L’illucidité de Lucy

Le film dernier de Besson, Lucy, laisserait à penser que l’humain, s’il venait à utiliser les « capacités » de son cerveau à un pourcentage supérieur à celui qu’il les utilise aujourd’hui, serait encore plus individualiste, etc. Or il n’apparait à personne que, précisément, c’est du fait de cette individualisation de chaque être humain, que ses capacités cérébrales ne sont pas utilisées à plein escient, c’est à dire qu’il en jouisse au mieux.

Il n’apparaît pas que, c’est du fait que l’humain est sans cesse mis dans une situation d’individualité, que ses capacités « cérébrales » sont utilisées avec parcimonie, à ce 10 % tant décrié ; qu’un développement optimal de cet animal grégaire est précisément qu’il doit vivre dans un ensemble et que ce défaut d’intégrité et d’intégration est une restriction à de ces capacités ! De voir opposés l’individu et le troupeau, la personne et la société organisée selon ce schéma d’individualités autonomes, atomisées, est justement pourquoi cet humain est si peu à même d’employer ce dont il est capable. On assimile l’usage maximal du cerveau à des structures mécaniques et jamais et en rien SOCIALES et dans ces images qu’on nous montrent et qui correspondent à des visions de ce que l’on est, finalement, et désire être, au mieux, la personne est toujours opposée à l’adversité, malgré son « intelligence augmentée », sans que cela soit résolu socialement. On va me dire « Mais comment résoudre ce problème de Lucy, socialement ? ». Hé bé, c’est présenté de sorte que le problème ne soit pas résolu socialement, précisément, car cette « intelligence augmentée » est une pure fiction, et son emploi, en conséquence, une aberration.

Le propre d’une intelligence sociale est d’organiser la société de sorte que l’individu et la société se fondent l’un dans l’autre sans que cette fonte annihile l’un et l’autre. Aujourd’hui, comme il y a des millénaires — au moins depuis l’instauration du patriarcat, il y en a en gros un huitaine — l’individu et la société sont opposés dans leurs intérêts et leur avantages, leur collaboration et leur complémentarité. L’humain est toujours un immature social (c’est l’ensemble de nos comportements cumulés qui détruit notre environnement vital, affectif et collectif ; et ce cumul de l’ensemble de nos individualités opposées au collectif, au troupeau, est l’exacte réalité de notre immaturité sociale) et le sera encore jusqu’à ce que cette opposition s’estompe afin de disparaître.

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Point de départ sans initial

Il faut partir du point que je vais énoncer et le considérer comme fondamental : le besoin d’exprimer l’amour pour autrui est actif, hautement actif, sinon au moins dès la naissance (je laisse l’anté-naissance pour l’instant, tant que je n’aurai pas trouver les mots qui conviennent pour clarifier ce fait) ; en d’autres termes, le besoin d’exprimer son amour pour autrui, qu’autrui reçoive votre amour et que vous en ressentiez l’effet est aussi nécessaire que l’air nous est indispensable pour respirer. C’est un fait fondamental qui ne suppose aucune dérogation de quelqu’ordre qui soit.

Dès lors qu’il n’est pas possible de dispenser de l’amour, celui-ci se change en haine ; la haine est donc une conséquence et non pas une donnée innée, sinon que dans ses procédures, la haine est une émotion secondaire. Ou encore, lorsqu’on ressent une frustration due à un manque d’amour, un esseuelement, selon moi, alors apparaît la haine, suivant des modalités assez précises. La haine n’est qu’un trop plein d’amour qui n’a pu se résoudre. La haine n’est pas le contraire de l’amour, ni l’opposé, mais de l’amour qui n’a pu être exprimé.

Le principe de la vie est le plaisir, à la fois ressenti mais aussi bien de celui qu’on ressent qu’autrui éprouve — la mère qui allaite son petit et la tétée du petit sont deux plaisirs différents ressentis par deux entités différentes et pourtant concomitants, sinon même, plaisir commun qui corrobore chacun selon son ressenti. Hors de toute réflexion intellectuelle, ce plaisir ressenti et celui qu’on ressent est concomitant. Lors de l’intellectualisation des ressentis, le plaisir ressenti et celui qu’on ressent d’autrui est différé ; différé le temps de cette intellectualisation du ressenti. La frustration est un différé si important, qu’il en devient douleur et finalement haine.

La mécanique du plaisir — je veux dire — fait que l’amour cherchera toujours au mieux le plaisir, c’est à dire à se ressentir en action, vivant et vivace. C’est lors d’un sursaut de haine que ce principe de plaisir cherchera à dissoudre cette haine pour ressentir au mieux ce qui fait la joie de vivre. C’est pour cela que nous vivons sans fin dans l’espoir d’un meilleur — à la différence de la perception de la jarre de Pandore, le cœur humain, cadeau d’un homme dans les mains d’une femme, dans laquelle l’espérance est resté emprisonné, c’est ici une manifestation vitale, indispensable et non pas subsidiaire de cette mécanique ; l’histoire est inversée et est à comprendre positivement, car il ne pouvait en être autrement : l’espoir d’amour est une manifestation de cet amour inné qui guérit la haine, fille de la frustration. Nous avons tous en soi cet espoir d’amour possible, exprimable, compréhensible par autrui, efficace qui nous fait entrevoir, sinon le présent, au moins l’avenir comme une solution de la frustration, sinon passé pour le moins présente… de sa manifestation.

Ainsi, alors qu’on éprouve de la haine et qu’on reçoit en retour de l’amour, cette haine se trouve confrontée à ce principe de réalité du plaisir manquant, en constatant qu’elle n’a pas lieu d’être et ensuite, qu’elle n’a plus lieu d’être dès lors qu’on constate le différé d’amour qu’elle provoque. Car c’est le plaisir d’amour qui commande notre monde, celui qui nous entoure et le notre, l’humain. On va me rappeler que la faim et la soif ou la peur de la mort, sont aussi un principe de réalité, ce avec quoi je suis d’accord, mais il ne s’agit là que de catégories des indispensable du vivant, dont l’amour est une case dans des cases d’égales importance. Et il y a des maladies relatives à chacune de ces catégories : celles en rapport avec la crainte de l’imminence de la mort, celles liées à la soif et à la faim et celles en relation avec l’amour que généralement on nomme « maladies mentales », sans doute par pudeur.