L’impôt de l’abstinence

Mettre les gens en état de peur est déjà les rendre abstinents par contrainte, et cela du fait de l’État, de ses lois et de ses polices. Le taux de personnes qui se disent en état de solitude (moins d’une seule conversation personnelle par mois) a augmenté de 1,5 en quatre ans, passant de 4 à 6 millions de personnes ! La terreur est une couche de plus qu’il faut traverser pour que se manifeste l’amour, et sur ce sujet, les couches sont toujours de trop entre les peaux. La terreur ne vient pas des terroristes, mais de l’interprétation que l’on fait de leurs actes. En ce moment, elle est orientée vers la terreur, la peur d’autrui, pas vers l’humanisation, la détente, en tous points sociaux : on sait que les conditions d’existence déterminent la conscience, tout fait pour que ces conditions d’existence nous empêchent de vivre.

La pire des choses que ce monde a pu inventer, après encore la mort, c’est l’amour vécu par l’animal humain qui se croit être. « Qui se croit être » seulement « humain » parce qu’il l’a séparé de la sexualité. La pire des conneries que l’humain qui se croit être manifeste comme le summum du vécu est l’abstinence sexuelle qu’il se bénit d’avoir élevée au stade de la vertu, de l’abnégation, en grâce à un dieu (rarement une déesse vu que les déesses sont beaucoup moins abstinente que les dieux, surtout quand ils sont solitaires et personne n’a observé que le dieu solitaire s’adonne au plaisir du même nom…) de sorte qu’il vous bénisse en retour de lui obéir en tant qu’abstinent, tant cela est difficile, stupide et inutile.

Je constatais avec amertume il y a peu, que je pensais en cul-de-sac qui tourne sur lui-même, une sorte de gyre spirito-social où toutes les pensées vont s’amoncelant sans trouver d’issues conclusives positives en plusieurs endroits de l’espace mental. Il faut compenser ces 50 000 policiers nouveaux, par 50 000 enseignants neufs.

Et ce monde a choisi ce frèle humain, le plus affectivement fragile, instable, volubile comme l’attache du grain de blé sauvage sur son épi pour porteur de cet amour arrivé à l’apex de son pouvoir d’expression de sa nature s’il était véritablement libre de l’espoir de gain, du fétichisme et de la stupidité, c’est-à-dire de l’inconscience de sa position et de ses possibles en manière et en matière de satisfaction. Mais je crois que c’est la peur, cette anti-thèse de l’amour ; et dès lors on se pose cette question de savoir pourquoi il a peur, ce petit « être » humain, toujours aussi animal.

99% des histoires que l’humain mâle ou femelle se raconte, racontent l’amour impossible devenant possible… à 1%.

Il y a deux formes induites d’abstinence : celle qu’on se donne et celle dont on oblige autrui… ça grince des dents. Chacune est toujours assise sur une « série de justifications » qui se justifient elles-mêmes, c’est à dire une idéologie, un système de penser qui cache des arrières pensées, dont l’une est cette abstinence, et l’autre l’emprise d’un pouvoir social, intellectuel et affectif sur autrui, emprise qui s’appuie toujours sur des sbires ayant l’autorisation de ne pas pratiquer cette idéologie, mais par leur violence d’en montrer l’aberration.

L’abstinence, qu’elle soit ou non volontaire, est la source et la force de tous les maux de cette société : la guerre principalement, mais premièrement l’apprentissage à la douleur. Cet apprentissage consiste à ressentir la douleur comme tolérable, à l’intérioriser, et c’est une douleur particulière car c’est la douleur du nerf contre lui-même : on doit tolérer en soi que le nerf se contracte sans qu’il trouve de solution de relaxation et on lutte pour ne pas ressentir cette fâcheuse sensation ; ensuite, on tentera de reproduire cette douleur sourde du nerf contre lui-même à l’extérieur de soi, car les gens chez qui elle n’est pas présente, cela n’est pas tolérable pour ceux qui vivent dans la douleur de l’abstinence, puisque la liberté est légitimement la libération de la guerre du nerf contre lui-même, la détente, ce qu’on ne peut faire en soi, à moins de mettre l’abstinence au compost… et ce n’est pas facile du tout ! Il faut faire preuve d’humilité, de sagesse et de patience ! La « détente » de l’abstinent est violente, agressive, mortifère, et l’abstinent trouve cela légitime, bien que fâcheux. Certes, ils y a des abstinents qui sont « non-violents », mais cela dure seulement le temps d’une rencontre qui mettra en contradiction les deux détente (la douce et la violente) pour voir se déployer la violence.

L’usage du religieux pour réguler la paix sociale est une régression puisque le religieux impose l’abstinence. Déresponsabiliser les gens de leur culpabilité sexuelle, tout en les responsabilisant du plaisir qu’ils ont de la sexualité, c’est compliqué tout ça.

(https://vimeo.com/7220019 à partir de 14 mn 20, particulièrement)