Maître Soleil sur son horizon perché

Maître Soleil sur son horizon perché
Tenait dans ses yeux la lumière
Et la Terre par ses couleurs alléchée
S’imbibait de son onde nourricière

Aux chants des oiseaux qui pépient
Aux plantes fleuries chargées de rosée
Sa respiration claire et vive inonde sa vie
Celle grouillante qu’elle a si bellement osée.

Parce qu’il se croit l’intermédiaire des dieux
Celui qui croit en nommant les choses
Détruit tout pour la mesquinerie du profit
Et oublie que le fruit n’est pas encore l’arbre

Il s’investit roi, chancre malade des dieux
Et envahit tout comme il l’est de lui-même
Alors qu’il ne crée sans plus que du minéral
Des pièces qu’il rembourre de sa vitalité

Pour la cloisonner comme l’est son âme
Dans les murailles de son cœur froid
Dans les geôles de ses banques avides
Et ses morales corrompant la sexuation.

Celui qui est l’enfant de la nature
Et se dit plus « intelligent » qu’elle
N’en ayant pourtant rien appris que ce minéral
Pour en écarter son être de chair : l’organique

L’organique qui pulse et que les pulsations
Gênent, qui respire que le souffle étouffe
L’organique au sang chaud comme l’amour
Qu’il enchaîne pour en dévorer le foie.

L’extraordinaire organique plus érudit
Que ses mille prix Nobel et dont il craint
De toucher tant il est profond, émouvant
Et fluide, dont le sain mot humain est « amour ».

Ce sain mot il l’a sanctifié pour en
Extraire la sexuation, fluide, émouvante et
Profonde, et l’écarter de cette « intelligence »
Qui réduit ses cieux à son étroitesse.

Ses radins saints repousse le féminin dans leur matrice
Par effroi de ses désirs et de sa liberté vaginale
Coupent les agiles mains mentales de la
Curiosité enfantine qu’ils barbouillent de peur.

Maître Soleil sur son horizon perché
Tenait dans ses yeux la lumière
Et la Terre par ses couleurs alléchée
S’imbibait de son onde nourricière

Aux chants des oiseaux qui pépient
Aux plantes fleuries chargées de rosée
Sa respiration claire et vive inonde sa vie
Celle grouillante qu’elle a si bellement osée.

Ovni or not ovni ?

Pour une rencontre avec des personnes (des êtres, quoi !) venues d’une autre planète, il faut certaines conditions (bien sûr, on pourra dire que je suis vraiment prétentieux devant un tel événement, mais les ceux-ce qui y croient, ne le sont-ils pas tout autant ?) qui sembleraient indispensables. J’en trouve à minima trois :
– la concordance des temps,
– celle des distances
– et celle de la technologie.

Pour la technologie, il est évident qu’il faut avoir atteint un certain stade technologique pour pouvoir « voyager » jusque « chez nous ».

Pour la concordance des distances, il faut pouvoir venir jusque cette planète (chez nous) véritablement habitée par des êtres qui lui sont certes irrémédiablement liés, mais surtout, dans cette chaîne, qui détiennent une certaine liberté de déplacement. On sait que les plantes ne se déplacent pas ou peu ; qu’un nombre incroyable d’animalcules ne peuvent rester en vie que dans un contexte très serré ; et que quelques autres animaux peuvent aller et venir dans un cadre assez restreint. On peut dire que l’humain est l’animal le plus adaptable de ce monde et le seul qui ait sans véritable modification d’adaptation (outre, peut-être la couleur de peau et quelques enzymes) envahi ce monde, en relativement peu de temps : à peine 70 milles ans.

Ainsi, en calquant sur autrui ce que nous sommes devenus pour avoir une telle idée qu’on puisse venir nous visiter « des sphères étoilées », un minimum d’évolution chez ces personnes de l’au-delà est indispensable à leur propre déplacement. Sachant que les moyens de locomotion humains (par exemple, la roue) n’ont à peine, que 6 milles ans, et qu’il faille ce temps pour envisager d’évoluer dans une troisième dimension (celle du ciel), auquel s’ajoute encore un saut qualitatif qui vous permette de traverser des distances incroyables (des années lumière !) pour « nous » rencontrer, la condition des distances devient pointue.

Il ne peut y avoir qu’une fenêtre dont le cadre spécifie à l’extérieur, un trop tôt et un trop tard. Pourquoi ? Parce qu’il faut pouvoir avoir la capacité de cette rencontre : capacité intellectuelle, essentiellement. Posez un ovni à l’époque mésopotamienne, l’humain de cette époque-là n’y comprendra rien : il n’a pas la capacité d’abstraction pour s’atteler à un tel événement et il verra cette « visite » comme un autre caillou : rien de plus. Ce « visiteur » tenterait-il d’entrer en « communication » avec les humains d’alors (encore faut-il que cet animal devienne pour lui le centre de son intérêt, alors qu’il y a tant à voir sur cette terre de moins nocif, de plus honnête et de plus amical) que ces humains n’y comprendraient rien : « C’est quoi ce truc ? » diraient-ils ébahis. Je peux supposer que l’idée d’une telle « visite des lointains cieux » est celle d’une époque, c’est-à-dire d’une évolution technologique donnée qui en permette la formulation.

Si j’étais « ce » visiteur et que j’avais entrepris mon voyage (avec sans doute quelques uns de mes congénères) il y a un siècle, en me dirigeant vers cette planète bleue, je me demanderais s’il n’y aurait pas quelque danger à l’accoster, car l’explosion électromagnétique qui en émane depuis une soixantaine d’années et qui s’est amplifiée tout au long de notre voyage, est telle qu’on arriverait à se demander s’il ne s’agit pas d’une explosion du genre des novas. Au début, ces ondes électromagnétiques étaient très faibles, puis de plus en plus, elles se sont amplifiées et selon des longueurs d’ondes toujours de plus en plus courtes, chauffant comme dans un microonde la vapeur d’eau de l’atmosphère, avec une intensité, une force toujours croissante. De sorte que toute cette énergie électromagnétique, dont les origines sont très diverses (moteurs électriques, courant alternatif issu des générateurs, d’antennes, d’émetteurs, de radars, etc.) corrompt totalement toutes les communications d’immédiateté de cette atmosphère et des corps, les rendant malades du ventre, du cœur et du cerveau. Une telle maladresse bien sûr interroge et rend méfiant. Car ces émanations ne proviennent pas d’un phénomène « naturel », mais encore une fois, de cet organisme bipèdique qui affirme s’en servir à des fins de « communication » et de « puissance » transformable. Car il s’agit toujours d’une transformation de cet électromagnétisme en une autre chose, héritière du parent dans sa nocivité qu’ils la nomment « information » ou bureaucratie. C’est ainsi que, bien que poussé par l’inertie de mon départ, arrivant à proximité de cet endroit pourtant si charmant à priori, cette explosion me laisserait perplexe : quelle peut bien en être l’utilité, je veux dire : que cache-t-elle qu’il faut éviter de voir dans cet engrenage enclenché il y a un peu moins d’un siècle ? Ainsi, aurais-je entrepris ce voyage il y a vingt, mon effarement aurait été encore plus important car, comme la grenouille ne sent pas une montée lente de chaleur dans son eau et en arrive à cuire pour n’avoir pas su se sauver à temps, d’un siècle, j’aurais été baigné dans le flux, mais de vingt années, j’aurais été brûlé comme une main posée sur un poêle à bois qui ronfle (oui, nos longues-vue sont si performantes, qu’il nous est arrivé de voir des poêles à bois ronfler, il y a un siècle : ce qui est le passé était encore le présent pour nous).

Si j’étais ce « visiteur », je ne me risquerais pas, d’emblée, à rencontrer cet organisme singulier qui se surcroit parce qu’il pense penser et qui se nomme « humain » : je l’observerais d’abord pour ne pas risquer ma vie, étant venu de si loin pour une telle découverte. Et, inévitablement, je me serais aperçu que cet animal, cet organisme pluri-corporel qui a envahi ce bout de caillou multimillénaire, est délétère et j’éviterais de m’y frotter : je passerais mon chemin, sans aucun doute. Cet animal qui rejette toute affectivité sexuée est bruyant, mortifère ou immédiatement torturant pour ses congénères, mais aussi pour les autres habitants de ce caillou, c’est un empoisonneur : tout ce qu’il touche est le fruit d’une recherche avide de profit (abstraction des abstractions s’il en est) à seule destination de son égo, de sa petite existence désintégrée de tout environnement (non seulement de son milieu de vie : ce caillou lui-même, mais aussi de ses contemporains – j’entends par-ci par-là qu’il ne lui reste guère plus que sa « famille », un entourage d’un peu plus de dix personnes) en vue de dominer autrui, ses congénères, passant outre cette destruction principalement de l’affectivité et des possibles de la sexuation pour en guillotiner la satisfaction. Je ne me risquerais pas à le rencontrer de crainte qu’il ne me contamine de sa maladie : le chancre émotionnel.

J’observerai qu’il y a sur cette planète une division de ces pluricellulaires en deux sexes et qu’il y a un organisme particulier (sans doute celui qui empue la planète) chez qui cette sorte d’égalité octroyée par une attribution simplement hasardeuse, mais néanmoins savamment calculée selon l’incommensurable intelligence de la nature (en fait, la nature est l’Intelligence même ! présomptueux est celui qui lui donner le nom de « dieu » pour la réduire à sa propre « intelligence » et la maltraiter en ce nom), n’existe plus. Chez tous les autres animaux, la répartition des spécificités répond à ce qu’elle est, et chez ce bipède, on voit que le mâle a comme une suprématie étrangère à ces spécificités sur l’autre sexe qui, il est vrai, est un peu moins corpulent, musculairement parlant. À se demander si le muscle ne remplace pas le cerveau dans cet organisme, lorsqu’il est masculin.

Dans cette notion de distance, il y a donc une interrogation de proportionnalité : la rencontre ne peut se faire que relativement à une disposition qui admette l’un et l’autre des deux protagonistes. Une des proportions indispensables à cette rencontre est le respect de l’autre : l’admettre selon un point de vue où l’égalité à soi induit qu’autrui à autant d’importance que soi. Dans les fantasmes réalisés (le cinéma), aucune histoire (puisque c’est ce qui nous distingue des autres animaux : nous sommes capables de nous raconter « des » histoires) ne mentionne une telle égalité : soit l’humain est supérieur (alors que l’inconnu vient de bien plus loin que le seuil de sa maison), soit l’inconnu est un dominateur avide, lui aussi, d’exploiter – de profiter – des richesses de cette planète, pour diverses « raisons » telles que l’indispensable survie de ce profit, de son espèce, des riches, de l’armée, etc. (en fait il s’agit toujours de faire « travailler » l’autre pour en retirer les richesses).

Il remarquerait l’immense solitude affective de ces bipèdes que chacun d’eux tente de combler par l’asservissement à des relations qui sont sensées la combler. Sans aucun doute, comme tout animal doté d’un semblant d’affectivité (relation demandant un échange de chaleur concrète, mais aussi abstraite, pourrait-on dire, inhérente à sa condition de mammifère), notre visiteur serait doté une propension au jeu et il serait étonné de l’usage que nous faisons de cette aptitude : des femmes dénudées ici, des mensonges là, de la politique partout, le report sur des objets (principalement, l’argent) de l’affectivité qui est le moteur de ce jeu, de sorte qu’elle ne puisse plus s’exprimer qu’à travers ces objets, le fétiche.

Cette translocalisation de l’affectivité dans l’objet est une spécifié humaine, s’apercevra-t-il alors, mais au lieu d’être une richesse sociale, elle demeure une course à la « richesse » individuelle (personnelle) qui se manifeste dans l’acquisition éperdue de ces objets, des fétiches. Cette acquisition passe par toute les vilénies possibles et imaginables, jusqu’à même la torture de ceux qui en sont totalement dépourvus ; torture physique, sociale et affective, chacun de ses domaines trouvant ses manières particulières. Bien sûr, notre visiteur se demanderait si ses constatations sont justes et véridiques, tant elles sont surprenantes, mais il devra se plier à leur évidence. Généreux, il se posera ensuite la question de savoir s’il pourrait ou non « aider » ces bipèdes à résoudre ce problème du chancre affectif, par quelque curation dont il aurait la possession en partage, mais il se dirait que la mesquinerie (sans doute un avatar mal compris de l’instinct de survie ?) est si ancrée dans les âmes, qu’il semblerait que le mieux (tout comme on laisse un malade à sa maladie car il retire le bénéfice du simple bénéfice d’exister) serait de ne s’occuper de rien et de laisser les affaires aller leur cours… jusqu’à ce que mort s’en suive, puisqu’elle s’empoisonne elle-même et que la planète s’en sortira toujours, même avec ces poisons. Dans ces conditions, la meilleure décision que je pourrais prendre avec mes amis, c’est de passer mon chemin et de laisser à leur prétention ces gens qui se croient suffisamment intéressant pour qu’on leur rende visite de très, très, très loin.

La concordance des temps revient à remarquer que l’évolution du monde ne répond pas à une avancée identique en toutes ses parties. Ainsi, pour qu’une telle rencontre ait lieu, il faudrait qu’elle se passe, elle aussi, dans une fenêtre temporelle. Notre visiteur commence son voyage à telle époque, chez lui, qui correspond à une époque chez nous. Il voyage, donc. Cela demandera un certains temps, bien sûr et comme il devra parcourir des années lumières, s’il voyageait à cette vitesse, il mettrait disons 5 ou 6 ans. Et il arrive chez nous. Il serait donc parti, pour nous, il y a 5 ou 6 ans ! (on sait qu’il lui faudrait plutôt des dizaines d’années ou même des siècles pour un tel voyage), mais cela ne fait que grossir le problème de la concordance des temps).

Allons au plus simple que le transport de personnes : les messages « extra-terrestres ». Si nous recevons un message « extra-terrestre » depuis quelque part qui est distant de nous ne serait que de quelques milliers d’années « lumières », à partir de ce que nous comprenons des phénomènes de la nature (ce qui est loin de ne pas correspondre à un mode de production des fétiches) cela signifie que la technologie du moment de l’émission de ce message date d’autant de milliers d’années. Or, lorsqu’on regarde le moment à partir duquel nous sommes à la fois capable d’émettre de tels messages (et pas sur d’aussi longues distances), et de les comprendre, leurs balbutiements ne datent à peine que de 110 ans. Non seulement en partant de la théorie du « big bang » qui homogénéiserait les temps et en conséquence les évolutions organiques possibles (ce qui ne permettrait pas la concordance du décalage de la réception), mais aussi des moments où cela peut apparaître, on se demande bien comment un tel message peut être émis d’aussi loin, dans quelles conditions, en quelles circonstances et pour dire quoi : « J’existe ! » alors qu’on a déjà cessé de l’être ? A-t-on pensé que lorsque nous émettons des « messages » vers ailleurs, il faut qu’il soit capturé… mais dans combien de temps ? Au pas où va la destruction de notre caillou, l’humanité aura disparu seulement au cours du temps « aller » de ce message ! Qu’attendre de la « réponse » et en quelle langue, nous qui ne savons pas nous entendre pour mener à bien le projet indispensable de cesser de travailler, de nous entendre pour cesser de détruire ce caillou, nos âmes et nos sexes ?

Ce désordre que nous mettons partout, et principalement dans nos âmes, avec cette technologie qui va à la démence, c’est-à-dire « devenue autonome et n’allant plus que pour soi » (comme fruit de l’économie, symptôme de la mesquinerie incarnée), nous dispose dans une telle solitude et un tel désarroi qu’il nous faille penser que nous ne sommes pas seuls au monde, perdus, en proie à la peine. Lorsque cette solitude est devenue si douloureuse qu’elle sort du champ de la conscience (de sa propre perception), elle provoque des hallucinations, amalgame de visions physiques et psychiques ; et à un tel stade, elle montre son importance, son volume qui va jusqu’aux cieux qui n’en ont que faire. On refuse de comprendre qu’il faut une structure mentale, c’est-à-dire qui met en corrélation l’affectivité et ce qui est perçu du monde pour se donner les moyens d’y correspondre et de pouvoir y vivre sans trop de souffrance, pour que de telles idées viennent à la conscience et, surtout, qu’on cherche à leur donner « corps ». La grandeur de cette solitude se miroite dans la grandeur (au sens spatial) de ces idées qui vous permettent de quitter ce monde pour un autre moins agressif, impuissant que l’on est de défaire celui dans lequel on vit de ce qui le rend si pénible à vivre.

C’est ainsi que de telles idées nous poussent à aller voir ce qui se passe sur d’autres planètes, au moins la plus proche, pour rêver qu’on puisse nous promener plus loin. Mais déjà, que ce soit pour la lune ou pour mars, cette  « idée » de prospection a produit des tonnes de déchets sur ces cailloux et sur le nôtre (que nous ne pourrons jamais recycler) avec les engins qu’on leur a lancés, sans se douter que cette disposition d’esprit est celle, précisément, d’évacuer le problème du déchet (dont on pourrait dire que la solitude et la misère sont ceux de sa production affective – qu’à une époque encore proche, on disait sociale) qui est, ICI, produit dans le seul et aussi compulsif que prégnant espoir de gain : le manque de satisfaction correspond exactement à cet espoir de satisfaction fétichiste, le gain, quelles que soient ses conditions et ses résultats.

Es poire de gain

La sexualité, chez l’humain – la seule race terrestre qui procède ainsi sur cette planète vis à vis d’elle : elle ne maîtrise pas encore toutes les séparations dont elle est capable – est brimée, avilie, ignorée, écrasée, anesthésiée, effrayée, apeurée, condamnée à mort, à la prison, prostituée, grimée, propriétarisée, marchandée, sous l’emprise de religions, et que ne sais-je encore. Sur cette planète, l’être humain est le seul animal qui fait de l’abstinence une vertu ! Cette action débilitante est à la fois consciente (cette race est dotée d’un retour sur soi de la pensée : elle « réfléchit » et prend alors conscience de soi), car l’expression de la sexualité est émouvante et qu’il craint cette émotion ; et « inconsciente » car une fois le refus de son approche atteint, il ne sait plus l’aborder avec sérénité, et ne peut s’avouer qu’il ne peut en être autrement du fait que ce refus est la barrière-même empêchant de la côtoyer sereinement.

C’est ainsi que l’animal le plus adaptable de cette planète est aussi celui qui jouit le moins de la vie, car sa vie est scindée en deux parties parfaitement cloisonnées : une sorte de vie sociale et la sexuation où la première est totalement, sinon que d’une manière « inconsciente » (c’est-à-dire qu’elle transparaît partout dans cette vie sociale sous une forme altérée, généralement sous le couvert de la vertu en sous-vêtements). On sait depuis plus d’un siècle et demi que les substitutions à la satisfaction sexuelle sont le fétichisme, aujourd’hui (dans le contexte du capitalisme) celui de la marchandise : c’est-à-dire que tout sur la planète, du minéral ou de l’organique, est réduit à un objet de transaction, de vente qui dénature entièrement l’objet de son existence propre ; le fétiche étant, non pas l’argent qui n’est qu’un moyen de ce fétiche, mais le profit.

Le profit trouve effectivement sa matérialisation dans un « plus de quelque chose » (généralement de l’argent, de la richesse, ou du pouvoir sur autrui par l’intermédiaire de sbires qu’on rétribue pour l’exercice de ce pouvoir par les coups), mais essentiellement comme abstraction, comme anticipation de l’avenir, comme « espoir-de-gain ». C’est ce vide entre le présent et l’avenir qui est le fétiche de la marchandise, l’espace où se loge l’idée anéantissant toute autre idée : non pas le gain, qui est son moyen (encore une fois), mais l’anticipation du gain, le gain comme anticipation exclusive de la marche du temps.

C’est ce caractère (dit) psychologique (car bio-psychique) de la démarche de la vie mise dans une telle disposition qui est « le tenant et l’aboutissant » du fétichisme, comme substitution à une sexualité hors du cadre capitaliste. Le fétichisme ne peut pas imaginer une sexualité hors du cadre, aujourd’hui, du capitalisme, cela lui est impossible : le fétichisme est une protection contre la sexualité hors de ce cadre et un moyen de garder bien gardée, haute et puissante cette barrière contre la sexualité hors du cadre (aujourd’hui) du capitalisme. C’est pour cela qu’il est si difficile de sortir du capitalisme qui ne cesse de se « régénérer » à travers les formes sans cesse mouvantes du fétichisme : hier il s’appliquait à la grosse bagnole, aujourd’hui à un téléphone portable, par exemples. Hier, une cheville suffisait à mettre en émoi , aujourd’hui il faut une tripotée de filles à demi-nues sur un écran pour attirer l’attention de cet « espoir » de jouissance jamais atteinte. Car, on le sait, la satisfaction du fétichisme ne réside pas dans le fétiche, mais dans ce qu’il représente : l’abstraction de son objet.

Cette « abstraction de son objet » est le substrat de toutes les spéculations qu’elles soient religieuses, économiques, sociales, affectives entretenues entre les « êtres » humains. Ce qu’ils prennent pour une particularité de l’être humain n’est en fait qu’une forme de la maladie de son adaptabilité au monde, une altération de son aptitude à la séparation. Cette forme de maladie que l’être humain prend pour une de ses caractéristiques existentielles en se disant un « roseau pensant » (quand il n’est qu’un éros pensant) l’entraîne dans les pires des situations de misère, lui qui est l’adaptabilité même, et ceci non pas parce qu’il est particulièrement handicapé par la nature de son être dans l’environnement dans lequel il peut vivre, mais parce qu’en tant que groupe, ce fétiche, cet espoir-de-gain veut des « plus égaux que d’autres » qui resteront dans une misère tout aussi sexuelle, mais aussi de conditions de vie déplorables qu’ils consoleront dans le fétiche d’un secours extra-environnemental.

Ce mystère des disparités de l’existence humaine n’interroge pas autant que leur existence même. Elles sont attribuées à des carences des uns, ou à l’environnement et que ne sais-je encore (la religion, les chefs, les femmes, les loups…) Et pourtant, on sait insidieusement qu’elle n’a pas réellement de raison « d’être » : même si on distingue une lueur qui éclaire une disposition (dite) psychologique (genre une malveillance des uns sur les autres), on hésite encore et encore (comme le capitalisme se renouvelle sans cesse dans ses formes) à en prendre la réalité, car elle va faire peur. Elle fait peur parce qu’il va falloir se bouger les fesses pour qu’une telle ineptie cesse son renouvellement, et si possible définitivement. On craint cette solution car on sait que l’origine de cette aliénation est sexuelle et que la sexualité, telle qu’elle est aujourd’hui, fait peur, bien plus dans une forme satisfaisante que sous la forme actuelle de délirante. L’espoir-de-gain est logé partout sur cette planète, c’est une disposition d’esprit, une organisation sociale, une régularisation de l’affectivité… nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

La crampe du vouloir

La violence tue l’amour de la femme pour l’homme et sa recherche d’un plaisir commun auquel elle est prête à s’adonner hors de la contrainte, si le cœur lui en dit. La maltraitance quasi universelle, plurielle et multiforme de l’homme sur la femme réside dans ce quiproquo. Cela doit cesser, le plus rapidement sera l’immédiatement (mais je rêve, bien sur, car il y en a encore pour un moment, héla !). Cette maltraitance est multiple, elle fait partie de la « culture » humaine patriarcale du moment, du passé : elle ne doit plus donner de présence au futur et pour cela la société patriarcale doit être démolie. Elle ne pourra l’être que conjointement par la femme et l’homme, par un refus catégorique, irrépréhensible et indéfectible de cette maltraitance. La peur de l’autre – et unique autre – sexe est instillée dès le plus jeune âge. Cette peur est la clef de l’énigme et l’énigme elle-même, c’est pour cela qu’elle semble si difficile à dénouer. Si une brute sanguinaire a tranché l’affaire d’un coup de sabre, c’est pour nous montrer que l’énigme ne tient que sur elle-même, c’est-à-dire que par l’intention qu’y donne ceux qui veulent y croire et ne peuvent qu’y croire : clef-énigme.

Pourquoi donc l’homme maltraite-t-il ainsi la femme ? Comme la maltraitance qu’il inflige à la femme, la réponse (si je puis l’approcher – mais au moins, je m’y détermine en conservant l’attachement de chacun à la sexualité de l’autre, au lieu de la supprimer, comme dans la morale patriarcale) sera multicolore. Si l’homme arrivait à concentrer comme sur un point focale la fusion qu’il désire de la femme dans l’orgasme, dans sa propre perte, il n’en serait pas à la poursuivre pour lui donner les coups répondant à son insatisfaction à lui. Il ne le peut pas et met sur le compte de la femme cette insatisfaction et la source de cette insatisfaction : lui ! Bien évidemment, chacun des deux sexes est l’énigme pour soi et trouve la clé de cette énigme chez l’autre. Et au lieu de discuter (mais en sont-ils capables, sont-ils capable de discuter de ce qu’il ne reconnaissent pas, ignorent ? Je crains que non, hélas… à moins de l’amour), l’homme qui a su charmer sa compagne de ses mots, devient tout à coup muet et transforme cet autisme dans une violence qui est celle de ne pouvoir pas l’exprimer. Et, on le sait bien, cette violence coupe de plus en plus des suspentes du pont qui réunissait ce couple.

C’est qu’en plus de la peur de perdre une compagne, l’homme a peur de son propre sexe, de ses exigences, de ses manques et de sa défaillance? Cela consiste dans la crainte ou bien de son jaillissement après lequel il refuse de devenir un enfant qui a tout perdu sauf l’être-état amoureux ; ou bien dans la peur de ne pas pouvoir satisfaire la femme, dont il reconnaît avoir une responsabilité physiologique qu’il refuse, pour ne pas éprouver cette « faiblesse », pour lui. Et comme la maltraitance est une affaire de force et qu’il est, physiologiquement détenteur de cette force musculaire qu’il transforme en brutalité, cette force du muscle va nourrir le cerveau pour torturer tout ce qui ne fonctionne pas comme elle : brutalement. Dans cette brutalité (la force du muscle cérébral comme crampe du vouloir), il la manifestera avec une recherche circulaire, idiotement, donc le seul but est de faire ressentir à autrui le mal qu’il éprouve, certes, mais ne ressent plus que gourd et qu’il cherche à réveiller dans la souffrance d’autrui, sans y parvenir jamais, cela va de soi.

S’il lui arrive, dans ces conditions, de bander, son sexe ne sera qu’un instrument de torture comme un autre, mais étant le plus souvent impuissant, il se servira affreusement d’outils de substitution puisqu’il ne connaitra que la substitution ; celle-ci lui échappera, il ne la percevra pas, il ne la comprendra pas, et même si on lui clarifie cette inversion, les modalités qu’il utilise, et cela pourra se faire au péril de celui qui s’avancerait dans ce chemin épineux de l’éclairer dans sa pénombre : il a peur du noir !

La maltraitance induit un désintérêt profond de la femme pour le sexe masculin, que l’homme va ensuite lui reprocher : le cercle est bouclé : clef-énigme. Pour son plus grand malheur (et elle montre ici qu’elle a une âme forte), cette maltraitance sur la femme commence très tôt en âge, instillant cette peur du sexe (unique autre) de l’autre, dans un salmigondis de plaisir-angoisse, du désir de se laisser aller et malgré tout de se retenir par crainte des coups – ce qui est fatal à l’orgasme ! Pourtant, ce que l’homme reproche à la femme est d’être une femme ! L’homme borné par la vengeance ne peut percevoir que la femme ne peut qu’être femme, une femme dont la forme et le fond est légitimé de naissance, avec toutes les dispositions favorables à un plaisir commun, universel : ici, les bornes de l’homme la réduise à rien, lui qui, dans ces conditions est réduit à moins encore par ces bornes puisqu’elles le réduisent à la maltraiter dans cette peur viscéral d’elle. Et si une femme vient à préférer une de ses sœurs, il devient encore plus cruel, car il ne comprend pas pourquoi elle te quitte pour sa semblable, lui, le maltraitant, le chef au vouloir musculeux, alors qu’il n’est guère plus qu’un éros pensant. Et si un autre homme refuse de se comporter ainsi parce qu’il ne veut pas ressembler à la brute épaisse que tu es, tu le tortureras pareillement, mais en homme avec l’arrière amertume de ce que tu considères comme ta faiblesse, la gentillesse, et cela te fera sans doute bander de tabasser ce que tu réduits à si peu, car tu te sents fort quand tu montres ton impuissance à donner de l’amour ou même de la bienveillance à l’enfance que tu as perdue.

La couleuvre du mirage

Faudra-t-il que je me fasse à ce qu’on ne cesse de me dire : « l’être humain est ainsi ! » : qu’il pourrit le monde parce qu’il est ainsi, tel qu’il est et que tous les espoirs qu’on peut mettre à une amélioration de la condition qu’il induit par son comportement, est un espoir d’enfant, né d’une bonne mère et doté d’une vitalité qui lui fait vivre la vie comme le plaisir d’un jeu. Cette immixtion de ma vie dans cette vie sociale me donne le privilège de ne pas être d’accord avec sa manière de nous conduire au désastre, à la torture, à la soumission. De toutes apparences, il doit y avoir une raison (ou peut-être la conjonction de plusieurs raisons) à cause de laquelle l’humain se comporte comme cet « être » que je côtoie. Son incapacité à sélectionner ce qui est pour lui important, au sens où lui et sa progéniture peuvent vivre décemment – ne serait-ce que le lendemain parce qu’il a pris les dispositions adéquates pour l’assurer – est manifestement déplorable : la pollution de tout, mais vraiment de tout ce qui est mort ou vivant, ne me permet pas (et m’empêche même) d’être sûr de pouvoir échapper à cet empoisonnement général ; que dire de lui qui est aux premières loges ?

Et s’arrêterait-il de produire ce non-sens ? Non ! Il continue, ardemment, suant de fatigue, de maladies, de cet empoisonnement même, de produire cette situation qui va s’empirant. Il continue de se rendre, chaque matin, au bureau, au ministère pour donner l’autorisation de cette production, à la centrale nucléaire, à l’usine de produits chimiques, à ses aliments préparés qu’il donne à ses enfants, à bouleverser la terre avec ses charrues à 50 cm de labour, à épandre ses produits « phytosanitaires » sur la vie qu’il n’a pas comprise et qu’il tue pour des demi-siècles et dont il va manger gaiement les résidus de ce système dans la peau et la chair de ses aliments. Il continue de se servir de ses moyens de communication à micro-ondes qui lui cuisent le cerveau et bouscule la vapeur d’eau de l’air indispensable à l’existence. Il continue de produire des « normes » de protection de la vie, selon les principes et les modalités de « la production du profit ». Alors qu’il sait, voit, constate, calcule que la méthode qu’il emploie pour « éduquer » ses enfants est un fiasco (sans compter qu’il ne se penche pas réellement sur le contenu de ce qu’ils apprennent), il continue de les immobiliser, eux frétillants de vie, sur les bancs de ses écoles, de l’âge de 3 ans à celui de 25 ans, avec pour résultat cette immobilisation générale de la vitalité indispensable pour une révolte contre ces conditions d’existence. Il continue parce qu’il est incapable de s’organiser collectivement à résoudre ses problèmes, il « élit » des « élus » qui décideront tout à sa place, surtout les mensonges qu’ils ont promis de ne pas réaliser, en gardant la police sous le coude que ses lois organisent de sorte à conserver ce statu quo essentiel pour continuer sur cette lancée.

L’ensemble de la société est organisée sur la production du profit : c’est cette maladie qui dirige le monde humain et qui pourrit – en le désertifiant, en l’assoiffant, en l’affamant, en l’handicapant, en le mutilant, en l’empoisonnant, en l’étouffant – tout sur son passage, bien pire que le bulldozer de Michael Jackson et pas de petite fille pour vous présenter la fleur qui a été sauvée du massacre ! Je n’attends aucune image qui redorerait l’espoir enfantin d’y voir apparaître un miracle, puisque ce sont toujours des adultes qui les manipulent de sorte que tout soit compliqué, surtout de s’organiser pour cesser ce désastre qu’elle cache en colorisant ce miracle – la prospective du gain – de la teinte de l’espoir.

Régrès du mature

Il est tout de même « étrange » que depuis qu’il a découvert la poudre et ses dérivés ou variantes – découverte patriarcale s’il en est – l’usage qu’il en a fait a toujours été de tuer autrui par l’explosion, lui, le militaire qui aime tant la cantinière, la femme destinée à suivre son train. L’homme est ici armé d’un ustensile propulseur d’objet éjecté à la site d’une explosion. Avec le lancer du cailloux, l’arc, le propulseur ou la fronde, nous avions affaire à l’expression d’une impulsion physique issue de la personne-même ; avec la poudre patriarcale, la cible est atteinte par une substance tierce, retenue dans une gangue et mise à feu pour déployer instantanément son énergie. Comme si la force initiale de l’impulsion s’était montrée d’une telle faiblesse qu’il faille recourir, non pas à l’outil (pierre, arc, jet), mais à la puissance du bruit et du feu qui éjecte l’outil, le projectile pour affirmer son pouvoir sur la nature, et aussi bien ses congénères et non plus pour se nourrir, mais pour éliminer la concurrence à la domination sur ses congénères. On va me dire que c’est le progrès. Oui, certes, mais ce n’est que le progrès patriarcal, comme le vaccin de la tuberculose l’est pour guérir des individus laissés dans des conditions de salubrité misérables, où la femme et l’enfant travaillaient plus longtemps que l’homme dans des conditions usinaires encore plus déplorables ; ou comme la transplantation d’organes l’est sans considérations de la question de la raison du pourrissement de l’organe remplacé : le progrès « patriarcal », rien de plus.

C’est la mentalité patriarcale (sa morale) qui donne le goût, la couleur et le bruit du progrès à des choses, des événements qu’il a lui-même provoqués, de longue date, de sorte à devenir une « maladie » qu’il se doit de guérir pour qu’il ne meurt pas, lui. C’est identique au processus du capitalisme : ses différentes variantes et évolutions sont des progrès pour qu’il ne périclite pas, pour demeurer en vie, aujourd’hui à travers un « progrès » technologique (le bit informatique a remplacé la poudre à canon) qui détruit d’autant plus l’environnement dans lequel il poursuit la vie que le nombre de ses organismes a centuplé. Ce « progrès » envisage une telle dégradation de cette planète qu’il escompte pouvoir – et s’y emploie – exporter ses poubelles (ou ceux qui les produisent) sur mars ! Il est évident que le progrès progresse, puisque les amendements à sa propre conduite mène, par sur-ajouts, le patriarcat à s’améliorer bribe par bribe, mais le fondement de l’humain, sa socialité, décroit à mesure (et corrélativement, la solitude et individuelle et sociale) que l’emprise de ce progrès imbibe les âmes. Le progrès s’est immiscé dans les âmes pour se substituer à l’intensité du vécu à la fois individuel, affectif et social de chacun de nous ; et la puissance où en est arrivée l’image est la publicité de ce progrès, c’est-à-dire, le nauséabond de tout ce qui s’en échappe.

De l’empathie devenue mesquine

En s’éloignant un peu, on remarque un organisme qui a une action singulière sur son milieu vital. Un organisme, c’est un animal ou un animalcule, mono- ou pluri-cellulaire, qui se reproduit en grand nombre. L’organisme dont je parle se nomme « humain » et il a créé lui-même les conditions propices à son pullulement, sans même penser aux conséquences du procédé alors que les appuis nécessaires à ce pullulement lui auraient permis de se comprendre. Mais, comme tous les éléments d’organisme, il se doit de penser à sa survie individuelle et c’est ce qui a pris le dessus sur l’ensemble. Ce qui fait qu’individuellement, l’humain est un type vachement sympa, débrouillard et conviviale, mais socialement, il est aussi nul que sa misère. La recherche éperdue du profit et sa production, est une disposition de panique face au manque. C’est une disposition de panique essentiellement individuelle, en rien propice à sauvegarder dans des conditions plaisantes, de l’ensemble des personnes : il faut que ceux qui sortent du lot marchent sur la têtes des autres en les réduisant à de simples outils à survie personnelle. La panique est générale… devant quel manque ? Cela, nul ne veut le savoir, car cela remettrait en cause le système de survie qui avantage (suivant les dispositions de « l’être » humain en état de survie permanente) ceux qui le sont moins et qui, pourtant, nantis et pourvus de « tout », continueront à en vouloir davantage : la jouissance des biens matériels est un manque infini, n’est-il pas ? Il y a deux défauts : le premier est celui d’une empathie propre à tout mammifère, et l’autre du surplus, de l’excessif. Vouloir concentrer autour de soi le disparate de l’ensemble en le lui ôtant est maladif et, sans aucun doute, cela doit être en relation avec les marges de l’empathie. Qu’est-ce qui rend donc déficiente cette disposition sociale – l’empathie – aussi mesquine qu’il faille que la misère soit si générale ?