La crampe du vouloir

La violence tue l’amour de la femme pour l’homme et sa recherche d’un plaisir commun auquel elle est prête à s’adonner hors de la contrainte, si le cœur lui en dit. La maltraitance quasi universelle, plurielle et multiforme de l’homme sur la femme réside dans ce quiproquo. Cela doit cesser, le plus rapidement sera l’immédiatement (mais je rêve, bien sur, car il y en a encore pour un moment, héla !). Cette maltraitance est multiple, elle fait partie de la « culture » humaine patriarcale du moment, du passé : elle ne doit plus donner de présence au futur et pour cela la société patriarcale doit être démolie. Elle ne pourra l’être que conjointement par la femme et l’homme, par un refus catégorique, irrépréhensible et indéfectible de cette maltraitance. La peur de l’autre – et unique autre – sexe est instillée dès le plus jeune âge. Cette peur est la clef de l’énigme et l’énigme elle-même, c’est pour cela qu’elle semble si difficile à dénouer. Si une brute sanguinaire a tranché l’affaire d’un coup de sabre, c’est pour nous montrer que l’énigme ne tient que sur elle-même, c’est-à-dire que par l’intention qu’y donne ceux qui veulent y croire et ne peuvent qu’y croire : clef-énigme.

Pourquoi donc l’homme maltraite-t-il ainsi la femme ? Comme la maltraitance qu’il inflige à la femme, la réponse (si je puis l’approcher – mais au moins, je m’y détermine en conservant l’attachement de chacun à la sexualité de l’autre, au lieu de la supprimer, comme dans la morale patriarcale) sera multicolore. Si l’homme arrivait à concentrer comme sur un point focale la fusion qu’il désire de la femme dans l’orgasme, dans sa propre perte, il n’en serait pas à la poursuivre pour lui donner les coups répondant à son insatisfaction à lui. Il ne le peut pas et met sur le compte de la femme cette insatisfaction et la source de cette insatisfaction : lui ! Bien évidemment, chacun des deux sexes est l’énigme pour soi et trouve la clé de cette énigme chez l’autre. Et au lieu de discuter (mais en sont-ils capables, sont-ils capable de discuter de ce qu’il ne reconnaissent pas, ignorent ? Je crains que non, hélas… à moins de l’amour), l’homme qui a su charmer sa compagne de ses mots, devient tout à coup muet et transforme cet autisme dans une violence qui est celle de ne pouvoir pas l’exprimer. Et, on le sait bien, cette violence coupe de plus en plus des suspentes du pont qui réunissait ce couple.

C’est qu’en plus de la peur de perdre une compagne, l’homme a peur de son propre sexe, de ses exigences, de ses manques et de sa défaillance? Cela consiste dans la crainte ou bien de son jaillissement après lequel il refuse de devenir un enfant qui a tout perdu sauf l’être-état amoureux ; ou bien dans la peur de ne pas pouvoir satisfaire la femme, dont il reconnaît avoir une responsabilité physiologique qu’il refuse, pour ne pas éprouver cette « faiblesse », pour lui. Et comme la maltraitance est une affaire de force et qu’il est, physiologiquement détenteur de cette force musculaire qu’il transforme en brutalité, cette force du muscle va nourrir le cerveau pour torturer tout ce qui ne fonctionne pas comme elle : brutalement. Dans cette brutalité (la force du muscle cérébral comme crampe du vouloir), il la manifestera avec une recherche circulaire, idiotement, donc le seul but est de faire ressentir à autrui le mal qu’il éprouve, certes, mais ne ressent plus que gourd et qu’il cherche à réveiller dans la souffrance d’autrui, sans y parvenir jamais, cela va de soi.

S’il lui arrive, dans ces conditions, de bander, son sexe ne sera qu’un instrument de torture comme un autre, mais étant le plus souvent impuissant, il se servira affreusement d’outils de substitution puisqu’il ne connaitra que la substitution ; celle-ci lui échappera, il ne la percevra pas, il ne la comprendra pas, et même si on lui clarifie cette inversion, les modalités qu’il utilise, et cela pourra se faire au péril de celui qui s’avancerait dans ce chemin épineux de l’éclairer dans sa pénombre : il a peur du noir !

La maltraitance induit un désintérêt profond de la femme pour le sexe masculin, que l’homme va ensuite lui reprocher : le cercle est bouclé : clef-énigme. Pour son plus grand malheur (et elle montre ici qu’elle a une âme forte), cette maltraitance sur la femme commence très tôt en âge, instillant cette peur du sexe (unique autre) de l’autre, dans un salmigondis de plaisir-angoisse, du désir de se laisser aller et malgré tout de se retenir par crainte des coups – ce qui est fatal à l’orgasme ! Pourtant, ce que l’homme reproche à la femme est d’être une femme ! L’homme borné par la vengeance ne peut percevoir que la femme ne peut qu’être femme, une femme dont la forme et le fond est légitimé de naissance, avec toutes les dispositions favorables à un plaisir commun, universel : ici, les bornes de l’homme la réduise à rien, lui qui, dans ces conditions est réduit à moins encore par ces bornes puisqu’elles le réduisent à la maltraiter dans cette peur viscéral d’elle. Et si une femme vient à préférer une de ses sœurs, il devient encore plus cruel, car il ne comprend pas pourquoi elle te quitte pour sa semblable, lui, le maltraitant, le chef au vouloir musculeux, alors qu’il n’est guère plus qu’un éros pensant. Et si un autre homme refuse de se comporter ainsi parce qu’il ne veut pas ressembler à la brute épaisse que tu es, tu le tortureras pareillement, mais en homme avec l’arrière amertume de ce que tu considères comme ta faiblesse, la gentillesse, et cela te fera sans doute bander de tabasser ce que tu réduits à si peu, car tu te sents fort quand tu montres ton impuissance à donner de l’amour ou même de la bienveillance à l’enfance que tu as perdue.

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