Ai-je bien ma place sous le soleil de l’amour ?

Me broyer de cette nostalgie d’elle, revient à vouloir que la personne que j’aime cesse de vivre, quel massacre !!! Ça me met dans une grande colère… impuissante puisque je ne peux pas l’exprimer à son encontre : elle a le droit de me refuser, bien sûr, et il ne revient qu’à moi de ne pas annihiler : de me retrouver seul ne peut en être un prétexte, sinon que sous le coup de la colère. Mais je trouve cela si triste dans ce moindre de vitalité : sa décision me prive d’un très grand plaisir, celui d’être avec elle. « Je répare, mais le bénéfice n’est pas pour moi », c’est un peu le résumé de ma vie des dernières 20 années. Et je ne sens vide, car peu payé en retour. Ça ne devrait pas, car cela ne retourne pas de moi ! Bien sûr, moi-même je m’améliore et la rencontre y participe fortement, mais c’est ainsi : je suis dépendant de l’amour physique qui est d’abord un amour amoureux, une commun-ication physiquement ressentie, réelle, vraie, efficace. La refuser est tuer la vie, ma vie. À cela, on va dire que je me prends pour le roi du monde, puisque ce ne serait que sur mon ressenti que cette commun-ication trouve sa vérité. Hébé, c’est faux : elle est là, bien là car elle est un commun, un écho qui est refusé et évité sur un flanc de la verte vallée. Dans de telles conditions, c’est de ressentir cette obstination à ne pas vouloir acquiescer qui est pénible et destructrice. C’est le « Non ! » général, habituel. Mais il est vrai qu’il est plus facile de saisir le soulagement de l’angoisse dû à la séparation et de se dire que le futur nous apportera du plus simple, que de s’adonner à un niveau d’intensité supérieur issu d’un vécu plus complexe. Je me demande parfois si j’ai bien ma place en ce monde… Est-ce que j’ai ma place en ce monde ? Je ne sais pas, sinon c’est un monde de souffrance affectif, une souffrance de déni d’affection continuel, car cette affection est dissociée de la sexualité et réciproquement. Ce n’est pas moi qui opère cette séparation ! Cette séparation m’entoure, me submerge, m’écrase de sa volonté. Je n’ai pas les outils pour m’en défaire, pour m’en sortir. Je n’ai pas été programmé pour cela, il me semble. Et je trouve la vie bien plus vivante, passionnante lorsque cette séparation ne s’opère pas ! À croire que je suis seul dans ce cas. Je rencontre une femme qui me plait, tout de suite, qui a plein de qualités, éveillée, que je trouve belle, qui ne me laisse jamais indifférente, mais qui finalement a peur de la sexuation, de l’abandon amoureux, qui est impuissante. Mes sens ne m’ont pas trahi : j’ai été abusé par ce qui est pratiquement vécu et accepté du substantiel. Qu’y puis-je ? Elles sont rares ces femmes que je rencontre ! Une tous les quatre à huit ans !!! Il me reste donc trois ans minimum à vivre sans en rencontrer une autre !!! Quelle misère !!! Putain quelle misère !!! Combien de solitude pour une seule vie !!! Il n’y en a pas deux, il n’y en a qu’une seule ! Mais c’est vrai que le monde ne serait pas ce qu’il est si on pensait différemment. C’est en ce sens que j’ai la légitimité de me demander si j’ai ou non une (je ne dis pas « ma ») place en ce monde. Rester indifférente sur ce commun, sur cette commun-ication, la fouler du pied ne peut se faire que parce qu’on ne ressent pas la vie dans une profondeur sexuée. C’est ce que je disais plus haut : je répare la vie, mais elle ne peut atteindre qu’un niveau légèrement supérieur et ne peut donc pas supporter la véritable réparation qui demande un courage supplémentaire ; et je me retrouve seul. De plus, je n’ai jamais empêché quelqu’une de se réaliser ! Jamais, au contraire ! (ça fait parti de la réparation…) Il y a un point maximum de réparation admissible, et donc possible, au delà duquel tout devient insupportable. Je me retrouve donc toujours en ce rond-point où je ne peux pas me séparer parce que j’aurais un sens de moi encore plus solitaire et le sentiment adjacent de perdre l’essentiel et où je dois m’en séparer parce que cette pseudo-affectivité me fait souffrir d’enfantillage. Que c’est pénible ; et combien c’est pénible d’être humain, non de dieu de non de dieu. Et à cela s’ajoute que cette solitude me rend de plus en plus complexe, asocial en fait et que les possibilité de rencontre s’amenuisent d’autant. Ai-je ma place sous ce soleil ? Vraiment ? Est-ce mon lot de devoir accepter cette souffrance ? Quelles sont les conditions qui me font dire que je peux admettre de souffrir ainsi ? Hum ? Y en a-t-il d’honnêtes ? Il arrive même que lorsque je dis que je souffre de cet état de fait, on ne me croit pas, il n’y a pas d’écho ! (Mais, franchement, que peuvent donc faire les gens, à ce cas ? Pas grand-chose, effectivement, puisqu’ils sont démunis de ce qui m’importe). On s’en fout comme de la relation entre la sexualité et l’affectivité et on sait plus ou moins qu’il y a cette anguille sous la roche de la séparation dont on s’écarte de la perception, de la réalité. Les gens ont peur de la première et se jettent sur la seconde perçue comme être plus rassurante : on préfère une moitié qui rassure plutôt qu’un total qui inquiète, et même lorsque cette inquiétude est aux deux-tiers domptée par le savoir, elle est encore trop insupportable et ramène à la petitesse de cette moitié. Ce que les gens nomme « le courage d’être heureux » n’est qu’une résignation, un sourire tordu, puisque s’ils détenaient ce genre de courage, ils adopteraient volontiers le total pour la vivacité que ce courage apporte, la force qu’il procure, la charge qu’il permet de ressentir sans la crainte de ce qui va s’ensuivre, puisque le moment présent permet d’en jouir la puissance qui fera de nous ce qu’elle veut : on a confiance en elle pour cela, il n’y a pas de problème ! la chute y est un plaisir, une détente après une décharge légitime, immanquable et libératrice. Tu voudrais bien de moi, mais émasculé… et ça, ce n’est pas possible, car la vie est sexuée, pour tous : les anges sont des images et on pourrait bien se demander ce qu’ils peuvent aimer !

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L’immaturité du refus de l’interdépendance

Les différentes formes d’immaturité sexuelle forment une organisation où elles se complètent les unes les autres dans leur main-mise paranoïaque sur le vivant dont elles sont effrayées. Je ne sais si cette paranoïa est inhérente ou pas à l’humain (c’est à dire s’il ne peut pas s’en passer en tant que mode d’existence), mais ce que je sais, c’est qu’il m’est possible de décrire et la nature de cette paranoïa et son organisation sociétale.

La première forme d’organisation est de donner une hiérarchie aux choses et aux êtres, ce qui impose de donner à ces choses et ces êtres une « valeur » qui établit un rang, un étagement dans cette hiérarchie. Ensuite, c’est le mode de survie toujours basé sur la défense contre l’extérieur pour ne pas avoir à se contacter (ou contacter autrui) dans son vivant intérieur, à la fois parce qu’il est proche du mourant et à la fois parce qu’il est perçu comme agressif (ce qu’il est, de prime abord, puisque paranoïaque !). Les militaires et les gouvernements sont des répliques de ce fonctionnement.

L’interdépendance de l’humain vis à vis de lui même, c’est à dire qu’il a toujours besoin qu’autrui s’occupe de lui ou d’elle, est, pour le paranoïaque, une souffrance parce qu’il est obligé de s’en remettre à autrui pour pouvoir trouver une satisfaction qui satisfasse son vivant, son humain. Il faut comprendre à propos de la paranoïa qu’il s’agit d’une maladie, c’est à dire d’une altération nocive et nuisible de l’aspect humain, que la paranoïa consiste à de trouver une satisfaction dans le fait de maîtriser les événements provenant d’autrui : c’est une maladie. Le fait même qu’on veuille et qu’on fasse qu’une personne agisse contre son gré, c’est à dire qu’on l’oblige à faire quelque chose qu’elle ne veut pas faire, dans l’intention de se défendre soi de ses agissements, est une maladie humaine, de l’humanité de la personne. Car cette maladie comprend aussi le fait d’être satisfait qu’une autre personne exécute ce que soi on lui demande de faire, l’obéissance à l’âge adulte, être immature à l’âge adulte. Le militaire et le policier sont les meilleurs modèles de cette maladie humaine, juste suivis par le politicien ; mais aussi bien une quantité d’autres bureaucrates qui inventent des prisons pour tous, qu’elles soient économiques, politiques ou de béton.

Les paranoïaques préfèrent les mensonges qui rassurent aux certitudes qui les inquiètent (d’ailleurs dans « mensonge » il y a « songe menteur »). Et ils veulent « le monde à leur image », comme des dieux pour pouvoir tout en maîtriser, comme l’attribution qu’ils accordent à leur dieu : « Inchallah ! À dieu vat ! Hosanna !». En fait, dans cette société, le secret est de ne jamais poser la question de la nature de l’origine de la satisfaction : c’est « personnel » comme tout ce qui est sexuel, de sorte qu’on peut faire n’importe quoi et l’imposer à autrui. L’immaturité sexuelle en est la simple raison : l’impossibilité de trouver une satisfaction dualle en dehors de tout désir d’emprise sur autrui ou sur soi (puisque un excès de laisser aller est aussi bien une auto-déresponsabilisation) en est la caractéristique principale.

L’auto-déresponsabilisation (tel est le mot) par des procédés très divers qui spécifient les caractères secondaires à la paranoïa, des caractères qui en découlent. Je ne parle pas seulement du port de la cravate, d’un bouclier ou d’une couronne ! ou bien de désir de puissance mécanique manifeste à travers des objets ou des rêves ou son emprise sur les autres : donner des ordres et les voir exécuter, se faire obéir ou bien voir des rêves se réaliser à travers les ordres d’autrui et leur exécution (leur « réalisation » restera toujours des chimères douloureuses, loin de satisfaire le bonheur).

Tout ce qui entoure la mort est immature : nous ne sommes que de simples êtres vivants sur une planète vivante dans un cosmos vivant et tout cela se meut, change et disparaît : c’est le COURS de la vie et la vie va son cours. Imaginer qu’il y a un dieu qui règne sur cette merveille, la vie, et que la mort individuelle est impossible, est véritablement un signe d’immaturité, simplement du fait de ne pas s’être aperçu qu’on pense, et des modalités de la pensée, les modalités, je dirais, physiques, matérielles de la pensée. L’humain est le détenteur d’une extraordinaire capacité qui en fait un être singulier, mais pas unique, car ce qu’il en a fait n’est pas très beau à voir, du point de vue humain. Il commence à s’apercevoir que l’affectivité est bien plus universelle — entre espèces même ! — et en ce sens plus intéressante. Le fait de communiquer à autrui des images verbales, lui ont donné l’impression qu’il communique avec tout et que tout lui renvoie en écho son affectivité et la force de cette affectivité. De sorte qu’il pense que les choses elles-aussi pensent, alors qu’elles sont inertes. Le vivant est communicatif, il ne fait que cela et l’humain réfléchit en lui l’image d’autrui. Rien de plus et c’est extraordinaire : la poésie. Qu’en a-t-il fait ? Des outils qui ne peuvent qu’être, dans leur condition de choses, que de souffrance. L’imagination incroyable qu’il a déployée (du Livre des Morts égyptien ou maya, en passant par les Papous et les Aborigènes, les religions poly- et monodéistes, le monde entier, en somme) pour communiquer avec l’incommunicable est extraordinaire : la peur de ne plus communiquer, du Néant, la Mort.

Si l’humain n’est pas moins dépendant du fait qu’on doit s’occuper de lui ou d’elle, il n’en est pas différemment moins dépendant au fait qu’il doit, lui ou elle, s’occuper d’autrui : c’est le ciment de sa grégarité. Moi, je m’éteins pas le cœur, d’autres ce sera par le foie, les poumons, la vessie, les organes génitaux, le sang, etc. Ne pas pouvoir s’occuper d’autrui est terrible… et ce n’est pas considéré comme une pathologie de la grégarité : l’humain est loin, très loin, de s’être reconnu. Et comme il ne se comprend pas lui-même, l’humain appelle ces manières de faire vis-à-vis de la mort, des mystères (pas même de la vie qui passe, mais de la mort qui achève), de sorte qu’il préfère aujourd’hui encore s’entourer de mystères plutôt que de prendre réellement soin de lui, de lui-même. Dès qu’on conçoit un paradis, il faut concevoir les moyens d’y accéder, c’est évident ! Et chacun d’affirmer qu’il connait ce moyen (le prétentieux n’affirme pas même deux moyens, mais le sien seul ! et le paradis devient un enfer), alors que le paradis est une chimère ! Le paradis, c’est une idée de la communication parfaite, avec dieu, le Christ, les Vierges, et le reste des autres dragons ; une idée et la communication d’une pensée du monde vivant en vie, pas mort.

Et l’absence d’amour, une communication bien vivante établie, mouvante, riche et libre, ainsi que les problèmes de la vie amoureuse ne sont pas non plus considérés comme des problèmes pathologiques de la grégarité. J’entends même d’ici certains au cœur froid, qui diront que j’ai tord d’affirmer que la grégarité ne justifie pas l’absence d’amour et que je suis comme obnubilé par mon sujet pour faire de cette absence un déséquilibre affectif personnel et social. Le temps n’est pas de convaincre, je suis une goutte d’eau dans l’océan, le souffle d’une mésange dans le vaste ciel. Lorsqu’on parle de « pouvoir », on n’évoque jamais le pouvoir d’aimer autrui, mais de dominer autrui par son pouvoir ; et ce n’est jamais discriminant, car le désir de pouvoir est toujours absolu et lui n’est pas considéré comme une pathologie de la grégarité humaine, le contraire, même !