Inflammation de classe et cuirasse

Dans mon précédent papier, j’ai essayé de démontrer les deux formes de la valeur à partir du prestige que le résultat de l’application de ces formes procure à une personne ou un groupe. Y a-t-il un rapport avec la valeur d’usage et d’échange de Karl Marx ? Oui. Je pense que je me place quelque part ailleurs que du strict point de vue économique (l’acquisition et la gestion des gros sous par la gestion du travail d’autrui comme moyen de prestige et le fétichisme qui accompagne ce travail) qu’on a fait de la théorie du travail et de la valeur de Karl Marx ; j’en parlerai dans un papier ultérieur.

Le prestige étant le résultat d’une palabre (même unidirectionnelle comme dans la publicité ou le tyran), c’est ce qui l’entoure qui spécifie dans son mode social la valeur qualitative ou quantitative. J’ai tenté de poser ma question : Pourquoi des humains exploitent-ils des humains, car selon moi, il faut avoir une certaine disposition d’esprit (un état d’esprit) pour pouvoir induire en misère ses congénères. En fait, au lieu de prendre, comme Marx, l’humain dans ses rapports de classes (ce avec quoi je suis entièrement d’accord, mais pourquoi donc cela ne change-t-il rien ?), je cherche la faille dans l’affectivité de classe, la structure caractérielle de classe, la faille du rapport affectif entre égaux et de l’égalité entre les amis.

Bon… pour cela je suis obligé de passer par cette structure caractérielle qui maintient ces rapport de classes. Si pour exploiter autrui il faut un certain état d’esprit, pour accepter cette exploitation, il faut aussi un certain état d’esprit, cela nous le savons bien. Cela nous désole car nous pressentons que cet « état d’esprit » est le très gros rocher qui bouche la sortie de la caverne et espérons que le capitalisme qui, malgré sa scrutation continuelle des idées et des pratiques révolutionnaires, par la fameuse ruse du mélange aux moutons, nous permettra de nous en sortir. C’est un rêve de jeune fille ! La structure caractérielle est à l’intérieur de chacun, forme son caractère (l’adaptation de l’individu à son milieu) lequel est un schéma de réponses quasi identiques à un grand ensemble de situation, considérant qu’en dehors de ce grand ensemble, c’est la panique. J’ai par ailleurs décrit, à partir de la structure du spectacle et en prenant pour base les caractères de Wilhelm Reich, cinq de ces caractères qui structurent notre société, comme quatre pièces d’un puzzle, puisque le cinquième est celui qui ne s’y intègre pas ou assez mal.

Il me manquait le comment ça marche. Wilhelm Reich nous a montré que le caractère est une structure globale de la personne : une structure bio-psychique ou neuro-musculaire. C’est d’abord une adaptation à son milieu, adoptée dès les premières agressions (qui ont lieu parfois in utero) pour se conserver dans la mesure du possible vivant, même déformé. Mais cela a un prix : la restriction du mouvement possible, car l’organisme (même in utero) opérera toujours par un retrait face à l’agression. La cuirasse caractérielle sera la sclérose de ce retrait, et nous avons tous conscience de la variété des agressions possibles… qui donnent autant de scléroses bio-psychiques possibles.

Une lumière se montre lorsqu’on comprend que cette sclérose, effectivement à la fois nerveuse et musculaire, apparaît et progresse d’une manière très simple, puisque le résultat ne doit pas se faire sentir : on ne sait pas qu’on est cuirassé, sinon que lorsqu’on panique devant une situation devant laquelle on ne s’est pas préparé ; et cette situation peut être autant génératrice d’un déplaisir que d’un plaisir excessifs, qui excèdent les possibilités d’adaptation acquise de la cuirasse face à la vie. La réaction qui s’ensuit est de la rage suivie de la résignation (ou plus pudiquement : de la dépression).

Ce comment m’a intrigué au plus haut point pendant longtemps longtemps, car, m’imaginé-je, la solution réside dans sa description. Je laisse le lecteur juge de cette perspicacité.

La structure caractérielle permet de ne plus percevoir l’environnement dans ses aspects agressifs. Pour se prémunir contre de telles indispositions, comme je l’ai dit plus haut, il faut un retrait de la sensation qui correspond exactement à un retrait du nerf qui la perçoit et aussi à la contracture du muscle  ou de l’organe auquel ce nerf (cette sensation) se réfère. Ce retrait n’est pas dans un premier temps conscient : ce sera le système de protection autonome du sujet qui agira au plus vite et au mieux. Si cette perception persiste ou revient périodiquement, ce retrait va lui aussi persister ou se contracter périodiquement. Cette sténose du mouvement, cette inhibition de la pulsation habituelle de l’ensemble de la structure corporelle, se manifestera pas une inflammation de l’appareil sur lequel s’opère ce retrait. Et (pour faire suite à mon papier sur l’inflammation et le collagène), cette structure neuro-musculaire (chacun à sa façon) va se protéger par du collagène. Les nerfs vont s’entourer de collagène, les muscles vont se renforcer par l’intégration de collagène. Ici, rien d’anormal : c’est un processus naturel, comme les cals aux mains ou aux genoux. La cuirasse, elle, correspondra à la glycation de ce collagène, c’est-à-dire à la perte de sa souplesse par intégration de sucre : cela signifie que l’énergie qui devrait être habituellement dispensée par le mouvement, va se scléroser dans le collagène, lui-même fruit de l’inflammation dû au retrait de la sensation. Et de désir, le mouvement devient rêve, car le but et le résultat sont de l’assoupir.

La cuirasse (le collagène glyqué) restreindra la respiration (contraction-détente) de la partie nerveuse et musculaire, et créera principalement une crainte dans les détentes, crainte qui se manifestera par une contraction subite et spasmodique de cette partie de l’organisme puisque le nerf n’a plus la souplesse suffisante pour admettre éprouver une telle détente. Au surplus, le collagène isolera la partie nerveuse du monde qui l’a agressée, lui ôtant une grande partie de sa perception. Cette collagénisation des nerfs poura aussi bien induire une anesthésie des nerfs les plus lointains, à la mesure de sa progression, jusqu’à en empêcher le fonctionnement normal, de sorte, par exemple, qu’il ne puisse plus y avoir de possibilité d’excitation et d’érection vaginale ou pénienne. J’ajoute que le nerf entre en vibration car il perdure dans sa fonction de percevoir et de transmettre – c’est à dire de transpirer le monde –, vibration qui matérialise son hésitation à respirer, à percevoir les sensations d’organes : son incertitude relevant de sa crainte et de son désir de vérité, c’est-à-dire de détente (« … c’est  vrai ? … c’est faux ? » ad nauseam). Cette vibration n’est pas constante et est plus ou moins amplifiée par les ondes électromagnétiques ambiantes.

C’est du fait que le collagène d’apprentissage engaine les nerfs et, de plus, s’est glyqué (c’est-à-dire raidi) que l’énergie fluide correspondant à leur détente est stoppée par spasmes (« Oui ? Non ? Oui ? Non ? etc. ») et se change en angoisse (« Non ! ») : c’est ainsi que se manifeste la cuirasse caractérielle, aussi bien dans, la perception du monde et de soi, l’approche de la compréhension du monde, que ses propres désirs d’y correspondre, allant même à la résignation de ses désirs de plaisir de vivre, car rien n’est plus douloureux que l’angoisse spasmodique.

Comme moindre mal, le yoga ou une autre technique d’assouplissement, va effectivement assouplir la structure caractérielle, et un régime alimentaire va dans une certaine mesure dé-glyquer (lui soustraire le sucre) le collagène, la structure neuro-musculaire modifiée dans le but de moins sentir le monde agressif ; mais il ne va pas modifier le pourquoi de cette structure : la raison du retrait, de la peur face à l’agression pressentie de l’environnement. Une variante de yoga nommée tantra cherchera à repousser au plus loin la perte de soi dans l’autre liée à l’orgasme, car ce pourquoi est, précisément, en tant que conclusion de cette adaptation, la peur de l’orgasme. La vie se passera ainsi selon des pseudo-orgasmes, tolérés par la structure sociale et aiguisés par le fait qu’on en approche de si près, sa morale elle-même corroborée par la structure caractérielle des gens qui la composent. En mettant de côté l’aspect purement grégaire de l’affaire, le rêve de mouvement se retrouve par exemple dans le supporter et ses cris, plus ou moins assis et gesticulant devant le spectacle de ce mouvement qu’il nomme « sport » pour le fétichiser. S’il le pratique lui-même, ce sera pour se rendre plus performant et il recevra une médaille de métal pour preuve de rigidité caractérielle aboutie (quand j’étais petit on avait au moins droit à une médaille en chocolat, pas toujours très bon, mais quand même !).

Le caractère, maintenant que nous savons ce que c’est, va nous permettre de comprendre pourquoi tant de révolutions qui rêvent de s’en sortir, échouent sinon qu’à devenir une évolution dans l’assouplissement des liens sociaux, lorsqu’elles ne versent pas dans la tyrannie. Les gens apeurés ont besoin d’une structure sociale rassurante répondant à la leur qu’ils retrouveront dans un gouvernement structurant. À ceci près qu’il s’agit d’une collusion patriarcale entre les entrepreneurs et les gouvernants, dont la structure caractérielle leur autorise le malheur de leurs congénères par la malnutrition, les médicaments, la télévision, les réseaux sociaux et j’en passe, pour satisfaire leur rêve de mouvement, la richesse par leur malveillance en maintenant perpétuelle cette structure caractérielle du spectateur, ce rêveur de mouvement.

Se défaire de la glycation du collagène n’est pas chose facile, pas du tout. De plus, le processus va induire une inflammation qu’il va falloir savoir calmer ; et désenflammer par les moyens qui l’ont induite,  ramènera au point de départ. Donc, la première des choses à faire est de ne pas la faire contracter, essentiellement auprès des enfants et en protégeant la femme enceinte d’un maximum d’agressions. On a constaté que les échographies prénatales ne sont pas si bonnes pour le fœtus, qu’il faut s’en garder ; que les perturbateurs endocriniens lui sont un poison dont il faut savoir la prémunir ; que les pollutions liés aux hydrocarbures (voitures, intrants agricoles et autres centrales) comme celle liée au nucléaire lui sont néfastes et qu’il faut l’en éloigner ; que le manque d’amour et de soins sont un manque qui affame l’organisme qui se déploie et qu’il est possible d’éviter ; car toutes ces agressions sont déjà une prémunition contre l’environnement dans lequel l’être va croître. L’éducation que recevra l’enfant ne doit pas gâcher sa propension à la collaboration, à la répartition des tâches, au jeu, au questionnement, à la masturbation, à la découverte de l’autre ; de toutes ces choses que la cuirasse n’envisage que sous la forme du lupanar puisqu’elle ignore la bienveillance et la bienséance. Pour désinflammer l’adolescence, on la laisse aimer ; pour l’adulte, on tentera autre chose dont je ne suis pas si sûr de pouvoir parler plus tard.

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