La jalousie de la valeur

Pour celui qui a vécu le manque d’un amour, il peut certes avoir la notion de valeur et ce qui distingue l’une d’autre, c’est que le premier est vivant, a pour objet un objet organique tandis que le second est coagulé dans un objet minéral, ou encore par habitude, un objet organique réduit au minéral. En gros, ou bien c’est parce qu’on a pas assez (qu’on ne peut en exprimer suffisamment) ou bien parce qu’il vous manque, que l’amour se transforme en valeur, comme une sorte de thérapie du moindre pire, finalement. Notre désarroi viendrait du fait que c’est parce que nous ne savons pas guérir suffisamment et assez rapidement les maladies de l’amour qu’existerait la valeur. On y arrive vite.

Cela ne résout pas pour autant le problème, puisque ce sera la possibilité d’exprimer avec ou non assez d’intensité l’amour qu’on éprouve… à une personne ou à un objet. Là, on est nul… nuls de nuls : on ne sait pas guérir cette maladie : l’amour qui manque. Suivant les personnes, les doses, les forces et que ne sais-je encore, et encore moins personnalisé. Et ça coûte cher, ça prend du temps, beaucoup de temps, sans souvent que la thérapie ait solutionné le problème qui date alors de plusieurs années. Reconnaît-on déjà la question : Qu’est que le manque d’amour ? Je craints que non, cela n’est pas encore dans les cordes. Il y a des gens qui se sont penchés sur cette anomalie, mais la guérison a lieu encore en un nombre ridicule par rapport aux demandeurs, aux nécessiteux et à leur entourage.

Des observations nous indiquent que dans une société où le rapprochement sexuel fait état d’assez peu d’interdits, la maladie est de courte durée. On peut en conclure, au moins pour cette circonscription, qu’au mieux la satisfaction sexuée est accessible, moins la maladie du manque d’amour a d’impact, à la fois personnellement et socialement. Et incidemment, que le manque d’amour a une part de sexuel : le manque d’amour est aussi constitué d’un manque de rapprochement sexué, certes avec l’être aimé, mais plus consubstantiellement, avec le simple fait de ce rapprochement, puisque la peine du manque est amoindrie lorsqu’on en reçoit au contact d’autrui ; ce qui permet de s’en remettre hâtivement.

Bon… et la valeur dans ce bastringue ? Hébé, même dans les sociétés où les restrictions au rapprochement sexué sont faibles, il y a tout de même des relations où l’objet est doté de valeur, d’une valeur essentiellement sociale (et conséquemment qui prend l’âme : affective ; « il est dur de lutter contre son cœur, car ce qu’on désire s’achète à prix d’âme »), dont le détenteur requière de la fierté, un titre, une médaille, une renommée, du prestige : quelqu’un qu’on peut positivement pointer du doigt, et qui plus est, souvent (et ne serait-ce pas une indication) avant qu’on le voit, je veux dire que sa renommée le précède, comme on disait du talon d’Achille. Il devient un objet, certes, mais doté d’une qualité particulière, sans aucun doute légitime, mais porteur de ce que ressentent pour lui les gens ; en tant qu’être vivant, c’est ici quelque chose de ragaillardissant, n’est-ce pas ?

La valeur peut aussi prendre la forme de quelque chose qui sauve du malheur, du grave déplaisir : c’est une tentative de rester toujours et encore dans une sorte de mélasse faite de plaisir attendu, plus ou moins présent et capricieux. C’est quand les avanies se sont changées en coups du sort que le monde a basculé : ce qui était encore fluide s’est coagulé dans un objet qu’on nomme ici fétiche. Mais nous y sommes encore : certains attendent des nuits dans un froid glacial, la venue du dernier objet dont ils attendent on ne sait quoi de mirifique. Mon avis a été longtemps partagé sur le fait de savoir si la valeur est ou non une maladie humaine qui l’empoisonne et dont il ne sait guérir : c’est humain et c’est là dessus qu’on doit assoir nos recherches. Mais alors : pourquoi cette disposition (à la valeur) devient-elle une maladie, si il en est initialement doté ? Un oiseau peut-il trouver un handicap à avoir des plumes, ou un poisson de pouvoir respirer dans l’eau ? Non, on le comprend. Il nous faudrait alors comprendre avec autant d’aisance, ce qu’est la valeur pour nous, quel est son territoire affectif, social et personnel.

Dans ce cas, la valeur est un accessoire de la grégarité, c’est-à-dire indispensable à la socialité humaine. Pourquoi est-ce si misérable ? À quoi se substitue donc la valeur en tant que moyen dont l’usage est erroné ?

La valeur est un affect dont la sève se nourrit des relations sociales. Les modalités actuelles de ce nourrissement sont aliénées car certains se nourrissent plus que d’autres sur la bête sociale, cet ensemble collectif dans la réalisation du caractère grégaire de l’humain de manière satisfaisante où chacun retrouve son chacun et chacun dans le sentiment d’intégration qui lui est inhérent et sans jalousie sociale.

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