mauvais calcul sur l’humain qu’il ne (se) voit que vénal. Mais la vénalité qu’il regorge est cette même maladie : la vénalité est une valeur corrompue par l’abnégation désirée de l’autre en votre faveur : disparait l’égalité des affects, du vécu ! Ainsi, l’intensité du vécu comme objet est directement proportionnelle à l’affectivité portée sur l’objet en tant que séparé, en tant que « fétiche » dirait Marx.

Et là vient à la rescousse notre ami Freud : le fétiche est l’amour « génital » déplacé dans un objet. Le travail est un substitut à la masturbation qui n’aboutit pas (ou dont l’objet n’est pas l’orgasme) à l’orgasme. Le travail est une sublimation de l’angoisse d’orgasme !

En résumé, ce n’est pas le travail qui fait parti de la vie, c’est l’occupation et sans doute, d’autant plus social que l’animal est social. Le travail est un détournement de cette occupation à des fins mercantiles. Tous les animaux s’occupent (de trouver à s’abriter, à manger, par le soin donné à leur progéniture, etc.) : aucun ne travaille, sauf l’humain car un affect tournant autour de la valeur est chez lui malade.

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