La führeur de l’espoir

À croire que les gens sont emplis d’un immense désespoir et qu’il suffirait qu’une image trouve à incarner l’espoir de désobliger ce désespoir pour qu’ils adulent cette image comme des fous qui ont enfin trouvé la possibilité de rejeter leur désespoir : ils trouvent dans cette image une raison, une force de ne plus le vivre dans son immédiateté, de le différer en quelque sorte ou de le cacher derrière cette image, cet espoir.

Ce qui me questionne est cette force, cette énergie que détient cette image de dissimuler ce désespoir, force que les gens mettent eux-mêmes en œuvre, en eux ; ce qui revient à dire que la force de ce désespoir est si intense qu’elle en devient insupportable face à l’espoir soulevé par cette image de l’espoir à laquelle, encore, ils donnent, eux, la force. En somme les deux forces ne sont pas identiques, sinon que l’une prend le pas sur l’autre dans un mouvement qui s’exauce en tant que solution à l’absence de ce mouvement. La charge de l’espoir surpasse celle du désespoir, ok, mais il faut que le désespoir devienne invivable pour que cette charge se transverse dans l’espoir — encore que ! il doit rester une charge au désespoir pour alimenter celle de cet espoir ! — et détienne une telle force que la personne, en tant que personnalité, ne trouve plus d’expression que dans ce que cet espoir lui dicte — intensité de l’image — pour que sa réalité (celle de l’espoir) surpasse la réalité du désespoir.

Il y a donc deux mouvements : c’est la charge de l’espoir comme contraste qui donne la force au désespoir ; c’est la charge du désespoir transposée sur l’espoir qui donne celle de l’espoir comme solution exclusive. Le refus de faire face au désespoir donne la charge obnubilante de répondre aux conditions de l’espoir pour que celui-ci devienne une réalité tangible… qui n’est tangible que par la réalité que cette charge lui confère. Ce phénomène de l’obéissance ne regarde pas directement le führer, mais l’espoir qu’il porte, qu’il représente, dont il est l’image : le führer n’est que la représentation de cette charge et comme ce report est un phénomène collectif, social, il détient d’autant de force comme solution à ce désespoir.

Le führer n’a donc qu’à compresser le désespoir pour en extruder une force perceptible et inverser le mouvement de cette force dans un espoir, une image dont il ne se dit pas l’incarnation, mais le moyen de transport, l’objet de l’énergie de cet espoir, l’énergie de cet espoir en tant qu’objet : l’intercédant !

On comprend, dès lors, que cet espoir, ou plutôt l’intensité de l’énergie qu’il détient, ne fait pas voir les incohérences des moyens mis en œuvre par l’intercédant, car on devient soi-même l’intercédant de son propre désespoir dont l’exigence est de refuser de voir son espoir sous sa couleur, car l’action de cet intercédant est précisément d’exacerber cette couleur en la transformant en tolérable. Cette intensité justifiera donc les incohérences de son propre comportement alors qu’il réalise des actes délirants… par désespoir différé. Ou encore, en devenant l’intercédant de l’espoir, on dissimule le désespoir qui lui donne l’énergie et l’usage que l’on fait de cette énergie n’a de finalité que cette réduction du désespoir à ne plus paraître sans regard pour les moyens mis en œuvre… qui peuvent être les pires expressions d’une affectivité sociale malade, je veux dire, dont le désespoir n’est pas collectivement assumé jusqu’à se nuire à soi-même, collectivement.

Ce phénomène d’énergie rendue tolérable par transposition sur un tolérant — une personne ou un objet qui donne l’autorisation contre l’octroi d’une autorité — en vue de se décharger de cette même énergie dont on a changé la dénomination pour la nommer en son contraire, est la révélation d’un enfantillage de la relation des gens au monde, sinon cette transposition serait impossible, car le sens de la réalité des difficultés de la vie est un sens dont la présence et l’acceptation sont indispensables pour résoudre, précisément, ces difficultés de manière relativement satisfaisante ; et c’est dans le mésusage qui est fait collectivement de cette énergie individuelle en tant que somme d’une pensée du monde identique chez tous — constatation secrète du désespoir face à une situation sociale qui vous dépasse individuellement que vous supposez uniquement individuelle bien que sociale — que réside cet infantilisme qui ne pense que par soi et en soi, exempt de sens collectif, social, comme à l’âge de 6-10 ans. Tant que ce désespoir restera individuel, le führer trouvera l’énergie nécessaire et indispensable pour que son image se retrouve dans une représentation de solution à travers une obéissance, dans son adulation ; l’obéissance sert alors — comme toujours — à ne pas penser par soi en tant que détenteur d’une capacité collective de résoudre un problème, à refuser sa responsabilité dans ce transfert d’énergie sur une image, à pérenniser son état d’être en tant qu’insolidaire, à rejeter la douleur du désespoir en l’augmentant par contraste à cet espoir, à se fondre dans la masse pour y ressentir la force de son espoir et en assimilant cet espoir à la solution ici et maintenant de ce qui ne se réalise pas : une solution pratique au désespoir.

C’est que cet espoir engourdit la perception de l’exigüité de la solution qu’il incarne. C’est un peu normal, puisqu’il ne veut pas ressentir la source du désespoir qu’il dissimule et qui pourtant le stimule, je veux dire : la situation qui génère ce désespoir ; et de refuser d’admettre le désespoir qu’une situation génère, ne peut qu’amener à un espoir sans queue ni tête, propre à obéir à une représentation de solution, une image, l’intangible.

C’est dans ce flou qui laisse les solutions hors des précisions d’une affectivité sans équivoque, que se logent les maltraitances de l’obéissance irresponsable. L’obéissance est une recherche déterminée d’une approbation qui elle-même est un espoir de satisfaction dont la qualité est une soumission à ce qu’on se dit impuissant d’assumer, soi. En conséquence, la personne affectivement incertaine se jettera sur ces autorisations — l’obéissance est une autorisation donnée par plus quelque chose qu’on concède comme étant plus que soi — pour se disculper de ses actes de maltraitance dont il désire secrètement la réalisation comme vengeance face à sa propre impuissance vis à vis de la vie : ce sera toujours autrui le responsable de son propre malheur et non pas soi comme être socialement inadapté, alors que possédant le potentiel suffisant et nécessaire pour résoudre collectivement le problème que la vie sociale soulève de sa propre vie.

L’obéissance à une image qui se donne soi-même sa raison, est un aveu d’impuissance à résoudre collectivement — par la recherche du consensus — une difficulté à vivre collectivement.

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