Démonstration de genèse de la souffrance de l’âme humaine par celle de la solitude

C’est du fait de cette mise en solitude de la personne qu’il est possible à la société d’habiter des gens par des images… et à notre époque, la marchandise. La cuirasse caractérielle est finalement la forme qui crible l’image exclusive du mode imaginaire de la satisfaction. Ce « vide » correspondant à cette solitude se comble (c’est la personne même qui le comble) suivant une adaptation (le caractère) du contact du monde. L’objet correspond par son insignifiance réelle à cette image qui lui donne sa substance comblante. Et le caractère ne signale que la rigidification du désespoir de ne pouvoir pas ne plus jamais être seul.

La forme du caractère se résume à la manière dont la personne a ressenti la solitude. Le curatif se trouve dans cette dissolution de cette forme par la dissolution de cette solitude solutionnée par le contact humain réel qu’elle utilise ; encore qu’il ne faille pas oublier que le caractère est une adaptation au monde selon ce que l’on est soi, quand bien même cette adaptation ne soit pas toujours optimale.

Rien ne sera entrepris socialement tant que les gens ne se décideront pas à cesser d’user des substituts de solution à leur solitude profonde née dans leur enfance par l’abandon ayant donné leur sensation de l’esseulement, car tous les objets qu’ils adorent ne sont pas une seule solution à ce comblement, mais des détournements de solutions valables. La peur de toucher cette profondeur d’abandon est le nœud de la solution.

La solitude est-elle la base de toutes cuirasses, de toutes les rigidités comportementales ? Selon moi, oui, car tant qu’on est habité par la vie, le contact avec autrui, la cuirasse reste souple et n’empêche pas le contact du fait qu’elle est orientée vers le plaisir de ce contact et le plaisir que procure ce contact. Tandis que la peur de se réactiver dans la sensation de l’abandon — lié à l’abandon réel qu’on a vécu sans solution, bien évidemment —, la solitude, rigidifie cette adaptation, cette cuirasse.

Pire : la cuirasse est la protection de la solitude comme phénomène biologique invivable ! Et la société est toute entière organisée avec son bruit pour que nul ne puisse toucher ce phénomène. Ainsi la cuirasse n’est pas seulement interne, elle est aussi externe… et plus rigide encore que l’interne, car collective.

La société organise le désir des gens de ne s’atteindre pas profondément : on la reconnaît à sa superficialité, bien sûr, à l’insignifiance des objets qu’elle produit et qu’elle poursuit. La « génitalité » n’est vivable qu’avec l’autre et lorsqu’on est seul, on ne peut plus entrer en contact avec l’autre.

Imaginons un monde où, du fait qu’on s’habite soi de soi, où on est habité de soi par soi, on en craint pas d’accueillir l’autre ni qu’il vous habite, car le force de ce soi correspond à ce possible d’accueil sans qu’il s’y sente perdu, c’est à dire seul. Par antithèse, donc, cette crainte de l’autre dans notre monde montre sa faiblesse des moi, leur solitude.

Bon, maintenant on le sait. Je suis content, car cette compréhension peut alléger la thérapie, puisque l’objet n’est plus le « noyau (strate) psychotique », mais ce qui l’induit et qui est la blessure de l’amande, du cœur humain : Autrui et son contact, que nous nommons « affectif ».

Pour les ressentir dans leur superficialité, l’être sensible ne sera pas d’accord avec les solutions proposées par cette société pour résoudre ce vide intérieur. Il les évitera par l’isolement physique ou psychique : nous aurons ici une autre forme de cuirasse, de cuirassement tourné vers le plaisir, car cette société est une société du « non ». Cette société du « non » ne peut que proposer des solutions superficielles à cette maladie humaine, la solitude, l’esseulement irrésolu. Cette « autre » forme de cuirasse est davantage une dynamique de solution positive, qui gêne cette société du « non », du refus du plaisir, sinon que celui ayant pour source la marchandise, des images de satisfaction ; elle cherchera à les interdire. Car, à mon avis, en prenant pour centre la solitude dans la « libération sexuelle », ce désir de tous de se fondre en l’autre, on évite le chaos qu’une telle libération des énergie dans sa violence peut engendrer.

Il y a des gens qui ne veulent pas se résigner, mais dont la cuirasse ne permet pas de trouver la meilleure des solutions. Ces gens viennent errent comme des enfant perdu dans leurs formulations incomplètes. Trouveront-ils mieux dès lors qu’ils savent quelle est l’origine de ce qu’ils cherchent ?

C’est possible, car c’est une résolution naturelle. Le phénomène de la guérison existe, souvent de lui-même dès que l’orientation du chemin qu’elle a prise se trouve être le bon, l’adéquat.

C’est à dire que la source de l’immense peur que contient la cuirasse est identifiée. Je ne sais pas si je peux m’autoriser à prendre la comparaison (c’est parce que je vais encore une fois bousculer le monde que j’ai peur de ce qu’il va m’infliger de tenter encore une fois provoquer sa déflagration) de la chambre à air gonflée dont la prise de conscience de ce fait (la solitude, le vide d’autrui comme source de la maladie de l’affectivité humaine) serait l’aiguille…

Ainsi, en prenant le problème à l’envers, la « répression sexuelle », cet interdit de vivre de nous avec autrui dans son abandon involontaire dans le rapprochement sexué, est le moyen de déshumaniser la personne en l’isolant d’autrui, de la mettre dans l’esseulement d’autrui. Et les formes de « sexualité » qui émergent de cette solitude et qui en résultent n’est qu’un résultat de cet esseulement. Je veux dire que la pérennité, le cycle de pérennisation sans fin de cette société implique cet isolement comme son indispensable — cela s’opère par les images vides de la marchandise, le travail salarié, le capital réel et fictif, l’espoir de gain solitaire : c’est en cela que se trouve le caractère révolutionnaire de cette théorie.

Chez l’humain, l’anti-solitude comme organisation naturelle de la nature à travers ses phénomènes de rencontre, a atteint un seuil extraordinairement supérieur par la richesse de son contenu : nous. Mais pour autant, cet extraordinaire de richesse se manifeste dans son antithèse, car c’est LÀ le phénomène humain : communiquer, se marier à autrui toujours, même jamais.

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