Cré non de diou : on continue !

Il y a manifestement un retournement complet dans ce qui regarde le possible de la relation de l’homme et de la femme et vice versa. Je ne sais pas ce qui a donné tant de pouvoir à l’homme sur la femme, sexuellement, et en conséquence, sur le reste de la vie. En tous cas, le présent est tordu.

J’ai pensé à cette histoire de virginité, selon laquelle une prêtresse, pour des raisons contraires à la raison (mais on sait que les raisons sont relatives aux civilisations), se devait de ne pas tomber enceinte alors qu’elle a dédié sa vie à une entité suprême. Cette décision est absolument contre nature, puisque la nature de la femme est de porter l’enfant en son sein, d’être gravide : elle est conformée ainsi pour que cela se passe ainsi (selon la violence qu’elle subit ou son propre désir de grossesse), non pas dès lors qu’elle s’accouple, mais selon un désir dont elle n’est pas toujours maîtresse. Et, comme on a constaté, à un moment, la relation entre le coït et la procréation, il a été décidé que la femme ne devait plus coïter selon son propre désir, et ainsi, rester vierge au sens de pucelle. C’est cette idée saugrenue que la femme ne doit plus enfanter qui me chagrine comme restriction du plaisir sexuel : pourquoi ? Car elle ne pourrait alors plus se consacrer à sa déesse ou au dieu, du fait qu’elle devrait s’occuper de son enfant ? Cela signifierait aussi qu’elle ne pourrait plus s’occuper de l’homme, celui qui l’oblige à ne pas s’accoupler.

Le résultat triste, est qu’alors, le désir de la femme est passé au second plan et à ne plus être perçu que comme étant au service de l’homme. À bien y regarder, il y a ici un ridicule puisque, de toute façon, la relation sexuée entre l’homme et la femme ne peut outrepasser leur propre forme et, donc, s’y conformer… sinon que dans la contrainte (c’est là l’aspect idiot de l’affaire). Lorsqu’on regarde de la pornographie – outre qu’il s’agit de gens qui se montrent sans éprouver d’autre amour de l’autre que comme sexe (et encore, parfois avec beaucoup de violence) – que peut-on bien faire comme usage de son corps en dehors de ce qu’il est et suivant les sources de plaisir qu’il peut vous donner ? La femme est une femme, un homme un homme. La femme aura donc des désirs sexuels de femme et l’homme d’homme ! (je reste bien dans la description, je veux dire que je cherche à me défaire de la morale ambiante pour tenter de la comprendre). Le jeu qui se passe est que la femme n’aurait pas de désir sexuel sinon que pour de l’argent, par séduction, par contrainte, par ruse, etc. Ce qui est totalement faux, sinon que dans ce contexte patriarcal.

Bien évidemment la femme éprouve du désir pour l’homme et son sexe qui correspond au sien, il faut être curé ou politicien pour se le cacher et faire en sorte que la femme se le cache aussi bien ! Les « phantasmes » de la femme sont relatifs à son sexe et regarde aussi crûment le sexe de l’homme que ceux de l’homme envers la femme… avec ce parasite de la domination en plus. L’aliénation pourrait presque se résumer à ceci : la domination comme pièce aliénante dont la pertinence a son pile et sa face, l’homme et la femme, et elle embarrasse l’ensemble de leur relation.

Lorsque la femme exprime son désir de l’homme, de son sexe, elle est considérée comme une « salope », alors que c’est sa nature de désirer le sexe de l’homme, cela fait partie de ses prérogatives sexuelles, naturellement. Ici la femme n’a pas le droit d’aimer un homme du fait d’éprouver une tension sexuelle dont elle connaît l’issue, le moyen et la méthode, dominée ou pas ! C’est cela qui m’épate : la femme est moralement dépréciée si elle défend sa propre sexualité – qui correspondra immanquablement à celle de l’homme ! C’est ici une affaire de morale anti-sexuelle, anti-femme et anti-liberté.

S’il ne s’agit que du désir de dominer de l’homme, on saura qu’elle cache la peur d’être dominé par la femme, sexuellement, cela va sans dire. En quoi donc la femme peut-elle dominer l’homme ? Dans ce qu’on appelle « son insatiabilité sexuelle » : l’homme n’a qu’un coup tandis que la femme n’a pas de coup ; alors que dans le partage de l’orgasme, le sommeil les atteint l’un et l’autre également. Ce sera donc la peur de ne pas satisfaire suffisamment la femme – de sorte qu’elle partage votre envie de dormir – qui fait craindre la femme à l’homme, en ce sens qu’il ne peut plus donner alors que sa compagne reste sur le carreau. Mais là encore, quelque chose ne va pas et, selon moi, c’est une vue sensiblement extrême de la relation sexuée de ce couple, car la femme ressent autant le jaillissement que l’homme qui n’a qu’un coup. Si l’homme rend la femme esclave de son désir à lui, c’est qu’il est esclave de son unique coup (dans l’espace d’un temps donné, bien sûr) dont il reste incertain. Cette angoisse le tient éveillé, insensible et même parfois gourd.

Le fait de se plier aux caprices de l’homme est une disposition fortement influencée par le moral patriarcal, mais, encore que je suis loin d’affirmer que c’est là une relation optimale, cela n’empêche pas la femme de prendre du plaisir avec l’homme ou de l’homme. C’est parce que l’homme se montre dominant que la femme adopte cette attitude, ce n’est pas parce qu’elle est naturellement disposée à la domination. Si elle veut du plaisir, comment faire puisque cette domination se fera toujours par la force musculaire ou un équivalent psychique… alors autant lâcher les tensions pour en profiter. À moins qu’elle ne ressente pas le besoin de sentir en soi le sexe de l’homme, il faut bien évidemment que l’homme soit en érection pour ce faire. Or, plus de 50% de la population masculine ne bande plus. Ainsi, la femme est obligée de se désintéresser du sexe de l’homme car il ne pourra pas la satisfaire à raison de ce pourcentage, à plus de n’y compte pas non plus ce qui ont des problèmes épisodiques d’érection. La femme doit se désintéresser du sexe de l’homme pour plusieurs raisons morales, mai sen plus, pour des raisons physiologique, du fait que son « partenaire » est érectilement mou.Cela, il faut le bien comprendre. Mais il faut aussi comprendre que cette quasi obligation est quelquefois ressentie comme rébarbative par la femme et elle s’en éloignera donc, laissant sa propre tension sexuelle inassouvie plutôt que de la subir… et c’est beaucoup moins bon, beaucoup moins, car la tension devenant plus forte, le lâcher-prise se fera postérieurement d’autant plus difficilement.

On décrit souvent au cinoche la femme qui, enfin, tombe amoureuse, comme une libération (heureusement qu’elle est amoureuse, sinon il y demeurera une contrainte qui se fera tôt ou tard ressentir de tout son poids). Et oui, c’est une « sorte » de libération, puisqu’elle pourra enfin baiser, participer à l’acte sexuel avec son homme ; mais surtout, c’est une libération, puisqu’elle n’aura plus la difficulté de baiser librement, selon son choix à elle qu’elle ne peut assumer du fait de la morale de cette société.

D’ailleurs, cette domination est aussi celle que subit l’homme dans la morale de cette société, qui justifie le salariat, le paiement du loyer et sa bagnole (et la consommation de pétrole et de caoutchouc qui y est liée). Le plus impuissant se trouve un chien pour, non seulement avoir l’occasion de commander, mais surtout de dominer de sa volonté (et assez souvent de sa violence) un autre mammifère et incidemment poser ses crottes sur les trottoirs. Pour ce genre de personne, l’analphabétisation sexuelle de la femme est un recours qu’elle cherchera toujours à conserver pour n’avoir pas à montrer son incapacité à participer conjointement à une extase convulsive dont elle est incapable. C’est le type même du curé, de l’imam, du rabbin et autres entités détentrice d’une carcération morale anti-sexuelle, anti-femme, anti-liberté amoureuse, mais aussi du citoyen moyen : environ 50% de la population mâle.

Le phénomène de la prostitution, le fait qu’un homme paye une femme pour s’y accoupler, ou qu’une femme se fasse payer pour s’accoupler. Étonnant. Il s’agirait, selon moi, de déculpabiliser la froideur de cette relation, le seul fait de baiser pour avoir le plaisir de baiser « sans conséquence affective » ; l’argent devenant ici la matérialisation de ce refus d’implication affective. N’est-ce pas quelque chose d’intéressant, socialement ? L’argent est la relation sociale des gens qui contient entre eux une affectivité, mais dont on peut se détacher comme la feuille d’un arbre en automne ou, le contraire, dont on veut s’accaparer. La femme ne veut pas essentiellement s’accaparer de l’argent puisque très généralement elle le redistribue, mais l’homme oui, car c’est une mesure de la puissance de la « désaffectivisation » qu’il détient sur les gens, cette retenue qu’il veut montrer comme puissance sur son impuissance à se laisser aller au bien-être social. Pour lui, beaucoup plus d’argent permet d’autant un manque possible d’implication sociale affective et l’en disculpe.