Le minet né râle et l’or gaga nique

Dans l’immensité du gigantesque monde minéral, nous existons, nous, organique. Hormis l’organique qui en est relativement à l’extrême de l’extrêmement peu, tout ce qui nous entoure est minéral ; et nous existons, nous , organiques. Nous existons sur un morceau de minéral dans une immensité gigantesque faite de minéral, où l’organique y est proportionnellement ridiculement quasi-inexistant. L’organique, sur ce minéral rond qu’est notre planète, est lui-même – alors qu’il a la chance d’exister – ridiculement insignifiant : même si on comprenait dans cet organique la hauteur de la plus haute bête (10 m) comme volume en sur-ajout de ce qui est réellement organique, le rapport des volumes serait de 1,4% : imaginons ce rapport quant à notre système solaire ou à la galaxie ! Une extrême rareté extrêmement rare. Et, nous-mêmes, humains, en sommes une autre rareté quant à l’existant de cet organique : le volume des insectes et des autres animaux nous surpasse de ce même 1,4% ! Nous sommes une forme de l’organique très rare, relativement à l’existant organique, qui est lui-même très très très très rare relativement au monde minéral qui nous entoure. Et ce que nous nommons la « Vie » est de cet ordre, ne serait-ce qu’en considération de cet organique et plus encore en comparaison à ce monde et cet univers du minéral qui ne se meut pas par lui-même en posant ses pieds sur du minéral.

Le catalyseur, l’interface entre le minéral et l’organique, est l’eau ; l’eau est le catalyseur de la Vie.

Alors, nous humains, avons trouvé le pouvoir de modifier le minéral et de nous approprier quelques-unes de ses propriétés : la chaleur, la dureté, le tranchant, la solidité, une forme de pérennité, la malléabilité, la radiation atomique, la fluidité, le poids ; et à travers les plantes, la transmutabilité. Effectivement nous pouvons considérer le minéral comme immensément inépuisable – encore que nous nous apercevons qu’il n’en est rien, car l’appât du gain corrélatif à la recherche éperdue de la puissance sociale, nous focalise sur des usages ridiculement idiots de ce minéral que nous avons réussi à épuiser dans sa forme complexe et raffinée. Et cette planète est pourrie. Si pourrie que le végétal, l’organique qui ne se déplace pas car il puise en terre par ses racines sa force organique, vivante, vient à nous manquer par manque d’eau, la catalyse de l’organique.

En tant qu’organique particulièrement complexe, doté d’un sens de rétroaction et d’anticipation plus développé que les autres animaux et qu’il peut communiquer à autrui sans trop d’ambiguïté, nous devrions être à même d’éviter ce problème de catalyse aqueuse, son non-fonctionnement – loin de parler d’optimalité. Mais il n’en est rien : un pouvoir est supérieur à l’existence de ce problème ; le manque et l’impuissance qui sont l’avenant de l’apparence. Les autres animaux ne posent pas ce problème du fait d’exister ; nous oui. Nous sommes notre propre problème et nous posons en problème l’organique lui-même car avec nous, par notre action, il ne fonctionne pas correctement en notre faveur. L’appât du gain et la recherche de la puissance sociale nous ont fait perdre de vue, tandis que nous pouvons le savoir, le reconnaître et agir librement en conséquence, l’aspect catalytique de l’eau, unique, dans la transformation du minéral en organique et de l’entretien de ce dernier en « Vie ». L’eau est pourrie ; nous avons pourri l’eau par une réorganisation (nommée « gestion » à des fins de gain et de puissance sociale) du minéral dont elle est devenue excessivement chargée.

Au détail près, nous qui sommes ridiculement microscopiques par rapport à l’existence gigantesque du minéral, nous avons réussi à pourrir l’immense planète (c’est-à-dire principalement à corrompre son eau) sur laquelle nous existons, non pas parce que nous sommes « intelligents », non, mais parce que nous sommes des idiots : si nous étions si intelligents, nous ne nous serions pas mis dans une situation si con.

Le temps ne s’accumule pas, il va son cours qui est unidirectionnel. Cela révolte parfois et on cherche à trouver sa réversibilité, par le seul jeu selon un protocole assez vieux qui a défini et délimité les règles s’appliquant à lui-même et se vérifiant d’après elles seules. C’est facile ! Avec une telle démarche de l’esprit, qu’une chose puisse ou non être vivante (présente) devient une énigme dès lors qu’elle est enfermée dans une boite opaque à la vue après qu’on l’y eut mise… vivante. Le temps ne s’accumule pas sur le temps, l’existence ne s’accumule pas sur l’existence, ce n’est de mystérieux que pour les ignorants. C’est ce genre d’esprits qui affirment que le minéral peut éprouver des émotions – même le désir et la chaleur de la correspondance – et s’évertuent à le prouver en travaillant à la robotisation des mouvements de la vie, mouvements qui resteront minéraux. Le minéral ne peut pas éprouver d’émotion, c’est une propriété de l’organique, du mouvement de l’eau qui se ressent : il ne suffit pas de l’organiser, ce mouvement, pour qu’il se ressente ! Le temps ne s’accumule pas, il va son cours qui est unidirectionnel ; l’existence ne s’accumule pas sur l’existant : l’existence existe ; cette pensée n’est pas évidente pour qui penche pour le minéral, quand l’organique l’effraie. Il pense comme le minéral, pas comme un organique !

Il est pourtant aisé de distinguer le minéral de l’organique en ceci que ce dernier est doué de pulsation et que le premier non. La pensée minérale pense l’organique immobile comme le minéral, aussi dur, froid, tranchant, etc., or l’organique n’a pas ces caractéristiques : il pulse, il est doué de respiration, de contraction et de détente alternées dans le cours du temps irréversible. Imaginer un temps immobile revient à minéraliser l’organique, encore que ce soit un vain vœu, puisque le temps suit son cours et permet donc la pulsation de l’organique. Si on peut penser la pulsation du minérale, elle est si lente qu’on a droit de la penser immobile ; tandis que celle de l’organique reçoit le nom de « vivant », tant sa pulsation est immédiate, à l’échelle d’une rotation de la terre autour du soleil, de celle de la lune autour de la terre et celle de la terre autour d’elle-même. C’est cela, le temps qui va son cours, à l’échelle de notre organicité !

Le temps ne s’accumule pas, pas plus que l’existence ne s’accumule sur elle-même. Le temps ne s’additionne pas à lui-même, ni l’existence. Dès lors, il ne peut se soustraire à lui-même, ni l’existence.

Par contre, le cours du temps, comme celui de l’existence, change, se modifie. Dire qu’il évolue est lui donner une qualité moins bonne avant qu’après : c’est une subjectivité minérale… enfin… de l’humain minéralisé ! je veux dire qui ne connait pas déjà le plaisir d’exister, qu’il est dans la douleur continuelle d’exister. Et il reproduit le monde à son monde en polluant de cette pensée l’eau qu’il minéralise à outrance de cette douleur de perdu, de son âme perdue, minéralisée : qui a perdu sa pulsation, l’ampleur de sa respiration. On retient sa respiration lorsqu’on affronte l’effroi.

Le temps, ni l’existence, ne sont organique ou minéral, mais le minéral et l’organique traverse le temps l’un et l’autre tandis que le temps est leur support et l’existence la manifestation du temps. Particulièrement l’organique, avec son échelle de temps et de concrétions vivantes, traverse le temps et l’existence. Ce que nous nommons la vie est une traversée du temps : on nait, on vit et on meurt dans l’écoulement du temps. Invoquer un dieu, par exemple, est petit pour une telle grandeur, aussi petit que celui dont la réflexion s’arrête à ce qu’il n’est pas sans percevoir ce qu’il est qui est bien suffisant pour vivre avec grandeur.

Celui qui réfléchit les images, aujourd’hui, a perdu le merveilleux mouvement de l’organique, de sa respiration, de sa reproduction, de sa traversée du temps. Cette crainte se transforme en reflet minéral de l’organique, l’accumulation et non plus la division. Le minéral ne suppose pas que l’organique ne s’exprime que par le mélange avec autrui, socialement, affectivement, sexuellement, selon un rythme qu’il a transformé lui-aussi en minéral. L’humain a transformé le temps en une substance minérale, alors que le temps, comme l’existence, n’est ni minéral, ni organique : le temps est le support de l’existence et l’existence est la manifestation du temps. Changer la nature du temps et de l’existence en ce qu’ils ne sont pas, c’est perdre et l’un et l’autre, avoir perdu le contact avec l’un et l’autre et vivre comme un zombie, hors de la substance et du temps. Ce monde n’a plus que des zombies qui vont de chez eux à leur « travail » suivant un temps minéral qui rend leur existence elle-même aussi minérale.

Dernièrement, on a dit que le minéral, l’intelligence artificielle, a « joué » aux échecs ou au go et qu’il est déprimant qu’elle ait pris le pas sur l’organique. Que c’est étrange ! Si l’organique déprime face au minéral, c’est qu’il a oublié de reconnaître qu’il est pulsatile. Le minéral ne peut pas « jouer » car seul ce qui pulse le peut et dire que le minéral a « gagné » sur ce qui pulse est réduire ce qui pulse, ce qui seul peut « jouer », à la raideur du minéral ; et c’est avouer incidemment que l’on pense, soi, sa vie et ce qu’on en fait comme du minéral et non pas en organique, en pulsation. Tout au plus peut-on dire que l’organique s’est amusé à se faire perdre face au minéral selon les règles que lui, organique, a établie pour ce jeu.

Le rythme de l’existence est pourtant bien connu : on le nomme « saut qualitatif » en dialectique, ou « fonction de l’orgasme » par celui qui a réuni l’énergie de la vie avec sa perception. L’animal pour qui les images, quoique virtuelles, sont des réalités a égaré ces vagues de l’existence et du temps pour les rendre linéaires, minérales : il ne parie plus que sur des idées fixes, puisqu’il ne perçoit plus le caractère de flux et de reflux de sa propre pensée dont il attend un long fleuve tranquille, un peu comme le suintement du bruit des pneus de son auto-mobile sur le macadam, ou le silence lourd du jeu stupide de l’intelligence se manifestant dans les piscines d’eau irradiée des centrales nucléaires.

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