Une petite note sur l’emploi des mots « génitalité », « caractère génital » et « caractère mature »

À Jacques,

Ces mots « génitalité » et « génital » ont d’abord été utilisés par Freud ; c’est à dire qu’il relève d’une époque où la sexualité était considérée comme essentiellement liée à la reproduction de l’espèce (la génitalité : le gène) et dans laquelle la sexualité satisfaisante, c’est à dire qui procure du plaisir, l’orgasme, était considérée comme coupable hors de la condition de la reproduction de l’espèce. L’apport de Wilhelm Reich à cette cause, bien qu’il ait continué à utiliser ces deux mots pour décrire et la sexualité proprement dit et un « caractère » qui trouve une satisfaction duale à la rencontre sexuée de ses amours, est bien d’avoir montré que ce n’est pas la sexualité qui est subordonnée à la génitalité (la reproduction des gènes), mais le contraire : que la reproduction de l’espèce (et ceci pour quasiment toutes les espèces à sang chaud et froid) est subordonnée au rapprochement sexué et à la satisfaction qu’il provoque et procure.

*L’amour génital divin précède de beaucoup la fonction de reproduction ; c’est pourquoi l’étreinte génitale n’a pas été créée par la Nature et par Dieu dans l’unique but de la seule reproduction.* WR Le meurtre du Christ, Introduction.

À l’époque de l’utilisation de ces mots dans la sphère de la psychologie, on parlait de « toxine sexuelle » qui envahissait la psyché pour la troubler, comme émanant de la zone « génitale », considérée comme essentiellement consacrée à la reproduction.

Dans un précédant billet, j’ai détourné ce terme « génital » en le séparant volontairement de son contenu « reproductif », puisque le mot « génital » contient implicitement la vertu de la reproduction : le gène. Or, pour l’humain (et cela pour plusieurs autres animaux, notamment les mammifères dès les lémuriens dans l’arbre évolutionnaire, et chez les oiseaux aussi bien), le rapprochement sexuel N’est PAS lié aux « gènes » sinon qu’en tant que possesseur, soi, et détenteur, d’un corps, d’une vie vivante instinctive ; le rapprochement sexuel est lié à la quête de l’orgasme, du plaisir sexué.

Si on veut, c’est une bizarrerie de la nature que d’avoir produit ce plaisir là où il ne s’agissait que de « reproduction de l’espèce » (ce qui, en soi, n’est pas incompatible !) et d’en avoir fait, finalement, la finalité éphémère du rapprochement sexué ; c’est peut-être une bizarrerie, mais j’en suis bien content !

Dans des sociétés exemptes de violence envers la femme et l’enfant et dans lesquelles la femme a un statut social équivalent à celui de l’homme, on trouve dans les récits ethnologiques de nombreux exemples où la « reproduction de l’espèce » (qui n’y est en aucun cas liée à la sexualité, par simple ignorance de cause à effet) est totalement séparée de l’acte sexuel qui est immanquablement, dans ces conditions de non-violence, tourné vers le plaisir ; et, malgré l’absence totale de moyens de contraception, cette « reproduction de l’espèce » a une occurrence de moins de 10 % d’erreur hors mariage, alors que les rapprochements se font au gré des personnes concernées par ce désir d’atteindre du plaisir ensemble et que sont organisés des maisons d’adolescents. Cette séparation se retrouve aussi bien dans les explications que ces « autochtones » donnent de la gestation et à de naissance, qui n’ont rien à voir avec une « reproduction » de l’espèce, mais davantage avec l’accueil d’un nouvel être intégré à une généalogie, une continuité du vivant.

Tandis que dans les sociétés où la femme à un statut inférieur à celui de l’homme, celle-ci se sent détentrice de ce pouvoir et de cette nécessité de « reproduire » l’espèce, et s’y consacre en tant que moyen au détriment du plaisir qui devient accessoire : le plaisir devient alors un plaisir « génital », lié à la reproduction. Et tout autant, lorsqu’on est mature, on est « génital » du fait qu’on est devenu apte à reproduire l’espèce, etc., puisque le but du coït est cette génitalité et que cette génitalité se manifeste et se défini par un coït satisfaisant « génital », lié aux gènes.

En matière de sexualité, il n’y a de « reproduction » de l’espèce que pour les gens qui refusent les plaisirs issus de la sexualité afin de n’y voir qu’un aspect utile (la production de main-d’œuvre, par exemple). Mais c’est aussi vouloir admettre que les organes « génitaux » ne sont « génitaux » que chez les animaux qui seraient susceptibles de n’éprouver pas de plaisir lors du phénomène de la copulation !

Donner la primauté de l’usage de la sexualité aux gènes est reléguer ces plaisirs à cette reproduction. C’est une grave erreur. Encore une fois, c’est faire passer le « gène » devant le plaisir, l’orgasme. Selon lui, la découverte fondamentale de Wilhelm Reich est « la fonction de l’orgasme » et non pas la fonction de la génétique. La génitalité, il faut l’avouer, est toujours, de près comme de loin, empreinte de plaisir accessoire et donner la primauté au gène déculpabilise de ce plaisir à celui ou celle qui en ressent DÉJÀ de la culpabilité. C’est donc bien une manière de voir, une morale qui sépare le gène du plaisir, d’autant que chez nous, comme je l’ai dit plus haut, c’est d’abord le plaisir qui pousse les sexes à se rencontrer et non pas la « reproduction des gènes ».

Ainsi, dans mon précédant billet, j’ai proposé le terme de « caractère mature » à la place de « caractère génital ». On saisit maintenant pourquoi ! La maturité sexuelle contient tout ce que comprend l’expression « caractère génital » tant du point de vue de la physiologie que de la socialisation que de l’affectivité, avec en plus, l’aspect qui est pour nous (et Wilhelm Reich) essentiel : l’orgasme, le plaisir lié à la sexualité, comme primauté sur la reproduction de l’espèce : c’est cela qui correspond à notre réalité humaine et sa recherche : la maturité.

Les difficultés d’existence de l’humanité sont liées directement ou indirectement à la satisfaction sexuelle, l’orgasme ; le sadisme, la passivité, l’exhibition, les irresponsabilités, etc. ambiantes nous le montrent en négatif. À cette seule constatation, on aimerait apporter une solution de sorte que le bonheur retrouve le sourire en ce monde arrivé si proche du bas depuis la venue du patriarcat et de la valeur attribuée à l’objet. Cependant, c’est précisément la peur qui est liée à l’orgasme une fois celui-ci perdu, qui empêche l’humain d’approcher à nouveau sa perte comme un problème, comme LE problème, comme son problème. Il préfère travailler à pourrir le monde que de s’y pencher un seul instant. Mais plus il s’en distanciera, et moins il résoudra ce problème par la solution appropriée : cesser de tourmenter sexuellement la femme et l’enfant, pour l’atteindre et s’atteindre librement, en mature affectif et sexuel.

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