Le cache-sexe de la valeur

En passant

Nous savons tous, sans peut-être vraiment l’admettre tant cette emprise sur les consciences a quelque chose de vicieux, que la publicité, l’image qui habille une marchandise, prend essentiellement pour point d’appui la sexualité et, bien sûr, pas sous son aspect le plus sain. En matière de pub, lorsqu’on veut attirer l’attention d’un public, la solution majeure qui est adoptée, devant la violence, est la sexualité camouflée par la marchandise. La sexualité camouflée est du même ordre que la pub qui camoufle l’ensemble des rapports sociaux que contient une marchandise, tant dans les rapports de production que de distribution, de création de la valeur dans la production et la création de valeur dans la distribution, cette dernière étant précisément d’en donner une à des balivernes.

Le détail le plus piquant qu’on reconnaît moins, est que cette sexualité que la pub fait jaillir en ne posant la sexuation (le fait d’être doté d’un des deux sexes, et des spécificités qui correspond à chacun d’eux) que sous la seule forme d’image accolée à la marchandise, est précisément celle qui ne doit pas apparaître — et que la pub ne veut pas voir apparaître dans la réalité — dans la sexualité pour être satisfaisante en ceci qu’elle joue sur la peur du plaisir, le possible d’une satisfaction entrevue dans le lointain d’une lorgnette utilisée à l’envers, par le gros bout, ayant pour appui, justification et source d’excitation qui se manifestent à tout instant, la cuirasse caractérielle.

C’est une éducation.

Si la valeur n’est pas ou quasiment jamais remise en question dans la relation entre les personnes, c’est parce qu’elle satisfait quelque chose. Ce quelque chose doit être très précieux, tant qu’on lui accorde une valeur, laquelle on est prêt à monnayer, malgré et envers le fait que l’on soit tributaire d’une autre valeur, celle qu’on va chercher au salariat, pour pouvoir l’acquérir.

Et ceux qui se posent la question de savoir en quoi la valeur est quelque part satisfaisante, ne sont pas compris, ou sont rejetés par ceux qui croient en cette vertu — la satisfaction qu’elle apporte sans que cette satisfaction soit réellement identifiée — : la valeur.

Karl Marx a décortiqué le processus qui donne de la valeur aux objets d’un point de vue purement mécanique, et a sans doute hésité à intituler le chapitre 2 du Capital du « Fétichisme de la marchandise », « Le fétichisme de la valeur », car cette démonstration mécanique manque de l’âme de la personne qui y participe. Isaac Roubine montre bien, dans son livre « Essais sur la théorie de la valeur de Marx », d’où émane, dans la relation sociale qui crée la marchandise, la valeur, mais en restant encore une fois du point de vue de la mécanique de cette création : le temps transformé en cette chose qui apporte, ultérieurement, une satisfaction en s’en défaisant contre des objets. Il n’est rien dit en quoi, malgré l’ensemble de l’outillage disponible à ceux qui subissent la valeur à la fois comme théorie, comme principe et comme établissement, pourquoi les gens continuent d’aimer, par le fait, la valeur ; il n’est dit, nulle part, pourquoi les gens continuent de la créer.

J’en arrive à la conclusion que les gens se portent au travail pour transformer leur temps en valeur afin d’acquérir de la monnaie qui va pouvoir transborder leur affectivité sur des objets, des marchandises, des objets de distribution, de sorte que les relations réelles qu’ils entretiennent ensemble, comme vie sociale, ne se passe plus que par l’intermédiaire de ces objets, et cela seulement. En d’autres mots, la valeur ne part pas, comme du temps de Marx ou de Roubine, de la création de l’objet, mais aujourd’hui de son acquisition ; et c’est la raison pour laquelle le capital n’est pas mort et ne fait que mourir sans jamais mourir : les gens l’entretiennent de vive action pour profiter de la vertu de la valeur qui réside dans la satisfaction qu’ils éprouvent de l‘acquérir en vue d’acquérir à leur tour des objets. La pub le sait bien ; encore qu’une pharmacopée adéquate aide à l’affaire et que la peur instillée dans le sang d’une catastrophe provoquant une terreur aussi minime qu’illusoire, soit comprise avec l’à-propos indispensable par des gens qui ont déjà perdu leur vie.

Mais comment les gens créent-ils de la valeur ? En créant des objets dans lesquels ils injectent le temps vivant de leur existence et s’en désolidarisent (encore qu’ils vont acheter celui que leurs copains ont « fait » pour eux) en échange d’un salaire. Qu’importe que des poisons, tels que la dioxine ou autres chimisteries, ou encore les divers et variés produits issus de l’industrie nucléaire de l’École des Mines et ceux issus du génie génétique, volontairement dispersé ou non, nous rendent méconnaissables tant ils provoquent de déformations physiques à notre être et ceux d’autres animaux et plantes, qu’importe s’il s’agit d’obtenir un salaire en créant des objets qui sont le support de cette valeur et de ces déformations. Cela rend idiot, on le sait, mais on persiste, puisqu’il reste au bout du bout, ce fameux salaire qui permet d’acquérir les objets sujets de tant de désir.

Où que nous allions, que nous nous trouvons, nous ne rencontrons plus que des gens qui ont une mission — salariée ! — à accomplir, avec le sérieux qui sied à l’affaire : ce ne sont plus des gens, ce sont des objets. Les gens ne se sourient plus, ne se parlent plus ; ici, nous n’avons que des tronches fermées, que l’on dérange dans les raisons (il n’y en a qu’une : le salaire) pour lesquelles ils sont ici, dans tel endroit, présents, raisons faites de buts, d’accomplissements, d’impératifs : nous retrouvons exactement à quoi sont destinés les objets dotés de valeur, car en tant qu’objets, les objet ne se parlent pas entre eux, et n’ont d’autres relations que l’échange qu’ils représentent de valeur, ici la marchandise, là l’argent, la marchandise des marchandises à laquelle on octroie la valeur de l’existant.

Nos enfants apprennent à respecter la marchandise et à l’imiter : être des objets échangeables qui se vendent, s’auto-vendent !, contre un salaire, avec un belle étiquette, un laïus de pub et des brevets de bonne conduite acquis au cours de plusieurs années d’écrase-fesses, nommées de la préparatoire à la terminale, pour continuer à l’Université qui dispense des trucs qui n’ont rien d’universel, sinon que la production, la gestion de la production (les « relations humaines »), la logistique et la distribution (la pub !) des marchandises. Et on parle de « lois de la République », non pas comme des lois du bon-vivre ensemble, mais bien de celles relatives à la protection de la marchandise et de sa valeur, avec les agents ad hoc pour en inculquer, matraque et flash-ball à l’appui, les effets aux mécontents.

Comprendre le système qui régie cet ensemble social, cette société régentée par la structure musculaire rigidifiée devant le plaisir sans objet sinon que son partage, présente des difficultés pour les personnes qui s’y sentent intégrées ; il suffit pourtant de faire un pas de côté (comme de refuser sciemment d’aller au travail) pour s’apercevoir de ses vacillations, de ses fragilités, de son « rien », finalement, autour desquels elle tourne sa roue de fortune. Je vais tenter d’en jeter deux mots.

L’angoisse est une émotion, au même titre que le plaisir, la colère, la nostalgie, la tristesse, mais c’est une émotion qu’il est extrêmement aisé de provoquer puisqu’elle est la source de ce qui maintient en vie, qui se protège ainsi soi-même. Le plaisir, au contraire, est indispensable, comme allant au monde, ce qui fait qu’on est curieux de ce qui se passe autour de soi et comme satisfaction. Mais alors que le plaisir, dis-je, va vers le monde, l’angoisse s’en retire, l’angoisse est une émotion centripète : elle contracte la musculature soit pour amoindrir le coup à venir, soit pour se protéger du coup à venir. Lorsqu’on on apprend à l’enfant que le plaisir reçoit des coups comme récompense (c’est l’éducation actuelle qui permet à la marchandise de se transformer en plaisir, en soulagement), cet enfant comprend le plaisir comme une source d’angoisse.

Mais, concomitamment, l’énergie de ce plaisir, de cet allant au monde, s’il se change en énergie propre à l’angoisse pour s’en protéger et se protéger du plaisir comme angoisse, a besoin (et non « désir ») de se vivre ; il se vit alors comme « angoisse-plaisir ». Proposez une marchandise comme désir après avoir transformé (la pub !) un besoin et vous retrouvez la même satisfaction dans sa forme à l’intérieur du cadre de l’angoisse-plaisir : en dehors de soi et non plus en soi et pour soi. Si cette angoisse est « existentielle » (elle l’est toujours en image dans le cadre de l’angoisse-plaisir), elle devient insupportable et l’on fera tout, je dis bien « tout », pour s’en défaire, et à tout prix ; placé dans une situation d’angoisse quasi-permanente, on est capable d’un grand nombre de concession où on sait que l’on est perdant, fatalement. Il suffit donc d’induire l’individu à se détacher, d’abord, de son entourage affectif de sorte qu’il perde tout repère de comparaison par la discussion collective des problèmes, de lui induire, donc, une angoisse, le plus tôt possible, pour proposer ensuite une solution « sociale » à cette angoisse de sore qu’il trouve un autre point de repère dans l’objet. Du fait que cet objet détienne un caractère « social », il acquière une valeur, sinon par le temps qui a été consacré à sa création, au moins dans le désir qu’on en a, désir qui demande la satisfaction de la possession et n’a pour prix que son âme.

La discrimination de la pertinence des objets désirés n’a aucune importance vis-à-vis du nombre que nous composons, notre multitude, à laquelle une multitude d’objets correspond, bien entendu, du moment où ils sont désirés ; cette discrimination s’opérant avec sa sagacité particulière, aussi bien dans la création de ces objets (et des conséquences de cette création sur l’ensemble de la vie : environnement sociale, affectif et naturel) qu’à partir des besoins changés en désirs qui sont des variantes de l’angoisse-plaisir. Et ces désirs sont relatifs à ce qu’on connait de satisfaction possible dans notre allant au monde et à ce qu’il propose, socialement, selon les propres angoisses qu’il crée. On se trouve donc confronté au problème du « qu’est-ce qu’on fait, pourquoi, pour qui et comment » sans pouvoir, dans le cadre de l’angoisse-plaisir, trouver d’autres solutions que de perdurer ce monde, l’objet de cet article initiateur de ces cinq messages : le CAPITAL ! la valeur, le travail, la marchandise, l’argent.

L’activité humaine non changée en travail, n’a rien à voir avec le travail, chacun de nous le sait. De loin, on en perçoit la bienveillance, l’opportunité des décisions et un certain principe de précaution. On sait que les intérêts particuliers, lorsqu’ils regardent la société, passent après les intérêts collectifs. On ne voit pas de solution à ce problème de transformation — que d’aucuns trouvent inique, étrangement orienté et soustractif, spoliateur — individuellement, sinon qu’à mettre en péril sa vie dans la solitude, la détresse et l’abandon de tout et de tous. Cette solution sera donc collective. J’espère en avoir débroussaillé quelque peu le chemin, éclairé les aspérités qui jonchent son sol et montré du doigt la richesse de son Graal.

Mais cette « cuirasse caractérielle » est ce qui maintient cette société en marche… et nul ne peut s’en débarrasser, puisqu’elle est « l’adaptation optimale à un monde débile » incrustée dans le système neuro-végétatif et musculaire ; on n’y verrait pas d’issue. Si il y a une issue : car il existe deux aliénations, qui sont présentes en tous car elles englobent tout, dont on peut revendiquer l’exécution ou bien la disparition, que tout un chacun peut prendre sur soi, car la solution de ces deux aliénations sera toujours positive : je veux parler du travail à travers la pollution que génère ce labeur borné dont on commence à prendre conscience d’une part et d’autre part de la sauvegarde de la satisfaction de vivre enfantine de l’enfance, qui une fois arrivée à l’âge adulte saura alors trouver d’autres solutions plus efficaces et radicales à ces deux problèmes fondamentaux.

Il faut discuter beaucoup pour savoir comment résister aux ordres qui vont à l’encontre de nos vœux.

 

La cuirasse de la valeur

Le fait que les objets ne sont plus produit que par des machines, c’est-à-dire que le temps vivant n’y injecte plus sa substance, diminue proportionnellement la valeur qui en est extrudable. Et d’autant moins cette valeur disséminée dans une multitude d’identiques se retrouve en un point central, d’autant moins quoi qui se fasse est rentable et d’autant moins aussi, se crée de valeur dans le pot commun de son océan. La contradiction réside en ceci : puisque c’est le temps vivant qui crée la valeur et que la machine n’est pas du temps vivant, il faut malgré tout maintenir au travail ce temps vivant, les gens qui créent ces objets, tout en minimisant au maximum leur coût, de sorte que la valeur, la sur-value, reste tant soit peu la même.

Mais cela n’est pas si possible que cela, du fait que les gens ne sont pas tout à fait d’accord, malgré le matraquage de la morale (l’acceptation de ces conditions de vie et l’appétence artificielle pour des produits artificiels du point de vue de la socialité réelle entre les gens) et des gens d’armes. De plus, le revers de cette contradiction est qu’il faut que les gens achètent, c’est-à-dire qu’ils détiennent de l’argent, acquit par le salaire, la transcription relative du temps vivant qu’ils consacrent à la création d’objets, au travail, qui est la socialité réelle qu’ils vivent, du matin au soir, baignant dans cette morale dont je parlais à l’instant.

Et malgré une productivité cent fois supérieure à une vingtaine d’années, on va les obliger à accepter l’augmentation de la durée de la vente de leur temps vivant, en repoussant le moment d’accès à leur retraite pour laquelle, rappelons-le, ils cotisent toutes leur vie de salariat, ou autre. C’est que cette substance vivante essentielle pour la valeur, pour donner de la valeur aux objets, doit stagner dans un réservoir de disponibilité, d’une part ; et d’autre part, on doit grignoter sur la prévention et les salaires différés (la retraite et la « protection sociale »), puisqu’il ne reste plus que cela comme substance réelle de temps ponctionnable dans la constitution de la valeur.

Voilà pour le côté « valeur de production ». Maintenant, voyons du côté de la « valeur de distribution ».

Du fait de la compétition effrénée entre eux, il y a une quantité incroyable d’objets sur le marché et récupérer de la valeur de leur achat, oups, de leur vente, demande de l’astuce, nous le savons bien, et il y a de très grandes écoles qui consacrent leur enseignement à créer l’illusion et les hallucinations sociales adéquates, avec des cours délivrant une panoplie de justifications économiques génialement opportunes, et des présentations impressionnantes de sérieux, d’aplomb et de pertinence. C’est que du fait que ces objets ne sont plus crées par le temps vivant, le temps humain, que lors de leur seule conception et seulement plus que par des machines, il n’y a été injecté que très peu de ce temps, du travail, comme âme de valeur. Vous comprenez certainement, que plus le nombre d’objets est important, moins il y aura de valeur dans chacun d’eux, d’autant plus que le « travail » vivant qui a été nécessaire pour les créer est moindre. Dès lors, il faut injecter dans le « produit » sans âme, une âme qui sera cette « désirabilité » dont je parlais il y a peu. En dernière instance, il n’y a plus que la désirabilité d’un produit qui est créatrice de valeur « ajoutée ».

Comme cette valeur est l’âme de cette société, la capitaliste — le capitalisme —, âme qui se gonfle sans fin de sa propre matière pour se mesurer à elle-même afin de mesurer sa réalité, la réalité du monde se vide : les prix montent car ils n’ont plus de valeur. Mais pour autant, elle perdure. Si elle perdure, c’est qu’elle doit détenir des vertus qui satisfont ceux qu’elle maltraite avec tant d’indifférence. Il s’agit précisément de cette « désirabilité » qui permet d’en supporter les inconvénients comme « naturels », sinon même, indispensables.

J’ai osé faire le rapprochement entre la cuirasse caractérielle de Wilhelm Reich et cette désirabilité qui s’oriente vers la vacuité des objets pour en réaliser la valeur, pour ne faire des « produits » de leur conditions de vie. La cuirasse caractérielle « correspond à la globalité des attitudes caractérielles qu’un individu développe comme défense contre les excitations émotionnelles. Elle est la résultante neuro-musculaire comme adaptation de la personne à la rigidité de son environnement affectif, un compromis totalement intégré tant du point de vue de la musculature que du système nerveux entre les pulsions d’allant vers le monde, et ce que celui-ci lui tolère de plaisir et sous quelle forme. ».

L’inertie de la valeur est puissante tandis qu’elle oblige à l’immobilité.

L’objet du capitalisme est de transformer le temps en valeur et de trouver des moyens pour augmenter cette valeur. Il y a une mécanique pour la transformation du temps en valeur et un système pour survaloriser la valeur. On a compris qu’il s’agit ici de la « valeur de production » et là, de la « valeur de distribution ».

Il s’agit d’une description qui ne tient compte que des aspects matériels du capital, car, bien qu’elle en soit le support indispensable pour ne pas avoir à supporter un nombre de rébellions centuple — je veux dire « avoir l’approbation des gens, ne serait-ce que sur des détails sans importance » — , la morale du capitalisme n’est pas décrit dans le processus de la création de la valeur dans la transformation du temps consacré à la confection d’objets, et la survalorisation de la valeur produite par les magouilles de l’économie spéculative.

Sous cet aspect des choses, on constate à nouveau deux divisions d’un même noyau : l’objet (en tant que but) se divise en valeur quantitative (le temps => argent) et valeur qualitative (valeur = + de valeur) qui sont vécues comme un Graal, un voyage, une manière d’atteindre le paradis sur terre tandis qu’on y sème l’enfer, tant chez ses congénères que dans l’environnement.

Il est indispensable d’avoir l »assentiment des gens qui transforment, eux, leur temps en argent et transforment ainsi une matière en valeur, sinon ces deux transformations concomitantes ne s’opèrent pas, ne peuvent pas s’opérer ; et, corrélativement, en l’absence de valeur pour base, la valeur ne peut pas faire l’objet d’une survalorisation. (À noter que cette survalorisation est sans fin : il y a production de valeur à partir de la valeur qui permet à nouveau une survalorisation ; ce que l’on constate aujourd’hui, temps où l’économie spéculative est devenue autonome… et qui se pète la figure, car son substrat réel, l’objet, résultat de la transformation du temps en argent (salaire) et en valeur (plus-valeur) n’étant plus produit que par des machines, le temps vivant n’y injecte plus sa substance).

Ainsi, il faut une structure mentale pour cette acceptation, structure mentale qui permet d’obscurcir la vision réelle du monde et de sa misère, de celle à laquelle on participe incidemment ; structure « anti-rebelion », je dirais, qui permette de se soumettre pour permettre cet état de fait. Au besoin, si cette structure n’est pas assez efficace, des adjoints à cet « État de fait » sont là pour vous remettre dans le chemin ds cette soumission qui consiste, rappelons-le, à simplement se porter à l’endroit où son propre temps se transforme en argent (le salaire) et en objet dans lequel ce temps se transforme en valeur, ici de « production ». Pour autant qu’elle soit intégrée comme individualité qui lui donne comme des variances, on sait que cette structure en générale, correspond à une morale, la cuirasse caractérielle d’une société, ici, le capitalisme.

Le plus étrange est que des « gens d’armes » de cette morale doivent avoir une soumission double (pour un même salaire et sans rien produire) des gens auxquels ils veulent imposer la volonté de leur maître. Mais on trouve aussi beaucoup de bureaucrates et de techniciens qui sont dans le coup de la morale dominante, celle du capitalisme, pour que cette structure montre son efficacité pratiquement.

Mais cette structure caractéro-musculaire permet aussi d’admettre, de « comprendre » la valeur, essentiellement sous son aspect « distribution » (évinçant ainsi la perception réelle de sa propre action sur le monde dans la production d’objet : la transformation de la matière en objet-valeur et salaire). Car il manquera toujours de l’argent qui sera toujours désirable quantitativement et on bavera toujours sur ceux qui en possèdent plus que vous pour les jalouser. C’est là un moyen pratique de dépenser son énergie excédentaire de manière auto-gérée, rotative et auto-alimentée, car on n’aura jamais l’argent que l’on souhaite — sinon qu’à marcher sur la tête de ses congénères : c’est dire la valeur de la morale, quantitativement dont vous vous serez imprégné — ; on ne sera jamais aussi riche que les riches desquels on ne sera jamais admis du fait qu’on n’est pas né la cuillère à la bouche et la timbale aux dents de lait d’argent. Pour autant, on voit que ces « rêves » fonctionnent très très bien comme moyens de soumission.

Cette structure caractéro-musculaire permet aussi de ne pas comprendre ce qui se passe réellement et de répondre à cette question lancinante : « Que faire ? » par cette réponse qui n’en est pas une « C’est pas possible ». La tâche semble si imposante vue de près ou de loin, si pesante à soulever, si compliquée à organiser et si complexe à socialiser, que les bras vous en tombe avant même d’avoir émis l’hypothèse d’une solution… ou alors en rêve. C’est bien foutu. Et si vous désirer, collectivement, entreprendre quelque chose qui consiste d’abord à cesser d’aller au travail pour transformer votre temps en salaire et en objet-valeur, et de trouver des moyens d’organiser cette autre possibilité d’emploi de la vie, collectivement puisqu’un tel projet ne peut être qu’un objet social et non plus individuel ; si vous entreprenez, dis-je, un tel projet qui est extrêmement facile à initier — s’arrêter et organiser cet arrêt — il y a de forte chance que des « gens d’armes » dont la morale est plus rigide encore que leurs balles ou leur matraque, secourront ceux qui doivent, dans un tel projet, être secourus : ceux qui payent ces gens d’armes pour les secourir et l’organisation centrale qui les payent par la bande : l’État. L’inertie de la structure musculaire est puissante tandis qu’elle oblige à l’immobilité.

Désirabilité de la valeur

Je ne peux démontrer qu’il y a une « valeur de production » et une « valeur de distribution » que par tautologie ; je veux dire que par soi-même.

On sait que la « valeur de production » est relative à la production d’un objet :

  • la matière (elle-même relative à la valeur),
  • l’outil ou la machine, l’atelier,
  • le temps que passe une personne à transformer cette matière à l’aide cette machine compensée par un salaire et
  • un bénèf’ qui ne comprend essentiellement le retour sur investissement de la machine et de l’atelier, etc., mais le sur-plus que le patron se met dans la poche pour le plaisir de se dire qu’il est le chef.

 Quant à la « valeur de distribution » d’un objet, ici devenu « produit », elle est relative

  • au transport du produit,
  • au stockage,
  • à la culbute des cycles transport-stockage,
  • la pub (premier budget mondial, précédent celui de l’industrie d’armement et de la pharmacie), la mise en vente et
  • la DÉSIRABILITÉ de ce produit que l’on retourne alors en objet qui correspond à son ACHAT.

Nous ne sommes plus vraiment, ici, dans ce monde de « valeur d’usage » et « valeur d’échange » en ce sens où on ne produit plus des objets « utiles », mais des objets désirables ; et les pauvres pauvres qui en sont restés à cette « valeur d’usage » n’ont que les yeux pour pleurer un tel état, car ne mangant pas même à leur faim, je constate que le principe de la production qui leur est applicable dans son implacable dureté, en est réduit à ne servir à rien.

 Je suis d’accord avec les Critiques de la valeur pour ce qui est de constater que la socialité des personnes, dans notre monde, ne passe que par le travail salarié (les gens ne sont rien s’ils n’ont pas de travail, non pas seulement parce qu’ils sont pauvres et parce qu’ils sont maintenu dans un tel état qu’ils n’ont que des clous à manger, mais aussi parce qu’ils ne servent à rien socialement, et donc ne sont socialement rien), mais surtout parce qu’ils N’ont PAS accès à la satisfaction de la désirabilité.

 Ceci dit, je cherchais depuis très longtemps un lien entre la valeur et le caractère au sens de Wilhelm Reich et il se situe ici : la désirabilité d’un objet. C’est la cuirasse caractérielle qui permet la soumission au salariat, pas la soif ou la faim, sinon que comme moyen d’éducation, d’élaboration de ce caractère. Et c’est le caractère, au sens reichien du terme, qui est chatouillé par la publicité, la veulerie de la feuille de paye, l’acceptation de l’iniquité des rapports sociaux tournant autour de la valeur.

 La pratique de la cuirasse caractérielle est de désirer sans trouver à satisfaire, principalement par l’instillation dans la structure musculaire que tout ce qui vivant, qui bouge, est dangereux. Or l’objet désirable propose toujours de résoudre ce problème de la satisfaction par l’immobilité émotionnelle de la personne qui achète un produit — qui redevient alors un objet « personnel ». L’excitation initialisé par la mode, la publicité — excitation qui est un mouvement émotionnel — se trouve satisfaite par l’acquisition d’un produit qui contient la solution de cette excitation. Mais imagine-t-on que cette excitation soit satisfaite par un objet (même un sextoy), simplement parce qu’il devient votre « propriété » ? Et quelle « propriété » contient cet objet pour qu’il détienne un tel pouvoir, alors qu’il ne s’agira toujours que d’un simple complexe minéral ? (Je peux comprendre, dès lors, qu’on entrevoie l’avenir de l’humanité dans le seul minéral, le « robot », même pour ce qui est de satisfaire l’amour ! hahaha !!!). Tout produit sera donc considéré à la vente en relation immédiate avec son caractère de désir, qu’il soit ou non artificiellement augmenté. On va me dire, maintenant, que c’est évident. Oui, c’est évident, mais cela tient sur une structure qui n’a rien de naturelle, sinon que comme système de protection contre un moindre pire social socialement acquis, structure émotionnelle intégrée à la musculature de la personne.

 La cuirasse caractérielle expliqué par Wilhelm Reich est donc le joint entre la valeur de production et la valeur de distribution d’un objet. C’est sa désirabilité qui concrétisera la valeur de l’objet en argent, en quantité d’argent que l’on est prêt à « mettre », « investir », dépenser pour l’acquisition de l’objet, qui lui donne sa valeur « sociale » ET affective ; affectivité qui trouve sa solution immobile dans cette acquisition. Ce sera dès lors que se socialiseront des individus autonomisés par les objets.

Cette « désirabilité » est cuisiné par différents facteurs qui ne reposent, en fin de compte, que sur la satisfaction de la cuirasse musculaire, c’est-à-dire, la peur de la vie, de la vitalité et la vivacité de la vie !

 

La valeur en 4 temps

Il me semble que pour sortir du « capitalisme » (c’est à dire l’accumulation sous la forme d’argent – vecteur de la valeur – du travail mort, autrement dit déjà exécuté) il faut bien  prendre conscience de ses vertus, de ses défauts (énoncés ici dans cet article pour ce qui est de la partie, disons, « matérielle ») et de son impasse, celle que l’on voit sans fin se repousser, comme si NOUS repoussions le mur contre lequel nous ne voulons pas qu’il butte et y trouve sa fin.

À priori, lorsqu’on regarde un objet, on n’y voit une chose et plusieurs autres choses, suivant ce qu’on y voit. Je veux dire qu’on y voit beaucoup ou peu de choses et rarement  l’objet lui-même en tant que chose : un bout de ferraille, de bois et le reste. Bien évidemment, c’est parce que la chose est devenue « humaine », c’est-à-dire qu’elle a été humanisée. Un cas extrême d’humanisation est la transformation de n’importe quoi en objet d’« art » par la magie d’un artiste. Je ne dénigre pas ce qui est beau, ni l’artiste, je poursuis un cheminement de mes pensées. Ainsi, un objet n’est pas seulement un agencement moléculaire, une matière ou une forme plus ou moins naturelle modifiée ou non, à l’état brut ou raffiné, etc, un objet est chargé une chose chargée de pensées. C’est ce qui m’intéresse.

J’extrait de cet objet l’ensemble des pensées qu’il « contient » — entre «  » puisqu’il ne contient rien d’autre que ce qu’il est, nous le savons bien : une pensée n’a pas de poids, de consistance matérielle, etc. sinon que réalisée en matière. Je fais un paquet de cet ensemble de pensées que je nomme « valeur ». Ce n’est pas moi qui ait inventé le concept, mais je vais l’utiliser peut-être différemment.

Du point de vue de la valeur, on sait que la valeur d’un objet se scinde en deux parties : la valeur « d’usage » et la valeur « d’échange ». Chacune de ces deux valeurs se scinde à son tour en deux autres produits de la pensée : 
la valeur d’usage se scinde en valeur d’usage du point de vue de la quantité et la valeur d’usage du point de vue de la qualité.
la valeur d’échange se change en valeur d’échange du point de vue de la quantité et la valeur d’échange du point de vue de la qualité.

Une phrase va permettre de synthétisé cette affaire : Je vois 4 sextoys en bois à 5 euros chaque. On sait qu’ils ont été fabriqués par quelqu’un en telle matière : c’est la valeur d’usage quantitative ; on sait à quoi servent les sextoys : c’est une valeur d’usage qualitative ; on nous dit que chacun d’eux vaut 5 euros : c’est la valeur d’échange quantitative, le prix ; et ces 5 euros dénoncent un rapport entre celui qui a fait chacun des sextoys et la personne qui va les acquérir : ce rapport social est la valeur d’échange qualitative. Ça en fait des choses sur une seule chose, encore que je ne parle pas de la personne qui a inventé l’objet et pourrait en revendiquer un « brevet » pour consacrer à l’unique échange quantitatif cet objet dans des rapports sociaux exclusifs ; et que ce soit là que l’apparence.

Un objet se trouve être une « chose » investie de quatre éléments qui vont s’additionnés les uns les autres : à partir de la qualité d’usage qu’on lui donne, vient s’y ajouter une quantité ; puis, éventuellement, une valeur d’échange, se manifestant quantitativement par un prix à payer et qualitativement par un rapport de personnes qui procèdent à cet échange. On remarque que ce rapport de personnes est médiatisé (passif) par un objet (actif) ; que les personnes ont deux objectifs : l’une est d’acquérir l’objet et l’autre, le moyen d’échange. Deux « objectifs » signifient que les sujets d’un objet et éventuellement un objectif identique : la satisfaction.

Le « capitalisme » se défini et n’existe que par ces quatre facteurs qui transforment absolument tout en « marchandises ». La marchandise n’existe que par la valeur et la capital que par la marchandise.

En sus, il y a donc une valeur de production et une valeur de distribution. La valeur de distribution peut prend l’argent pour seule réalisation, dans l’intérêt ou les transactions monétaires.

Seul l’humain et le temps qu’il passe à la transformation des choses en objets, donne la valeur à ces choses. Non pas seulement du point de vue psychologique, en ce sens où il doit passer du temps, en l’injectant dans la transformation des choses, celui nécessaire à cette transformation, mais aussi dans le fait que c’est à travers cette transformation que cette valeur est établie comme moyen général d’échange. Je veux dire que sans le « travail » — cette injection de temps passé à la transformation des choses — humain, il n’y a pas de valeur d’échange, établie sur l’ensemble du temps humain passé à cette transformation, que nous appelons le « travail ».

Au surplus,  la valeur d’échange qualitative dénonce des rapports sociaux bien précis : 
– qu’une chose ou une matière a été transformée en objet par du temps humain (il y a un demandeur d’ordre et un qui se consacre à cet ordre quelque soit la demande – ceci est rès important : l’interchangeabilité de l’exécuteur est lea « dépersonalisation » du capitalisme) ;
– que l’objet a acquis selon certaines conditions, un prix en vue d’un échange ;
– que ce prix a été établi selon des critères en relation immédiate avec d’autres rapports sociaux : des rapports de production et de distribution extérieurs ; rapport de production où une partie détient, par exemple, l’usine ou la propriété d’un appartement ou encore les moyens de distribution et l’autre passe du temps à réaliser soit l’objet soit l’échange sous la forme de la transaction d’une quantité de monnaie d’une main à une autre, d’un compte en banque à un autre, correspondant à ce prix ;
– cette réalisation se manifeste par la valeur ajoutée au produit ;
– que l’ensemble des relations sociales sont tributaires de ces rapports de production dans lesquels des gens sont dans l’obligation 
– une organisation sociale que d’aucuns nomment « capitalisme ».

Cet ensemble de rapports sociaux déterminés par la valeur est le capitalisme ; et on pêut dire que l’ensemble de nos rapports sociaux sont conditionnés par cette valeur : le temps passé à produire une marchandise. Il ne s’agit donc pas d’accommoder le capitalisme à une sauce verte ou orange ou rose, mais de bien comprendre comment nous pouvons cesser de faire exister ces rapports sociaux affectivement, socialement, et physiquement délétères qui, eux, déteignent sur la planète.

Sur quoi le pouvoir règne-t-il ?

En voilà une question ! Même lorsqu’il est asséné par les coups, le pouvoir règne sur les consciences, la conscience de chaque personne, individuellement. Et comment ? Quels sont les bras de leviers du pouvoir pour que les consciences lui obéissent et trouve même à le corroborer, par la justification des malheurs qui l’accompagnent ?

On dit que l’économie a « le pouvoir de », que le gouvernement a « le pouvoir de », mais pense-t-on que la vie a « le pouvoir de » ? Et quelle est cette dissension entre la vie et l’organisation de la vie par l’humain ?