Fond vert de chef teint

Je visionne depuis un moment, parce que je m’ennuie pas mal, pas mal de films : de n’importe quoi à tout ce qui me passe sous les yeux. Il y a une première conclusion qui s’impose à moi : tous les films sont, chacun selon son thème, un aspect de cette société ou un autre, mais spécifiquement, corroborent cette société : des films de propre-à-glandes – encore qu’il faille distinguer le « l » de la progagande, ce qui n’est pas toujours facile, parce que ces films dissimulent bien ce fait, à la fois par le disparate des sujets traités (amour, enfance, armée, flics, psychiatrie, sauvetage, sauvegarde, délires bédéesquees,) et dans la diversité des formes qui sont adoptés pour traiter chacun de ces sujet, séparément.

Qu’on tombe sur un rambo ou sur un documentaire sur le cerveau, c’est du pareil au même : il s’agit de montrer qu’il ne peut en être autrement et que cela est irrémédiable, malgré les preuves par l’absurde que le film en question nous montre.

Tout dernièrement, on a même mis en film les « dégâts collatéraux » que les héros de ces films provoquaient dans les films eux-mêmes : on n’en est pas encore à la dépense d’énergies fossiles, nucléaire, biblique ou extraordinaire et inconnue de tous, mais la couleur verte va bientôt dégouliner sur nos écrans pour rappeler à l’ordre l’ordre qui a été corrompu par la contestation de telles éventualités collatérales teignant la réalité de son rouge sang : on traite, dans la pensée même de la révolte, la révolte éventuelle en se disculpant de ces dégâts pour nous les montrer absolument indispensables, bien qu’« involontaires » : il faut du débris, sinon quelles preuves de la méchanceté du méchant aurions-nous, même lorsque ces débris sont le fruit de la bataille, que nous pourrions comprendre comme évidentes ?

À travers l’émotivation filiale des protagonistes, on nous rapproche de bandits, d’assassins, de criminels, de tortureurs et j’en passe, pour nous les familiariser, nous en faire des potes, nous les rendre intimes. Un homme qui va être tué ou qui va tuer est beaucoup plus touchant lorsqu’on sait qu’il n’a que mère, ou étant père que fille. Il est d’autant plus aisé de jouer à l’Œdipe que la sexualité et ses problèmes sont implicitement interdits. Quel sentiment d’intimité que ce militaire qui a tué tant d’ennemis pour ce pays dont il est amoureux, et vous touche, la larme à l’œil, de la joie qu’il éprouve lorsqu’il évoque la proximité géographique de sa mère ! Incroyable. Il parle pourtant, certes avec sympathie, de files comme de chair pour son canon de chair, ne sachant pas se défaire de son célibat, avec cependant le sourire légèrement tordu pour vous faire ressentir son impuissance.

Mais surtout, ce que nous montre la très grande généralité des films, c’est, avec la musique juste adéquate, que les protagonistes sont intelligents et ÇA, c’est de la bourre. Je ne parle pas de cette intelligence qui n’est que l’utilisation de la technologie, la plupart du temps fictionnelle ; que des « erreurs » qui vous mènent sur la piste de l’intrigue ; de l’intelligence qui ne se réfère qu’aux moyens déployés en ingéniosité pour réussir son coup, à l’utilisation des lieux, au temps qu’il fait, à la géographie, à la topographie et du moteur à explosion interne et de la roue, à des claviers d’ordinateurs qui commandent des ordinateurs dont la puissance de calcul dépasse celle utilisée pour les prévisions météorologiques, non, tout cela est peut-être de l’intelligence, encore que du seul usage de certains moyens. Je parle de l’intelligence qui éveille l’intelligence. En fait, on nous distribue des cartes pour que, nous, nous fassions marcher notre intelligence, et ce n’est qu’en cela que ces films sont « intelligents » : action => réaction.

En sorte que l’on se sente, soi, intelligent, en regardant ces films qui nous rendent idiots parce qu’ils ne présentent aucun moyen autre que celui employer pour résoudre tel ou tel problème qui se pose à nous, êtres humains. Ne serait-ce parce qu’ils ne nous rendent pas intelligents, mais bêtes en nous forçant à suivre une ligne de commande idiote de la solution des problèmes (sans parler de l’opportunité du problème-même) posés, ils nous rendent bêtes, puisque pour rendre bête, il faut l’être soit même.

J’ai décrit ailleurs que le héros n’est « héros » que dans la mesure où il résout seul le problème qu’il a résolu, sans se référer à une décision collective, ce qui fait que le spectateur approuve, soi et seul, sans concertation collective autre que le constat de l’achevé, la décision que le héros a prise et réalisée. Le héros est le principe dérivé, la dérivée, de cette société, comme le patron, le président, le commandant, le chef d’équipe, l’élément qui ressort du lot, seul envers et contre tous pour le bien, finalement selon ce schéma, de tous. Oui, ben sûr, les temps changent, et on nous montre maintenant, des héros d’équipe, mais ils obéissent tous ou en équipe à un ordre qui leur est supérieur et qui n’émane pas d’eux, vis-à-vis duquel ils se sont mis volontairement ou non à disposition, même si cet ordre leur laisse une marge de manœuvre donnant l’illusion de la décision libre, de la liberté de décision et qu’ils sont des personnes, seules, qui agissent pour tous.

Les briguants sont plus collectifs, semble-t-il : peut-être est-ce pour cela qu’ils sont « briguants » dans cette société de compétition individuelle et qu’ils s’organisent ainsi : collectivement, selon les compétences de chacun.

Mais ces films, ces formes imagées de réalité, si elles servent la bêtise de cette société, permettent aussi aux gens (je n’ose pas dire « de s’y complaire ») de leur donner les moyens affectifs et les justifications qui accompagnent cette affectivité, de pouvoir la laisser telle qu’elle est, en les désarmant de cette violence que montrent ces films non pas seulement du point de vue, comme je l’ai dit, de l’intelligence, mais autant de l’affectivité, de la sexualité et de la socialité dont ces gens seraient capables, pourquoi pas, en rêve. On ne peut dénier qu’on montre davantage le fou, le paranoïaque, le sordide, le pervers, le borderline, le schizophrène, et mal décrits, et une personne qui rétablit l’équilibre, plutôt qu’un équilibre, des enfants qui grandissent, un système agricole qui laissera aux successeurs une terre au moins aussi bonne, la création d’une société dans laquelle le travail est de l’ouvrage où on se réalise en étant ni pollueur, ni accapareur, ni destructeur, ou l’aquaponie, etc. Cette société a besoin de la violence pour qu’on la comprenne et qu’on la pleure, qu’on compatisse à ses souffrances, à ses malheurs, à ses déboires : la bourse, les pauvres riches, l’argent, la guerre, la famine, la pauvreté, la vengeance, la haine, et j’en passe.

Le déroulé d’un film consiste à nous montrer une intelligence, que celle-ci est la plus adaptée à la situation sous les formes les plus adéquates et que les moyens de cette intelligence des événements mis en branle, sont les plus opportuns. La capacité des acteurs à nous en faire la démonstration est d’autant plus prisée qu’ils y réussissent le mieux : c’est ce qu’on attend d’eux et ils reçoivent des oscars pour cela et beaucoup d’argent. Ce déroulé s’appelle un scénario et ce scénario a pour assise une intrigue. Le déroulé de cette intrigue doit être au plus proche du commun des gens pour que les gens l’identifie et s’y identifie (c’est pour cette raison que je n’écris pas de roman, car je ne sais identifier un tel quotidien). Il faut un peu de famille, un peu de cul, un peu de paranoïa, un peu d’amitié, de cocuage, du faux-cuage, etc. tout cela allant dans le sens du soutien à cette société et à l’organisation de cette quotidienneté, surtout après une mise en doute ou une remise en cause. D’ailleurs, le « happy end » est sans faillir un certificat selon lequel tout est redevenu dans l’ordre, i-né-vi-ta-ble-ment. Est-ce en mieux ? Que peut-on en juger, vu le problème posé, sa consistance, ses fondements et sa solution ? C’est peut-être en mieux pour le « héros » et sa hérelle, mais pour le reste du monde, c’est absolument identique, sinon que ce « reste du monde » a peut-être échappé à une catastrophe… catastrophique tout à fait hypothétique. C’est semblable à cet Ordre des pharmaciens qui décrète, dans l’intention de nous éviter une catastrophe, que la marijuana est nocive pour le peuple lorsque les médicaments que vendent ses affidés font de terribles et désastreux ravages dans les hôpitaux – psy ou pas psy – comme dans les rues, dans les relations affectives et sociales.

De fait, l’humain a besoin d’une cause pour mener sa vie – ce truc qui est quelque chose entre deux riens –, il aime à se savoir une consistance. Je vois bien, pourtant, qu’aux images qui donnent socialement vie à cette consistance, qu’elles lui ôtent toute initiative sociale pour la combler collectivement, socialement : les héros sont ses chefs et leurs comportements une image assez fidèle de sa structure caractérielle.

C’est en ceci que ces héros sont intéressants et c’est en ceci qu’ils trouvent un objet d’intérêt : ces héros décrivent notre structure caractérielle : à nous de jouer ! Nous avons connaissance, à travers toutes les morbidités de ces héros et de ces hérelles (et nous le savons, de Marseille) qui n’aboutissent à rien d’autre que l’individualité à peine socialisée, de ce qu’il nous faut comprendre à contrario pour obtenir quelques plaisirs sociaux à bâtir ensemble, sans chef.

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