Es poire de gain

La sexualité, chez l’humain – la seule race terrestre qui procède ainsi sur cette planète vis à vis d’elle : elle ne maîtrise pas encore toutes les séparations dont elle est capable – est brimée, avilie, ignorée, écrasée, anesthésiée, effrayée, apeurée, condamnée à mort, à la prison, prostituée, grimée, propriétarisée, marchandée, sous l’emprise de religions, et que ne sais-je encore. Sur cette planète, l’être humain est le seul animal qui fait de l’abstinence une vertu ! Cette action débilitante est à la fois consciente (cette race est dotée d’un retour sur soi de la pensée : elle « réfléchit » et prend alors conscience de soi), car l’expression de la sexualité est émouvante et qu’il craint cette émotion ; et « inconsciente » car une fois le refus de son approche atteint, il ne sait plus l’aborder avec sérénité, et ne peut s’avouer qu’il ne peut en être autrement du fait que ce refus est la barrière-même empêchant de la côtoyer sereinement.

C’est ainsi que l’animal le plus adaptable de cette planète est aussi celui qui jouit le moins de la vie, car sa vie est scindée en deux parties parfaitement cloisonnées : une sorte de vie sociale et la sexuation où la première est totalement, sinon que d’une manière « inconsciente » (c’est-à-dire qu’elle transparaît partout dans cette vie sociale sous une forme altérée, généralement sous le couvert de la vertu en sous-vêtements). On sait depuis plus d’un siècle et demi que les substitutions à la satisfaction sexuelle sont le fétichisme, aujourd’hui (dans le contexte du capitalisme) celui de la marchandise : c’est-à-dire que tout sur la planète, du minéral ou de l’organique, est réduit à un objet de transaction, de vente qui dénature entièrement l’objet de son existence propre ; le fétiche étant, non pas l’argent qui n’est qu’un moyen de ce fétiche, mais le profit.

Le profit trouve effectivement sa matérialisation dans un « plus de quelque chose » (généralement de l’argent, de la richesse, ou du pouvoir sur autrui par l’intermédiaire de sbires qu’on rétribue pour l’exercice de ce pouvoir par les coups), mais essentiellement comme abstraction, comme anticipation de l’avenir, comme « espoir-de-gain ». C’est ce vide entre le présent et l’avenir qui est le fétiche de la marchandise, l’espace où se loge l’idée anéantissant toute autre idée : non pas le gain, qui est son moyen (encore une fois), mais l’anticipation du gain, le gain comme anticipation exclusive de la marche du temps.

C’est ce caractère (dit) psychologique (car bio-psychique) de la démarche de la vie mise dans une telle disposition qui est « le tenant et l’aboutissant » du fétichisme, comme substitution à une sexualité hors du cadre capitaliste. Le fétichisme ne peut pas imaginer une sexualité hors du cadre, aujourd’hui, du capitalisme, cela lui est impossible : le fétichisme est une protection contre la sexualité hors de ce cadre et un moyen de garder bien gardée, haute et puissante cette barrière contre la sexualité hors du cadre (aujourd’hui) du capitalisme. C’est pour cela qu’il est si difficile de sortir du capitalisme qui ne cesse de se « régénérer » à travers les formes sans cesse mouvantes du fétichisme : hier il s’appliquait à la grosse bagnole, aujourd’hui à un téléphone portable, par exemples. Hier, une cheville suffisait à mettre en émoi , aujourd’hui il faut une tripotée de filles à demi-nues sur un écran pour attirer l’attention de cet « espoir » de jouissance jamais atteinte. Car, on le sait, la satisfaction du fétichisme ne réside pas dans le fétiche, mais dans ce qu’il représente : l’abstraction de son objet.

Cette « abstraction de son objet » est le substrat de toutes les spéculations qu’elles soient religieuses, économiques, sociales, affectives entretenues entre les « êtres » humains. Ce qu’ils prennent pour une particularité de l’être humain n’est en fait qu’une forme de la maladie de son adaptabilité au monde, une altération de son aptitude à la séparation. Cette forme de maladie que l’être humain prend pour une de ses caractéristiques existentielles en se disant un « roseau pensant » (quand il n’est qu’un éros pensant) l’entraîne dans les pires des situations de misère, lui qui est l’adaptabilité même, et ceci non pas parce qu’il est particulièrement handicapé par la nature de son être dans l’environnement dans lequel il peut vivre, mais parce qu’en tant que groupe, ce fétiche, cet espoir-de-gain veut des « plus égaux que d’autres » qui resteront dans une misère tout aussi sexuelle, mais aussi de conditions de vie déplorables qu’ils consoleront dans le fétiche d’un secours extra-environnemental.

Ce mystère des disparités de l’existence humaine n’interroge pas autant que leur existence même. Elles sont attribuées à des carences des uns, ou à l’environnement et que ne sais-je encore (la religion, les chefs, les femmes, les loups…) Et pourtant, on sait insidieusement qu’elle n’a pas réellement de raison « d’être » : même si on distingue une lueur qui éclaire une disposition (dite) psychologique (genre une malveillance des uns sur les autres), on hésite encore et encore (comme le capitalisme se renouvelle sans cesse dans ses formes) à en prendre la réalité, car elle va faire peur. Elle fait peur parce qu’il va falloir se bouger les fesses pour qu’une telle ineptie cesse son renouvellement, et si possible définitivement. On craint cette solution car on sait que l’origine de cette aliénation est sexuelle et que la sexualité, telle qu’elle est aujourd’hui, fait peur, bien plus dans une forme satisfaisante que sous la forme actuelle de délirante. L’espoir-de-gain est logé partout sur cette planète, c’est une disposition d’esprit, une organisation sociale, une régularisation de l’affectivité… nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

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