Ovni or not ovni ?

Pour une rencontre avec des personnes (des êtres, quoi !) venues d’une autre planète, il faut certaines conditions (bien sûr, on pourra dire que je suis vraiment prétentieux devant un tel événement, mais les ceux-ce qui y croient, ne le sont-ils pas tout autant ?) qui sembleraient indispensables. J’en trouve à minima trois :
– la concordance des temps,
– celle des distances
– et celle de la technologie.

Pour la technologie, il est évident qu’il faut avoir atteint un certain stade technologique pour pouvoir « voyager » jusque « chez nous ».

Pour la concordance des distances, il faut pouvoir venir jusque cette planète (chez nous) véritablement habitée par des êtres qui lui sont certes irrémédiablement liés, mais surtout, dans cette chaîne, qui détiennent une certaine liberté de déplacement. On sait que les plantes ne se déplacent pas ou peu ; qu’un nombre incroyable d’animalcules ne peuvent rester en vie que dans un contexte très serré ; et que quelques autres animaux peuvent aller et venir dans un cadre assez restreint. On peut dire que l’humain est l’animal le plus adaptable de ce monde et le seul qui ait sans véritable modification d’adaptation (outre, peut-être la couleur de peau et quelques enzymes) envahi ce monde, en relativement peu de temps : à peine 70 milles ans.

Ainsi, en calquant sur autrui ce que nous sommes devenus pour avoir une telle idée qu’on puisse venir nous visiter « des sphères étoilées », un minimum d’évolution chez ces personnes de l’au-delà est indispensable à leur propre déplacement. Sachant que les moyens de locomotion humains (par exemple, la roue) n’ont à peine, que 6 milles ans, et qu’il faille ce temps pour envisager d’évoluer dans une troisième dimension (celle du ciel), auquel s’ajoute encore un saut qualitatif qui vous permette de traverser des distances incroyables (des années lumière !) pour « nous » rencontrer, la condition des distances devient pointue.

Il ne peut y avoir qu’une fenêtre dont le cadre spécifie à l’extérieur, un trop tôt et un trop tard. Pourquoi ? Parce qu’il faut pouvoir avoir la capacité de cette rencontre : capacité intellectuelle, essentiellement. Posez un ovni à l’époque mésopotamienne, l’humain de cette époque-là n’y comprendra rien : il n’a pas la capacité d’abstraction pour s’atteler à un tel événement et il verra cette « visite » comme un autre caillou : rien de plus. Ce « visiteur » tenterait-il d’entrer en « communication » avec les humains d’alors (encore faut-il que cet animal devienne pour lui le centre de son intérêt, alors qu’il y a tant à voir sur cette terre de moins nocif, de plus honnête et de plus amical) que ces humains n’y comprendraient rien : « C’est quoi ce truc ? » diraient-ils ébahis. Je peux supposer que l’idée d’une telle « visite des lointains cieux » est celle d’une époque, c’est-à-dire d’une évolution technologique donnée qui en permette la formulation.

Si j’étais « ce » visiteur et que j’avais entrepris mon voyage (avec sans doute quelques uns de mes congénères) il y a un siècle, en me dirigeant vers cette planète bleue, je me demanderais s’il n’y aurait pas quelque danger à l’accoster, car l’explosion électromagnétique qui en émane depuis une soixantaine d’années et qui s’est amplifiée tout au long de notre voyage, est telle qu’on arriverait à se demander s’il ne s’agit pas d’une explosion du genre des novas. Au début, ces ondes électromagnétiques étaient très faibles, puis de plus en plus, elles se sont amplifiées et selon des longueurs d’ondes toujours de plus en plus courtes, chauffant comme dans un microonde la vapeur d’eau de l’atmosphère, avec une intensité, une force toujours croissante. De sorte que toute cette énergie électromagnétique, dont les origines sont très diverses (moteurs électriques, courant alternatif issu des générateurs, d’antennes, d’émetteurs, de radars, etc.) corrompt totalement toutes les communications d’immédiateté de cette atmosphère et des corps, les rendant malades du ventre, du cœur et du cerveau. Une telle maladresse bien sûr interroge et rend méfiant. Car ces émanations ne proviennent pas d’un phénomène « naturel », mais encore une fois, de cet organisme bipèdique qui affirme s’en servir à des fins de « communication » et de « puissance » transformable. Car il s’agit toujours d’une transformation de cet électromagnétisme en une autre chose, héritière du parent dans sa nocivité qu’ils la nomment « information » ou bureaucratie. C’est ainsi que, bien que poussé par l’inertie de mon départ, arrivant à proximité de cet endroit pourtant si charmant à priori, cette explosion me laisserait perplexe : quelle peut bien en être l’utilité, je veux dire : que cache-t-elle qu’il faut éviter de voir dans cet engrenage enclenché il y a un peu moins d’un siècle ? Ainsi, aurais-je entrepris ce voyage il y a vingt, mon effarement aurait été encore plus important car, comme la grenouille ne sent pas une montée lente de chaleur dans son eau et en arrive à cuire pour n’avoir pas su se sauver à temps, d’un siècle, j’aurais été baigné dans le flux, mais de vingt années, j’aurais été brûlé comme une main posée sur un poêle à bois qui ronfle (oui, nos longues-vue sont si performantes, qu’il nous est arrivé de voir des poêles à bois ronfler, il y a un siècle : ce qui est le passé était encore le présent pour nous).

Si j’étais ce « visiteur », je ne me risquerais pas, d’emblée, à rencontrer cet organisme singulier qui se surcroit parce qu’il pense penser et qui se nomme « humain » : je l’observerais d’abord pour ne pas risquer ma vie, étant venu de si loin pour une telle découverte. Et, inévitablement, je me serais aperçu que cet animal, cet organisme pluri-corporel qui a envahi ce bout de caillou multimillénaire, est délétère et j’éviterais de m’y frotter : je passerais mon chemin, sans aucun doute. Cet animal qui rejette toute affectivité sexuée est bruyant, mortifère ou immédiatement torturant pour ses congénères, mais aussi pour les autres habitants de ce caillou, c’est un empoisonneur : tout ce qu’il touche est le fruit d’une recherche avide de profit (abstraction des abstractions s’il en est) à seule destination de son égo, de sa petite existence désintégrée de tout environnement (non seulement de son milieu de vie : ce caillou lui-même, mais aussi de ses contemporains – j’entends par-ci par-là qu’il ne lui reste guère plus que sa « famille », un entourage d’un peu plus de dix personnes) en vue de dominer autrui, ses congénères, passant outre cette destruction principalement de l’affectivité et des possibles de la sexuation pour en guillotiner la satisfaction. Je ne me risquerais pas à le rencontrer de crainte qu’il ne me contamine de sa maladie : le chancre émotionnel.

J’observerai qu’il y a sur cette planète une division de ces pluricellulaires en deux sexes et qu’il y a un organisme particulier (sans doute celui qui empue la planète) chez qui cette sorte d’égalité octroyée par une attribution simplement hasardeuse, mais néanmoins savamment calculée selon l’incommensurable intelligence de la nature (en fait, la nature est l’Intelligence même ! présomptueux est celui qui lui donner le nom de « dieu » pour la réduire à sa propre « intelligence » et la maltraiter en ce nom), n’existe plus. Chez tous les autres animaux, la répartition des spécificités répond à ce qu’elle est, et chez ce bipède, on voit que le mâle a comme une suprématie étrangère à ces spécificités sur l’autre sexe qui, il est vrai, est un peu moins corpulent, musculairement parlant. À se demander si le muscle ne remplace pas le cerveau dans cet organisme, lorsqu’il est masculin.

Dans cette notion de distance, il y a donc une interrogation de proportionnalité : la rencontre ne peut se faire que relativement à une disposition qui admette l’un et l’autre des deux protagonistes. Une des proportions indispensables à cette rencontre est le respect de l’autre : l’admettre selon un point de vue où l’égalité à soi induit qu’autrui à autant d’importance que soi. Dans les fantasmes réalisés (le cinéma), aucune histoire (puisque c’est ce qui nous distingue des autres animaux : nous sommes capables de nous raconter « des » histoires) ne mentionne une telle égalité : soit l’humain est supérieur (alors que l’inconnu vient de bien plus loin que le seuil de sa maison), soit l’inconnu est un dominateur avide, lui aussi, d’exploiter – de profiter – des richesses de cette planète, pour diverses « raisons » telles que l’indispensable survie de ce profit, de son espèce, des riches, de l’armée, etc. (en fait il s’agit toujours de faire « travailler » l’autre pour en retirer les richesses).

Il remarquerait l’immense solitude affective de ces bipèdes que chacun d’eux tente de combler par l’asservissement à des relations qui sont sensées la combler. Sans aucun doute, comme tout animal doté d’un semblant d’affectivité (relation demandant un échange de chaleur concrète, mais aussi abstraite, pourrait-on dire, inhérente à sa condition de mammifère), notre visiteur serait doté une propension au jeu et il serait étonné de l’usage que nous faisons de cette aptitude : des femmes dénudées ici, des mensonges là, de la politique partout, le report sur des objets (principalement, l’argent) de l’affectivité qui est le moteur de ce jeu, de sorte qu’elle ne puisse plus s’exprimer qu’à travers ces objets, le fétiche.

Cette translocalisation de l’affectivité dans l’objet est une spécifié humaine, s’apercevra-t-il alors, mais au lieu d’être une richesse sociale, elle demeure une course à la « richesse » individuelle (personnelle) qui se manifeste dans l’acquisition éperdue de ces objets, des fétiches. Cette acquisition passe par toute les vilénies possibles et imaginables, jusqu’à même la torture de ceux qui en sont totalement dépourvus ; torture physique, sociale et affective, chacun de ses domaines trouvant ses manières particulières. Bien sûr, notre visiteur se demanderait si ses constatations sont justes et véridiques, tant elles sont surprenantes, mais il devra se plier à leur évidence. Généreux, il se posera ensuite la question de savoir s’il pourrait ou non « aider » ces bipèdes à résoudre ce problème du chancre affectif, par quelque curation dont il aurait la possession en partage, mais il se dirait que la mesquinerie (sans doute un avatar mal compris de l’instinct de survie ?) est si ancrée dans les âmes, qu’il semblerait que le mieux (tout comme on laisse un malade à sa maladie car il retire le bénéfice du simple bénéfice d’exister) serait de ne s’occuper de rien et de laisser les affaires aller leur cours… jusqu’à ce que mort s’en suive, puisqu’elle s’empoisonne elle-même et que la planète s’en sortira toujours, même avec ces poisons. Dans ces conditions, la meilleure décision que je pourrais prendre avec mes amis, c’est de passer mon chemin et de laisser à leur prétention ces gens qui se croient suffisamment intéressant pour qu’on leur rende visite de très, très, très loin.

La concordance des temps revient à remarquer que l’évolution du monde ne répond pas à une avancée identique en toutes ses parties. Ainsi, pour qu’une telle rencontre ait lieu, il faudrait qu’elle se passe, elle aussi, dans une fenêtre temporelle. Notre visiteur commence son voyage à telle époque, chez lui, qui correspond à une époque chez nous. Il voyage, donc. Cela demandera un certains temps, bien sûr et comme il devra parcourir des années lumières, s’il voyageait à cette vitesse, il mettrait disons 5 ou 6 ans. Et il arrive chez nous. Il serait donc parti, pour nous, il y a 5 ou 6 ans ! (on sait qu’il lui faudrait plutôt des dizaines d’années ou même des siècles pour un tel voyage), mais cela ne fait que grossir le problème de la concordance des temps).

Allons au plus simple que le transport de personnes : les messages « extra-terrestres ». Si nous recevons un message « extra-terrestre » depuis quelque part qui est distant de nous ne serait que de quelques milliers d’années « lumières », à partir de ce que nous comprenons des phénomènes de la nature (ce qui est loin de ne pas correspondre à un mode de production des fétiches) cela signifie que la technologie du moment de l’émission de ce message date d’autant de milliers d’années. Or, lorsqu’on regarde le moment à partir duquel nous sommes à la fois capable d’émettre de tels messages (et pas sur d’aussi longues distances), et de les comprendre, leurs balbutiements ne datent à peine que de 110 ans. Non seulement en partant de la théorie du « big bang » qui homogénéiserait les temps et en conséquence les évolutions organiques possibles (ce qui ne permettrait pas la concordance du décalage de la réception), mais aussi des moments où cela peut apparaître, on se demande bien comment un tel message peut être émis d’aussi loin, dans quelles conditions, en quelles circonstances et pour dire quoi : « J’existe ! » alors qu’on a déjà cessé de l’être ? A-t-on pensé que lorsque nous émettons des « messages » vers ailleurs, il faut qu’il soit capturé… mais dans combien de temps ? Au pas où va la destruction de notre caillou, l’humanité aura disparu seulement au cours du temps « aller » de ce message ! Qu’attendre de la « réponse » et en quelle langue, nous qui ne savons pas nous entendre pour mener à bien le projet indispensable de cesser de travailler, de nous entendre pour cesser de détruire ce caillou, nos âmes et nos sexes ?

Ce désordre que nous mettons partout, et principalement dans nos âmes, avec cette technologie qui va à la démence, c’est-à-dire « devenue autonome et n’allant plus que pour soi » (comme fruit de l’économie, symptôme de la mesquinerie incarnée), nous dispose dans une telle solitude et un tel désarroi qu’il nous faille penser que nous ne sommes pas seuls au monde, perdus, en proie à la peine. Lorsque cette solitude est devenue si douloureuse qu’elle sort du champ de la conscience (de sa propre perception), elle provoque des hallucinations, amalgame de visions physiques et psychiques ; et à un tel stade, elle montre son importance, son volume qui va jusqu’aux cieux qui n’en ont que faire. On refuse de comprendre qu’il faut une structure mentale, c’est-à-dire qui met en corrélation l’affectivité et ce qui est perçu du monde pour se donner les moyens d’y correspondre et de pouvoir y vivre sans trop de souffrance, pour que de telles idées viennent à la conscience et, surtout, qu’on cherche à leur donner « corps ». La grandeur de cette solitude se miroite dans la grandeur (au sens spatial) de ces idées qui vous permettent de quitter ce monde pour un autre moins agressif, impuissant que l’on est de défaire celui dans lequel on vit de ce qui le rend si pénible à vivre.

C’est ainsi que de telles idées nous poussent à aller voir ce qui se passe sur d’autres planètes, au moins la plus proche, pour rêver qu’on puisse nous promener plus loin. Mais déjà, que ce soit pour la lune ou pour mars, cette  « idée » de prospection a produit des tonnes de déchets sur ces cailloux et sur le nôtre (que nous ne pourrons jamais recycler) avec les engins qu’on leur a lancés, sans se douter que cette disposition d’esprit est celle, précisément, d’évacuer le problème du déchet (dont on pourrait dire que la solitude et la misère sont ceux de sa production affective – qu’à une époque encore proche, on disait sociale) qui est, ICI, produit dans le seul et aussi compulsif que prégnant espoir de gain : le manque de satisfaction correspond exactement à cet espoir de satisfaction fétichiste, le gain, quelles que soient ses conditions et ses résultats.

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