Matière de l’anti-matière

Il y a une logique que je ne saisis pas dans cette histoire de « matière et d’anti-matière ». Comment peut-il exister conjointement ces deux opposés ? Si l’anti-matière est l’opposé absolu de la matière, comment peut-on la découvrir, nous qui sommes matière sans annihilation mutuelle ? Il doit y avoir, une fois encore, un problème de « mot » sur un concept bancal, une formulation journalistique sur un événement commun.

Bien sûr, je pourrais aussi gloser sur la fable de l’aspect énergétique de l’anti-matière, mais on a compris que c’est une fable, comme l’économie de l’argent, par exemple : ça prend la tête des gens jusqu’à leur pourrir la vie, et ils se disent qu’ils vivent quelque chose d’intéressant. Mais je vais en dispenser le lecteur.

Comment peut-il exister (à moins que nous n’ayons pas le même sens sur le mot « exister ») de matière « opposée » à la matière : elle est obligatoirement matière si elle existe !!! Et quel intérêt d’opposer ainsi la matière à son « anti », à ce qui serait son « contraire » ? Pour prouver quoi ? L’hypothèse centrale est la nécessité d’une « asymétrie » indispensable à notre monde. C’est faire fi du temps qui passe. Il faudrait que nous réussissions plus couramment à admettre que dieu à un désavantage sur nous, et de taille : nous sommes mortels et Lui non, de sorte que nous cessions de tenter de penser comme nous imaginons qu’Il pense.

Trouver une asymétrie à la matière revient à chercher une asymétrie au temps qui passe, c’est vouloir faire revenir le temps en arrière, en gros. Même intellectuellement c’est impensable, car si le temps fuit dans un sens et dans un autre qui lui serait symétrique (on dit : a-symétrique) , il ne pourrait pas cesser de se fuir et de s’écarter de lui même à mesure qu’il se produit lui-même. À mesure que le temps passe, il devrait avoir un temps qui passe à l’opposé de ce temps : qui est le premier qui est le second et dans lequel nous, qui aurions cette perception, vivrions-nous ? Et le temps passé s’éloignerait du carré du temps présent passé, vous comprenez ?

Il y aurait donc trois substances au temps : le présent qui n’est pas encore constitué d’anti-matière, le futur qui en sera constitué mais ne l’est toujours pas (ce qui fait qu’on admet que le temps passe, off course ! dans une direction et c’est celle que nous percevons) et le passé constitué de l’espace entre le passé le comprenant lui et son opposé. Vous comprenez ? C’est spatial : le temps qui a passé, s’il est constitué d’anti-temps, ne sera pas le futur, mais l’opposé du temps passé, en tant que matière réelle, vraie, vécue. Bien sûr, on peut dire que le futur est de toute façon une matière vérifiable (puisque, précisément, la matière est présente, ici, là et maintenant), mais pas encore comme anti-temps, anti-matière vécue : le monde existe et existera sans nous sous n’importe quelle aspect organique ou minérale, selon certaines formes que nous avons constatées, en gros. La preuve du futur est l’existence présente de la matière et sa pérennité tangible… mais pas encore vécue.

Vous pigez ? Dans cette hypothèse, effectivement, le temps passé trouve son anti-temps puisqu’il n’est plus possible de le revivre. De même le futur ne peut pas avoir d’anti-temps parce qu’il n’a pas encore été vécu, et le présent ne peut avoir d’anti, sinon nous n’existerions pas : c’est le vécu, irrémédiable, tangible et pourtant fluide selon sa disposition d’esprit.

Tient ! puisque je parle d’esprit. De la même manière et en suivant le même raisonnement, l’esprit est une histoire d’esprit, rien d’autre : l’esprit est une vue de l’esprit séparé de sa matière : l’esprit n’existe pas, tout comme l’anti-matière. L’esprit c’est de la matière désincarnée. On sait que l’humain a pour spécificité de savoir se raconter des histoires.

Ainsi, on ne pet constater le passé que par la création du présent qui ne peut donc pas être anti-présent, car il est toujours création, temps, matière, transformation. Si le présent est anti-présent, c’est simplement dans le fait qu’il devient immédiatement passé en tant que constatation de son passage, de la perte de son immédiateté. Le passé est du passé vécu qui n’est plus vécu et encore moins « re »-vivable. C’est effectivement un anti-temps, de ce point de vue-là, non pas comme opposé à la vie, mais comme résultat de la création de la vie par elle-même à travers le temps qui passe. Rechercher l’anti-matière dans la matière c’est oublier le temps, c’est bête, car c’est refuser la création de la matière comme résultat du temps et de la matière, de la transformation, c’est penser qu’il y a quelque chose en soi qui devrait être revécu, alors que c’est absolument impossible : « on en descend jamais deux fois dans le même fleuve, ni ne touche deux fois la même denrée périssable ».

C’est de l’enfantillage : chercher ce qui n’est pas périssable, c’est faire comme si nous n’étions pas mortels, à l’instar de la définition d’immortalité que nous donnons à l’éternité d’un dieu ; et nous refusons cet handicap à ce dieu : notre mortabilité, le fait que nous sommes mortels. Perte de temps qu’on veut retrouver dans l’anti-matière ! De fait, Dieu intègre l’idée du présent, du passé et du futur en tant qu’entièreté vécue et cependant non encore vécue pour ce qui est du futur puisqu’il a besoin de nous pour s’affirmer existant. L’anti-dieu est en quelque sorte ce futur, nous comme affirmation de Lui, alors qu’Il est l’ensemble du monde : vécu, en tant que passé, présent et peut-être futur… étrange, non ? Mais on aime à imaginer que dieu a créé de l’anti-matière, pourtant : quel monde complexe et quel dieu pour un tel monde !

Non, je rigole, dieu n’existe pas, pas plus que l’asymétrie du temps et donc, l’anti-matière : ce sont des vues de l’esprit désincarné. Mais il est plus aisé de se pencher avec le sérieux de la sévérité scientifique sur des sujets désincarnés que sur sa propre incarnation et la comprendre, en comprendre le fonctionnement vivant. C’est que le fonctionnement du vivant intègre de manière récurante l’angoisse que la sévérité du sérieux scientifique permet de maintenir au loin, à l’écart… sans qu’on se donne la possibilité de mesurer cet écart, cette distanciation que l’on prend avec la vie, sa propre vie et l’angoisse qui règne sur le monde vivant, animal, soi en tant que chair désincarnée de l’esprit.

Car il y a manifestement quelque chose de l’ordre de l’angoisse dans l’anti-matière, cette recherche d’une anti-symétrie au temps qui serait sa symétrique opposée, une sorte de non-vécu impossiblement non anti-vécu, puisqu’on admet quand même qu’il faut vivre pour exister. La physique quantique a prouvé dernièrement par une de ses expériences, qu’une particule de lumière peut remonter le temps, par exemple. Mais le seul fait, même quantique, de constater qu’il en est ainsi prouve qu’il ne peut en être ainsi : c’est quantique : on ne découvre la chose que lorsqu’elle est et si il y a remontée du temps, elle c’est passée dans le temps qui passe, ne serait-ce que dans le présent qui est toujours un futur en action : le passé est passé, l’action future réalisée, irrémédiablement réalisée.

Si un dieu est l’incommensurabilité du temps (à la fois passé, présent et futur) en tant que réalisation auto-réalisée de l’univers, et donc l’univers en soi, quel intérêt peut-Il avoir à vivre le présent sinon que pour en jouir du passage ? N’est-ce pas ce présent-ci qui est le plus jouissif de cette histoire ? Non ? Si, bien sûr, lorsqu’il est intégré dans l’ensemble du vivant, en tant que passé, présent et futur. Le temps existera alors bien pour ce dieu, puisque ce temps, le temps, n’est vivable que dans le présent. Voilà bien un dieu étrange en sa faiblesse : la mortalité, je le disais plus haut, mortalité que nous, humains, possédons : celle que confère le passage dans un temps. Mais apparemment, nous voulons imiter dieu : quel intérêt sinon qu’à stabiliser l’angoisse que soulève ce présent dans son vécu comme dieu, alors que nous sommes exempts de la capacité de l’immortalité ? De sorte que la « recherche » de l’anti-matière, asymétrie du monde présent se poursuivant sans fin dans le passé en tant que réalisation du vécu opposé à lui-même en tant que vécu, revient à trouver dieu et Ses moments exempts d’angoisse… ces moments jouissifs de base pour l’angoissé, ce qui lui donne Sa puissance sur le vécu, le Sien. Amusant, non ?

En spéculant peu, je peux affirmer que la recherche de l’anti-matière est la recherche de l’anti-angoisse, avec les mêmes moyens, par les mêmes concepts et la même fuite : le vécu de loin, désincarné. Ici, la religion comme la science sont complices pour éviter de toucher à la chair et ses mouvements vivants, alors qu’elles professent au contraire vouloir atteindre le Nirvana : l’univers sans angoisses aucunes. L’impasse est de faire l’impasse sur l’angoisse. Les dictatures les plus féroces ont pour assise cette tentation du diable de se défaire en image de son angoisse, de l’angoisse que soulève le vivant dans le vivant désincarné. Pour tous les animaux, l’angoisse, lorsqu’elle n’est pas un moteur d’action immédiat, est difficilement tolérable, invivable et les gens réduits à l’esprit chercheront toujours à s’en défaire pauvrement : en images, si cette possibilité de se désincarner vient à leur être présentée. L’esprit est la chair de la chair, pas autre chose. C’est le contact que l’on a avec le vivant qui dispense de ce besoin de cette sorte d’images pour stabiliser l’angoisse du vivant désincarné, cette dichotomie acquise entre le réel et le divin.

Il y a du boulot ! Comprendre l’angoisse pour la comprendre. L’intérêt humain ne se situe pas dans des ITER, TOMAHAWK et autre EPR pour avoir de l’énergie qui ne sert qu’à le faire travailler, c’est-à-dire détruire son milieu de vie unique et temporel, il doit trouver son intérêt dans l’angoisse qu’il se soulève, son interprétation : c’est cela qui le rendra humain, hors de la mécanique et de la mystique désincarnées ; c’est là qu’il aura plaisir à vivre le vivant, sans violence sur lui ou sur autrui. Y’a de la bataille !

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