La récompense de la vie, c’est le plaisir

La problématique freudienne du principe de plaisir et celui de réalité.

Le problème est que si on a pas de plaisir, on ne s’aperçoit pas assez vite qu’il est absent, et cette latence pose la difficulté de remédier rapidement au problème. Je pourrais affirmer que là où il n’y a pas de vie, il n’y a pas de plaisir et réciproquement : là où il n’y a pas de plaisir, il n’y a pas de vie, ce qui, à mon sens, me parait le plus important, parce que c’est la vie qui prime.

Je n’oppose pas le déplaisir à la gène, la gène au déplaisir, parce si l’on sait que là où il y a de la gène, il n’y a pas obligatoirement du déplaisir, là où il y a du déplaisir, il y a toujours de la gène. Ce qui me permet d’introduire que la gène n’est pas l’opposé du plaisir. De plus, ça n’a aucune relation. Mais qu’est-ce que le déplaisir ?

Le plaisir est-il le contraire du déplaisir, ou l’inverse, ou bien n’ont-ils aucune relation ? Il est indispensable de les bien distinguer, de crainte de ne pas pouvoir éviter de les mélanger, car dans ce cas-là, tout deviendrait confus. Je sais que ce n’est pas facile, plusieurs fois j’ai échoué – et que le vice est de penser qu’on pourrait y réussir, inconscient du danger – mais le courage ne manque pas de l’éviter. Ainsi, vous m’accorderai de penser que l’un et l’autre ne sont ni opposés, ni relatifs, ni consompsuel, ni intellectuellement, ni même en rêve (c’est le premier prix) : il s’agit de deux choses différentes.

Mais en quoi le plaisir et le déplaisir sont-ils différents ? C’est ici qu’on procède à ses choix. On peut certes se référer au physique, mais qu’en est-il du psychique ? Non… je ne me joue pas de vous, vous savez et connaissez tout cela par le plus menu des détails, le recoin le plus caché, les chemins les plus délicieux, n’est-ce pas ? On sait et connaît en conséquence ce qu’est le déplaisir, et pourquoi n’en parle-t-on pas ? Pourquoi cela reste-t-il secret, dissimulé à la face de tous alors que tous nous avons la même expression ? Nous savons tous ce qu’est le déplaisir et nous n’en parlons pas, comme c’est étrange… N’y a-t-il pas un remède à cela ? Le plaisir n’est-il pas la clé de ce phénomène de retenue ? Ainsi, nous savons ce qu’est le déplaisir et nous nous retenons d’en avoir. Vous comprenez ? Et pas cette disposition, nous n’accédons plus au plaisir.

Le plaisir est l’opposé de la retenue qui est ce qui retient que nous l’ayons.

Depuis tout petit, je suis intrigué par les mots qui n’ont qu’un sens, jusqu’à me méfier des autres. Le mot « récompense », par exemple : comme peut-il ne pas y avoir de récompense. Si la vie est une récompense, la récompense c’est la vie, donc il y a toujours un phénomène qu’on appelle « récompense » (pourtant unidirectionnel) du fait de vivre. Bien sûr, on peut poser la question du point de vue inverse : comment fait alors la vie lorsqu’elle n’a pas de récompense, et parfois des malheurs encore plus durs ? Ainsi, qu’est-ce donc la vie, s’il faut ne pas avoir de récompense. C’est là la question. C’est ce qui m’a mener à penser que la vie sans récompense (qui en est issue pour la traverser en frissonnant) n’est pas la vie, mais qu’elle est encore la vie lorsqu’elle n’en a pas et que c’est vraiment bien triste.

Quand je dessine une échelle qui va de l’amour à la haine, je n’oublie pas d’y insérer le « ne pas aimer » (que j’ai nommé il y a déjà longtemps : le « mésamour ») qui n’est ni amour, ni haine : l’indifférence. Sur cette échelle, il y a donc trois catégories de vécu bien distinctes : l’amour, le mésamour et la haine (j’aurais bien voulu écrire « ou » la haine, mais grammaticalement parlant, cela n’était pas possible). Chacune de ces catégorie occupant une place que l’autre n’a pas, il y a une gradation d’intensité qui passe de l’une à l’autre, entre une catégorie et une autre. Si je pose maintenant en parallèle une autre échelle qui va du plaisir au déplaisir, je ne trouve pas d’équivalence à ce mésamour, car le plaisir prend une place géographique qui cesse juste à la lisière du déplaisir qui, lui, occupe toujours le reste de l’espace. C’est-à-dire que plus le plaisir occupe de place, moins le déplaisir est grand, et inversement. Mais, il n’y aura que deux catégories de vécu, et la lisière entre les deux sera impénétrable (à moins de confusion des genres due à quelque incompréhension culturelle du phénomène) : il y a un saut qui les sépare. Et on se trouve, géographiquement, dans l’une ou dans l’autre, tandis que dans la première échelle, on se situe ponctuellement dans une intensité émotionnelle (ou son absence, dans le cas du mésamour). Si dans la première échelle je me situe géographiquement dans un seul pays qui va de la montagne à la mer, dans la seconde, je me situe ou là, ou ici, sans ambiguïté, car il y a deux pays : celui du plaisir et celui du déplaisir.

amour ––––>>–––– ne pas aimer –––<<––––– haine
plaisir –⎮⎮–––––––––––––––––––––– déplaisir ou bien
plaisir ––––––––––––––––––––––⎮⎮– déplaisir où ⎮⎮ décrit une frontière infranchissable.

Dans ce schéma, on voit que le plaisir et le déplaisir ne sont « opposés » l’un à l’autre, mais apposés l’un contre l’autre. Dès lors, on doit traiter la théorie de chacun de manière différente. Ce sont deux choses totalement séparables, qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre : lorsqu’on est dans un état de plaisir, on ignore totalement ce qu’est le déplaisir et réciproquement. L’emprise de chacun des territoires est proportionnel à l’intensité du vécu. Ainsi, même si un mot découle de l’autre, la signification de chacun de ces deux mots est différente : il s’agit d’une erreur sémantique que de mélanger le plaisir et le déplaisir parce que les mots qui les prononcent sont identiques par la racine : c’est faux, car si les mots possèdent une identité de racine, il n’en est rien du vécu !

On s’pperçoit que l’opposition que fait Freud dans la réalité et le plaisir ne peut qu’être que de plaisir ou de déplaisir… ce qui, il faut l’avouer, n’est pas toujours facile à supporter tous les jours. Il ne s’agit pas d’opposer plaisir et réalité si nous n’y incluons pas le déplaisir et on sait de quoi on parle. Le mal physique est un déplaisir, parfois très douloureux. Faut-il ajouter que parfois, cette douleur est si intense qu’on aurait envie de mourir ? Et qu’en est-il de la réalité du plaisir ? Est-ce vraiment discutable par rapport au déplaisir ? On évitera. Par rapport à la réalité ? Là, j’en doute car si on doute de l’une, on doute de l’autre, l’autre étant inclus dans l’une. Et de la réalité du plaisir ? Y accéder est être aux anges, ou quelque chose comme ça, avec le plaisir de la réalité. Il nous reste : la réalité ou le plaisir ? Je ne vois pas l’intérêt de l’une sans l’autre.

Mais on sait qu’on est des êtres beaucoup plus complexes. Freud parle ici comme d’un abstrait dans un concret (le plaisir et la réalité) et qu’il nous faudrait prendre conscience que tout cela est vrai, dense, glissant, amoureux. Il y a des hymnes que j’aime. Mais il n’est pas si souvent présent ce plaisir, et on retombe dans la réalité…. avec une petit goût de déplaisir. Ce qui reviendrai à dire qu’il nous faudrait, nous les êtres humains, vivre continuellement dans les airs de l’abstrait pour ne pas sentir le déplaisir de la réalité. Par exemple : la valeur, la notion de la valeur : c’est ici un problème extrêmement complexe dont on aimerait aussi avoir une solution. Sa relation avec la réalité, id est, le déplaisir, de sorte qu’on la gonfle de ce qui nous est déplaisant (ce qui laisse un champ de réflexion), ou bien autre chose encore d’inconnu ? C’est une question intéressante, car elle pollue tous les rapports humains sans qu’on trouve, à part le cadeau, une seule positivité, particulièrement sous forme d’argent (mais pas seulement, il y a aussi maison, avion, et le reste : les ouvriers qu’on garde sous sa main pour qu’ils produisent des produits dont je vais récupérer une valeur supplémentaire, nommée sur-valeur, pour gagner de l’argent ; le seul hic c’est qui faut leur plaire pour qu’ils bouffent n’importe quoi). La valeur qu’on attribue aux choses et aux êtres, a-t-elle quelque chose à voir avec le déplaisir ? Une sorte de prémunition contre un pire, le déplaisir ? Je n’ai pas encore trouvé de résolution la question, j’ai encore trop d’imprécisions pour pouvoir me prononcer sur cette chose bien étrange.

(Je ne vais pas spéculer sur la destinée de l’humain : je le prends tel qu’il est là : pas d’avant, pas d’après ; point. Je ne vais même pas me poser la question de « Pourquoi il est “comme ça” ? »)

Pourquoi l’humain reporte-t-il son angoisse sur un objet, dont l’idée peut absorber parfois des milliards d’individus, dont sont prêt à vendre pères et mères. Sur quelle angoisse se base le fétichisme de l’argent : la valeur ? Le « fétichisme de la marchandise », ok, mais celui de l’argent ? Qu’est-ce qui donne tant de puissance à un objet pour réaliser une telle misère, que les super-détenteurs en veulent plus et que les supra-détenteurs en veulent, eux aussi, plus. Et toujours plus. Personnellement, j’ai bien eu de l’argent (à mon échelle, bien sûr, mais je suis issu d’une famille de pauvres) et dès que j’en ai eu assez, hop ! je m’arrête de travailler ; stop tout court. Pire ! Si un matin que je dois aller bosser une fille jolie tout plein est dans mon lit, le patron y peut toujours m’attendre ! La paresse et la chose sexuelle sont les deux belles et généreuses mamelles de ma vie. Enfin… justement, j’allais y arriver.

Attention : nous savons donc que c’est le travail qui enrichit les riches, pourquoi donc ne nous mettons-nous pas à ne plus travailler pour des riches, mais à nous occuper le temps à nous réaliser nous-mêmes, chacun confiant en ses propres capacités, à celle de pouvoir résoudre en commun les problèmes qui se posent à nous, et à la société (ce que j’étudie en ce moment : la « grégarité » humaine) ? La valeur nous cache ce dont nous sommes capables de faire, avec nous, ensemble. Pire : nous ne savons pas nous en défaire. C’est là que je pose mes souliers, sort ma serviette de bain et pose mon regard sur l’horizon que les Grecs anciens disait être la trace d’une coupure. Nous éprouvons des difficultés à ne pas attribuer de « valeur » aux choses et aux êtres ; ou tout au moins, nous ne maîtrisons pas les difficultés de ne pas attribuer de valeur à tout et n’importe quoi. Et nous ne savons pas pourquoi cela se passe ainsi ! Personne ne s’est penché sur ce phénomène extraordinaire de la valeur qui ponctionne de ses racines profondes nos capacités à vivre plaisamment. L’extra-riche va avoir essentiellement des êtres humains à ses ordres, êtres qui attendent de cet extra, des ordres, en échange (cet échange n’est pas le prétexte mais la matérialité) d’argent. Le problème est aussi gros que son emprise sur l’humanité.

Bien des gens se sont penchés sur la valeur, son caractère fétichiste, et sur les relations sociales que cet affect induit entre nous. Mais peu sur « Pourquoi mettre de la valeur aux objets, aux êtres ? » Y a-t-il report d’affectivité, de plaisir, de haine ? Nul n’a répondu à cette immense question, et non plus à celle-ci : que représente la valeur aux yeux des gens, de tous, pauvres et riches ? L’humain est-il ainsi fait qu’il lui faille de manière indispensable la valeur ? Dans ce cas, serait-ce parce qu’il ne maitrise pas cet affect qu’il créé la misère de son genre et de ses rêves de plaisir réel ? Imaginons que nous trouvions une réponse à cette question et que réussissons à en faire un ramdam, quelles est seraient les conséquences ? Je ne pense pas que cela changerait beaucoup les choses, étant donné l’inertie de l’humain, mais cela lui donnerait, peut-être, la puce à l’oreille.

Seulement, la réponse, je ne l’ai pas. Si je puis la faire passer entre les lignes, mon topo aura servi un peu.

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