Le « i » de la verge

Le consentement initial de la femme à l’accouplement n’est pas un problème, c’est un prérequis indispensable à son plaisir et au plaisir commun.

L’acception moderne du mot « vierge » qui décrit une femme qui n’a jamais de relation sexuée, une pucelle, ne date que d’environ 4500 ans, et encore. Auparavant, il désignait avant tout une femme qui n’avait pas choisi son homme, qui n’était pas liée par les liens maritaux, été ajoutée « à un homme » (ce qui nous montre la modernité du concept du mariage, aujourd’hui encore). Une vierge pouvait avoir (eu) des relations sexuelles, mais sans attache affective « maritale » : elle n’était pas passée par la cérémonie du « oui, j’accepte d’être ta femme ».

De plus il ne faut pas confondre « chaste » (qui vient de katharos : sans tache ou souillure, sans mélange, etc.) et « vierge » dont j’ai donné plus haut le sens. Pour « chaste » le sens de « intouchée, non-montée » nait avec l’émergence du patriarcat.

C’est avec le patriarcat qu’est née la prostitution. En quoi consiste la prostitution ? Dans un premier temps, il a s’agi de déculpabiliser la femme de sa « virginité » (c’est-à-dire de la déculpabiliser de son désir sexuel non-marital pour lui permettre d’avoir des relations sexuées, comme chez les femmes qui se « prostituent » pour le financement d’un temple, ou avant leur mariage, etc. où elle prend conscience qu’elle est un sexe pour l’homme et que son sexe possède une effectivité sociale), et dans un second temps (le nôtre) de changer selon un protocole, l’âme du rapprochement sexué par l’argent. Qu’est-ce que l’âme du rapprochement sexué : non pas seulement le plaisir qu’on peut escompter d’une aptitude au plaisir (le sexe), mais aussi le désir de le partager : l’amour immédiat (pour le moins) qu’on éprouve pour une personne et dont on désire le rapprochement sexué, du fait qu’on en anticipe la satisfaction, ce comblement de l’âme. Dans la prostitution, on désire bien autrui sexuellement, mais par – et plus tard pour – un intermédiaire : l’argent, de sorte qu’il vous soit permis par ce moyen de vous adonner selon votre goût « librement » à votre sexualité. Que la prostitution soit liée à la proxénétie (le fait de donner à un tiers, de manière obligée ou non, une partie ou la totalité des gains acquis par l’échange de cette déculpabilisation) ou non, change peu à l’affaire, sinon que la relation entre l’idée du pourquoi et du comment, le moyen est toujours le même. Il va cependant de soi que je n’oublie pas (loin de là) les rapports de violence qu’il existe dans la proxénétie qui n’est, finalement, qu’un rapport de domination rarement consenti de la part de la femme.

Bien. Mais on va me soulever le soupçon que sous-tend ce que je viens d’écrire : que la femme « vierge » (sans attache maritale) serait une dévoreuse de sexualité. Par provocation, je dirais « Pourquoi pas ? bande de prudes ! ». C’est qu’il s’agit précisément de cela : quelle est la latitude que la société (quelle est la morale anti-sexuelle) laisse à la femme ? Il faut me concéder que le désir du rapprochement sexué est complètement perverti par le patriarcat : la femme doit être mariée ou ne pas avoir de sexualité, c’est l’alternative qui lui est laissée. Mariée avec ou contre son gré, oui, « vierge », non. Si elle désire avoir un rapprochement sexué avec autrui en dehors du mariage, et que cela se reproduit avec plusieurs personnes, elle est désapprouvée par la morale anti-sexuelle de nos temps, insultée, vilipendée, maltraitée ; et ce, d’autant plus qu’elle y prend plaisir ; jusqu’à la soupçonner de ne désirer que s’accaparer de ce plaisir : la pire des satisfactions que ne puit pas accepter le patriarcat. C’est bien de cela que je veux parler et qui me sert de base pour mon discours. Cela se manifeste dans le rapport (Gaaarde à vou’ !) des deux sexes suivant cette société. Voyons voir si nous pouvons éclaircir la chose…

Ce que la pornographie nous montre (qu’elle soit de yahoo-facebook ou de tubegalore, l’implicite ou l’explicite) c’est une femme qui s’adonne à la sexualité « selon » les désirs de l’homme (en fait, l’homme la « nique », c’est-à-dire, la trompe sur ses propres sentiments vis-à-vis d’elle (elle n’est qu’un objet), s’accouple avec elle selon son vouloir (elle est l’objet lui-même, dont il n’a que faire sinon que comme moyen éjaculatoire ; quand il le peut, of course) et pourtant elle le baise, c’est-à-dire qu’elle serait susceptible d’en obtenir du plaisir selon ses dispositions physiques spécifiques. Cela parait honteux à plusieurs niveaux : celui de l’usage de son corps à ces fins (le plaisir par le sexe), celui de donner du plaisir avec de tels moyens (son assentiment et la mentalité qui l’accompagne), celui d’user de ses ouvertures d’accueil (qui, bien que différemment considérée de ce point de vue, reçoivent la désapprobation liée au réceptacle qui, on le sait bien, doit être béni pour recevoir un dieu), celui de sa perte puisque pour avoir du plaisir, il faut s’y adonner au plus ample possible. C’est, en gros, la mentalité judéo-chrétienne.

Qu’une femme qui s’adonne à la sexualité « selon » les désirs de l’homme, Ha ! la belle affaire ! Mais vu la constitution de la femme, ce qui en fait la spécificité, comment donc pourrait-elle trouver de satisfaction hors de cette relation (même pornographique) à l’homme ? N’est-elle pas conformée à avoir ce genre de relation, physiquement, et en conséquence en manière de désir ? Et ne faut-il pas que l’homme ait une érection correcte pour qu’elle l’accueille ? Comment donc la femme peut-elle jouir de l’homme sans érection ? La pornographie nous montre la femme avide du sexe de l’homme au point de s’avilir (selon la point de vue moral de l’impuissant !) pour en avoir un résultat, même s’il n’est pas satisfaisant pour elle – alors que, tout comme l’homme attentif, elle détient naturellement le pouvoir de cette conjonction.

La pornographie réside donc dans le désir de réaliser le rôle de la femme dans ces situations où elle s’adonne selon son sexe à la sexualité, l’âme incluse avec ou sans son gré et de faire paraître cela immorale. Ce « rôle » on le connait bien, ce n’est que celui de la femme (je ne parle pas ici de celle cantonnée à la lessive et la vaisselle), elle ne peut qu’avoir ce rôle puisque qu’elle ne peut avoir de satisfaction que selon sa sexualité de femme (dans la mesure où elle en éprouve, bien sûr : mais cette mise en doute pose aussi en doute le fait qu’elle peut avoir du plaisir à cause de son sexe, du fait de son sexe : cela arrive, mais ce n’est pas obligatoire). Quelles sont les relations sexuelles dans la pornographie, du côté de la femme ? Le fait de recevoir le pénis de l’homme un peu partout. Mais que peut donc autrement être une femme ? qu’elle se comporte comme un « homme » : avoir un pénis ? Cette restriction implique qu’elle ne devrait pas aimer le sexe masculin pour ce qu’il est : le complément de sa propre sexualité jaillissante. La pornographie est une morale qui travestit ce qui ne l’est pas.

J’insiste que je ne cautionne en rien la violence ; j’insiste. Et justement la violence émane toujours de l’homme pornographique. Pourquoi ? Parce qu’il culpabilise sur le fait que cette femme l’excite, que la femme désireuse de lui l’excite et qu’il n’a droit qu’à un coup. « Ha ! tu la veux ma queue ! Tiens ! prend ça !!! » : c’est ridicule, car c’est cela la violence de la morale anti-sexuelle : refuser durement ou mollement d’admettre qu’autrui puit à la fois désirer sexuellement autrui et avoir une satisfaction en passant par la réalisation de ce désir. Qu’on se souvienne de ces curés coincés du cul qui maltraitaient les femmes parce qu’elles éveillaient en eux le désir de satisfaction – qui consiste chez eux à un coup dont ils ne retirent rien, ayant déjà la tête dans les cieux qui les voient coupables, et dont ils reportent sur la femme cette impuissance et la leur – c’est aujourd’hui la même chose, mais sensiblement adouci par les droits du Spectateur qu’il faut tenir dans cette morale sociale pour que la marchandise (la mise en objet de l’objet par l’objet tiers) continue son trafic.

Le rôle qui est assigné à la femme dans de telles conditions est très restrictif, mais elle s’en accommode et l’homme prend cela pour de l’approbation, l’idiot qui n’a qu’un coup. Bien évidemment, si l’homme ne comprend pas que le jeu de la vie mené par la femme dans les sus-dites conditions peuvent varier selon sa féminité, il lui impose un retour à son ordre qui est celui de la domination, car il craint fort que son coup ne le satisfasse pas, lui, en tant qu’outil de domination. La collaboration pourtant devrait lui assurer qu’il y a un temps pour jouir et partager, un autre pour partager et pour perdre et un autre encore pour perdre et jouir. L’homme retranche la femme dans un rôle où sa domination se manifeste par les gesticulations qu’il lui impose. Elle peut y prendre goût puisque c’est la seule issue qu’il lui est loisible d’entreprendre ; et de cela même, il peut être jaloux et le manifeste dans la violence, une fois encore. Mais de quoi est-il si jaloux ? Du fait qu’il n’a qu’un coup et qu’il voudrait se rendre à lui la femme esclave parce qu’il serait le meilleur, avec toutes, pour toutes, faute de l’être par toutes. Heureusement, il y a la musique accompagnant ces gesticulations que composent encore d’autres esclaves qui, eux, cherchent à charmer pour leur plaisir commun leurs comparses d’état.

La femme libre, « vierge », gêne l’homme, lui qui la cloisonne dans le mariage alors qu’elle y est innément douée et alors assez fidèle. Il a connaissance de l’inclination qu’elle a vis-à-vis de son amoureux (fut-il temporaire), mais il veut lui imposer par la force cet état en l’assujettissant, évitant comme le feu le consentement « vierge » de son âme : il est lui-même jaloux de cette capacité du don de soi, lui qui n’a qu’un seul coup qu’il voudrait définitif dans la puissance pour la reprendre de ce haut quand il devient tout petit. L’homme éprouve le besoin de brider la femme libre, car il a peur de sa sexualité, et conséquemment de sa sexuation. Lier la sexualité à la reproduction est un refuge pour celui qui craint d’admettre que la vie, c’est d’abord le plaisir partagé : tant que le principe de la reproduction surpassera celui du plaisir, rien n’aura été compris de la sexualité, quelque soit l’animal auquel on fait référence. Le principe de reproduction n’est pas un principe de réalité, celui du plaisir, oui, sinon on ne se confronterait pas à la morale que le principe de reproduction  veut imposer à celui du plaisir.

C’est que la femme est douée, elle aussi, d’une volonté propre que la pornographie permet de sursoir, tout comme la proxénétie, en tant que « vierge ». Non seulement de sursoir à sa volonté propre, mais aussi dans les formes de cette volonté, puisque lorsqu’on a acheté, on devient propriétaire et qu’on fait de l’objet ce que bon ou mauvais vous semble ; le briser même. Cette volonté se devrait d’être au service sexuel de l’homme. On lit dans Sade ce qu’est un objet-femme ou un objet-pauvre. Cette condition de la femme s’est peut-être empirée malgré le progrès des droits de l’Homme manifestement impuissant à les faire régner autant pour la femme que pour l’enfant.

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