De la solitude : approche

Prenant à rebrousse poil le processus de la guérison de la maladie affective, je m’aperçois qu’elle s’accomplit toujours pendant ou après qu’un contact dit « humain » a eu lieu. C’est le contact humain qui guérit, finalement ; la relation, comme on dit en matière de psychanalyse, qui ponctue la fin d’une solitude. La maladie affective sera donc issue du défaut de ce contact, d’un défaut de contact humain à un moment ou un autre et qui n’a pas fait défaut une fois, mais un nombre supérieur de fois à une, à moins (encore que je n’en sois pas si sûr, car je suppose que la maladie est une réactivation d’une blessure et non pas la blessure elle-même) que ce défaut de contact, cette solitude, soit d’une telle intensité qu’elle marque instantanément la personne de son sceau brûlant. Cela nous amène à quelques conséquences. La charge de rage destructrice qui bloque à la fois le processus de guérison et la fin du défaut de contact, la fin de la solitude par l’allant à l’autre, puise son énergie à l’intérieur-même de cette solitude : on enrage de ne pas pouvoir la supprimer autant que d’être impuissant face à elle parce qu’on voudrait, qu’on désire ce contact qui vous est éveillé sans fin du fait que vous êtes humain et vivez entouré d’humains ; et que votre destination vitale est l’absence de l’absence de ce contact, sa présence, donc. La nature du contact humain n’est pas seulement formée que de paroles ou de gestes, elle est ardente de convivialité, de ce contact qui vous fait vous sentir intégré à un tout… qui est humain. Sa nature n’est pas seulement de comblement matériel, qu’il soit de distraction, de comblement du temps ou de l’estomac ; je veux dire que cette nature n’est pas seulement d’amour disons « caritatif », mais surtout de contact physique, biologique, qu’il faut se sentir aimé et que l’on puisse aimer à son tour, au mieux, réciproquement. La bienveillance est une matérialisation proche et minimale de ce contact. Il ne s’agit pas seulement d’une « situation de quelqu’un qui se trouve sans compagnie, séparé, momentanément ou durablement, de ses semblables », mais d’une personne qui est esseulée, c’est-à-dire qui se sent perdue dans le monde qui l’entoure et en éprouve une angoisse. C’est la situation du poulain perturbateur que la pouliche dominante a mis à l’écart du troupeau, à la merci du prédateur ; mais alors que la solution de l’isolement de ce poulain consiste à faire amende honorable, l’humain ignore la raison de cet isolement — à moins d’une clarification claire et bienveillante de la raison de cet isolement (ce qui n’est à 99% jamais le cas) : il est alors à la merci de toutes les folies que sa cervelle est capable de produire comme nocivité à son propre égard. Cette ignorance est le fruit gâté de la méchanceté d’autrui, elle-même issue d’une grave solitude antérieure. On n’a jamais vu, entendu, perçu, constaté qu’une personne, quelque soit son âge, s’auto-congratule instantanément d’être isolée du troupeau, jamais ; et refuser de constater ce fait n’éclaire que cette petite parcelle de soi qui a dû la subir. Je n’arriverai pas à démontrer que cette solitude n’a pas besoin de mots pour se vivre, qu’elle peut se vivre même dans le giron d’une mère elle-même seule et découragée, sans espoir de rencontre, de fin de son état d’isolement affectif, humain. Je ne réussirai pas davantage à affirmer que si la solitude « ça n’existe pas », c’est du fait qu’elle n’a pas été convenablement identifié comme la maladie proprement humaine. L’humain est doté par excellence de tous les moyens afin qu’elle n’existe pas, effectivement, alors qu’elle est le lot pesant — et particulièrement en ces temps spectaculaires-marchants — sur le cœur d’une majorité immense du troupeau humain. L’humain est l’animal à un point doté des moyens annihilant cette maladie qu’il est le seul capable de la vraiment produire à des taux de répartition proche du perfectible, l’idiot, simplement parce qu’il veut se sortir du troupeau sans reconnaître que ce désir d’individualisation reflète la froideur du « calcul égoïste », de la solitude déjà ancrée dans sa propre biologie. La liste du travail donc qu’il reste à faire, peut se décliner en quelques points :

  • – les modifications biologiques innovées par la solitude ;
  • – les modifications psychologiques innovées par la solitude ;
  • – les modifications affectives innovées par la solitude ;
  • – les modifications sociales innovées par la solitude ;

par exemple. Il apparaît, hélas, que pour décrire ces modifications, il faut avoir vécu et constatée, la solitude, sinon au sens personnel, au moins au sens générique ; et que les souffrances qu’elle a imprimées dans l’âme soient apaisées pour se distinguer comme les rochers découvrant à marée basse quand les algues qui y sont accrochées et dansent au gré des vagues, vous incitent au rêve à marée haute.

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