Détente de l’hypogastrique

à Anne

Face aux portes du paradis et de l’enfer, vous voulez entrer au paradis. Il y a un gardien pour chacune d’elles : l’un d’eux ment toujours (il dit le contraire de la vérité) ; l’autre dit toujours la vérité ; et il n’y a aucune indication à leur propos. Si vous deviez poser une seule question, elle devra être celle-ci : « L’autre gardien me dirait-il que je suis devant la porte de l’enfer ? ». Si la réponse est « non» pénétrez par l’autre porte, car c’est la réponse du menteur ; si c’est « oui », entrez au paradis par la porte que ce gardien ouvre !

Il est important pour moi de tenter de faire comprendre cette idée que je vais tenter de décrire. Chaque idée devrait contenir son expression pédagogique, cette ordonnancement qui fait qu’elle est rendue réceptive à autrui et qu’autrui puisse la comprendre, mais il faut aussi tenir compte des limites de celui qui l’expose. Aussi, je demande au lecteur de la patience, un semblant de jugeote et de la ténacité quant à reconnaître mes intentions qui ne résident, finalement qu’à rendre autrui socialement heureux.

On dit ici et là qu’un très grand nombre de femmes n’ont jamais connu l’orgasme. À mon avis, un pourcentage similaire devrait correspondre pour ce qui est des hommes, hormis cette sensation liée à la simple décharge d’humeur qui est parfois nommée « orgasme ». C’est ici un problème social d’une importance cruciale pour la cohérence de l’humanité dans son aspect pacifiste – qui ne signifie pas « sans dispute », heureusement, mais dont les conflits peuvent être dissous par ce que l’humain a de spécifique : la transmission d’images verbales, les mots.

Parmi ces 85% de femmes qui ne savent pas ce qu’est l’orgasme pour ne l’avoir pas vécu, une immense quantité est amoureuse d’un homme, de leur homme. Elles aiment « faire l’amour » avec lui, certaines se donnant corps et âme à ces moments somme toute délicieux… sans orgasme. Voilà une interrogation que toutes se posent et parallèlement se posent la question de comment résoudre ce manque – on ne peut résoudre ce qui n’existe pas.

Je vais donc parcourir un chemin qui ne sera pas bien long, pour tenter de clarifier ce qu’il est possible de faire afin que mes amies, mes ennemies, celles que je ne connais pas et ne connaîtrai jamais, surtout celle que je désire par dessus tout, trouvent le tunnel qui mène à la perte de conscience heureuse et surtout, partagée.

Car pour aussi heureuse qu’on soit, on ne peut mettre de mot sur ce qu’on ne ressent pas et ce manque de prononciation sur ce qui est vécu est toujours une source de discorde. La femme ne « sert » pas de lieu de décharge de l’homme, même si elle l’accepte et même si lui ne peut faire autrement. L’amour existe, il se manifeste dans le partage, c’est un immense facteur de socialisation, d’humanité, c’est à dire un élément indispensable à la réalisation de cette humanité. La notion de sauveur, ce héros, ce surhomme, n’est pas rédemptrice de ce manque, car c’est en soi-même que ce manque se situe : on doit le localiser ou le re-localiser ; tant que la sensation absente ne peut être localisée, elle ne peut recevoir de mot. Le héros, ce surhomme, me montre la violence qu’occasionne ce manque et cette incapacité à mettre des mots sur ce qui est soi, sinon qu’en simples images sans mots, violentes, empêchant par là-même la résolution sociale, collective des autres problèmes humains.

L’orgasme a une fonction sociale, car il est la réalisation particulière d’une fonction sociale : l’accord dans la recherche et la réalisation du plaisir commun, inséparable d’autrui. S’il y a si peu d’orgasme (l’hystérie montrée avec tant d’ostentation dans le spectacle de ce monde, est un symptôme de la perte de cette fonction ; la résignation un autre) dans la société patriarcale, c’est que l’orgasme ne fait pas partie de l’organisation du patriarcat, ou encore le réserve-t-il à l’homme comme domination, ce qui le rend totalement incomplet et mesquin sous une forme individuelle. Pourtant, tous les éléments nécessaires et suffisants à l’orgasme pourvoient autant l’homme que la femme ; il ne s’agit donc que de la perception de ces organes propres au rapprochement sexué qui doit être amoindrie et qu’il faut rétablir dans sa plus grande force. Voyons ce qu’il en est.

Un peu d’anatomie

Chez la femme comme chez l’homme, l’innervation du petit bassin se fait principalement par deux nerfs : le nerf pudendal en bas et le nerf hypogastrique en haut. Le nerf pudendal irrigue chez les deux sexes le périnée, l’anus et les organes sexuels externes proprement dit : la vulve, le clitoris et l’entrée du vagin sur un à deux centimètres chez la femme ; et, l’anus, le périnée, le scrotum, la verge et le gland chez l’homme. C’est un nerf sensitif et moteur. Par contre l’innervation du nerf hypogastrique est nettement différente puisque chez l’homme, le plexus hypogastrique n’a pas à proprement parlé d’innervation sexuelle sinon que la pulsation prostatique, tandis que chez la femme, il innerve l’utérus et la partie contiguë à l’utérus du vagin, en fait la quasi totalité de la longueur du vagin, moins l’innervation du pudendal. Le vagin est un organe important : acceptant un sexe masculin d’environ deux à trois centimètres de diamètre sur une longueur d’environ 10 à 13 cm, cela nous donne une surface de contact située entre 90 et 125 cm2 ! soit l’équivalent étendu d’un carré de 10 cm de peau sensible dans un corps vivant.

On bataille sur l’orgasme clitoridien et/ou l’orgasme vaginal, et on voit ici qu’il s’agit de l’excitation de deux nerfs différents. Le clitoris et ses magnifiques dentelles relèvent du nerf pudendal, tandis que la partie interne du vagin est en liaison avec le nerf hypogastrique. Chacun de ses deux nerfs est à la fois sensitif et moteur (système nerveux central) et automatique (système nerveux autonome ou neuro-végétatif : orthosympathique et parasympathique). Ceci est important, puisque la prise de conscience intérieure d’un organe se fait de manière sensible par la sensation donnée issue du système nerveux central lorsque celui-ci a ressenti l’innervation du système nerveux autonome. Cela a des conséquences sociales, nous allons le voir tout à l’heure.

Par exemple, la maîtrise des sphincters de l’urètre et de l’anus, on le sait, se fait par la prise de conscience de leur existence en tant qu’élément moteur du corps, au cours de l’avancée en bas-âge. Jusque là, ils fonctionnent alors sous l’entière emprise du système neurovégétatif, autonome : l’orthosympathique et le parasympathique, suivant les besoins du corps. J’insiste : il est admis qu’il y a une prise de conscience de ce qui est alors sous l’emprise de l’inconscient, ce qui n’a pas encore eu de conscience : le système nerveux végétatif dans la maîtrise des sphincters de l’anus et de l’urètre pris en relais par le système nerveux central. Bien que le corps fonctionne, c’est à dire que les nerfs pudendal et hypogastrique opèrent selon leur fonction, il n’y a pas encore de conscience de l’aspect moteur de ces sphincters : en bonne santé, ça marche tout seul avec plaisir. Bien sûr, suivant l’éducation, l’aspect social de l’humain, cette prise de conscience peut se faire avec douceur, gentillesse et compréhension intelligente, ou bien avec violence, restriction et douleur. Dans ce dernier cas, le plaisir du fonctionnement normal de ces sphincters, reste pour un grande part inachevé, incomplet et étréci ; ce qui rend ce fonctionnement inconscient puisqu’on en rejette les plaisirs qui en sont partie intégrante, donnant pour résultat les problèmes que la psychologie, la psychiatrie et la psychanalyse ont reconnus sous forme de symptômes.

Je considère l’éducation comme un événement social de la vie humaine, à part entière. Je veux dire que dès le moment où deux ou plus personnes coopèrent ensemble en vue d’atteindre un but, il s’agit d’un moment social : est mis en branle l’aptitude à la socialité qui caractérise notre genre sous ses aspects spécifiques : les mots, et entre autres, l’intention immédiate et le but différé (le but est toujours différé puisque pas atteint, mais l’imaginaire l’a déjà atteint, et atteint grâce ou à cause d’autrui, avec ou sans lui). C’est important parce que ce qui est socialement transmis dans l’éducation est le rapport social à son propre corps du moment civilisationnel : la culture et ce qu’elle contient. Dans une culture patriarcale, le plaisir ne sera toléré que dans l’objet et sa possession (quitte à transmuer les êtres vivants en objets, privilégiant la propriété à l’usage), loin, très loin des plaisirs issus de l’immédiateté du corps qu’il considèrera comme impudiques au vue de son interprétation de cette immédiateté. En ce moment, un cas violent de perception patriarcale de la féminité fait que celle-ci doit se cacher derrière un voile, parfois très grand, pour dissimuler la peur que suscite en l’homme cette féminité si délicieuse chez la femme qui en est la détentrice.

Ce sera l’éducation, dans le cadre du féminin, la transmission de mère à fille, la fillation, qui donnera à la petite fille la possibilité de se sentir femme ou non, consciente ou non de l’aptitude au plaisir dans la rencontre amoureuse de son vagin avec le sexe de son compagnon. Simplement parce qu’il faut avoir quelque chose à transmettre de cet ordre et que la mère n’a pas eu cette possibilité vécue à additionner à son rôle de fille et de mère, elle ne pourra transmettre à sa fille le savoir féminin du plaisir vaginal qui permettra à sa fille de ne pas rester sa vie durant cette « petite fille » faute d’avoir appris à se ressentir femme. De même que dans la maîtrise des sphincters anal et urétral, la sensation vaginale est sociale, la sensation des plaisirs vaginaux s’apprend par l’éducation : la mère devrait instruire sa fille de la destination au plaisir propre du vagin et de son usage dès après la période pudendal, c’est à dire dès 3-5 ans. La seule transmission qui a lieu aujourd’hui à propos du vagin consiste en l’utilisation des tampons menstruels (qui sont mauvais pour la flore vaginale), pas même de la « coupe menstruelle », c’est dire !

À moins d’un comportement expérimental qui sera inévitablement dans notre contexte, asocial, l’auto-perception est en grande partie, chez l’humain, sociale, c’est à dire qu’elle doit être apprise d’autrui. La petite fille à qui n’a pas reçu l’instruction de sa profondeur, restera dans le cadre des sensations issues du nerf pudendal.

On sait qu’atteindre l’orgasme passe pas plusieurs stades physiologiques, psychiques et affectifs, émotionnels. On sait que la « mise en tension » est l’affaire du système parasympathique (attraction, congestion, érection, afflux sanguin, odeurs, etc.) et que lors du moment de la perte de soi (le moi dans son environnement) c’est le système orthosympathique qui rend ensuite le tout incontrôlable quand s’y additionne la confiance en autrui, pleine et entière ; sinon ne s’opère qu’une détente mécanique, plutôt liée à l’éjaculation chez l’homme et avec des contractions vaginales moins présentes chez la femme. L’orgasme, c’est comme si l’excitation du nerf pudendal masculin rejoignait celle du nerf hypogastrique féminin, et vice-versa, en une fusion cosmique, paroxystique d’abandon au plaisir commun, partagé.

Précisément, l’abandon est le plus pressant des interdits patriarcaux et son empreinte se marque encore avec plus de fermeté sur le féminin. De part sa « passivité » qui, dans ces conditions d’insensation est inévitable, on disait du féminin, au début de la psychanalyse, qu’il était plutôt de caractère masochiste, alors qu’il s’agissait d’une obligation comportementale introjecté de la culture patriarcale par ce féminin. Cette passivité impliquait que la femme restât une « petite fille » ayant accepté une conduite docile, pudique et révérencieuse. En littérature, les exemples de ce comportement sont multiples – un peu plus que ceux qui le transgressent – mais ce n’est pas là la liberté de la femme à disposer de son corps comme elle entend la rencontre amoureuse, recherchant la correspondance et disposée à la décharge orgastique.

On attribut souvent à la cuirasse caractérielle (le fait de ne pas pouvoir, par un réflexe de peur incoercible à la fois organique et psychique, accepter une certaine dose de plaisir au delà duquel il est impossible de se porter sous peine du sentiment insupportable d’approcher la mort) l’inaptitude à l’orgasme. Je pense que dans le cas qui nous occupe, cela mérite un adoucissement. Selon moi, un des faits majeurs de l’impuissance orgastique de la femme est l’ignorance qu’elle a du comment elle fonctionne : on la laisse sans fin dans une position de « petite fille » ignorant la différence entre elle et l’homme, différence qui fait précisément le comment de leur rencontre. Dans ce cas, l’ignorance peut être confondue avec la cuirasse caractérielle, alors que ne peut pas s’être cuirassé ce que l’on n’a jamais identifié comme source de plaisir, sachant que le processus du cuirassement – dont l’origine est sociale, éducative, héritée de la mère qui n’en sait elle-même rien – est justement d’empêcher l’expression du plaisir. Cela ouvre un espoir, n’est-il pas ?

Mais c’est un combat de titanes qui est à mener par les femmes pour conserver la vivance de leur vagin lorsqu’elles l’ont acquise, car l’ensemble de la société est contre la féminité située dans le vagin dans son événement sexué, et fait tout, par les vagues de messages érotiques qu’elle envoie chaque minute, pour que le vagin et ses sensations n’existent pas. Si la pornographie montre des pénétrations vaginales, elles ne sont pour autant pas sensibles, ne serait-ce que par la pratique qui en est fait : absence de douceur principalement, de recherche de contact et inconfort des éclairages, des caméras et de tout le train du spectacle ; mais la pornographie montre pédagogiquement comment le vagin est alors utilisé sans sensibilité et comme c’est seulement cela qui est visible, à nouveau ; et l’hyposténie vaginale demeure. De plus, l’empathie socialement admise se manifestera sur la petite fille ou sur la mère, jamais envers la femme car on ne voit en elle que ce que l’homme peut lui soumettre : lui, et son auto-érotisme de petit garçon, essentiellement de source éducative.

De même, on fait attendre à la petite fille le prince charmant qui saura la réveiller en lui faisant croire que c’est lui qui doit la réveiller : non, c’est la petite fille qui doit devenir femme pour rencontrer un homme, son homme (pour aussi charmant qu’il soit) et cela ne peut venir que d’elle. On dit pourtant que l’amour « ouvre » et « connecte » : c’est seulement, à de très rares exceptions près, une vue de l’esprit correspondant à cette insensation du vagin.

Il nous reste donc à trouver des moyens pour retrouver le contact de son vagin en vue de le rendre réceptif au plaisir partagé, en tant qu’organe sexuel destiné à la rencontre des sexes, du sien et de celui de son compagnon.

Pour l’instant, j’ai trois propositions : toutes sont pour ressentir ce qui se passe dans le petit bassin : outre ce qui regarde l’irrigation du nerf pudendal (anus, vulve, clitoris, périnée), ce qui est innervé par le nerf hypogastrique : autour du vagin, le vagin en tant que musculature et récepteur d’effets et envoûteur d’émotions et même l’utérus.

La pratique de ces exercices, pour peu qu’ils soient efficaces, doit se faire en douceur : il faut absolument les cesser dès qu’on ressent une crispation de quelque nature que ce soit : on se remet alors à respirer du mieux qu’on peut, à retrouver un calme (c’est une conquête !) et à passer à autre chose si c’est trop fort, pour y revenir plus tard. On dit que « pour devenir alcoolique – atteindre la transe alcoolique –, il faut boire beaucoup », de même, pour être physiologiquement amoureuse, il faut aimer beaucoup ce que la transe physiologique vous fait ressentir.

– La première de ces propositions consiste en prendre sa respiration, la bloquer haute, sortir le ventre au mieux (« faire le bidon »), garder 4-6 secondes et lâcher le diaphragme comme on laisse tomber un gros caillou de ses mains sur le sol ; ressentir ce qui se passe dans le ventre et le petit bassin. Faire trois fois, en prenant son temps entre chaque, allongée ou debout, matin et soir.

– Pour la seconde, on va mettre du soleil dans son vagin : il faut trouver un tube de verre ou une éprouvette (ou peut-être un tube en acier) d’environ vingt cm de long et de 1 à 2 cm de diamètre ; y mette sans tasser de la laine de fer « triple » ou « quadruple zéro » ; boucher et protéger cette extrémité du tube de sorte qu’il ne soit pas blessant. Exposer le tube au soleil pendant environ 20-30 mn et, confortablement allongée, introduire le tube dans son vagin sur sa longueur, côté opposé au bouchon. Ressentir et aussi faire des contractions vaginales le plus profond possible, autour du tube pour bien le sentir, explorer ce que l’on ressent.

– La troisième proposition d’exercices consiste à faire des sauts les fesses posées sur un gros ballon solide mais souple : le mouvement alternatif de haut en bas, sur le périnée, des organes du petit bassin permettent de les ressentir, d’en ressentir la présence, lorsqu’on y porte son attention curieuse.

Je souhaite de tout mon cœur, à toutes les femmes amoureuses, de pouvoir se fondre dans l’orgasme vaginal pour fondre dans l’orgasme amoureux. Elles pourront ainsi choisir leur homme, leur apprendre la douceur, la lenteur, l’attention, et leur permettre de cesser de se craindre eux-mêmes pour, eux aussi, passer à l’état de « grand garçon » comme elles seront devenues des « grandes filles » et pouvoir, ensemble, changer le monde à leur image. La paix reviendra sur Terre quand 85% des femmes accèderont aisément, librement et amoureusement à l’orgasme hypogastrique.

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