Solitude : approche 2

En tenant compte qu’elle change à mesure que l’on progresse avec l’âge, la dépendance à l’autre est le centre des relations humaines. Et à mesure qu’elle vient à manquer, cette relation trouve des substituts qu’il est aisé d’identifier, car cette relation à autrui est si indispensable qu’elle est un absolu. Les moyens de communications que nous connaissons de nos jours en sont la réelle manifestation ; et elle n’en était pas moins à une autre époque dans laquelle elle trouvait à se réaliser, jusqu’à lui donner une spécificité. C’est qu’il y a un monde de solitude qui trouve sans cesse à se négativer, à ne plus exister.

La solitude est certes un sentiment, mais seulement dans la mesure où elle est ressentie, sinon elle est un blessure qui cherche à se cicatriser, à ne plus se ressentir ; en somme, elle est ce qu’on nommait un temps une « affection » : elle affecte le corps qui se manifeste alors sous forme de symptômes. D’un point de vue plus social, cette affection modifie les relations entre les êtres qui tentent de l’annihiler, car c’est une chose absolument insupportable.

Il faut partir du point de vue que l’être humain est l’animal social par excellence. Cela signifie qu’il ne vit qu’en société, ne peut vivre de manière satisfaisante qu’en société et ne trouve sa réalisation qu’en étant en société ; et tout cela quelles que soient les formes adoptées qui ne sont, en dernier ressort, que des manifestations plus ou moins libres de cette excellence. Il faut partir du point de vue que l’être humain est l’animal social par excellence et ne plus en déroger. Cette caractéristique sociale de l’être humain implique qu’il ne peut pas vivre esseulé ; seul, peut-être, mais pas esseulé, isolé du troupeau, de la société des êtres humains. Le contact des autres lui est absolument indispensable, comme l’eau au poisson, l’air à l’oiseau, le feu à certaines forêts de pins, etc.

Ainsi, la solitude devient une sorte de malaise, une caractéristique de cet être social qui voit sa socialité blessée, comme on vient à manquer d’air à respirer les fumées d’un feu. Et cette blessure est peu supportable. Nous trouverons, en conséquence de cette hypothèse, une multitude d’ersatz de communication pour palier à la blessure que la solitude inflige à l’être, des formes de vivialité plus ou moins « cons », c’est à dire qui n’y sont que comme substituts à ce que pourrait (et est ressenti ou perçu comme tel) une absence de blessure due à la solitude en lui donnant l’agissement du réel, au fait de se sentir esseulé dans le troupeau humain, de l’avoir été un jour et de n’avoir pas vécu de réparation, de refuser de se souvenir d’un tel moment ,car un tel événement est insupportable à ressentir, donc à concevoir sans une dose forte de courage.

Ces ersatz de comme-unication se retrouve dans la société même, dans la forme d’organisation de cet oubli de cette blessure, mais aussi bien, en quantité identique et suivant les prédispositions naturelles de chacun, en chacun de nous, être humain. C’est le fait d’être dés-intégré d’un groupe (que je nomme ici, avec une sorte de sourire narquois, troupeau humain) qui crée la maladie de la solitude. Il ne s’agit pas que cette intégration soit si forte qu’on perde ce que l’on considère comme son véritable Moi ou Soi, mais de comprendre (et de refuser de ne pas admettre) que cette intégration fait partie de ce Soi, de ce Moi dont on revendique l’unicité. Et il ne s’agit pas non plus démontrer qu’il y a une forme d’intégration meilleure qu’une autre à opposer à une autre intégration meilleure qu’une autre. L’unique chose qui vaille est de n’avoir pas ressenti la blessure de la solitude, ce qui est une affaire à la fois sociale et personnelle puisqu’on est le sujet de cette blessure et qu’elle vous est infligée, inévitablement infligée, un moment un jour.

À partir de cette analyse de la relation de la partie au tout humain, de la personne et de la société dans laquelle elle vit, se meut, etc., sans y déroger, l’adaptation du Moi et sa perception, le Soi, diffère en raison de ce Moi et de cette société qui vous inflige ou non cette blessure. Il faut noter que cette blessure est une marque corrélativement physique et psychique : elle est biopsychique et en tant que telle, parfaitement intégrée à ce Moi qui la fait sienne, comme marque de Soi, comme identité sociale.

Dans une société qui génère de la solitude, qui esseule les personnes comme fonctionnement nécessaire à sa pérennisation, en tant que phénomène de séparation, cette identité sociale ne pose pas de problème particulier, sinon que sous la forme de la réalisation de son oubli, bien sûr, ou de la réalisation de son rejet. Ces réactions se manifesteront (deviendront sociales) sous des formes spécifiques, car il est absolument indispensable à tout être humain de se sentir intégré à un troupeau : c’est la base de mon hypothèse, c’est le rocher de la construction de nos relations prochaines.

 

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