Solitude : approche 3

Le moins facile à appréhender dans la solitude est son archaïsme, son aspect qui n’a besoin d’aucun mot pour pouvoir se décrire, étant le plus simple des ressentis lorsqu’elle est ressentie. La solitude ayant généralement manifesté son empreinte avant la survenue des mots, ne peut pas véritablement être décrite par des mots, alors qu’on en ressent en soi la manifestation, à moins de s’en être énormément éloigné pour cause de souffrance intolérable : dans ce cas, seule la souffrance peut être décrite, pas la solitude. Parce qu’on a été un jour esseulé extrêmement et que cette détresse est restée, au pire bien plus tard, sans réparation rapide, la trace de la solitude recouvre ses propres capacités d’amour, comme la lave le flanc du volcan, et de ce fait, nos relations à autrui, car LA réparation vient inévitablement d’autrui et le plus rapidement sera le mieux. La solitude est provoquée par autrui et n’est réparable que par autrui. Ce n’est pas une blessure faite à l’amour, mais à celui ou celle qui est capable d’amour, ce qui est inné ; elle se substitue en partie plus ou moins étendue à l’amour pour en amoindrir les effets en proportion de cette étendue.

Il vient aisément à l’idée de dire que l’antidote de la solitude c’est l’amour, mais c’est faux car c’est exactement le contraire : l’antidote de l’amour c’est la solitude, je veux dire que ce qui détricotte et annihile l’amour à la fois, c’est la solitude. Ce qui fait que l’amour est la réparation de la solitude, certes, mais en sachant que la solitude est la séparation du phénomène amoureux de celui ou celle qui en est capable.

Tout en arrive à se résoudre au problème qui est celui du contact avec l’autre, le contact avec Autrui, charnel, vivant et vibrant contact, mêlant l’ensemble des sens qui vous fait sentir en vous la vie.

Je n’en suis pas certain, mais le ressenti de la peur de l’imminence de la mort est le grain natif de la solitude, car on s’y trouve être confronté absolument seul. Cette peur de l’imminence de la mort peut prendre un grand nombre de formes : la faim longuement tenaillante, la sensation de sombrer ou de tomber, de ne plus pouvoir respirer, etc. que l’unique fait de n’être pas seul peut estomper et outrepasser, que le contact bienveillant avec autrui dissout. À titre documentaire, la meilleure manière de faire marcher un humain contre sa volonté, c’est à dire de faire sienne cette volonté, est de lui faire énormément peur et la pire des peurs est celle imminente de la mort, bien sûr, de le faire souffrir jusqu’à que s’instille dans sa vie frémissante cette peur imminente de ne plus exister, de n’exister plus, de n’avoir plus à manifester son existence selon sa propre forme. Les militaires ou les para-militaires, cette forme d’organisation sociale la plus débile et débilitante de l’humanité, sont un bon exemple de ce sursois à la peur imminente de la mort, soit pour tenter d’en jouir ne serait-ce qu’en jouissant de la peur qu’on inflige à autrui, soit par suicide ; d’autant que les sous-fifres n’ont aucune autre responsabilité personnelle que celle d’exécuter l’ordre que leur impose leur chef qui est fier de posséder un tel troupeau pour exécuter ses vues sur l’humanité qui répond à celle qu’il possède en lui de vide humain, de cet étrange plaisir de disposer de l’autre comme d’une chose puisqu’on en est une. La confiance en l’autre implique que l’on soit dépourvu de perversité, la perversité implique que l’on soit dépourvu de confiance en autrui.

Ce que j’appelle des palliatifs à la solitude sont la structures même de cette société, c’est à dire aussi bien la structure des gens qui la compose et lui donne la vie et la vigueur de cette structure. C’est la solitude qui permet d’admettre les incohérences, car on veut voir la suite qui sera la fin de cette solitude. Car ce ne sont pas des « paliatifs », ce ne sont que des moyens de s’en évader.

Je cherche seulement à mettre d’autres formulations à ce qui est commun, que celles qui ont été proposées jusqu’ici, soit par crainte de ce qu’elles doivent décrire soit par soucis d’éviter qu’elles ne soient précisément décrites de sorte à proposer une solution valide. Car d’aussi loin que je me place, je suis étonné par le manque criant de solution apportée à la misère humaine dont j’ai la vague impression qu’on est plus déterminé, par les solutions choisies, de perdurer que de l’éliminer. Vous semblez bien d’accord avec moi, non ? sinon nous n’en serions pas là, ou aussi avancés dans cette misère. C’est la manière de résoudre les problèmes qui pose question, car de toutes les façons, les éléments pour résoudre un problème sont toujours présents, quelle que soit la manière dont on les dispose pour qu’ils servent de prémices à la solution. Et cette manière est liée à une disposition ou une orientation d’esprit, ou une absence d’esprit ou un refus plus ou moins conscient de voir l’optimal de l’agencement orienter les éléments pour qu’ils apportent une solution opportune, sinon définitive au moins un bon temps. C’est souvent comme si on voulait aller trop vite, à la fois pour se débarrasser du problème et à la fois ne plus en entendre parler… de sorte qu’il revienne sur la tapis de l’existence à la charge du galop du temps, inexorablement. Cette précipitation qui conditionne la manière de résoudre, dans son agencement incorrect des éléments qui le compose, un problème, sans compter le souci joueur de l’élégance et d’un usage gai de l’intelligence, a une origine, comme une habitude de comportement.

La compétition fait se montrer des actes aberrants pour dire que l’on fait parti d’une structure qui rassure. Le destin, la machine salvatrice : l’arme. Tout cela implique l’INDUSTRIE ! le déploiement d’une énergie colossale ! L’arme est présentée comme une défense contre la destruction, alors qu’elle est la destruction même. L’ennemi est la destruction de soi qu’on veut voir reproduite en l’autre.

Mais aussi bien l’absence de collaboration, de procédé collectif dans ce processus est la marque de l’individualisme imprimé aux âmes — et une âme individualiste n’est qu’une âme solitaire. La perte du sentiment du collectif comme possible de solution adéquate à la résolution de la misère humaine est une caractéristique de la solitude ; et ce refus du collectif aussi bien que son mauvais fonctionnement (individuellement, l’humain est bon, intelligent et terriblement attrayant, mais absolument arriéré pour ce qui est d’une organisation collective) élude l’accès à cet agencement des éléments dont je parle, car l’individualisme (le Moi-Je) prime sur la solution à trouver faute de savoir orienter son Soi vers un Nous sans avoir la sensation de s’y perdre, mais certain d’y trouver un gain tangiblement formulable par une joie de vivre, car la liberté existe alors ; elle existe non parce qu’elle est disputée, mais parce qu’elle est partagée, consciemment, volontairement et obstinément. La résolution des problèmes se voit déplacée dans le problème de la résolution. C’est ici une tentative de compréhension de ce problème-là.

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