Hanté-Christ et post-vie

Âgé d’environ 10 ou 12 ans (cette période de ma vie est très embrouillée pour moi), la nuit, dans mon lit, je me disais que je devais certainement être l’Antéchrist, tant on me faisait souffrir ; et que si on me faisait souffrir, c’est que je devais être l’être mauvais par excellence, celui qui, pour les autres, veut détruire ce monde.

Je ne me suis pas trompé de beaucoup, car il est tout à fait vrai que les gens se font souffrir les uns les autres, qu’ils sont dépassés par ce fait qu’ils voudraient ne pas commettre, mais qu’ils font tout de même, dont ils sont parfois (pas même « souvent ») étonnés du résultat, comme à leur corps défendant ; et moi, je veux effectivement que cette organisation sociale disparaisse, sans possibilité de retour.

Je me disais que, finalement, s’il fallait un Antéchrist, je voulais bien être celui-là, car après lui et la grande bataille du bien contre le mal, venait le paradis sur terre puisque cet Antéchrist était par la négative la voie ouverte au Christ, son précurseur indispensable, la voie du paradis sur terre : j’étais prêt à me sacrifier pour autrui, pour le bien du monde, quitte à faire souffrir et à souffrir moi aussi. C’est qu’on m’en faisait baver, comme on dit et beaucoup.

Cette manie qu’on les gens de se faire souffrir mutuellement est restée une énigme terrifiante pour moi, pendant très longtemps. Je ne parle pas seulement du bourreau qui fait son « travail » officiel, mais de ces petits trucs machins et choses qui vous pourrissent la vie absolument inutiles, dérisoires, pingres, superfétatoires. Pire, nul n’est fait pour palier à la souffrance de l’autre, sauf pour les petits chiens et les petits chats, les poulains et autres animalcules dérisoires quant à nous, êtres humains qui possédons cette faculté magique de pouvoir parler, échanger entre nous ce qui va et ce qui ne va pas. Je ne dis pas que tout le monde devrait aller de la même manière, mais plutôt que tout le monde devrait aller sans avoir à souffrir les douleurs que lui inflige autrui.

Outre l’immense multiplicité des « raisons » qu’il y a de faire souffrir autrui, il doit bien y avoir une raison à cela qui soit universelle. Quelques uns s’étonnent de ce phénomène, mais ils sont au nombre d’environ 2 à 4 % de l’ensemble des gens concernés : tous ; les autres béent sans fin, abrutis de douleur, pourvoyeurs eux-mêmes de cette souffrance, certains recommandant l’abstinence, d’autres l’armée ou la police, la fabrique d’arme ou de centrales atomiques, de produits toxiques, d’autres, qu’il faut rester assis bien sage sur son banc d’école durant une sixaine d’heures par jour… sinon gare !

Pourtant, en soi, vivre en paraît pas très difficile : il faut recevoir et donner des caresses, prendre soin de soi et d’autrui, manger, s’abriter, se vêtir, passer du temps à une activité qui vous réalise personnellement et socialement, etc. Pourtant, tout cela n’est même pas possible : on crève de faim ici, la naissance est un acte médical froid et rigide, l’éducation est toujours aussi malveillante incidemment ou directement, des règles de vie commune sont établies par des gens qui n’en sont pas concernés, l’activité humaine – le travail – est une calamité sociale (bouffe pourrie, air pourri, eau pourrie, océans dévastés et pourris, relations sociales pourries, enfance pourrie, dispositifs sanitaires pourris, médecine pourrie, et j’en passe). En y pensant bien, pourrir la vie des gens par eux-mêmes est la seule activité qui vaille ici bas : dès que se présente une tentative de modifier le monde pour le moins pourrir, à moins de s’en écarter d’assez loin, bing ! trois minutes plus tard, le pourri du monde l’englobe. On va dire que c’est la finance, le sexe ou le pouvoir, mais tout cela n’est pas le but, mais les moyens, les ustensiles de pourrir la bonté, la grandeur et la beauté de la vie, du monde : le but est de pourrir la vie d’autrui, chacun pour soi, à sa manière, selon son caractère, en tirant la langue pour montrer qu’on est vraiment assidu, heureux, concentré et persistant à cette tâche ! Ho ! à son échelle, on ne voit pas ce qui se passe réellement : on dit qu’on est un maillon de la chaîne sans impact – sonore, chimique, radio-actif, etc. – sur son environnement : c’est dire qu’on ignore volontairement que nous sommes sociaux et que d’être social nous insatisfait. Pourquoi les gens ne sont-ils pas capables de s’entendre pour ne pas se pourrir la vie les uns les autres ?

Les gens sont naïfs car ils veulent rester « innocents », comme les anges – issu de leur imaginaire asexué, psychiquement castré ou sans sensibilité vaginale – car ce pouvoir qu’ils exercent sur autrui est de deux ordres : affectif et social, et comme un plus un égal un : sexuel.

En fait ce qui a toujours fait chier les vivants ce sont les gens morts, les gens aux sensations tellement anesthésiés qu’ils peuvent être comparés à des morts ; et ça bouffe la vie des vivants. Ces gens sont tellement morts qu’il leur faut simuler et stimuler la vie (puisque pour eux dissimulée, ils ne savent où la trouver : en eux !) pour qu’ils se sentent moins morts, qu’ils ressentent en eux des bribes de vie en bavant devant son immensité, celle qu’ils perçoivent dans les vivants. Le résultat est toujours bruyant, laid, farfelu, dérisoire, inharmonieux, polluant, malveillant, obtus, etc.

Je n’ai jamais cru aux fantômes, ces trucs qu’on reporte au ciel car on ne veut pas les ressentir sur terre : ce ne sont que les morts qui peuvent inventer des trucs aussi enfantins pour que la peur que leur suscite ces « fantômes » de vie leur laisse quelque frisson qu’ils ne sont pas capables de ressentir normalement, en vie, celle qui les hante.

Ce qui fait qu’à partir d’une situation assez étrange, finalement, mais aussi assez amusante : la vie, cette vie devient chiante à vivre et qu’on se demande ce qu’on fait en elle pour de telles idioties.

Je sais, je sais : ce que je dis ne fait pas avancer le schmilblic, mais ça décharge un peu de colère. Le pire c’est que je sais aussi que c’est incurable : c’est ce que les gens appellent « humain ». Quelque chose me manque, hors la sérénité des lieux, d’indispensable à cette existence humaine, sans aucun doute ! Ha oui : de m’y adapter avec le sourire, comme les gens… et encore ! il est où leur sourire ?

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