Le conte modernisé

On peut raconter beaucoup d’histoires et beaucoup d’histoires sont racontées. Cependant, peu tiennent debout : c’est comme si elles n’avaient pour seules substances que les croyances de l’auditeur ; ce n’est pas suffisant selon moi. Un conte doit contenir une réalité qui relie au vivant temporel, ce que la plupart des histoires modernes évitent de faire.

Dans ces derniers contes, il n’y aurait que le morale qui serait constitutive des moyens, or ces moyens corroborent cette morale sans contradiction possible, et inévitablement. C’est un peu comme expliquer le fonctionnement d’une montre par les aiguilles qui se déplacent : il manque la description des rouages et la tension du ressort ou les microampères de la pile ; ce dont les gens n’ont rien à faire, car ces détails seraient susceptibles de détruire la magie du conte. Le moteur de ces contes est une exploitation de la passion des gens pour se sortir de leur mouïse, passion dont ils utilisent avec trop peu de dynamique la potentialité pour qu’elle soit efficace… aussi autant rester dans l’imaginaire sans les contraintes de la réalité. On fait naître des espoirs dans la têtes des gens qu’il savent pertinemment irréalisables, mais du fait de les avoir vu naître, ils se disent qu’ils ont un avenir, c’est à dire, celui de résoudre leur problème présent sans futur. « Tu m’as fait voir un lieu magique, incroyable, mais totalement illusoire. Quand on fait naître un espoir dans la tête de quelqu’un, on s’assure que ça repose sur quelque chose de vrai » dit Casey, dans TomorrowLand, tandis que ce vrai repose lui-même sur les espoirs des gens, sur rien d’autre.

C’est supposer que les gens sont à même de se prendre en main, de prendre en main leur destinée alors qu’arrive une catastrophe : ils sont DÉJÀ dans la catastrophe et ne font RIEN. Les gens ont été dépossédés de leur capacité affective d’appréhender leur présent pour le comprendre catastrophique. La civilisation présente n’est pas à sauver, mais à être détruite pour recréer, en détruisant cette catastrophe, quelque chose d’autre. Cette destruction s’opère bien dans les contes, mais elle y reste cantonnée, bien à l’abri de son conte, de sorte que la description de la société qui devait être détruite reste bien assise sur ses bases : ce qui est systématiquement détruit, avec forces détails, déchets et explosions, est la proposition qui avait été faite de remplacement qui s’est avérée aussi nocive que le présent, mais sous forme un peu plus concentrée.

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