Quelle forme ?

Il est indéniable que je possède un style d’écrire particulier. Je dis souvent « lisez-moi au moins deux fois ». C’est comme si j’allais à l’économie la plus précise pour éviter d’en dire un trop qui noierait ma pensée dans une soupe de mots. Je considère comme un style d’alambiquer mes phrases, surtout comme la manifestation d’un esprit : comme si je m’en trouvais suffisamment pourvu pour virevolter ces phrases. Je reconnais que c’est une autocritique assez avantageuse qui veut dissimuler mes salmigondis ! Mais cela suppose de ma part que j’ai des choses à dire et qu’elles peuvent intéresser mes congénères… au moins quant à ce que je lis ici et là où ce qui sort du lot est à raison de l’aiguille qu’il faut trouver dans une botte de foin (les ânes se contentent très bien de paille) pour trouver quelque chose à se mettre sous les dents de la cervelle. C’est aussi que je m’ennuie, dans ce monde de paille. Ce qui fait que je donne à être moraliste, puisque je fais la leçon… enfin… que je ferais la leçon, car je n’ai rien d’un professeur et ne veut pas l’être ou le paraître. Cet ennuie, je l’avoue, transsude de l’orgueil comme la morue exsude son huile : il s’agit seulement de pas trop en manger pour ne pas s’en écœurer ! Mais c’est vrai que je ne suis pas très bien dans ce monde de bruits, de violence et d’incompétence volontaire dans lequel tout un chacun reste sur son quant-à-soi en vue d’améliorer son existence, ce qui donne que ce monde empire en pollutions diverses, alors que la femme qui récupérera les restes, y verra sa place réduire à peau de chagrin. Ainsi, il ne faut pas renvoyer la fatuité de ce monde à mon mode d’écriture, c’est à dire sur moi qui ne peut en recevoir une telle quantité. Tout bonnement, si chacun cherchait — pour la trouver ! — la satisfaction sexuelle, je n’aurais pas à écrire à un monde que se cache sans fin qu’il est incapable même de s’en approcher. À un tel monde, quoi que je dise et comment je dois le dire, sera comme de parler de la lune à la terre en faisant semblant de tendre l’oreille alors qu’on martèle une enclume pour rabattre une tige d’osier. Je sais très bien que la forme pédagogique que je devrais adopter pour me faire comprendre (alors que je ne tends qu’à faire voir ce qui n’est pas aperçu et se trouve sous le nez de mon interlocuteur) n’a pas de prise sur un esprit revêche au plaisir duel. Le mode que je devrais adopter pour que nous trouvions une satisfaction commune, n’est pas de ma partie, car ce que je devrais alors dire ne contiendra pas la substance, à mon goût, du jeu. Non pas du jeu comme le « tiercé » ou un « jeu de rôle » (encore que ce dernier s’en approche beaucoup), mais de cette sorte de jeu qui vous englobe dans son déroulement, bien que vous garder de part vous, l’éveil d’une idée qui rajoutera à cette force qui vous empoigne. La résignation générale au salariat donne la lassitude qui rend impossible, même en dehors des huit heures et du temps de transport, une disposition adéquate à ce phénomène. La généralité du salariat donne la résignation à la lassitude qui rend impossible une telle disposition à la liberté du jeu. Oui, j’entends la question « Mais pourquoi faut-il toujours jouer ? » ; Je ne dis pas qu’il faut toujours jouer, je dis qu’il n’est pas possible de jouer dans de telles dispositions sociales : la tension affective ne peut pas se tendre pou rendre passionnant le moindre jeu qui ait une teneur de jeu vivant, au moins dual. Le visionnage de la télévision, présente dans 97,5% des foyers, en dit aussi long que le temps que l’on passe, proportionnellement, au salariat ; et s’y rajoute en négatif son contenu : des « jeux » pour distraire son public assis, las et abruti. Jouer sérieusement à remettre sur ses pieds notre planète que ce monde de marchandisation du vivant (ajouter de la valeur à la moindre des choses qui s’écoule dans le temps vivant, qui donne la vie et la manifeste, dans lequel la vie trouve sa vérité et sa réalité) ? Pas le temps, il faut que je gagne ma vie, que je nourrisse mes enfants, leur donne à loger et à habiller, moi. Songer sérieusement à réduire l’impact de cet anthropocentrisme sur la vie la planète où il peut s’exprimer béatement, voilà encore un autre jeu passionnant. Que nenni ! J’écoute ma musique, avec mon ipod, ça me suffit — ce qui développe la socialité, ce n’est pas d’écouter de la musique, mais d’en faire — et j’aimerais tant que mon fils fasse un champion et ma fille une bonne mère ! Mais le pire est que ces personnes autonomes, finalement totalement aptes à la collaboration, n’ont le sens des critiques négatives que pour ce qui les obligerait à ce qu’ils se bougent les fesses et non pas à ceux qui les induisent à penser ce qu’ils adorent. Aussi, c’est un jeu difficile que d’écrire à deux partis en même temps : à celui qui impose la valeur aux choses et à celui qui contient ceux qui donnent sa valeur à la valeur.

J’imagine donc que mon style d’écriture est comme une pédagogie où, pour me comprendre (si tel est l’intérêt du lecteur qui admet que je peux dire quelque chose qui l’intéresse et à moins que cela saute tout de suite aux yeux), il faut suivre par le biais le contour de mes thèses de sorte que, par cette mise en panorama, on englobe davantage l’ensemble de ce que je veux dire alors que je ne puis en décrire, économiquement, que peu. Mais cela ne va pas non plus de soi pour moi, car ô combien j’envie le pédagogue qui dispose de l’énergie suffisante pour repasser tout par les mâchoires de la démonstration qui prédigèrent au lecteur, tel le phénomène de la fermentation, ce qu’il devrait comprendre, en l’aimant comme un baiser maternel ou une gorgée de vin. Je ne veux pas hypnotiser. Une fois, j’ai remarqué l’obnubilation de personnes qui buvaient les paroles d’un locuteur solitaire ; j’en ai été passablement dégouté, car je voyais bien que ce locuteur pouvait dire n’importe quoi dans son style jusqu’à dire n’importe quel pire qui aurait été admis (je le concède : sur le moment) par ses auditeurs.

Mais j’écris ainsi, parce que finalement, je voudrais que ce que je dis s’applique à n’importe quelle situation délirante de cette société, puisque qu’elle agit selon un principe qu’il est difficile de définir en un seul mot, mais peut-être en trois : la peur d’autrui ; cette crainte maladive de l’autre ayant été induite très tôt dans l’enfance par les personnes en charge du bon soin du nourrisson et de l’enfant. Il faut résoudre ce problème pour tenter de comprendre et de résoudre ceux qui en découlent.

Sinon, matériellement, la soumission au salariat est déjà un point d’appui phénoménal : pourquoi travaille-t-on, pour de l’argent ? Et que fait-on pour de l’argent ?

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