Le travail comme avaleur de l’occupation

Comment vous demander de croire à quelque chose à laquelle vous n’avez jamais pensé ? Non, ce n’est pas possible, car on ne peut croire sans savoir ce à quoi on croit… ou veut croire. Je ne peux donc vous demander de croire à ce que vous ne connaissez pas encore. Je vois que nous avons un point commun pour continuer…

Nous avons établi que la valeur est un affect, c’est-à-dire, une émotion qui se réalise dans un objet. Ce n’est pas que ce soit difficile à comprendre, mais il faut du temps et de la ténacité pour arriver à ce point théorique où la relation naturelle de l’humain passe précisément par cet objet : l’objet. Quand je parle d’humain, je parle de la multiplicité des personnes qui compose ce groupe animal.

Ensuite, le filigrane se faisant deviner, il apparaissait que la réalité actuelle de la valeur ne correspond pas à celle qu’un tel affect nécessiterait. Nous voyons partout comme une déformation de cet affect, la valeur, ou tout au moins un usage qui en est fait interroge par les misères qu’il génère. Pourquoi cela-t-il donc… On voit bien les blessures, les cicatrices, les déchirures et les caprices, les meurtrissures et les vices que la pratique de la valeur initie, sans qu’on en soit vraiment conscient, tant cet affect a de puissance sur les consciences, dans notre vie de tous les jours. L’hypnose de la valeur et les règles qu’elle édicte ont certes fait l’objet d’étude et de compte-rendus, mais, toujours en pratique, la solution à ce malheur circulant comme l’eau le sucre, ne l’on en rien fait fondre.  « L’énigme restait cachée à elle-même… comme trouver de solution ? »

Je vais demander au lecteur de me suivre sur la voie un peu moins pavée que tout à l’heure, mais qui semble aller plus directement à notre but : celle du repos, d’une bonne bière et des chansons féminines aimant l’homme. Mais à quoi donc l’humain utiliserait-il son temps s’il n’était obligé d’en être traversé ? Boirait-il comme un trou pour chercher à vivre encore plus intensément la vie ? ou bien pour détendre ces muscles qui forment et meuvent notre corps. C’est toujours intéressant de s’apercevoir que des humains vivant dans une société (celle qu’ils composent),exempte de production technologique, n’ont jamais ou si peu l’impression de « travailler », alors que nous, les ceux-ce qui produisent et reproduisent la hausse démentielle de la température moyenne adaptée à la survie d’un max de vie, ne faisons nous que « travailler », ne pensons nous que « travail », ne visons nous que par le travail, ne respirons nous que pour exhaler du travail. C’est qu’hors de la technologie (l’agriculture), on ne travaille pas : on s’occupe. Tout simplement on s’occupe. Même le paresseux s’occupe : il passe le temps à s’occuper, si tel est son enchantement.

Nous nous retrouvons donc avec deux notions de l’occupation : pour elle-même ou pour un patron. Dans la première, il n’y a aucune rétribution, émolumentation, salarialisation, actionnariatisation, et j’en passe ; tandis que dans la seconde, il y a tout le contraire : ça fait pencher le fléau de la balance dans un sens très glissant, savonneux même. Ne me demandez pas où j’ai pu bien un jour attraper au vol une telle idée : je suppose dans mes paresses et mes ivresses et ces caresses sur tes fesses : je préfère rester avec toi ce matin plutôt que d’aller au boulot. Oui, je sais : cela demande une certaine force de caractère, mais, chez moi qui suis plus faible, le seul plaisir de rester avec Isabelle surpassait tout l’argent du monde et m’en détachait. La récompense, mes amis, c’est la douceur de sa peau, le toucher de sa peau et son odeur, sa cyprine et ses petits gestes qui vous surprennent toujours et vous émerveillent, et je suis déjà gâté ! Non, en plus, il y avait eu le plaisir de ne pas aller au travail car on est avec une fille superbe et qu’elle va aiguiser vos sens pendant des années.

Ainsi, l’affect et la valeur ont-elles une relation immédiate : je l’ai déjà dit mais la progression n’est pas passée par le même chemin, et on sait que la valeur a beaucoup beaucoup de cheminements affectifs, sociaux, amoureux. La valeur possède en fait deux aspects : un (je doute qu’il ne soit pas l’initial) où l’élément moteur est la qualité de la relation dans laquelle le tiers (l’objet) n’est pas l’objet mais la relation ; ou un autre où il ne s’agit que de quantité : combien d’heures, pour ta paye, tes courses, le peu de tes rapprochements sexuels, le temps que tu consacres à ne pas passer ton temps à le passer sans qu’il t’enivre : un temps pour un autre. On saisit la différence, mais on ne l’intègre pas, car l’occupation a perdu de son âme. Alors, la glissance s’accentuant au gré de la pente comme j’aime me perdre des yeux d’entre tes seins, la valeur  se vit d’ici ou de là et nulle part ailleurs : la qualité et la quantité dans un aspect exclusif. Et si la qualité de la valeur est un affect modifiable par celle des amours, nous constatons abruptement qu’une fois dans l’une on oublie l’autre ; ou inversement, quand on est dans l’autre, on est en soi sans autre objet que soi à travers l’autre. Hélas ! aujourd’hui, on ne s’occupe plus, on vous occupe à vous occuper : on vous occupe à passer votre temps à autre chose que ce à quoi vous vous sentez destiné, ou alors que votre temps se réaliserait dans votre destinée. Or, cela n’est possible que dans l’occupation, pas le travail.

Mon présent but est d’essayer de vous faire ressentir la différence entre passer son temps à s’occuper (du point de vue du travail) ou bien passer son temps à travailler. J’escompte que vous ayez compris le plus important et je poursuis. J’ai sur mes épaules la charge affective de l’accusation d’erreur de l’humanité lorsqu’elle a choisi de se dévoyer de la valeur qualitative pour se vautrer dans la quantitative : quel plaisir pouvait-elle donc éprouver à une telle anesthésie des sens ? Ha ! la douleur ! Mais quoi ? Faudrait-il que nous vivassions comme des minéraux ? Insupportable ! Ha oui ! celle que vous inflige autrui ! Mais qu’est-ce donc cet objet qui l’a conduit dans une telle impasse… la torture. La valeur a donc une relation avec la souffrance de la torture et/ou la torture de la souffrance. Mais quelle est-elle ? Quelle est cette souffrance qui la rendrait malade ? Vous savez… je suis très paresseux surtout dans les bras d’une femme qui, jusqu’à maintenant, m’aime : j’ai une sensation de chair, inimitable, vécue, intégrée, amollissante comme l’est l’eau pour le sucre.

Karl Marx s’est penché sur la qualité du *travail* : il n’a pas saisi la dichotomie. Jean-Pierre Voyer, dans son « Reich mode d’emploi », dit que « même les animaux travaillent » (alors qu’ils ne s’occupent… qu’à chasser  – mais c’est à temps plein ! –, à dormir – mais c’est à temps plein ! –, etc. – mais c’est à temps plein !). Il y a une erreur : le travail est déjà une altération du vivant, du vécu vivant, d’un affect ; un vécu et non pas un point d’appui indispensable à l’existence de l’humanité. Les garçons et filles de Palim Psao ne pensent le travail que comme occupation normale, mais sujette à la valeur marchande : on ne devrait pas travailler – oups : mais quoi faire d’autre ? C’est un pas d’envergure (j’ai fait des traductions spontanées pour eux) mais c’est un saut d’oisillon qu’il reste à faire. Dès lors qu’on concède que la valeur est un affect, on comprend tout : que la sexualité (émotion centrale de l’affect) détient une importance de poids. Lorsque la valeur est qualitative, la satisfaction issue du rapprochement amoureux fréquent est dominante, tandis que le contraire montre une sensualité de misérable, de valeur-heureux. J’en ai connu : c’est sans doute les plus hypocrites, tant ils cachent leur impuissance sous des atours clinquants et verborateurs. L’affect s’est caché devant la valeur et celle qu’on y donne a d’autant plus d’importance qu’elle vous fait miroité l’espoir, ici de plaisir, là le gain. L’espoir est du vent, certes chargé des senteurs du bonheur, mais du vent pour certains et de l’espoir pour d’autres ; mais plus on le charge  d’espoir, plus l’espoir voit le vent tisser la trame du bonheur : c’est cette quantité d’espoir qui est la valeur quantitative : il faut un plus à ce qui est car ce qui est est (vécu comme) du vent, est vide.

On sait que quand on parle de sexualité, on parle de plaisir ou mieux, de satisfaction, ce qui est encore plus restrictif. Je suis obligé de pointer de ma verge d’osier la sentence du rapport du travail sur cette satisfaction comme préoccupante : il n’y a aucune conjonction entre le travail et le plaisir, ni entre le travail ou le plaisir et encore moins, à moins d’être maso, en étant entre les deux.  L’un et l’autre sont dissociables, irrémédiablement. Car lorsque le « travail et le plaisir » se marient, il s’agit d’occupation, et plus particulièrement : *sociale*.  Je vais prendre un exemple ethnologique : dans un village où la sexualité ne reçoit aucun tabou sexuel déluré des moralistes mous de la queue, il y a des jardiniers et des pécheurs. En général, un jardinier est complice d’un pécheur et vice-versa, bien sûr. Imaginez-vous que le jardinier comptât le nombre de poissons et que le pécheur calculât sur la quantité d’ignames ? Quelle honte ! Non : chacun apporte au plaisir commun de se rencontrer et de *recevoir* (le don que Mauss a juste compris) comme meilleur de lui ou d’elle et d’eux deux, l’objet tiers qui nous unit dans cette satisfaction de se réaliser à travers son complice de plaisir. Le capitalisme est un mauvais calcul sur l’humain qu’il ne (se) voit que vénal. Mais la vénalité qu’il regorge est cette même maladie : la vénalité est une valeur corrompue par l’abnégation désirée de l’autre en votre faveur : disparait l’égalité des affects, du vécu ! Ainsi, l’intensité du vécu comme objet est directement proportionnelle à l’affectivité portée sur l’objet en tant que séparé, en tant que « fétiche » dirait Marx.

Et là vient à la rescousse notre ami Freud : le fétiche est l’amour « génital » déplacé dans un objet. Le travail est un substitut à la masturbation qui n’aboutit pas (ou dont l’objet n’est pas l’orgasme) à l’orgasme. Le travail est une sublimation de l’angoisse d’orgasme !

En résumé, ce n’est pas le travail qui fait parti de la vie, c’est l’occupation et sans doute, d’autant plus social que l’animal est social. Le travail est un détournement de cette occupation à des fins mercantiles. Tous les animaux s’occupent (de trouver à s’abriter, à manger, par le soin donné à leur progéniture, etc.) : aucun ne travaille, sauf l’humain car un affect tournant autour de la valeur est chez lui malade.

Inflammation de classe et cuirasse

Dans mon précédent papier, j’ai essayé de démontrer les deux formes de la valeur à partir du prestige que le résultat de l’application de ces formes procure à une personne ou un groupe. Y a-t-il un rapport avec la valeur d’usage et d’échange de Karl Marx ? Oui. Je pense que je me place quelque part ailleurs que du strict point de vue économique (l’acquisition et la gestion des gros sous par la gestion du travail d’autrui comme moyen de prestige et le fétichisme qui accompagne ce travail) qu’on a fait de la théorie du travail et de la valeur de Karl Marx ; j’en parlerai dans un papier ultérieur.

Le prestige étant le résultat d’une palabre (même unidirectionnelle comme dans la publicité ou le tyran), c’est ce qui l’entoure qui spécifie dans son mode social la valeur qualitative ou quantitative. J’ai tenté de poser ma question : Pourquoi des humains exploitent-ils des humains, car selon moi, il faut avoir une certaine disposition d’esprit (un état d’esprit) pour pouvoir induire en misère ses congénères. En fait, au lieu de prendre, comme Marx, l’humain dans ses rapports de classes (ce avec quoi je suis entièrement d’accord, mais pourquoi donc cela ne change-t-il rien ?), je cherche la faille dans l’affectivité de classe, la structure caractérielle de classe, la faille du rapport affectif entre égaux et de l’égalité entre les amis.

Bon… pour cela je suis obligé de passer par cette structure caractérielle qui maintient ces rapport de classes. Si pour exploiter autrui il faut un certain état d’esprit, pour accepter cette exploitation, il faut aussi un certain état d’esprit, cela nous le savons bien. Cela nous désole car nous pressentons que cet « état d’esprit » est le très gros rocher qui bouche la sortie de la caverne et espérons que le capitalisme qui, malgré sa scrutation continuelle des idées et des pratiques révolutionnaires, par la fameuse ruse du mélange aux moutons, nous permettra de nous en sortir. C’est un rêve de jeune fille ! La structure caractérielle est à l’intérieur de chacun, forme son caractère (l’adaptation de l’individu à son milieu) lequel est un schéma de réponses quasi identiques à un grand ensemble de situation, considérant qu’en dehors de ce grand ensemble, c’est la panique. J’ai par ailleurs décrit, à partir de la structure du spectacle et en prenant pour base les caractères de Wilhelm Reich, cinq de ces caractères qui structurent notre société, comme quatre pièces d’un puzzle, puisque le cinquième est celui qui ne s’y intègre pas ou assez mal.

Il me manquait le comment ça marche. Wilhelm Reich nous a montré que le caractère est une structure globale de la personne : une structure bio-psychique ou neuro-musculaire. C’est d’abord une adaptation à son milieu, adoptée dès les premières agressions (qui ont lieu parfois in utero) pour se conserver dans la mesure du possible vivant, même déformé. Mais cela a un prix : la restriction du mouvement possible, car l’organisme (même in utero) opérera toujours par un retrait face à l’agression. La cuirasse caractérielle sera la sclérose de ce retrait, et nous avons tous conscience de la variété des agressions possibles… qui donnent autant de scléroses bio-psychiques possibles.

Une lumière se montre lorsqu’on comprend que cette sclérose, effectivement à la fois nerveuse et musculaire, apparaît et progresse d’une manière très simple, puisque le résultat ne doit pas se faire sentir : on ne sait pas qu’on est cuirassé, sinon que lorsqu’on panique devant une situation devant laquelle on ne s’est pas préparé ; et cette situation peut être autant génératrice d’un déplaisir que d’un plaisir excessifs, qui excèdent les possibilités d’adaptation acquise de la cuirasse face à la vie. La réaction qui s’ensuit est de la rage suivie de la résignation (ou plus pudiquement : de la dépression).

Ce comment m’a intrigué au plus haut point pendant longtemps longtemps, car, m’imaginé-je, la solution réside dans sa description. Je laisse le lecteur juge de cette perspicacité.

La structure caractérielle permet de ne plus percevoir l’environnement dans ses aspects agressifs. Pour se prémunir contre de telles indispositions, comme je l’ai dit plus haut, il faut un retrait de la sensation qui correspond exactement à un retrait du nerf qui la perçoit et aussi à la contracture du muscle  ou de l’organe auquel ce nerf (cette sensation) se réfère. Ce retrait n’est pas dans un premier temps conscient : ce sera le système de protection autonome du sujet qui agira au plus vite et au mieux. Si cette perception persiste ou revient périodiquement, ce retrait va lui aussi persister ou se contracter périodiquement. Cette sténose du mouvement, cette inhibition de la pulsation habituelle de l’ensemble de la structure corporelle, se manifestera pas une inflammation de l’appareil sur lequel s’opère ce retrait. Et (pour faire suite à mon papier sur l’inflammation et le collagène), cette structure neuro-musculaire (chacun à sa façon) va se protéger par du collagène. Les nerfs vont s’entourer de collagène, les muscles vont se renforcer par l’intégration de collagène. Ici, rien d’anormal : c’est un processus naturel, comme les cals aux mains ou aux genoux. La cuirasse, elle, correspondra à la glycation de ce collagène, c’est-à-dire à la perte de sa souplesse par intégration de sucre : cela signifie que l’énergie qui devrait être habituellement dispensée par le mouvement, va se scléroser dans le collagène, lui-même fruit de l’inflammation dû au retrait de la sensation. Et de désir, le mouvement devient rêve, car le but et le résultat sont de l’assoupir.

La cuirasse (le collagène glyqué) restreindra la respiration (contraction-détente) de la partie nerveuse et musculaire, et créera principalement une crainte dans les détentes, crainte qui se manifestera par une contraction subite et spasmodique de cette partie de l’organisme puisque le nerf n’a plus la souplesse suffisante pour admettre éprouver une telle détente. Au surplus, le collagène isolera la partie nerveuse du monde qui l’a agressée, lui ôtant une grande partie de sa perception. Cette collagénisation des nerfs poura aussi bien induire une anesthésie des nerfs les plus lointains, à la mesure de sa progression, jusqu’à en empêcher le fonctionnement normal, de sorte, par exemple, qu’il ne puisse plus y avoir de possibilité d’excitation et d’érection vaginale ou pénienne. J’ajoute que le nerf entre en vibration car il perdure dans sa fonction de percevoir et de transmettre – c’est à dire de transpirer le monde –, vibration qui matérialise son hésitation à respirer, à percevoir les sensations d’organes : son incertitude relevant de sa crainte et de son désir de vérité, c’est-à-dire de détente (« … c’est  vrai ? … c’est faux ? » ad nauseam). Cette vibration n’est pas constante et est plus ou moins amplifiée par les ondes électromagnétiques ambiantes.

C’est du fait que le collagène d’apprentissage engaine les nerfs et, de plus, s’est glyqué (c’est-à-dire raidi) que l’énergie fluide correspondant à leur détente est stoppée par spasmes (« Oui ? Non ? Oui ? Non ? etc. ») et se change en angoisse (« Non ! ») : c’est ainsi que se manifeste la cuirasse caractérielle, aussi bien dans, la perception du monde et de soi, l’approche de la compréhension du monde, que ses propres désirs d’y correspondre, allant même à la résignation de ses désirs de plaisir de vivre, car rien n’est plus douloureux que l’angoisse spasmodique.

Comme moindre mal, le yoga ou une autre technique d’assouplissement, va effectivement assouplir la structure caractérielle, et un régime alimentaire va dans une certaine mesure dé-glyquer (lui soustraire le sucre) le collagène, la structure neuro-musculaire modifiée dans le but de moins sentir le monde agressif ; mais il ne va pas modifier le pourquoi de cette structure : la raison du retrait, de la peur face à l’agression pressentie de l’environnement. Une variante de yoga nommée tantra cherchera à repousser au plus loin la perte de soi dans l’autre liée à l’orgasme, car ce pourquoi est, précisément, en tant que conclusion de cette adaptation, la peur de l’orgasme. La vie se passera ainsi selon des pseudo-orgasmes, tolérés par la structure sociale et aiguisés par le fait qu’on en approche de si près, sa morale elle-même corroborée par la structure caractérielle des gens qui la composent. En mettant de côté l’aspect purement grégaire de l’affaire, le rêve de mouvement se retrouve par exemple dans le supporter et ses cris, plus ou moins assis et gesticulant devant le spectacle de ce mouvement qu’il nomme « sport » pour le fétichiser. S’il le pratique lui-même, ce sera pour se rendre plus performant et il recevra une médaille de métal pour preuve de rigidité caractérielle aboutie (quand j’étais petit on avait au moins droit à une médaille en chocolat, pas toujours très bon, mais quand même !).

Le caractère, maintenant que nous savons ce que c’est, va nous permettre de comprendre pourquoi tant de révolutions qui rêvent de s’en sortir, échouent sinon qu’à devenir une évolution dans l’assouplissement des liens sociaux, lorsqu’elles ne versent pas dans la tyrannie. Les gens apeurés ont besoin d’une structure sociale rassurante répondant à la leur qu’ils retrouveront dans un gouvernement structurant. À ceci près qu’il s’agit d’une collusion patriarcale entre les entrepreneurs et les gouvernants, dont la structure caractérielle leur autorise le malheur de leurs congénères par la malnutrition, les médicaments, la télévision, les réseaux sociaux et j’en passe, pour satisfaire leur rêve de mouvement, la richesse par leur malveillance en maintenant perpétuelle cette structure caractérielle du spectateur, ce rêveur de mouvement.

Se défaire de la glycation du collagène n’est pas chose facile, pas du tout. De plus, le processus va induire une inflammation qu’il va falloir savoir calmer ; et désenflammer par les moyens qui l’ont induite,  ramènera au point de départ. Donc, la première des choses à faire est de ne pas la faire contracter, essentiellement auprès des enfants et en protégeant la femme enceinte d’un maximum d’agressions. On a constaté que les échographies prénatales ne sont pas si bonnes pour le fœtus, qu’il faut s’en garder ; que les perturbateurs endocriniens lui sont un poison dont il faut savoir la prémunir ; que les pollutions liés aux hydrocarbures (voitures, intrants agricoles et autres centrales) comme celle liée au nucléaire lui sont néfastes et qu’il faut l’en éloigner ; que le manque d’amour et de soins sont un manque qui affame l’organisme qui se déploie et qu’il est possible d’éviter ; car toutes ces agressions sont déjà une prémunition contre l’environnement dans lequel l’être va croître. L’éducation que recevra l’enfant ne doit pas gâcher sa propension à la collaboration, à la répartition des tâches, au jeu, au questionnement, à la masturbation, à la découverte de l’autre ; de toutes ces choses que la cuirasse n’envisage que sous la forme du lupanar puisqu’elle ignore la bienveillance et la bienséance. Pour désinflammer l’adolescence, on la laisse aimer ; pour l’adulte, on tentera autre chose dont je ne suis pas si sûr de pouvoir parler plus tard.

Con sentant ou tire « han ! » ?

Je me dis souvent que le monde est étrange, mais ce ne sont que certaines dispositions qui le font percevoir de cette manière, et notamment la maladie, l’altération à ce qui ne devrait pas ou peu présenter d’étrangeté. Cependant, je serais bien le seul dans ce cas-là : le reste de la société trouvant normal qu’elle soit ainsi. C’est une question de vécu, ce me semble, qui donne un point de vue différent.

Prenons une comparaison : le prestige lié à la kula des îles du sud-est Pacifique et celui d’un roi de gens de la Grèce antique. (ref. B. Malinowski, Lewis Morgan et W. Reich).

Le porteur d’un collier ou d’un brassard kula retire un prestige lié à l’histoire de cet objet : qui l’a confectionné, qui l’a précédemment porté, comment il a été acquis et auprès de qui et, de plus, qui pourra être le prochain porteur de cet objet, car cet objet n’appartient à personne, sinon que temporairement et de manière transitoire. Ce ne sont pas seulement les participants à ces échanges qui donnent le prestige à la personne qui le porte, ou bien ce que contient l’objet comme aventure, péril, etc., mais aussi les personnes qui n’y participent pas, ne serait-ce que par l’aura de beauté qui entoure l’objet et celle qui le caractérise en propre. C’est ce que je pourrais nommer : la valeur qualitative. Le chef du village peut posséder plusieurs objets kula pour recevoir davantage de prestige. Mais ce prestige lui vient aussi du fait qu’il a demandé et rétribué l’aide des villageois et qu’il n’est pas le seul à être porteur de ces objets. Et si le chef est effectivement riche parce que tout est susceptible de lui appartenir dans le village, c’est parce qu’il a l’obligation de redistribuer l’ensemble de ces « richesses » (essentiellement de la nourriture) aux villageois au cours de festivités diverses et nombreuses (liées au passage du temps des saisons). La personne se voit porteuse par imprégnation de la valeur sociale d’un objet, ce qui lui donne un prestige, c’est à dire « une renommée précédent sa venue ». Bien sûr, tout ceci est le sujet de palabres, car rien ne passe en dehors de la signification commune donnée aux choses et ce « commun » doit se trouver par la palabre.

Par contre, le « propriétaire » terrien de la gens grecque est une personne qui, par désignation élective ou héréditaire, redistribue en partage les quartiers de terre cultivables, système dans lequel cette redistribution demande une contrepartie du cultivateur, contrepartie qui est devenue rapidement une rétribution due par le cultivateur au distributeur (je la fais rapide… mais le principe est là). Le prestige que retire ce chef de cette distribution provient de deux sources : les revenus proprement dit et la redistribution de ces revenus à une clientèle (une cour, en gros, rétribuée) dont sont exclus la plus grande partie de ceux qui produisent la richesse (essentiellement, pour eux, de la nourriture). Ce sera l’importance de l’ensemble des rétributions et celle de la cour qui donnera le prestige à cette personne (un roi, disons). C’est la valeur quantitative qui donnera un prestige (propre à satisfaire une seule personne) quantitatif. Bien sûr, le prestige lié à la valeur qualitative fonctionnera toujours par la recherche du prestige lié à la possession de bijoux, femmes, la beauté, etc., d’objets uniques possédant une histoire, etc. Et, il (car ce n’est bien souvent qu’un « il ») s’entourera systématiquement de sbires pour protéger les privilèges qu’il s’octroiera de la bêtise du peuple (« certains sont plus égaux que d’autres »). La « force morale » (si je puis dire) de la valeur qualitative qui réside dans l’approbation de la distribution de ce prestige au sein de la communauté, sera ici imposé par une force sbiresque. Les cultivateurs cultivent, la cour palabre, les sbires maintiennent l’ordre par la violence et le roi exulte.

Le prestige se retrouve dans la valeur palabrale de l’objet, dans l’importance accordée à l’objet, importance qui résulte de la palabre. On retrouve bien ici ce qui caractérise l’humain : la faculté de nommer les choses et d’en faire part à autrui par des images verbales et de créer ainsi son monde issu de l’étoffe de ses rêves. Et en quoi réside la différence de palabre entre une valeur qualitative et une valeur quantitative ? Je vous le donne en mille : la première ne parlera que de l’objet, tandis que la seconde ne parlera que du détenteur de l’objet. Lorsqu’on parle de Crésus, on en parle comment détenteur d’or ; quand un Trobriandais parle de quelqu’un de prestigieux, il parlera de l’objet qui donne un prestige, non pas en tant que propriétaire, mais en tant qu’intermédiaire dans un processus aventureux. À l’un il faut une police (des sbires), l’autre se suffit par les autres.

Wilhelm Reich, dans son Irruption de la morale sexuelle, décrit la transition entre un prestige qualitatif et quantitatif : l’intention de s’accaparer quantitativement de la richesse produite par les villageois, se matérialise dans les ruses du chef d’accaparement de l’héritage matrilinéaire par la transgression morale des mariages arrangés. En somme, le chef est socialement malade : sa maladie sociale se révèle par son désir abscons (mais clarifiable) de plus de richesse : la valeur qui supporte le prestige devient quantitative. C’est cul, mais il faut penser avec la satisfaction sexuelle ou pas. Le chef se retrouve à avoir plusieurs femmes. Il est imposé à ces femmes de ne pas avoir de relation « extra-maritale » : elles sont donc, matériellement, contrainte à l’abstinence, car le chef ne peut pas satisfaire l’ensemble de ces femmes qui lui ont été allouées. On sait que l’abstinence est inductrice de rêves érotiques… que la morale réprouve. Même si la masturbation n’est pas réprouvée, elle est stupide aux yeux d’hommes attirants. La contrainte sexuelle insatisfaite est donc forte et une force contraire à cette force est nécessaire et indispensable, d’une part pour ne pas devenir fou ou folle, et d’autre part pour qu’hélas, la situation perdure. Cette contrainte est la morale anti-sexuelle qui passe pour être une morale sexuelle, c’est-à-dire, régulatrice d’une sorte et forme de non-sexualité. Dans de telles conditions sociales, la personne contrainte devra consumer cette énergie dans des relations sociales, c’est-à-dire, inventer des relations sociales dont les rapports de force (sexuelle inassouvie par la morale et l’économie patriarcales) ne seront plus qualitatifs (la satisfaction paire), mais quantitatifs : combien (de temps encore, d’objets, de palabres, etc.) à la place de comment, car ce comment est devenu impensable à moins de remise en cause brutale. La valeur quantitative reflètera donc la quantité de retenue (de la nécessité) sexuelle imposée à la femme ; tandis que la valeur qualitative correspondra à la satisfaction de la relation sociale spécifiée par contraste avec l’autre, comme dépourvue de morale anti-sexuelle.

Ainsi, même si indirectement le prestige induit le rêve de satisfaire plusieurs femmes – alors que cela ne peut pas être matériellement possible sinon que dans le rêve de devenir chef – le prestige du chef ou du roi lui provient de la non-satisfaction de « ses » femmes… car cette morale sexuelle lui donne la « propriété » de ces femmes, vu qu’il en a et en exige l’exclusivité sexuelle. Même s’il faut avouer que la femme est éternellement détentrice de la beauté, de celle qui émeut l’homme, il en est toujours ainsi de nos temps, car nous sommes toujours sous la férule de la morale et de l’économie sexuelle (sociale) patriarcale qui est… anti-sexuelle ! Bon… ce que j’en dis est que pour la contrer, cette morale, il va falloir beaucoup parler et respecter le désir de la femme – « quand je veux, qui je veux » – : désavilir l’amour que la femme éprouve pour le sexe de l’homme, puisque l’amour existe sans doute mieux hors de l’économie patriarcale de la vie.

(Cela dit, les maladies sociales sont les plus difficiles à guérir, car elles sont acceptées socialement comme fait de société ; on nomme cela une « civilisation ». La seule et unique solution est de ne point la contracter, et cela ne peut passer que par l’éducation de nos enfants, éducation qui préviendra cette maladie qu’est la valeur quantitative. À partir de cette constatation que le patriarcal veut absolument changer en travail la propension naturelle à s’occuper socialement, cette forme éducative ne consistera pas, à mon avis, à ne pas compter, mais plutôt à tolérer que l’humain est un être essentiellement collaboratif qui, en tant que singulier – et non pas « particulier » – peut se retrouver dans le tout et réciproquement, sachant que ce tout est son monde, celui de la palabre.)

Où en sommes-nous ? Il y a deux formes à la valeur : la quantitative et la qualitative. La première se matérialise dans le désir de richesse (la monnaie ou une forme d’abstraction objectale équivalente, par exemple ; sans compter le désir de dominer autrui pour restreindre l’expression de la sexualité dont on se sait peu capable d’amour) et est une forme altérée de la seconde où le rapport social n’est pas appuyé sur la domination d’autrui, mais par un prestige dont l’accessoire est l’objet : ce « tiers » qui spécifie l’animal humain. Ce « tiers » n’est dû qu’au fait que cet animal est doué de l’image verbale, de pouvoir énoncer ses rêves en mots (objets putatifs) dont la signification – aux charges affectives près, et à la charge affective près de celui qui les écoute, c’est-à-dire la charge du désir de voir ses propres rêves se réaliser, même s’ils sont cul – est plus ou moins commune. La valeur est un écho du prestige qui est l’aura du beau : en cela rien de plus « normal », d’humain, je veux dire. Mais la valeur quantitative nécessite et induit une morale anti-sexuelle pour bâtir ses fondations dans les relations hiérarchiques du beau matérialisées par des objets ou des êtres.

La difficulté que j’éprouve dans ma démonstration est de montrer la différence d’attribution du prestige ici et là : la socialité de l’un est certes ce que la renommée accorde, mais il y a une différence sensible entre un porteur de brassard et un tyran, ne serait-ce que par le fait que ce dernier abhorre l’histoire qui l’a vu naître, vu qu’il est vide d’affectivité sociale et que l’autre ne vit que par l’affectivité sociale qu’on lui accorde. Dès lors qu’un être ne retire plus son prestige de la charge socio-affective que contient un objet, mais d’une quantité d’objets, cela demande une tournure d’esprit (ou un état d’esprit) issue de la morale sexuelle, oups anti-sexuelle, c’est-à-dire la restriction de la liberté d’expression sexuelle de la femme, sous quelque forme qui soit.

Lorsqu’une palabre veut me vendre quelque chose, il s’agit de valeur quantitative. Dans une société où la restriction sexuelle entre pairs (dont l’homme et la femme font la paire) est forte, la palabre tournera autour de la personne qui aura quantitativement acquis des objets comme son bien personnel et à fin de son seul égo, tandis que là où cette restriction est peu forte, le prestige d’une personne sera acquis par la palabre qui entourera l’objet.