Un outil de la grégarité

La cuirasse est principalement le cuirassement de l’empathie de sorte que cette empathie ne soit plus aussi sensible, qu’elle ne soit plus perceptible et qu’on ne se pose pas même la légitimité de son existence. La cuirasse, en tant que maladie sociale, est le cuirassement de l’empathie, phénomène affectif de la représentation de l’autre comme vivant et sensible autant que soi, et comme communication entre le vivant et soi. Je ne parle pas en l’air, je parle de la maladie de la personne qui n’est plus capable de ressentir la souffrance de l’autre (ne parlons pas du plaisir !) en tant que relation sociale, car l’empathie n’est qu’une singularité de la relation sociale. En tant qu’animal grégaire, l’humain détient des outils naturels, dont l’un est bien l’empathie, dont la réciproque sans contrepartie se nomme l’amour. Et lorsqu’on a « fauté » vis à vis de cette empathie, alors qu’on est amené à ressentir en son corps (et qu’on s’en rend compte de manière différée) de la souffrance qui a été infligée à autrui, il n’y a plus d’issue, sinon qu’à reconstruire cette cuirasse sous peine d’effondrement personnel. Il peut arriver qu’on compatisse à la souffrance jadis infligée à autrui, mais on ne peut remettre en cause le manque d’empathie qui a marqué cette souffrance infligée à autrui, car ce manque affectif se montre avec une telle intensité (correspondant à l’énergie mise en œuvre pour le maintien et l’entretien de la cuirasse qui a interdit son expression — acquisition douloureuse au possible incrustée en soi malgré soi !) sous le mode du gouffre, que la personnalité ne peut plus exister en tant que telle et refuse le risque d’imploser. On passerait son temps à demander pardon aux fantômes qu’on a créés. On remarque alors que les prétextes sur lesquels a été édifiée cette souffrance sont ridicules, ineptes et insanes par rapport à elle et donnent maintenant envie de vomir.

La question, conséquente, est quel est le mode d’existence qui donne naissance à cette monstruosité sociale : le manque d’empathie ? Quel mode de vie fait-on vivre à l’enfant pour que cet outil du vivre-ensemble disparaisse sous la boue du malheur ?

Dans la relation à autrui, on évoque essentiellement les déficiences manifestes de l’empathie : autisme, psychose, schizophrénie, névrose profonde, etc. où est systématiquement présente une carence dans la communication, la relation à l’autre. Mais on ne parle pas de la déficience de l’humain « normal » dans la relation hiérarchique, politique, dans la soumission à la police, à l’injustice et autres évidences de ces déficiences. C’est que le manque d’empathie est vraiment un standard dans notre société, standard où n’apparaissent comme des aberrations que des maladies de poids dans la relation à autrui, sans avoir la volonté de qualifier telles des malveillances à autrui communes, comme de brimades, les ratonnades, le fait d’imposer aux gens des choses délétères qu’ils ne veulent pas, et autres. La peur de la vie se transmet de l’un à l’autre et c’est toujours celui qui est le plus pourvu de peur qui gagne : comment cela peut-il se faire ? Je parle bien de la peur de la vie, pas de la vie de la peur, je veux dire, du simple fait que la peur est un phénomène de la vie.

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